VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE version audio

Le classique des classiques

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE

Commentaire sur le livre de
JULES VERNE
(D’après deux versions audio)

*Le véritable voyage commençait. Jusqu’alors, les
fatigues l’avaient emporté sur les difficultés.
Maintenant, celles-ci allaient véritablement naître
sous nos pas. Je n’avais point encore plongé mon
regard dans ce puits insondable où j’allais
m’engouffrer. Le moment état venu…*
(Extrait, VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE, Jules
Verne, livre audio édité en 2013 par LE LIVRE QUI PARLE
et lu en version intégrale par Bernard Petit. J’ai aussi
écouté une version audio courte publiée en 2005 par les
éditions Naïve et lue par Jean-Claude Dreyfus et Michel
Aumont.)

Image: publication 2013

Axel Lidenbrock est le neveu d’un éminent géologue et naturaliste allemand, le professeur Otto Lidenbrock. L’histoire commence à Hambourg, dans la maison du Pr. Lidenbrock. Le professeur, amateur de vieux livres, a acheté le manuscrit original d’une saga islandaise, Heimskringla, écrite au XIIe siècle, et dans lequel il découvre un parchemin rédigé en caractères runiques. Axel et son oncle parviennent à déchiffrer ce cryptogramme. Il s’agit du message d’un certain Arne Saknussemm, un alchimiste du XVIe siècle. Celui-ci affirme avoir découvert un passage vers le centre de la Terre, en passant par le Sneffels, volcan inactif situé en Islande. Le professeur Lidenbrock décide de partir dès le lendemain pour l’Islande, emmenant avec lui son neveu Axel. A Reykjavík, ils engagent un chasseur d’eider nommé Hans, qui sera leur guide. Les trois hommes voyagent jusqu’au pied du volcan Sneffels, et en font l’ascension. Le cratère éteint renferme trois cheminées. L’une d’elles doit être effleurée par l’ombre d’un haut pic, le Scartaris, à midi, “avant les calendes de juillet”, c’est-à-dire dans les derniers jours de juin. D’après la note de Saknussemm, là se trouve le passage vers le centre de la Terre…

LE CLASSIQUE DES CLASSIQUES
*Enchanté mon garçon, je suis enchanté.
Nous sommes arrivés. <au…au terme de
notre expédition?> ? Mais non…au bout
de cette mer qui n’en finissait plus…nous
allons maintenant reprendre la voie de terre
et nous enfoncer enfin dans les entrailles du
globe !
>(Extrait : édition année 2005)

Image : publication 2005

Ça faisait longtemps que VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE de Jules Verne était dans mes projets de lecture. Plusieurs années même. Difficile de dire pourquoi je repoussais tout le temps. On ne peut pas repousser Jules Verne indéfiniment. Puis j’ai eu la chance de mettre la main sur deux versions audios de ce grand classique. La version narrée par Bernard Petit est plus complète. Première observation et ça m’a sauté aux yeux…plutôt aux oreilles… j’ai compris à quel point les scénaristes et réalisateurs avaient pris des libertés dans l’adaptation du livre. Le livre est définitivement plus sobre et plus intéressant même s’il est sensiblement moins spectaculaire.

L’histoire est simple. C’est celle d’un scientifique : Otto Lindenbrock, un géologue, brillant mais têtu et légèrement caractériel et Axell, son neveu, un orphelin que le professeur a pris sous son aile. Un jour, Axell découvre un mystérieux parchemin. Le manuscrit, signé Arne Saknusemme, contient des indications précises pour atteindre le centre de la terre en passant par le cratère du Sneffel, un volcan islandais éteint et en utilisant une des cavités éclairées par le soleil un jour précis de juin. Lindenbrock décide de tenter l’aventure avec Axell et s’adjoindre un guide islandais appelé Hans et voici nos amis partis dans une aventure qui va les marquer pour la vie, frôlant la mort plusieurs fois et composant avec les caprices de la planète qui est fort vivante.

