LOUIS DE FUNÈS

LOUIS DE FUNÈS

Commentaire sur le livre de
Brigitte Kernel

*Ses mimiques sont mots et phrases.
Ses tics, qualificatifs et silences.
Ses énervements, onomatopées et
digressions.
Quel créateur!*
(Extrait de la préface de LOUIS DE FUNÈS
par Brigitte Kernel, Éditions du Rocher,
rééd. 2004, édition de papier. 220 pages)

Dans ce récit biographique, Brigitte Kernel passe en revue les grands moments de la vie personnelle et professionnelle, intimement liées, d’un des acteurs les plus prolifiques de l’Europe : Louis De Funès. L’ouvrage comprend de nombreux témoignages d’acteurs qui ont côtoyé De Funès tels Jean-Claude Brialy, Michel Galabru, Jean Lefèbvre, Darry Cowl, Des photos, une filmographie forte de 128 titres, une vidéographie et de nombreuses anecdotes. Brigitte Kernel nous invite à faire connaissance ou renouer avec un personnage aussi énergique qu’extraverti et rendu célèbre par ses tics et ses mimiques souvent spectaculaires devenus la signature d’un acteur phénoménal

Un comique fait de contradictions
C’est ainsi que Jean-Claude Brialy parle de
Louis de Funès. *On peut penser qu’à
l’écran, Louis de Funès se servait de l’ensemble
de ses qualités et de ses défauts. C’est de
cette manière qu’il était le même Louis De Funès
dans ses différents films, mais que, véritablement,
il n’était jamais le même…*
(Extrait : Louis De Funès)

Récemment de passage chez un ami qui est aussi un lecteur passionné, je disais à ce dernier que ces temps-ci, j’avais le goût de m’offrir une bonne biographie. Il m’offrit gracieusement de m’en choisir une dans sa bibliothèque qui, soit dit en passant est fort bien garnie. Je regarde donc dans sa section biographie où sont réunis des politiciens, scientifiques, libres penseurs…je regarde…je fouille…je sors quelques livres, je les replace et subitement, mon regard est attiré par un nom, inscrit en gros caractère et en trois couleurs, et une photo…la promesse d’un bon moment passé avec le *magicien du rire* qui a marqué mon adolescence en matière de cinéma : LOUIS DE FUNÈS.

J’ai été fasciné par ce récit biographique rigoureux et bien documenté et je dois dire qu’il m’a remis les pendules à l’heure. N’ayant pas connu personnellement De Funès, j’ai fait comme la plupart des cinéphiles…je l’ai idéalisé. Mais en fait, De Funès, que l’actrice Alice Sapritch qualifiait de *génie de l’improvisation relâchée maîtrisée* n’avait pas de seconde nature. Que ce soit devant la caméra, dans son salon ou à l’épicerie, Louis de Funès était toujours le même : un homme qui avait des doutes, mû par une incroyable volonté de toujours mieux faire, ce qui le rendait très exigent. Il était agité, intense, homme-orchestre toujours à imaginer un rythme qui lui donnerait l’air d’aller. C’était un travailleur infatigable, perfectionniste souvent à l’excès. L’acteur protégeait aussi farouchement sa vie privée…

Je doute fort que j’aurais apprécié vivre dans l’entourage d’un tel personnage. Mais ces révélations ne m’ont jamais empêché d’aimer l’acteur car il était plus qu’un simple comique. Il était, selon Kernel, l’auteur de ses personnages, un maître du burlesque, une bête de cinéma, moins soucieux de sa propre image que de faire rire et de créer de l’effet. Plus le film était profond et recherché, plus j’aimais. C’est ainsi que je ne compte plus le nombre de fois où j’ai savouré le visionnement de LA GRANDE VADROUILLE,  LES AVENTURES DE RABBI JACOB, L’AILE OU LA CUISSE et j’en passe.

