FÂCHÉ NOIR

MIEUX VAUT EN RIRE

*…J’aime imaginer qu’un lecteur
puisse pogner les nerfs,
mais je n’ai pas envie de lire
ses insultes…*
(extrait de AVANT QUE JE ME FÂCHE,
avant-propos de FÂCHÉ NOIR,
Stéphane Dompierre,
Éditions Québec Amérique, 2013)

Commentaire sur FÂCHÉ NOIR
de Stéphane Dompierre

 

Le québécois Stéphane Dompierre a réuni 52 de ses meilleures chroniques mises en ligne sur le portail YAHOO. Ce recueil de chroniques d’humeur s’intitule FÂCHÉ NOIR comme sur YAHOO. Dans ces chroniques, Stéphane Dompierre met en perspective nos petits travers bien humains ainsi que des situations quotidiennes qui ont le don de *taper sur les nerfs*.  Il passe en revue les irritants quotidiens, des tendances souvent absurdes et livre le tout de façon parfois (et souvent même) mordante.

 

Dans ce livre, le chroniqueur québécois Stéphane Dompierre nous livre ses meilleures chroniques FÂCHÉ NOIR mises en ligne sur le portail de Yahoo et dans lesquelles se conjuguent humour, ironie et sarcasme. L’auteur y passe en revue nos manies, penchants, travers, habitudes et autres tendances qui, sans qu’on le réalise, ont le don d’énerver les autres.

C’est un livre qui fait diversion de nos tracas quotidiens. Il m’a arraché beaucoup de rires et j’ai eu beaucoup de plaisirs à lire ses commentaires mordants et irrévérencieux sur toutes sortes de petites plaies qui sont souvent la signature de notre personnalité…ou qui ont le don de mettre en rogne. Par exemple, Dompierre se *fâche noir* contre les photos de vacance, les guichets automatiques, les erreurs de jugement, les heures d’ouverture, les tatouages, les voisins et peut-être le meilleur chapitre du livre : un commentaire cinglant et fort réaliste sur les manuels d’instruction.

J’ai trouvé ce livre à la fois délicieux et mordant. Pour apprécier ce livre, il ne faut pas avoir peur du ridicule et accepter de se livrer de bonne grâce à un exercice loin d’être malsain : rire de soi un bon coup. Il ne faut pas oublier non plus que ce sont des chroniques d’humeur en ce sens que Dompierre sonde le cœur des irritants quotidiens, l’amplifie, le caricature et nous oblige carrément à en rire.

Je vous recommande ce livre. Il se lit vite et bien. Les chapitres sont très courts et sautent du *coq à l’âne*. L’auteur fait preuve de beaucoup d’imagination et j’ai apprécié  cette petite touche d’exagération qui caractérise chaque sujet et qui vient nous rappeler que nous ne sommes rien d’autres que des humains…alors vaut mieux en rire.

Peut-être un jour l’auteur deviendra-t-il fâché noir contre…lui-même…

Divertissant…incontournable.

Je vous invite également à lire le commentaire de mllambert sur ce livre

Stéphane Dompierre est né à Montréal en 1970. Son premier roman UN PETIT PAS POUR L’HOMME a eu un succès éclair et lui a valu le Grand-Prix de la Relève Littéraire Archambault en 2004. Dompierre a d’abord fait des études en musique mais il s’est tourné rapidement du côté de l’écriture. Il est aussi scénariste pour la télévision et le cinéma et chroniqueur pour Yahoo et ELLE QUÉBEC en plus d’être porte-parole de la journée mondiale du livre et du droit d’auteur avec Chrystine Brouillet.

BIBLIOGRAPHIE :

-Fâché noir, 2013, Québec Amérique
-Corax, 2012, VLB éditeur
-Stigmates et BBQ, 2011, Québec Amérique
-Gloire et crachats, Jeunauteur- tome 2  avec Pascal Girard 2010, Québec Amérique
-Morlante, 2009, Coups de tête
-Souffrir pour écrire, jeunauteur tome 1 avec Pascal Girard, 2008, Québec Amérique
-Mal élevé, 2007, Québec Amérique
-Un petit pas pour l’homme, 2004, Québec Amérique

BONNE LECTURE
JAILU
6 novembre 2016

HISTOIRE DE FILLE POUR FILLES

BEAUX MECS ET SAC D’EMBROUILLES

Commentaire sur le livre de
MEG CABOT

*Je me demandais si tu avais un peu de temps
aujourd’hui…Est-ce que tu pourrais passer chez
moi pour me donner un coup de main?
TRADUCTION : peux-tu venir chez moi pendant
que mes parents ne sont pas là, histoire qu’on
-s’amuse- un peu tous les deux?
(extrait de BEAUX MECS ET SAC D’EMBROUILLES de
Meg Cabot, t.f. Hachette 2008, 185 pages éd. Num. )

