LE FACTEUR 119

DÉTOURNEMENT TECHNO

LE FACTEUR 119

Commentaire sur le livre de
LYDIE BAIZOT

*-Mon cerveau est humain, on peut donc dire que
je pense comme un humain. Est-ce leur cas? –C’est
difficile à dire…»…Ils possèdent 118 facteurs qui leur
inculquent un caractère, des envies, des goûts, des
devoirs…mais j’aime à croire qu’ils sont capables
de bien plus.*
(Extrait : LE FACTEUR 119, Lydie Baizot, Éditions Voy’(el)
2015, numérique, 425 pages)

Le professeur Ellyard McComb, un cybernéticien de génie met au point des intelligences artificielles humanoïdes. Un jour, tout à fait par hasard, le professeur découvre que ses I.A. ont été détournées de leur objectif initial grâce à l’ajout dans leur programmation d’un 119facteur. McComb ne tarde pas à comprendre que cette duperie, qui risque de mener tout un peuple à sa perte, est l’œuvre de son patron, Henri Havensborn, homme ambitieux, fourbe et sans scrupule. Le professeur devra prendre des risques périlleux pour contrer les sombres projets d’Havensborn à commencer par réveiller précocement des I.A. pour retrouver les autres I.A. disparues et détourner le mystérieux facteur 119, précurseur d’une catastrophe imminente. Une impitoyable course contre la montre commence…

DÉTOURNEMENT TECHNO
*Ellyard écoutait avec une émotion et une fierté indéniables
ses enfants parler entre eux. Une personnalité avait émergé
en chacun, bien au-delà des paramètres de base qu’il avait
lui-même choisis. Finalement, un réveil prématuré avait
peut-être été salutaire pour eux, dans le sens où l’ingénieur
avait l’impression que leur évolution était plus naturelle.
(Extrait : LE FACTEUR 119)

J’ai lu plusieurs livres et vu beaucoup de films avec comme sujet les Intelligences Artificielles y compris celles auxquelles on a fini par attribué certains sentiments et même certaines capacités essentiellement humaines comme pleurer par exemple. Donc le sujet n’est pas nouveau et bien que LE FACTEUR 119 n’échappe pas à un manque d’originalité, ce livre m’a envoûté. Pourquoi? Difficile à expliquer parfois l’attachement à un livre…peut-être à cause de l’intensité de l’écriture, des I.A. qui sont terriblement attachantes dans le récit, à cause de la puissance des mots…pour moi, chaque livre a son aura et celle qui nous intéresse aujourd’hui est très forte. Voyons pourquoi :

L’histoire se déroule dans le futur et dans une galaxie lointaine dont les planètes sont politiquement réunies en confédération. Dans cet univers, deux civilisations en particulier s’opposent dans une guerre qui ne finit pas de finir : Les Loraniens et les Médroviens. Sur Loranys, le professeur McComb a créé 10 intelligences artificielles, type humanoïde et comportant chacune 118 facteurs d’attitudes et de comportements. Or 6 d’entre elles sont sabotées par l’ajout d’un 119facteur qui les amène à prêter assistance à l’ennemi. Elles sont envoyées sur Médrovia.

Pour injecter les nanites susceptibles de neutraliser le facteur 119, le professeurs McComb réveille les quatre I.A. qui restent et qui deviendront les héros de cette histoire : Tyler, 16 ans d’apparence, le plus attachant de la petite compagnie, dotée d’une vraie personnalité d’ado ayant de l’humour et de la réplique, bricoleur génial, William, 60 ans d’apparence, informaticien de première ligne, Ethan, 30 ans d’apparence, spécialiste en médecine et sciences associées et Gabrielle, 30 ans d’apparence, militaire et conceptrice d’armes.

Dans ce récit, il y a beaucoup d’action et de rebondissements, beaucoup d’imagination aussi dans la résolution d’intrigues et de problèmes générés par un conflit complexe et destructeur. Il y a aussi une belle place pour l’humour, grâce à Tyler en particulier. Mais le véritable intérêt du livre vient de la nature même de ses héros : quatre I.A. tellement unies qu’on dirait qu’elles forment une famille. L’auteure les fait évoluer d’une façon subtile et c’est ainsi que le lecteur assiste pour chaque I.A. à l’émergence d’une personnalité forte et attachante, complètement étrangère aux paramètres habituels des I.A.

