LE HUIT

LE HUIT

Commentaire sur le livre de
KATHERINE NEVILLE 

*-Sire, ce jeu maure me fait peur. Je crois qu’il
est possédé par une force démoniaque qui
vous a poussé à engager ma vie. Charlemagne
retomba lourdement sur son siège, passa une
main égarée sur son front, mais ne parla pas.*
(Extrait : LE HUIT, Katherine Neville, 1988,
Ballantine, t.f. : Le Cherche Midi, 2002. Éditions de
papier, 960 pages.)

Alors qu’elle s’apprête à se rendre au Maghreb, Catherine Velis apprend d’un mystérieux antiquaire qu’elle court un grand danger. Un fabuleux jeu d’échecs d’origine mauresque l’attendrait dans le désert du Sahara. En 782, ce jeu aurait, dit-on envoûté dangereusement Charlemagne avant d’exciter pendant de nombreux siècles des personnages historiques tels Richelieu, Robespierre, Catherine de Russie et Napoléon. Tous ont voulu mettre ce jeu au service de leurs funestes desseins car selon la légende, ce jeu ferait de son détenteur rien de moins que l’égal de Dieu. La jeune femme plonge dans une quête où l’avenir même de l’humanité se joue et elle n’est pas la seule à vouloir percer le secret du jeu maudit…celui qui prend possession de l’esprit de son détenteur pour le pire surtout…attendez-vous à remonter le temps.

On ne connait pas vraiment l’origine du jeu d’échecs. Certains textes anciens laissent à penser que le jeu aurait été inventé par on ne sait qui vers 600 après Jésus-Christ en Inde. On s’est qu’il s’est actualisé lors de son introduction en Europe par les Arabes au Xe siècle. On dit que les règles actuelles se sont fixées vers la fin du XVe siècle. Le jeu d’échecs est devenu le jeu de concentration tactique et stratégique le plus joué dans le monde. L’objectif du jeu d’échecs est de mettre le roi adverse en échec, c’est-à-dire de l’attaquer de manière à ce que l’adversaire n’ait pas de coup légal qui puisse empêcher la prise du roi au coup suivant. On dit alors que le joueur a maté le roi de l’adversaire, d’où l’expression ÉCHEC ET MAT.

Le spectre des échecs
*Empoignant à deux mains mon sac de marin, je le soulevai
au-dessus de ma tête dans un arc de cercle parfait, avant
de l’abattre de toutes mes forces et de tout son poids sur
son crâne. Ses yeux se révulsèrent et il s’effondra sur le
côté tandis que je pirouettais pour vérifier ce qui se
passait derrière moi.
(Extrait : LE HUIT)

LE HUIT est un livre intéressant mais qui souffre d’un pénible handicap : son incroyable lourdeur. Nous avons ici une brique de 1000 pages dont l’intrigue est noyée dans des descriptions interminables, de nombreux détails peu signifiants et des artifices qui n’apportent rien. Autre détail important : il n’est pas vraiment indispensable de jouer aux échecs pour plonger dans cette histoire, mais comprendre le jeu et le pratiquer aide beaucoup à la compréhension de l’intrigue.

Toutefois, il y a des éléments intéressants dans l’ouvrage. Le fait par exemple que deux récits alternent à deux époques différentes…deux récits en semi-convergence. Pour moi c’est une trouvaille qui a sa place dans l’œuvre. Dans le récit historique, j’ai beaucoup apprécié faire la rencontre de grands personnages qui ont marqué l’histoire; Jean-Sébastien Bach, Isaac Newton, Voltaire, Danton, Robespierre, la grande Catherine de Russie et plusieurs autres. C’est dans le passage ou l’évêque d’Autun rencontre le célèbre François-Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778) que j’ai trouvé finalement un fil conducteur sur lequel m’accroché.

La quête de ce roman est celle du jeu Montglane, un jeu d’échec possédé jadis par le puissant Charlemagne et dont les pièces ont été disséminées de par la monde, et ce dans les 2 récits en alternance. Or ce jeu donne à son détenteur un pouvoir infini, à ne pas mettre entre n’importe quelles mains. Voilà le fil conducteur, un thème qui n’a rien de neuf : la recherche effrénée du pouvoir et les incroyables bassesses qu’elle peut engendrer.