C’est un livre sensible, crédible et juste qui m’a surpris et même émerveillé parfois, de par son caractère anecdotique. Il couvre donc la vie d’un des acteurs qui a le plus tourné dans le cinéma français d’après-guerre de 1945 jusqu’à ce qu’il nous quitte, le cœur usé par autant de travail acharné et d’extraversion, en 1983. Je crois qu’avec ce récit, tout a été dit sur la légende : FUFU comme l’appelait affectueusement le public français.

Brigitte Kernel est une écrivaine et journaliste française née en 1959 à Rambervillers. Elle a produit et animé plusieurs émissions sur France-Inter. Pendant 10 ans, elle a écrit les feuilletons radiophoniques hebdomadaires CADAVRE-EXQUIS . Elle a écrit plusieurs livres incluant des biographies : Louis Chedid, Michel Jonasz, Véronique Sanson et bien sûr Louis De Funès. Au momet d’écrire ces lignes, son plus récent roman est ANDY, paru en janvier 2013. Dans la présentation qu’elle fait d’elle-même sur son site Internet, Brigitte Kernel déclare avoir deux pays de cœur : La Mongolie et le Québec, ayant un faible entre autres pour les grands espaces et les voyages par moins 20 degrés.

En complément, Louis de FUNÈS a joué dans près de 135 films dont plusieurs sont devenus de grands classiques… d’abord, L’AILE OU LA CUISSE réalisé en 1976 par Claude Zidi avec De Funès bien sûr, Coluche et Julien Guiomar.

 

Ensuite, LA GRANDE VADROUILLE réalisé en 1966 par Gérard Oury avec De Funès et Bourvil.

Puis, LES AVENTURES DE RABBI JACOB réalisé en 1973 par Gérard Oury avec Louis De Funès et Henri Guybet.

…Et bien sûr, l’hexalogie LE GENDARME,  réalisée par Jean Giraud sur une période de 18 ans à partir de 1964 avec LE GENDARME DE SAINT-TROPEZ. Dans ces six films, Louis de Funès joue le rôle de Ludovic Cruchot et évolue aux côtés du grand Michel Galabru qui incarne l’adjudant Jérôme Gerber.

BONNE LECTURE
JAILU
14 AOÛT 2016

GEORGES BRASSENS

Georges Brassens

Commentaire sur le livre de
René Fallet

*J’ai passé, près ou loin de lui, quinze années d’amitié,
d’une amitié pour laquelle je ne trouve qu’un mot
d’une banalité accablante : merveilleuse.*
(Extrait de : GEORGES BRASSENS par René Fallet dans son
*introduction pour mieux saisir les intentions d’un auteur
qui n’en avait aucune* , Éditions Denoël, 1967, 115 pages.)

Dans son récit-hommage, René Fallet témoigne de son amitié avec Georges Brassens, un monument de la chanson française. Tout a commencé en 1953 alors que Fallet publiait un article sur Brassens. Ce dernier, séduit, offre son amitié au journaliste. Depuis, la relation s’est enrichie jusqu’à la mort du poète. Ce livre est plus un hommage qu’une biographie. On y retrouve des textes, des témoignages, des anecdotes, des photographies. Fallet a choisi de mettre le mythe de côté et de se concentrer sur l’homme mettant en perspective, de façon parfois émouvante le caractère affectueux de Brassens, son petit côté drôle et libertaire. Ce livre a été édité une première fois en 1967, puis réédité en 2001 enrichie cette fois d’extraits du journal de Fallet, textes de programme, et présentations de Brassens auxquelles l’auteur a prêté sa plume.

Le polisson de la chanson

*J’aime mieux m’en tenir à ma premièr’ façon
et me gratter le ventre en chantant des chansons.
Si le public en veut, je les sors dare-dare,
s’il n’en veut pas je les remets dans ma guitare.
Refusant d’acquitter la rançon de la gloir’,
sur mon brin de laurier je m’endors comme un loir.
Trompettes
de la renommée,
vous êtes
bien mal embouchées!
(Extrait de la chanson LES TROMPETTES DE LA RENOMMÉE
sortie en 1962. Paroles et musique : Georges Brassens, du
9e album de Brassens)

J’avais hâte de vous parler de mon auteur-compositeur préféré : Georges Brassens. Mon engouement pour ce poète, ce *polisson de la chanson* a commencé très tôt : 1964, j’étais en 3e année à l’école primaire Saint-Maurice de Shawinigan. Le conjoint de mon enseignante, Yvon, me donnait, une fois par semaine, des petits boulots à faire à son club de céramique à l’aréna de Shawinigan. Un samedi matin, en longeant le long couloir menant au club, j’entends une chanson. Le tourne-disque d’Yvon était aussi précieux que ses céramiques et il ne se gênait pas pour l’utiliser à volume élevé quand il était seul au club à préparer ses cours.