Ce livre n’est pas sans faire réfléchir sur les nouvelles technologies souvent détournées au profit du pouvoir alors qu’on sait très bien que ce n’est pas pour cela qu’elles ont été créées. Le livre évoque aussi le pouvoir de l’esprit de corps et d’équipe et d’une certaine façon l’éveil à la vie qui appelle à un combat pour l’équité et la justice.

La fluidité de la plume conjuguée à son intensité, une remarquable imagination, des personnages énergiques et attachants qu’on aimerait compter parmi nos amis et une action presqu’incessante font toute la richesse de ce livre de science-fiction que je classe à part car il a été le premier du genre à me faire vibrer depuis de nombreuses années.

Lydie Blaizot est une écrivaine française née à Cherbourg le 12 juillet 1973. Dès son plus jeune âge, elle développe une véritable passion pour la science-fiction, le fantasy, la littérature fantastique en général. À  30 ans, elle en deviendra une spécialiste alors qu’elle prend la plume et offre son premier roman : LA MAISON DE LONDRES, publiée en 2010. LE FACTEUR 119 sera publié l’année suivante.

 BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 10 juin 2018

GRAVÉ SUR CHROME

VERTIGE HYPERTECHNOLOGIQUE

GRAVÉ SUR CHROME

Commentaire sur le recueil de
WILLIAM GIBSON

*Le Drome puait le trafic : arrière-goût métallique
de tension nerveuse. Des malabars éparpillés
dans la foule jouaient des biceps en échangeant
de minces sourires glacés et certains étaient
noyés sous de telles masses de muscles greffés,
qu’ils n’avaient presque plus figure humaine.*
(Extrait : GRAVÉ SUR CHROME, recueil de nouvelles
de William Gibson, T.F. : Éditions La Découverte, 1987.
Édition numérique, 190 pages)

GRAVÉ SUR CHROME est un recueil de nouvelles au style cyberpunk évoquant un monde surencadré par l’hyper technologie, en particulier les technologies de l’information dans un monde trépidant. Le recueil comprend 9 nouvelles dont JOHNNY MNEMONIC (adapté au cinéma),  LE GENRE INTÉGRÉ,  coécrit avec John Shirley,  ÉTOILE ROUGE BLANCHE ORBITE, HOTEL NEW ROSE (adapté au cinéma), LE MARCHÉ D’HIVER, DUEL AÉRIEN. Coécrit avec Michael Swanwick. En tout, neuf nouvelles plongent le lecteur dans l’hyper-technologie, un monde qui peut sembler surréaliste mais qui dépeint une société qui évolue rapidement en développant différents thèmes sociologiques.

Les nouvelles :

1)    Johnny Mnemonic, William Gibson
2)    Fragments de rose en hologramme, William Gibson
3)    Le genre intégré, William Gibson et John Shirley
4)    Hinterlands, William Gibson
5)    Étoile rouge, blanche orbite, William Gibson et Bruce Sterling
6)    Hôtel New Rose, William Gibson
7)    Le marché d’hiver, William Gibson
8)    Duel aérien, William Gibson et Michael Swanwick
9)    Gravé sur chrome, William Gibson

Traduction : Jean Bonnefoy

VERTIGE HYPERTECHNOLOGIQUE
*Chrome : son joli visage enfantin aussi lisse que
l’acier, avec des yeux qui auraient été à leur place
au plus profond de quelque fosse abyssale dans
l’Atlantique, des yeux gris et froids qui vivaient
sous une terrible pression. On disait qu’elle
mitonnait ses cancers maison pour les gens qui
la croisaient, variation rococo sur mesure qui
prenaient des années à vous tuer.
(Extrait : GRAVÉ SUR CHROME du recueil GRAVÉ SUR CHROME)

En lisant ce recueil de nouvelles vous pénétrez au cœur d’un style littéraire un peu dégingandé pour mon goût quoique très visionnaire, sombre, bariolé, saturé de synthétique, de rebuts et de gadgets ultra-technologiques. Ce style crépitant fut ourdi par Gibson lui-même avec la publication de son livre NEUROMANCIEN en 1984 qu’on trouve maintenant dans toutes les bibliothèques de SF et dans le top 20 à vie des meilleurs livres de science-fiction.

La plus connue de ces nouvelles est sans doute JOHNNY MNEMONIC adaptée au cinéma et incarné par Keanu Reeves qui transporte dans son cerveau des informations auxquelles il n’a même pas accès lui-même…un disque dur vivant qu’on cherche à éliminer et ce ne sera pas simple…l’archétype du genre : très punk, très cyber, froid.