L’intrigue comme telle est intéressante, mais elle aurait pu être passionnante n’eut été des chaînes qu’elle traîne. La lourdeur du récit par exemple : 300 pages de moins n’auraient pas nui au récit, au contraire, ça l’aurait mis en valeur. Je pense aussi à des hasards trop *tape-à-l’œil* pour être crédibles. (Imaginez qu’une nuit vous rêvez que vous gagnez à la loterie et le matin en vous réveillant, vous constatez que vous avez effectivement gagné). Je pense aussi à l’omniprésence du chiffre 8. Logique me direz-vous si on tient compte du titre. Mais il faut savoir ici que les explications relatives au chiffre 8 sont un mélange de sciences alchimiques, physiques, mystiques et astronomiques et que l’auteur n’a pas vraiment fait d’efforts pour présenter le tout de façon simple et claire…vulgarisée quoi…

Je me suis tout de même accroché à certains passages pour avancer dans le récit et pour le finir…*Ce qui peut être un bienfait pour l’humanité peut aussi devenir une horrible malédiction, l’histoire l’a prouvé.* (Extrait)

Dans une lecture aussi longue et complexe parsemée de passages ennuyants, je me suis senti un peu perdu malheureusement. Peut-être avez-vous trouvé dans mon commentaire des éléments intéressants. Je vais être honnête avec vous…ce commentaire n’engage que moi parce que je ne joue pas aux échecs…j’aurais peut-être vu certaines choses autrement…

Katherine Neville est  une romancière américaine né le 4 avril 1945 à Saint-Louis. Elle fut d’abord mannequin, puis consultante internationale en informatique. Puis, grâce à une expertise développée dans le domaine énergétique, Katherine Neville participera à la recherche sur l’énergie nucléaire et développera des méthodes pour identifier et contrôler les matériaux toxiques et dangereux. Par la suite, dès 1980, elle sera vice-présidente de la Bank of America, et ce pendant 10 ans. Sa vaste expérience développée dans divers métiers lui ont fourni la matière de son premier roman : LE HUIT qui a connu sa suite 20 ans plus tard avec LE FEU SACRÉ.

PETIT À-CÔTÉ…

Une des plus impressionnantes scènes de la saga HARY POTTER est la scène du jeu d’échec décrite dans le premier opus de la série, livre et film: HARRY POTTER À L’ÉCOLE DES SORCIERS.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert

Le dimanche 18 février 2018

LE BONHOMME DE NEIGE

LE BONHOMME DE NEIGE
Une enquête de l’inspecteur Harry Hole

Commentaire sur le livre de
JO NESBO 

*Au moment de se coucher, elle voulut se
blottir contre lui. Mais elle ne put pas. Ne
put se résoudre à le faire. Elle était impure.
-Nous allons mourir- avait lâché la voix au
téléphone. Nous allons mourir, catin*
(Extrait : LE BONHOMME DE NEIGE, Jo Nesbo,
Gallimard, série noire, 2007, éd. Numérique,
430 pages.)

Un jour de novembre 2004, un bonhomme de neige sorti de nulle part se retrouve dans le jardin des Becker, le regard tourné vers les fenêtres de la maison. La nuit suivante, madame Becker disparaît. Un maigre indice, son écharpe rose se retrouve au cou du bonhomme de neige. Parallèlement, l’inspecteur Harry Hole reçoit une lettre annonçant d’autres victimes. Une lettre signée…*le bonhomme de neige*…un tueur en série sévit en Norvège. Le seul indice récurrent mais bien maigre : un bonhomme de neige…un spectre de la folie…

UN BON CRU(el) NORVÉGIEN
*…le congélateur…laissait voir quelque chose pressé
à l’intérieur…les genoux pliés et la tête appuyée
vers le haut contre l’intérieur du congélateur. Le
corps était couvert de cristaux de glace, comme
une couche de moisissures blanches qui s’en serait
repue, et la position torturée du corps était à
l’unisson du cri de Katerine…*
(Extrait : LE BONHOMME DE NEIGE)