À l’approche de l’atelier, j’ai accroché non sur la voix du chansonnier mais sur les paroles de sa chanson : *Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées! Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente avec le Pèr’ Duval, la calotte chantante, lui, le catéchumène, et moi, l’énergumèn’, il me laisse dire merd’, je lui laiss’ dire amen…* (extrait : LES TROMPETTES DE LA RENOMMÉE). En entrant dans le local, on se salue et je lui demande qu’est-ce que c’est que cette chanson? C’est là qu’il a commencé à me parler de Georges Brassens, un nom qui ne disait rien aux jeunes de mon âge et pourtant, je commençais à beaucoup m’y intéresser. Depuis, la force d’attraction de Brassens n’a cessé de croître sur moi.

Pour moi, comme pour la plupart de ses fans d’ailleurs et même pour ses amis, Brassens était un personnage singulier, énigmatique, secret. Même dans le monde du spectacle, Charles Aznavour disait de Brassens qu’il était à part. À Bobino, dont il avait fait pratiquement son quartier général, Georges Brassens se présentait sur une scène dépouillée, avec un seul accompagnateur : un contrebassiste. Comme équipement : sa guitare bien sûr, une chaise pour y poser le pied. Attendant, déjà en sueur dans son veston un peu froissé et sa cravate ample…lorsque le rideau se levait, il était parti pour la gloire de divertir un public déjà conquis, venu applaudir le polisson de la chanson.

*Ses contemporains respirent en lui comme un parfum d’autrefois, un revenez-y de douceurs disparues…Georges Brassens est un homme de qualité. Cette qualité est son plus beau costume de scène. Cette qualité du texte de la pensée est la plus fière marque de respect que l’on puisse  donner à un public. Les marques extérieures n’existent pas auprès de celle-là…*

Brassens était un poète complet comme il ne s’en fait pas beaucoup. Chacune de ses chansons est un univers à explorer et à décortiquer. C’est précisément ce qu’a fait René Fallet dans son petit volume : un commentaire pour chaque chanson à la façon bien particulière de Fallet…colorée, originale, enveloppée de poésie vivante, celle si chère à Brassens. Et plus encore, Fallet enrichit son texte d’une chaleur enveloppante et d’une extraordinaire sincérité.

J’aurais aimé être l’ami de Brassens…tout le monde aurait aimé être l’ami de Brassens…mais voilà, c’était pas donné à tout le monde. Je vous invite donc à connaître Georges Brassens ou à renouer avec celui qui nous a laissé un héritage poétique et culturel d’une exceptionnelle profondeur et d’une magnifique beauté à travers l’amitié que lui vouait René Fallet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

René Fallet (1927-1983) était un écrivain et scénariste français. Après sa démobilisation en 1945, il publie son premier recueil de poèmes. Les années qui suivent seront consacrées à l’écriture, à la critique et aux voyages. En 1952, il entre au CANARD ENCHAÎNÉ, célèbre hebdomadaire satirique français. En 1953, il rencontre Georges Brassens. Ce sera le début d’une belle et longue amitié. Il se marie et entre temps reçoit le prix du roman populiste pour ses trois premiers romans BANLIEUE SUD-EST,  LA FLEUR ET LA SOURIS et PIGALLE. En 1964, son fameux roman PARIS AU MOIS D’AOUT, qui lui rapporte le PRIX INTERALLIÉ lui assure prestige et notoriété.

BONNE LECTURE
JAILU
FÉVRIER 2016