J’ai eu de la difficulté à lire ce livre au complet. La plume de William Gibson est confuse. Ses nouvelles n’ont à peu près pas de fils conducteurs et prennent toutes sortes de directions. Il m’a fallu souvent revenir en arrière pour comprendre certains développements, certains passages. Aussi, contrairement à la science-fiction classique, Gibson accorde une importance à mon avis démesurée à la psychologie de ses personnages. Ça crée des longueurs et des temps morts dans un environnement qui explore dans la plupart des nouvelles un monde spasmodique noyé dans une ultra-technologie froide et sans âme.

Après JOHNNY MNEMONIC, je suis tombé sur FRAGMENTS DE ROSE EN HOLOGRAMME, une histoire banale, linéaire. Imaginez un homme qui ne peut pas accepter de vivre sans son ex…qui tente de revivre un passé révolu. Je me disais au départ que j’aurais quelque chose d’un peu moins techno et plus humain. Très humain en effet mais triste et déprimant à mourir. C’est un récit lent, dépourvu d’action et étouffant par son absence d’espoir.

Il y a quand même une nouvelle qui s’est démarquée des autres et qui est venue me chercher, pas toujours facile à suivre mais offrant au moins une matière accrochante. Comme ça se produit souvent dans les recueils, Gibson a gardé le meilleur pour la fin. Il s’agit de la nouvelle en titre : GRAVÉ SUR CHROME. Notez que, comme c’est le cas de quelques autres nouvelles, GRAVÉ SUR CHROME va et vient dans le temps et raconte l’histoire de deux hackers très doués qui décident de s’attaquer à la forteresse de Chrome, la barrière informatique hyper sophistiquée d’une entreprise qui gère des milliards dans le cyberespace. Pour parvenir à briser Chrome, nos magouilleurs récupèrent un programme destructeur russe extrêmement virulent qu’ils utiliseront au péril de leur vie, pour détourner à leur profit, le gigantesque flux financier qui transite au-delà de Chrome. Donc, une seule condition pour réussir : GRAVER SUR CHROME.

Au moins dans cette nouvelle, j’ai senti un but, un objectif, un peu d’action et des indices qui permettent aux lecteurs de sous-peser les chances de Bobby et Automatic Jack, les deux hackers, de réussir ou de se planter. Là aussi, il y a des digressions, des longueurs, de longs passages sur les états d’âme des principaux acteurs mais au moins j’ai pu m’accrocher à une intrigue, bénéficier d’une plume plus structurée, plus disciplinée et même un peu plus chaude. J’ai beaucoup apprécié la finale. Dans l’ensemble, GRAVÉ SUR CHROME est un beau texte.

Voilà, tout est une question de goût finalement, je vous ai donné quand même une bonne idée du monde dans lequel nous fait plonger Gibson : un monde glacial, échevelé, étouffé par une puissante circulation de l’information, un monde saturé de drogues synthétiques qui flirt dangereusement avec la criminalité. C’est ce qu’on appelle le CYBERPUNK. En faire l’essai pourrait en convaincre plusieurs que, finalement, rien ne pourra jamais occulter la science-fiction classique.

Personne ne pourra mettre dans l’ombre George Orwell qui nous a donné 1984, Frank Herbert, le créateur du cycle de DUNE, Isaac Asimov, à qui on doit le cycle de FONDATION, Ray Bradbury avec les chroniques martiennes, Dan Simmons avec son cycle d’Hypérion, René Barjavel qui nous a donné LA NUIT DES TEMPS et j’en passe vous vous en doutez bien. Toutefois, je me permets d’ajouter à cette liste un ouvrage dont le style pourrait se rapprocher sensiblement de celui de William Gibson : LE GUIDE DE VOYAGEUR GALACTIQUE, la saga H2G2 de Douglas Adams publiée en 1979. Vous savez…la fameuse trilogie publiée en cinq volumes. J’ai déjà commenté sur ce site le 2e opus :  LE DERNIER RESTAURANT AVANT LA FIN DU MONDE.

Voilà amis lecteurs, amies lectrices, vous voici aux portes de deux mondes : la science-fiction classique qui recèle d’extraordinaires trésors et une science-fiction émergente appelée CYBER-PUNK qui n’est pas encore tout à fait ce qu’on pourrait appeler une vague. Si comme moi, vous aimez essayer des nouvelles tendances sans garantie d’aimer, alors je vous invite à lire GRAVÉ SUR CHROME.