 C’est une histoire complexe développée avec une lenteur parfois exaspérante, très caractéristique de la littérature Norvégienne. La faiblesse du récit réside dans le fil conducteur qui prend souvent toutes sortes de directions. Ajoutons à cela que l’intrigue est bourrée de fausses pistes, de démarches qui n’aboutissent pas, de retours à la case départ. Ça ne m’a pas beaucoup gêné car j’ai compris dès les premières pages que l’auteur me lançait le défi de sortir d’un labyrinthe bourré d’indices, souvent trompeurs, et me laissant le choix de trouver le coupable parmi une foule de candidats potentiels. Mais quand la lumière commence à jaillir dans le dernier quart du livre, ça devient génial.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre est la psychologie des personnages, Harry Hole en tête, héro récurrent dans l’œuvre de Nesbo : un personnage précédé par sa réputation d’esprit tordu et d’alcoolique qui évolue laborieusement dans une enquête difficile d’une remarquable minutie où il y a tellement de détails que le lecteur a parfois l’impression de déraper. Mais dans la finale qui est remarquable, on voit l’importance de chaque détail, rassuré à l’idée que l’auteur n’a rien laissé au hasard.

L’histoire est originale. L’idée de précéder les meurtres par l’édification d’un bonhomme de neige est une trouvaille car les bonhommes de neige parlent d’une certaine façon, dévoilent des indices, reflètent la psychologie du tueur et bien sûr obnubilent les policiers. Hole en tête. Tout le livre comporte beaucoup de petites forces qui retiennent le lecteur dans sa toile. Outre la toponymie chantante de la Norvège, la plume est forte, la structure narrative happe le lecteur qui se sent attiré par les nombreux rebondissements. On sent que l’auteur maîtrise son art.

C’est un roman noir. Son atmosphère se fige parfois en une sensation lugubre car les bonhommes de neige conduisent implacablement à des chefs d’œuvre de cruauté de la part d’un tueur aussi froid et dépourvu de moralité que ses œuvres de neige. La découverte très lente et très graduelle de la psychologie de ce monstre m’a tenu en haleine.

Je veux rappeler en terminant que si je recommande ce livre, je le fais sous la réserve suivante : C’est tout le récit dans son ensemble qui fait appel à la patience du lecteur parce qu’il comporte de nombreux changements de direction, de fausses pistes, de virages imprévus. Aussi, bien que l’histoire soit très longue à démarrer, je vous suggère de bien vous concentrer sur les premières pages car elles contiennent des éléments importants qui vous feront apprécier grandement l’ensemble du récit.

Vous êtes maintenant prêts à entrer dans une histoire à donner froid dans le dos et à savourer ainsi toute l’intensité de la plume scandinave.

Jo Nesbo est norvégien. Il est né à Oslo  le 29 mars 1960. C’est ce que j’appelle un homme-orchestre, un talentueux touche-à-tout : auteur-interprète, musicien, journaliste spécialisé en économie et écrivain très renommé. De 1993 à 1998, il a écrit et interprété les grands succès d’un des groupes musicaux les plus populaires de Norvège : DI DERRE. Un an avant de quitter le groupe, il se lance dans l’écriture littéraire. Le succès est instantané avec L’HOMME CHAUVE-SOURIS, prix du meilleur roman policier nordique en 1998. Plusieurs autres romans suivront dont ROUGE-GORGE, consacré meilleur polar norvégien de tous les temps par les lecteurs.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 16 décembre 2017

LA THÉORIE DES DOMINOS

La théorie des dominos

Commentaire sur le livre d’
Alex Scarrow 

*En arrivant au bout de leur rue, elle scruta
Uxbridge Road. De chaque côté, les vitrines
avaient disparu. Les articles étaient éparpillés
sur la chaussée : machines à laver, télés,
vêtements…Uxbridge Road aurait dû être
embouteillée…mais elle ressemblait à une ville
fantôme de western.*
(Extrait : LA THÉORIE DES DOMINOS, éditeur original :
Orion 2007, t.f. : Le Cherche-midi, 2010, num. 470 pages)

Un expert en stratégie pétrolière est en mission en Irak pour une méga pétrolière au moment où la tension internationale est très élevée. Pendant son séjour, les pires craintes de David se concrétisent. L’ensemble du Moyen-Orient se déstabilise complètement et s’embrase. Alors que des terroristes détruisent les oléoducs, raffineries et les installations pétrolières les plus stratégiques, la panique s’installe à l’échelle mondiale. En effet c’est tout le globe qui risque d’être privé d’énergie, de nourriture, de chauffage, d’essence et j’en passe, cédant ainsi le quotidien aux émeutes, à la violence…notre expert, David tente de retrouver les siens dans ce chaos, mais quand il est attaqué par des tueurs il comprend vite que cette situation explosive est issue d’un complot machiavélique.