Le livre et la première version audio que j’ai écoutée raconte donc l’odyssée de l’expédition Linderbrock. On s’aperçoit très vite que la science est un objet de littérature pour Verne et c’est la source d’une de mes principales difficultés quand je lis Verne : l’étalement de connaissances et d’explications scientifiques, certaines n’étant pas nécessaires au contenu, d’autres compliquées parce qu’insuffisamment vulgarisées. C’est un élément qui complique la lecture ou l’écoute. Évidemment quand je lis un livre de science-fiction, je m’attends à un livre d’aventure et non à un cours de science. Verne n’est pas le seul à s’étendre, ce fut le cas de beaucoup d’auteurs. Au moment d’écrire ces lignes je pense surtout à Edgar Allan Poe. Mais il y a quand même un élément très important qui vient contrebalancer la parade scientifique : c’est la beauté de l’écriture qui pousse à l’émerveillement de par ses qualités descriptives.

Il est difficile de ne pas aimer Jules Verne, d’autant que la première version audio que j’ai écoutée était narrée par Bernard Petit avec ses remarquables capacités vocales de passer d’un registre à l’autre et de matérialiser par son harmonique vocale une extraordinaire gamme d’émotions. Il lui arrive parfois d’en faire trop, de verser sensiblement dans la déclamation mais pas suffisamment pour irriter les oreilles si je me réfère à l’ensemble de la narration. Donc en général, l’écoute fut pour moi très agréable. Si je reviens à l’histoire, j’ai été un peu surpris du peu de consistance attribuée au guide HANS, à qui Verne semble avoir attribué le rôle d’ange gardien. Ne réfléchis pas, parle très peu mais jamais loin pour sauver tout le monde. J’aurais souhaité qu’il ait un rôle plus actif. Autre faiblesse à mon avis, mais elle pourrait être discutable, j’ai trouvé la finale expédiée et un peu facile. Au moins, j’ai pu savourer une description extraordinaire des paysages, et ce à tous les niveaux de la descente. C’est un récit très actif et généreux dans ses descriptions

Quant à la deuxième version que j’ai écoutée, je serai bref. Elle est plus courte, plus concentrée, elle est présentée par deux narrateurs avec figurants et musique. C’est une version plus ancienne, pas techniquement au point. Toutefois, j’ai trouvé sa présentation sympathique et très agréable.

Lire Verne, c’est un dépaysement garanti. Bien sûr il y a des invraisemblances, mais l’auteur fut un des plus grands visionnaires de la littérature. N’a-t-il pas anticipé l’idée du sous-marin avec 20 000 lieues sous les mers, et le voyage dans l’espace avec DE LA TERRE À LA LUNE et la théorie de la terre creuse de Pauwells avec VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE. Il faut lire Verne au moins une fois…dépaysant bien sûr, mais aussi rafraîchissant, relaxant…bon pour le moral. La qualité de l’écriture m’a entraîné au centre de la terre…un moment intense et extraordinaire.

Affiche du boitier contenant le DVD du film VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE sorti en juillet 2008 et réalisé par Eric Brevig avec, au cœur de la distribution, Brendan Fraser et Josh Hutcherson. D’après l’œuvre de Jules Verne, scénarisé par Jennifer Flackett, Mark Levin et Michael D. Weiss.

Jules-Gabriel Verne (1828-1905) est un écrivain français dont l’œuvre est surtout constitué de romans d’aventures basés sur les progrès scientifiques de son temps. Rompu d’abord au théâtre, sa rencontre avec Alexandre Dumas va sérieusement influencer la suite. La rencontre avec l’éditeur Pierre Jules Hetzel, en 1862, et la publication par ce dernier de Cinq semaines en ballon, change le cours de sa vie. Le succès est immédiat et international, si bien que Verne signe un contrat de vingt ans pour produire ses Voyages Extraordinaires, nom attribué à sa série de plus de 70 romans.