William Gibson est un écrivain américain né en 1948 en Caroline du Sud. Il est devenu orphelin à 18 ans, il quitte l’école et survit grâce aux brocantes. En 1968, pour éviter d’être envoyé au Vietnam, il fuie vers le Canada, s’y installe, s’y marie et reprend ses études. Vers la fin des années 70, Gibson commence à écrire des nouvelles à saveur de science-fiction. Il développe des sujets d’anticipation sur la réalité virtuelle alors émergente, la cybernétique et sur un portrait de la race humaine dans un futur pas si lointain. Gibson se spécialise donc en science-fiction mais dans un style plutôt gothique qui adopte la tendance punk également émergente à l’époque. Le CYBERPUNK est né officiellement en 1984 avec NEUROMANCIEN, détenteur de plusieurs prix. Deux de ses nouvelles seront portées à l’écran (voir plus bas). Enfin, Gibson collaborera avec Tom Maddox à l’écriture de deux épisodes de la célèbre série X-FILES. Gibson a écrit une douzaine de livres en plus de son unique recueil de nouvelles : GRAVÉ SUR CHROME.

 

 

 

 

 

Même titre pour le film et la nouvelle : JOHNNY MNEMONIC, scénarisé par l’auteur de la nouvelle : William Gibson. Production Canado-américaine réalisé en 1995 par Robert Longo avec Keannu Reeves, Dolph Lundgren et Dina Meyer.

   

 

 

Là aussi, même titre pour le film et la nouvelle : HOTEL NEW ROSE FILM AMÉRICAIN SCÉNARISÉ PAR William Gibson et réalisé par Abel Ferrara en 1998 avec Asia Argento, Christopher Walken et Willem Dafoe.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 25 mars 2018

L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU

LES RÈGLES DE L'ABERRATION

L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU

Commentaire sur le livre de
H.G. WELLS

*Qui sont ces créatures? M’écriais-je, en les indiquant
du doigt et élevant de plus en plus la voix pour qu’ils
m’entendissent. C’était des hommes – des hommes
comme vous, dont vous avez fait des êtres abjects par
quelque flétrissure bestiale – des hommes dont vous
avez fait vos esclaves, et que vous craignez encore.*
(Extrait : L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, Herbert George Wells,
1896, texte libre de droit édité numériquement en 2005 par
ebooksgratuits, 161 pages)

Survivant d’un naufrage, Edward Prendick est secouru par Montgomery, passager d’un navire faisant route vers une mystérieuse île perdue avec une cargaison d’animaux. Une fois débarqué sur l’île, Prendick fait la connaissance du vieux docteur Moreau et ne tarde pas à découvrir que Moreau et son assistant, Montgomery se livrent à de sordides expériences visant à transformer des animaux, par vivisection, greffes et tentatives chirurgicales en hommes capables de penser et de parler. Puis, Moreau est assassiné par un *homme-bête* suivi de Montgomery, tué à son tour. Un homme-puma rompt l’équilibre de l’île. Prendick se retrouve seul avec les créatures, gagnant leur respect. Il finira bien par s’enfuir de l’île à bord d’un radeau mais il est destiné à être poursuivi pour le reste de sa vie par les images troublantes des monstres créés par le docteur Moreau.

NOTE :
DÉFINITION DE *VIVISECTION* :
Dissection opéré sur un animal vertébré vivant, à titre d’expérience scientifique, en particulier dans le but d’établir ou de démontrer certains faits en physiologie ou en pathologie. D’une manière générale, elle désigne toute opération chirurgicale invasive à titre expérimental. Son utilité scientifique, et sa justifiabilité éthique sont le sujet de controverses. (source : Wikipédia)

LES RÈGLES DE L’ABERRATION
«Ne pas marcher à quatre pattes»
«Ne pas laper pour boire»
«Ne pas manger de chair ni de poisson»
«Ne pas griffer l’écorce des arbres»
«Ne pas chasser les autres hommes»
«Ne sommes-nous pas des Hommes?»