 BEAUX MECS ET SAC D‘EMBROUILLES est le récit de Kathie Ellison, une ado jolie, énergique et talentueuse qui vit à Eastport, une petite ville dont les citoyens raffolent des Clams et qui vouent un culte à leur équipe de football collégiale qui porte aussi le nom de CLAMS et dont les joueurs sont considérés comme de jeunes dieux. Katie courre deux lièvres en même temps. Trois si on tient compte de l’arrivée dans le décor de l’énigmatique Tommy Sullivan. Pour couvrir sa vie sentimentale compliquée, Kathie ne compte plus les mensonges mais elle sent très vite le piège de ses mensonges se refermer sur elle. Qu’arrivera-t-il lorsque la vérité triomphera? La vérité sur Tommy Sullivan, sur les motivations de Kathie et la vérité sur les Clams…un joli sac d’embrouilles en perspective…

Histoire de fille pour filles

*Je n’étais pas la seule menteuse à Eastport,
mais j’étais la plus grosse,
la plus grosse de toute l’histoire de la ville,
assurément.*
(extrait de BEAUX MECS ET SAC D’EMBROUILLES)

C’est une histoire quand même assez banale comme il en arrive à des millions d’ados, mais je l’ai trouvée sympathique et divertissante. Il y a les personnages qui sont très attachants mais toute la dynamique du récit repose sur l’imagination de Kathie et ça m’a accroché.

Kathie est une belle jeune fille qui a de très belles qualités mais ce qui lui complique la vie et crée des situations tantôt cocasses tantôt dramatiques est résumé dans une superbe petite phrase que j’ai notée en cours de lecture et je cite… *OK, je suis une menteuse, doublée d’une mangeuse de garçons (combinaison plutôt mortelle je vous l’accorde), mais je ne suis pas débile.*

Donc, Kathie est la reine des menteuses et cette tendance aux mensonges crée des imbroglios qui justifient amplement le titre du volume et qui rappellent un peu les comédies d’erreur au théâtre et au cinéma.

Donc le défi du lecteur est de démêler les mensonges de Kathie et de voir où ça la mène en attendant un happy end qui ne manquera pas d’originalité.

Ce livre n’est pas la trouvaille du siècle mais il est rafraîchissant, très proche des ados et il soulève des questions qui sont débattues depuis que le monde est monde : qu’est-ce que l’amour? (une concurrente au concours annuel de MISS CLAMS en donne une définition très intéressante dans le récit), est-ce que toute vérité est bonne à dire? Doit-on absolument dire la vérité même si on sait qu’elle fera mal? Peut-on se limiter à des demi-vérités?

Ce livre n’a rien d’un exercice philosophique mais ces questions intéressantes sont quand même soulevées…des questions qui sont d’une actualité brûlante dans la vie de n’importe quel adolescent. Alors pour une petite détente, je vous recommande *BEAUX MECS ET SACS D’EMBROUILLES*. Son écriture est simple, vivante, pleine de rebondissements (pas tous prévisibles) et la lecture complète ne prend que quelques heures.

NOTE : malheureusement, le site officiel de Meg Cabot n’est disponible qu’en anglais (www.megcabot.com) mais je vous invite à visiter  www.MEG-CABOT.SKYROCK.com  pour en savoir plus sur l’auteure et son impressionnante bibliographie.

Meggin Patricia Cabot est une auteure américaine de romans pour adolescents et adultes. Elle est née en 1967 à Bloomington indiana où elle a fait des études d’art et exercé différents métiers avant de se consacrer à plein temps à l’écriture  avec, comme premier roman WHERE ROSES GROW WILD publié en 1998 sous le pseudonyme de Patricia Cabot. Elle a écrit plus de quarante romans dont plusieurs sont devenus des best-sellers traduits dans 37 pays et vendus à plus de 5 millions d’exemplaire. LE ROMAN D’UNE PRINCESSE a déjà été adapté à l’écran par les studios Disney.

BONNE LECTURE
JAILU
AVRIL 2015


LA DESCENTE AUX ENFERS DE SIMON CHALUMOT

ALLONS Z’ENFANTS

Commentaire sur le livre de
Yves Gibeau

*Mais Simon ne revint pas s’assoir à la table.
Réfugié dans sa chambre, et déshabillé,
couché maintenant, il méditait sa rancœur,
accumulait les projets de fuite, de suicide
même, soudain prêt à toutes les tentatives.*
(extrait de ALLONS Z’ENFANTS de Yves Gibeau,
Calman-Lévy, 1952, 357 pages, éd. Num.)

ALLON Z’ENFANTS est l’histoire de Simon Chalumot, 12 ans, que son père, un adjutant à la retraite vétéran de la première guerre mondiale  à l’esprit peu ouvert envoie dans une école militaire pour devenir un futur soldat au service de la patrie. Simon découvrira très vite la discipline brutale des sergents de l’école et la rigidité militaire qui sont en complète incompatibilité avec sa nature. Il deviendra vite rebelle et insoumis et connaîtra les tentatives d’évasion et même de suicide. Cette vie insoutenable durera près de 10 ans…10 années pendant lesquelles la bêtise et l’étroitesse  tenteront de *casser* le caractère de l’enfant dont le seul rêve en est un d’espoir et de liberté.