 Les plus célèbres (Le tour du monde en quatre-vingts jours, Vingt mille lieues sous les mers, l’Île mystérieuse, Michel Strogoff, Les enfants du Capitaine Grant, Voyage au centre de la Terre, De la Terre à la Lune) sont gravés dans les mémoires et font partie du patrimoine culturel mondial. L’intérêt particulier de son œuvre, c’est d’y retrouver un amour profond de la science, mêlé avec autant d’art que de sérieux à des idées novatrices et proches de la science-fiction. Beaucoup de ses livres ont été adaptés au cinéma, 20000 lieues sous les mers, produit par Disney, réalisé par Richard Fleischer, et bien sûr, VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE. (À consulter)

Pour terminer, AUDIBLE.CA offre deux suggestions supplémentaires des versions audios du célèbre classique de Verne :

      

Le cinéma et la littérature nous propose une quantité impressionnante de versions du grand classique de Verne. Les livres audio n’échappent pas à cette tendance. Audible en propose deux autres ci-haut. À gauche, la première version sonore réalisée en 1955 et publiée en 2015, narrée par Jean Desailly. À droite, une version abrégée publiée en 2010 avec le narrateur Éric Legrand.

BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le dimanche 15 septembre 2019

ESPERANZA 64

Quand les yeux ne suffisent plus

ESPERANZA 64

Commentaire sur le livre audio de
JULIEN CENTAURE

(Lu par Renaud Dehesdin)

Tout frais émoulus de l’École de l’Espace, Nil, Mila, Élisabeth et bien d’autres, sont en train de rejoindre l’Esperanza 64 en orbite. Comme son nom l’indique, le vaisseau est le 64e du nom et, à l’instar de ses prédécesseurs, il va, sous deux mois, être lancé vers une étoile proche dans le cadre du programme Exodus. Manœuvré par un équipage de 4 000 hommes et femmes, il mettra des milliers d’années pour atteindre sa destination. Il emporte dans sa soute 20 000 000 de caissons, communément appelés cercueils, où sont conservés, congelés, les futurs colons de l’hypothétique exo planète viable sur laquelle il faudra s’arrêter et s’implanter. Tous ces colons ont été désignés au hasard. Le programme Exodus est un projet totalement fou, violemment critiqué, d’autant plus qu’Exodus impose un secret absolu sur ce qui se passe à bord des Esperanza. Il est censé permettre, à terme, d’évacuer la moitié de la population d’une Terre exsangue, rétablissant ainsi l’équilibre des besoins et des ressources. Mais les Esperanza ont-ils réellement une chance de réussir ? Très vite, l’équipage de l’Esperanza 64 va être confronté à la terrible réalité de l’espace.

*Restait le nombre d’exo-planètes à visiter,
qu’on estimait à 150 milliards. Le projet
Exodus n’envisageait pas à terme l’envoi
de plus de 300 vaisseaux, c’est-à-dire que
chaque vaisseau devrait explorer à lui
seul, 500 millions de planètes. *
(Extrait du livre audio ESPERANZA 64 de
Julien Centaure, lu par Renaud Dehesdin.
Réalisation : studios Audible, mai 2018
origine : 2017, papier, édition indépendante)

QUAND LES YEUX NE SUFFISENT PLUS
*On estima en effet le diamètre de la voie lactée à
100 000 années lumières. C’est-à-dire qu’en
voyageant à la vitesse de la lumière, il faudrait
100 000 ans pour atteindre l’extrémité de notre
galaxie et on aurait alors exploré qu’une ligne
droite…l’exploration de la Voie Lactée était tout
simplement hors de portée de l’être humain qui
n’en verrait jamais le milliardième.*
(Extrait)

 C’est un long pavé. Une histoire qui exprime le gigantisme d’une titanesque œuvre humaine. Ce sujet est courant en littérature, et ancien même : Notre bonne terre-mère Gaïa dont les ressources sont épuisées et qui force les hommes à organiser un exode Massif vers d’autres mondes à l’autre bout de notre galaxie, Le programme Exodus envoie vers l’inconnu des vaisseaux aux dimensions démesurées pouvant contenir plus de 20 millions d’êtres humains en cryoconservation en plus d’un équipage de 4 000 personnes. Le vaisseau qu’on suit ici est le 64e lancé par Exodus. Le calcul est simple. Ça fait plus d’un milliard 300 milles personnes envoyées dans l’inconnu pour un voyage qui durera environ 15,000 ans. Y’a-t-il un espoir sérieux de survie ou est-ce une forme déguisée de génocide. Et puis qui se souviendra d’Esperanza après 15,000 ans. Voilà…je n’ai fait que donner quelques informations sur le gigantisme du projet Exodus. Mais ça va beaucoup plus loin.