Ceux et celles qui lisent régulièrement mes commentaires savent bien qu’à l’occasion j’aime revenir à la lecture d’un classique. Par définition, les classiques ne se démodent pas. Il y a plusieurs raisons à cela, j’en citerai deux : à cause des thèmes intemporels qui sont développés et qui sont toujours prisés par le lectorat ou à cause du caractère à la fois fantastique et visionnaire des sujets traités. À ce dernier titre, plusieurs auteurs ont attiré et attirent toujours mon attention : George Orwell, Ray Bradbury, René Barjavel, Jules Verne bien sûr, Isaac Asimov, Frank Herbert et plusieurs autres dont celui qui nous intéresse aujourd’hui : Herbert George Wells, connu sous la signature H.G. Wells.

Bien sûr en littérature, le réalisme se mesure avec le temps. Je dirai que le caractère visionnaire de Wells a été extrêmement puissant. Par exemple, dans L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, Wells a très vite compris quelles seraient les conséquences d’une mauvaise prise en charge de la manipulation des corps humains en général et de la manipulation génétique en particulier. Ici, dans L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, la vivisection prend une énorme valeur de symbole de la bêtise humaine, Moreau excluant complètement toutes considérations éthiques et morales : J’étais convaincu, maintenant absolument certain que Moreau était occupé à viviséquer un être humain. Depuis que j’avais, pour la première fois après mon arrivée, entendu son nom, je m’étais sans cesse efforcé…de rapprocher de ses abominations le grotesque animalisme de ses insulaires; et maintenant, je croyais tout deviner…ces victimes que j’avais vues étaient les victimes de ses hideuses expériences. (Extrait)

Le narrateur est donc piégé sur l’île de Moreau, peuplée de créatures effrayantes, artificiellement créées, des animaux humanisés difformes et monstrueux, des aberrations. Connaissant la plume extrêmement descriptive et détaillée de Wells, on a un petit roman d’anticipation qui évoque mort, angoisse, peurs et cauchemars. Je m’attendais à quelque chose de génial qui allait me pousser au questionnement. Je n’ai pas été déçu. Comment se positionne le monde animal dans le monde humain et vice-versa. Quelles sont les limites de la science et de l’expérimentation. A-t-on le droit de faire souffrir au nom de la science? Dans le livre on va jusqu’à la torture et à la limite, peut-on se prendre pour Dieu?

Il y a des choses dans ce livre qui sont carrément impossibles. Par exemple, on sait qu’il est impossible d’humaniser un animal mais on sait aussi qu’à partir de la manipulation génétique, on peut créer ce qu’il était convenu d’appeler autrefois des chimères.

Ce livre n’est pas très long mais il comporte les petits côtés agaçants habituels propres à Wells. Les descriptions sont parfois lourdes et les explications scientifiques longues et complexes et puis la traduction laisse vraiment à désirer. Mais je crois qu’il vaut la peine d’être lu et qu’il ne vous laissera pas indifférent, spécialement le chapitre où le docteur Moreau justifie ses travaux à Edward Prendick, le narrateur prisonnier de l’île. Aucun scrupule, aucun sens de l’éthique. Le cher docteur ne s’encombre ni d’empathie ni de morale.

120 ans après sa publication, L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU de H.G. Wells demeure d’une troublante actualité.

Herbert George Wells (1866-1946) est un écrivain britannique, considéré comme le père de la Science-Fiction. Plusieurs  de ses romans ont marqué la littérature à partir de son tout premier publié en 1895 : LA MACHINE À REMONTER LE TEMPS. Journaliste, professeur et libre-penseur, Wells a été le premier auteur a donné un caractère éthique à la littérature de science-fiction en dénonçant les abus d’une technologie omniprésente et d’une course effrénée vers le progrès. Il aura été une inspiration pour plusieurs auteurs de renom qui ont suivi dont Isaac Asimov, Orson Welles, René Barjavel et plusieurs autres. Il a écrit plus de 80 romans.

VOIR AUSSI MON COMMENTAIRE SUR LA GUERRE DES MONDES DU MÊME AUTEUR

 L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU AU CINÉMA

Il y a eu principalement trois adaptations cinématographiques du classique de Wells.


                 1                                            2                                          3

1)    L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, adapté au cinéma en 1933 par Earl C. Kenton avec Charles Laughton dans le rôle du Docteur Moreau.

2)    L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, adapté au cinéma en 1977 par Don Taylor avec Burt Lancaster dans le rôle du Docteur Moreau.

3)    L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, adapté au cinéma en 1996 par John Frankenheimer avec Marlon Brando dans le rôle du Docteur Moreau.

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 15 octobre 2017