La fragilité de l’équilibre…
*Tout s’enchaînera rapidement…
une chose après l’autre,
comme des dominos.
Personne ne s’y attendra…*
(Extrait : LA THÉORIE DES DOMINOS)

Imaginez un instant que, pour toute sortes de raisons et du jour au lendemain, notre approvisionnement en pétrole soit coupé. Quelles seraient selon vous les conséquences à court terme sur notre vie? La nourriture, l’eau, les transports, les communications, l’électricité, les soins de santé, le chauffage et j’en passe?

Dans la THÉORIE DES DOMINOS, Alex Scarrow tombe rapidement dans le vif du sujet et annonce des couleurs plutôt apocalyptiques : J’ai le sentiment qu’il se passe bien plus de choses que l’on sait…tout a commencé par une série d’explosions en Arabie Saoudite, programmée par quelqu’un qui voulait provoquer une colère à grande échelle…(Extrait : LA THÉORIE DES DOMINOS) Les évènements en Arabie Saoudite constituent la chute du premier domino, issue d’un complot machiavélique et, avec un argumentaire redoutable, Scarrow raconte la suite des évènements : anarchie, chaos… Arrêter le flot continu de pétrole, même l’espace d’un court instant, ressemblait à une embolie ou un infarctus dans le corps humain. Cet étranglement ressemblait exactement à cela : une crise cardiaque économique mondiale* (Extrait : LA THÉORIE DES DOMINOS).

Avec une plume impitoyable décrivant les côtés sombres de la nature humaine, LA THÉORIE DES DOMINOS raconte le destin d’une famille éparpillée entre l’Angleterre et l’Irak et qui tente de se réunir à travers l’incroyable chaos provoqué par une crise pétrolière planifiée qui se transforme rapidement en panique mondiale. Cette description anticipée de la chute d’un monde moderne tellement dépendant du pétrole est d’un réalisme à faire frémir et Scarrow n’a pas peur des mots. Il a bâti d’une façon marquante, un thriller anxiogène qui n’est pas sans nous faire réfléchir d’une part sur notre mode de vie actuel et notre dépendance à l’or noir et d’autre part sur l’extrême violence dont l’homme est capable pour survivre.

Ce livre est, et demeurera selon moi, d’une grande actualité puisqu’il évoque les tensions religieuses, politiques, frontalières et pétrolières au Moyen Orient, une partie extrêmement instable du monde que j’appelle la poudrière planétaire. Scarrow ne fait pas dans la dentelle en décrivant un monde de désorganisation brutale et de violence car les premières conséquences d’une coupure subite d’approvisionnement en pétrole touchent inévitablement la nourriture, l’eau, l’électricité. Scarrow démontre avec une logique désarmante que les hommes peuvent être pires que des bêtes.

C’est un livre qui rend captif. La trame est solide, le fil conducteur accrochant, un thriller efficace qui porte à réflexion. Il me rappelle un peu le livre de Barjavel, RAVAGES dans lequel l’électricité cesse d’exister, excellent livre dont j’ai déjà parlé sur ce site.

Je vous recommande LA THÉORIE DES DOMINOS de Alex Scarrow…réaliste à faire peur…*le monde est un vieil homme au cœur fragile et le pétrole est le sang qui coule dans ses veines…* (extrait : LA THÉORIE DES DOMINOS)

Alex Scarrow est né à Nigéria en 1966. Après le collège, il a travaillé pendant 10 ans dans le domaine de la musique, et par la suite une douzaine d’années comme graphiste et concepteur de jeux. Après le collège, il développe graduellement le goût de l’écriture et se spécialise dans la science-fiction. On lui doit entres autres l’octalogie TIME RIDERS. Il a écrit entre temps LA THÉORIE DES DOMINOS et L’EFFET DOMINO qui développe encore une fois un thème qui est cher à l’auteur : La déroute et l’effondrement de la civilisation. Alex Scarrow est le frère de l’auteur bien connu Simon Scarrow.

BONNE LECTURE
JAILU/ CLAUDE LAMBERT
27 novembre 2016