Il y a deux éléments qui m’ont impressionné dans ce long récit : la démesure. Quand je titre plus haut que les yeux ne suffisent pas, vous comprenez. Tout est énorme dans ce récit…à l’échelle de l’univers. Même les règles tombent dans la démesure : *Dans les vaisseaux de type Esperanza, vous découvrirez vite que les règles sont très strictes. Un membre d’équipage qui craque est, après un jugement sommaire, expulsé dans l’espace. * (Extrait) Et enfin, il y a l’usure du temps. C’est un phénomène dont l’auteur tient compte tout le long du récit ce qui ajoute à son originalité car en littérature et au cinéma, l’usure du temps est un élément plutôt boudé ou simplement ignoré.

Il n’y a rien de fabriqué par l’homme qui peut durer 15 000 ans. Cet élément apporte un stress qui est comme une excitation, un besoin pour le lecteur de savoir dans quel état sera le vaisseau après 15 000 ans. Demandons-nous plutôt dans quel degré de délabrement. Je parle non seulement d’usure normale mais aussi des effets des rayonnements et surtout des météorites qui ont frappé le vaisseau de tous côtés. Même s’il est question de science-fiction, l’auteur a marqué son récit par le réalisme.

L’œuvre de Centaure comporte un certain irritant. Environ le tiers du récit est constitué d’explications scientifiques. Je crois bien qu’elles sont essentielles, mais plusieurs de ces explications ne seront comprises que des initiés : *…mais le pic de température enregistré par le bouclier thermique fut de 16 000 degrés Celsius et la sonde encaissa aussi 228 g de décélération au cours de ce freinage atmosphérique qui dura 2 minutes 30 environ. L’Esperanza 64 n’était pas une sonde équipée d’un bouclier thermique et il irait quatre fois plus vite à 200 km/h. Il fallait donc impérativement trouver un astre pour le freiner. * (Extrait)

Malgré tout, je comprends l’auteur qui a sûrement voulu ajouter au réalisme la crédibilité. Maintenant, vous vous demandez peut-être si l’œuvre a prévu des êtres extra-terrestres. Je dis oui, mais l’auteur a choisi de développé cet aspect avec beaucoup de retenue et a insisté surtout sur l’importance et la qualité de la communication. Bref, l’auteur a dû faire d’importantes recherches scientifiques et technologiques pour rendre son récit le plus cohérent possible.

Je terminerai par quelques commentaires brefs : la présentation audio est intéressante malgré le ton un peu monocorde du narrateur. Heureusement, Renaud Dehesdin a une harmonique vocale très agréable et donc, l’écoute est d’autant agréable. Les personnages sont extrêmement bien travaillés et Centaure leur a ajouté une sensibilité presque palpable. C’est un plus. En dehors de la complexité scientifique, le texte est fluide, le fil conducteur, solide. C’est bien écrit et ça décrit bien toutes les facettes de l’être humain, ce que j’appelle parfois l’hommerie. Enfin, la suite d’ESPÉRANZA 64, TERRA nous confirme finalement la conclusion du présent tome. La nouvelle terre sera atteinte. Mais selon vous, il y aura combien de survivants et dans quel état, qu’adviendra-t-il du vaisseau ? Comment seront les premiers jours sur Terra ? Pas le choix, il faut voir ou écouter.

ESPERANZA 64 a été pour moi une très agréable expérience d’écoute.