La descente aux enfers de Simon Chalumot

*…et l’élève Chalumot ne mérite aucune clémence,
aucun passe-droit. C’est l’exemple même de la
désobéissance, de l’anarchie, de la rébellion. Je
regrette, cher monsieur, d’avoir à vous dire de
telles vérités…*
(extrait de ALLONS Z’ENFANTS)

ALLONS Z’ENFANTS est l’histoire d’un ado français : Simon Chalumot envoyé de force dans les écoles militaires par son père, adjutant à la retraite…un père raté, incapable, étroit d’esprit et qui ne jure que par la discipline militaire…l’histoire d’une bonne nature d’enfant bousculée, insultée, brutalisée, maladroitement manipulée et considérée valable pour les poubelles de l’armée.

Ce qui m’a le plus frappé dans ce livre, c’est son caractère antimilitariste. En effet, ce n’est pas un livre qui pousse le lecteur à faire copain-copain avec l’armée et les traditions militaires. Gibeau y dénonce la vanité, la domination, la recherche du pouvoir, l’abus de pouvoir et une mentalité complètement déconnectée de la psychologie humaine en général et de celle des enfants en particulier. Les exemples sont nombreux…j’en citerai deux :

*Les militaires de carrière, Chalumot, ce sont tous des feignants, des nuisibles. Tu te vantes de ta retraite, du pognon que t’encaisse  tous les trimestres. À qui il appartient ce pognon Chalumot?…je m’esquinte pour toi tous les jours…pour toi et tes semblables…et Dieu sait s’il y en a de ces propres à rien. C’est moi encore qui entretient ton fils, qui lui permets de faire le clown à l’école, avec des zigotos de ton espèce…ton fils, tes en train de le tuer à petit feu…tu n’es pas son père Chalumot. Pour lui t’es un adjudant, rien qu’un adjudant…*

L’auteur n’est vraiment pas tendre pour les militaires comme le montre cet extrait d’un dialogue entre Simon et un ami de son parrain…

*…Beau métier d’feignant qu’on t’fait faire là. À quoi qu’vous êtes utiles vous autres? J’l’ai dit à ton sacré père, les militaires, c’est la dégoûtation de la France. T’entends?…*

C’est un livre dur, sans compromis…une charge extrêmement critique voire virulente contre l’hypocrisie militaire et la stupidité. Son écriture puissante et caractérielle a provoqué chez moi une forte émotion. Si Simon rencontre dans son histoire quelques rares personnes correctes auxquelles il peut s’identifier, je n’ai pas vraiment senti une recherche d’équilibre de la part de l’auteur. C’est un jugement sans appel sur la mentalité d’une époque où les enfants et les ados étaient les derniers à être consultés sur leur avenir par leurs parents et plus particulièrement par nombre de pères bornés et bouchés dont l’unique désir reposait sur cette phrase impérative : *marche sur mes pas ou crève.

La finale du livre est particulièrement éprouvante et choquante. Comment ne pas aimer Simon et être troublé par sa souffrance qui résulte de la bêtise et de l’égocentrisme. C’est un bon livre qui garde captif mais il est dur et très direct. J’espère que les choses ont changé. Je sais que les enfants et les ados d’aujourd’hui sont plus entendus, mais sont-ils écoutés?

Yves Gibeau (1916-1994) est un écrivain français. Fils de militaire, Yves fût lui-même mobilisé en 1939, prisonnier de guerre en 1940, rapatrié d’Allemagne et démobilisé en 1941. Vivra par la suite de différents boulots : journaliste et même chansonnier. Ses écrits sont de nature hautement pacifiste et évoquent une haine irréversible du militarisme. ALLONS Z’ENFANTS est son livre le plus lu et sûrement le plus caustique sur les milieux militaires qu’il considère comme inutilement bêtes et brutaux.

En complément j’attire votre attention sur l’adaptation cinématographique de ALLONS Z’ENFANTS adapté et scénarisé par Yves Boisset et Jacques Kirsner et sorti en France en 1981. Yves Boisset en est le réalisateur.

Dans la distribution, on retrouve Lucas Belvaux dans le rôle de Simon Chalumot et Jean Carmet dans le rôle de l’adjudant Chalumot, le Père de Simon. Le film est surtout axé sur la carrière militaire obligatoire de Simon. Une fois démobilisé, il consacre sa vie à sa passion : la littérature et le cinéma mais il sera vite rattrapé par la deuxième guerre mondiale qui le retourne à l’armée sans qu’il ait le choix encore une fois.

BONNE LECTURE
JAILU
FÉVRIER 2015