ESPERANZA 64…LA SUITE

Deux ans après son arrivée en orbite de Terra, l’Esperanza 64 peut enfin débarquer les premiers colons. Ces derniers, contrairement à l’équipage, n’ont pas vécu l’interminable voyage et la mise en place laborieuse des premières installations au sol. Ils ont dormi 15 000 ans et, à leurs yeux, le contraste est immense entre la Terre, qu’ils ont l’impression de n’avoir quittée que la veille, et cette planète d’accueil où tout reste à faire. Élisabeth, dont le souci initial était de maintenir dans la colonie un niveau technologique suffisant, va être rapidement dépassée par les événements et contrainte à revoir ses ambitions. Survivre se révélera en effet un objectif beaucoup plus réaliste.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert

Le vendredi 24 mai 2019


LES QUINZE PREMIÈRES VIES D’HARRY AUGUST

Tant et tant de vies Tant et tant de temps

LES QUINZE PREMIÈRES VIES
D’HARRY AUGUST

 Commentaire sur le livre de
CLAIRE NORTH

 *La mort…peut être obtenue de deux façons. Je ne parle pas de la mort fastidieuse que notre corps nous force à endurer à la fin de chacune de nos vies…je parle de la mort véritable…sa première forme, c’est l’oubli. On efface l’intégralité de votre mémoire… après ça, vous ne vous souvenez plus de votre nom, ni de votre lieu de naissance…ce qui, pour nous, équivaut à une mort véritable. L’ardoise ainsi effacée, vous pouvez redevenir pur et innocent. * (Extrait : LES QUINZE PREMIÈRES VIES D’HARRY AUGUST, Claire North, Delpierre éditeur, 2014. Édition numérique, 320 pages.)  

Harry August se retrouve sur son lit de mort. Une fois de plus. Chaque fois qu’Harry décède, il naît de nouveau, au lieu et à la date exacte auxquels il est venu au monde la première fois, possédant tous les souvenirs de ses vies antérieures. Peu importe ses actions ou ses choix, le processus est toujours le même. Harry ne peut expliquer ce phénomène. Il sait seulement qu’il y en a d’autres comme lui. Alors qu’Harry arrive à la fin de sa onzième vie, une petite fille apparaît à son chevet et lui livre un message à transmettre d’enfant à adultes à travers des générations depuis mille ans dans le futur. Le message dit : « Le monde se meurt et nous ne pouvons rien y faire. À vous de jouer. » Reste à savoir comment Harry August essaiera de sauver un passé qu’il ne peut changer et un futur qu’il ne peut accepter. Claire North nous livre un roman qui pousse à la réflexion…

TANT ET TANT DE VIES
TANT ET TANT DE TEMPS
*C’est bizarre de savoir que tous ces gens
se connaissent depuis plusieurs siècles
alors qu’à mes yeux ils sont encore des
étrangers.*
(Extrait : LES QUINZE PREMIÈRES VIES
D’HARRY AUGUST)

 L’histoire est un peu complexe mais le fil conducteur est riche et solide. Ça m’a permis de rester dans le coup et de découvrir avec plaisir les talents d’une auteure que je ne connaissais pas : Claire North. Il faut bien saisir le début de l’histoire et la situation d’Harry pour apprécier à sa juste valeur le reste du récit et en arriver à se poser la question qui porte un peu à réfléchir : Qu’est-ce que j’aurais fait à la place d’Harry.

Donc il faut savoir qu’Harry est né orphelin, qu’il a vécu, qu’il est mort, qu’il est né de nouveau au même endroit et dans les mêmes circonstances, avec les souvenirs demeurés intacts de sa vie antérieure. C’est un Kalachakras. Et en plus, il est mnémonique. Ceux qui n’ont pas ce don, le commun des mortels autrement dit, sont des linéaires…linéaire comme le temps. Harry est en lien avec le Cercle Cronus, allant en faiblissant et qui regroupe les kalachakras. Il est porteur d’un message transmis d’enfant à vieillard mourant : *J’ai besoin de faire remonter un message dans le temps…comme vous avez l’obligeance d’être en train de mourir, je vous demande de le transmettre aux Cercles de votre jeunesse, de la même façon qu’il m’a été transmis.* (Extrait) Ce n’est pas un secret, ce message révèle que la fin du monde approche. Ça m’a semblé logique, car dans l’histoire, le futur est en train de changer dramatiquement.

Harry consomme ses vies en poursuivant ceux de son espèce qui sont susceptibles d’altérer l’histoire en introduisant à l’avance divers éléments et inventions pour lesquels la société n’est pas préparée. Il poursuit en particulier Vincent Ramkis qui projette la création d’un miroir quantique qui permettrait aux hommes d’avoir réponse à toutes les questions existentielles et qui permettrait de percer les mystères de l’univers avec les yeux de Dieu et ce faisant, introduit des technologies très en avance sur le temps.

Cette histoire me rappelle à certains égards le livre de Ken Grimwood REPLAY (Éditions du Seuil, 1998). Si vous avez lu ce livre, vous vous rappellerez que Jeff Winston est mort dans son bureau d’une crise cardiaque en 1988. Il se retrouve en 1963 à 18 ans dans son ancienne chambre d’Université. L’histoire est quand même différente mais ça fait une lecture parallèle très intéressante.

J’ai trouvé cette histoire très originale même si les sauts dans le temps et les paradoxes temporels sont des thèmes chers à la littérature, il en est question entre autres dans deux livres que j’ai commentés sur ce site : LES CHRONOLITHES et LE TEMPS PARALYSÉ de Dean Koontz. Dans le livre LES QUINZE PREMIÈRES VIES D’HARRY AUGUST, vous pourrez lire en particulier un intéressant dialogue sur les paradoxes temporels et leurs effets. Original aussi ce livre, parce que la vie d’Harry August étant une boucle temporelle, il a autant de vies que de regards critiques sur le XXe siècle et il y a beaucoup d’observations pertinentes.

Si ma vie était une boucle temporelle, je vivrais aisément sachant d’avance les numéros gagnants de loterie. Dans le livre de North cet aspect est exploité avec modération, August allant chercher juste ce qu’il lui faut. L’auteure n’est pas tombée dans le piège de la surexploitation qui est parfois si tentant. C’est un autre bon point. Il y a quelques faiblesses : des longueurs, des bouts de dialogues nombreux qui n’apportent rien au récit. Et à peu près rien sur l’enfance d’Harry. Ça c’est dommage et ça fait que pour moi, le livre est incomplet. Il aurait en effet été très intéressant de savoir comment Harry vivait son enfance et son adolescence au fil de ses vies. Tout ce que j’ai cru comprendre est qu’il trouvait cette partie de ses vies ennuyantes à mourir et dépourvues d’intérêt. Enfin, il y a des sauts dans le temps.

Il faut être attentif malgré la solidité du fil conducteur. Ce livre est comme une longue lettre à saveur autobiographique ou un journal si vous préférez. Harry en est le narrateur et dans son récit, il peut passer d’une vie à l’autre pour illustrer ses comparatifs. Un peu mêlant par bouts, sans compter des passages un peu trop techniques mais je me suis quand même bien débrouillé.

Sans être un chef d’œuvre, c’est une histoire réussie et un bon roman. Il pousse à l’introspection et au questionnement. Comme je l’ai mentionné au début de ce texte, on peut se demander entre autres qu’est-ce qu’on ferait à la place d’Harry et puis comment gèrerait-on une vie éternelle surtout en sachant que le futur agonise. Même si l’avenir était prometteur, seriez-vous volontaire pour une vie éternelle ? La plume consistante et un peu énigmatique de Claire North a de quoi alimenter votre réflexion.

Malgré les longueurs et l’aspect complexe de l’œuvre, j’ai apprécié ce roman et oui… ce n’est pas vraiment un coup de cœur, mais je crois que c’est une réussite.

 LECTURE PARALLÈLE SUGGÉRÉE :

 

 

 

 

 

 

 

Claire North, de son vrai nom Catherine Webb est une écrivaine anglaise né en 1986. Elle a aussi écrit sous le pseudonyme de Kate Griffin. Élevée entre une mère auteure et un père éditeur, on peut comprendre que Catherine Webb soit devenue très tôt une passionnée de lecture, puis de l’écriture. Elle n’avait que 14 ans quand elle a complété l’écriture de son premier roman en 2000 LA GUERRE DES RÊVES publié en 2002. Elle s’est spécialisée très tôt dans la littérature de science-fiction et de fantasy. LES QUINZE PREMIÈRE VIE D’HARRY AUGUST et son treizième ouvrage, récipiendaire du prix John Wood Campbell memorial en 2015.

BONNE LECTURE
JAILU/CLAUDE LAMBERT
Le dimanche 5 mai 2019