LE LIVRE DES RECORDS RÉGLISSE

POUR ANNULER LA NULLITÉ

Le livre des records Réglisse

Commentaire sur le livre de
MARILOU ADDISON

Et la série LES ZOZOS DU SPORT
Littérature jeunesse

*Ceci est le livre des records Réglisse. Ce manuel
contient des épreuves que peu d’entre vous
connaissent. Des compétitions que seuls les vrais
sportifs peuvent réussir. En accomplissant ces
exploits, nous pourrons enfin dévoiler à tous que
nous méritons de figurer dans ce livre en tant qu’
athlètes accomplis.*
(Extrait : LE LIVRE DES RECORDS RÉGLISSES, de la série
LES ZOZOS DU SPORT, Marilou Addison, Andara Éditeur
2016, édition de papier, 420 pages, illustré par Richard
Petit, littérature jeunesse pour les 8 ans et plus)

POUR ANNULER LA NULLITÉ
*En sifflotant, les mains derrière le dos, Luigi
s’approche de Yohan, déjà entouré par des
dizaines de participants. Ces derniers sont
fébriles. Avec raison! S’ils ne remportent pas
au moins UNE épreuve, ils pourront se traiter
eux-mêmes de tous les noms dont ils ont osé
affubler l’école de Yohan! Et devenir la crème
de la crème du zozotisme.
(Extrait : LE LIVRE DES RECORDS RÉGLISSE)

Voici un livre que j’ai trouvé drôle et divertissant. Le héros de l’histoire est Yohan, 12 ans. Yohan rêve de faire partie de l’équipe de soccer de son école. Toutefois, un handicap l’empêche d’être accepté : on le juge trop petit pour jouer et performer au soccer. Pour Yohan, qui est effectivement petit, cette raison ne tient pas debout. Il sent qu’il peut devenir un joueur-clé de son équipe. Il faut dire aussi qu’il n’y a pas grand monde qui performe dans son école qui se fait appeler gentiment L’école des Zozos du sport. Eh oui ! Il semble que son école soit la plus nulle dans tous les sports.

Pour remédier à cette situation gênante, Yohan, aidé par un homme-fée apparu de nulle part et qui a un accent espagnol plutôt comique, organise une compétition réunissant les quatre écoles de sa ville. L’initiative vise à faire entrer son école dans LE LIVRE DES RECORDS RÉGLISSE.

Ce livre très sympathique m’a bien fait rire. Il réunit les critères que les jeunes recherchent dans leur lecture dont le sens de l’humour qui est omniprésent dans le récit : *Comme vous pouvez le constater, l’équipement permis est constitué d’une raquette de tennis et une douzaine d’œufs. Le but du jeu est de renvoyer la balle, ou plutôt l’œuf, de l’autre côté du filet, SANS LE CASSER ! (Extrait) Les autres compétitions sont toutes aussi bizarres. Aussi, il ne faudra pas se surprendre que le héros de cette histoire qui est le plus petit de sa classe s’appelle Yohan Lenain ou que l’infirmière de l’école s’appelle madame Seringue.

Le livre comporte une autre caractéristique intéressante pour les jeunes lecteurs et lectrices : il est volumineux…plus de 400 pages. Avec des lettres très grosses, environ quarante mots par page et souvent moins car le livre est abondamment illustré. Ça se lit donc aussi vite qu’un petit livre. Bien sûr, sa présentation en kiosque est un peu impressionnante mais ici, j’ai un message pour les jeunes et il pourrait aussi s’adresser à beaucoup d’adultes : Ne vous laissez pas impressionner par l’épaisseur d’un livre ou par le nombre de pages. Prenez un livre, essayez-le pour la peine. Entrez dans l’histoire, si vous ne trouvez rien qui vous y retient, essayez un autre livre. Tôt ou tard, vous ne verrez plus le temps passer.

Ce livre est une intéressante et amusante lecture que je propose aux jeunes lecteurs et lectrices et elle est aussi porteuse de petite leçons et de petites morales très actuelles, sur les vertus du travail d’équipe par exemple, la perspicacité, la ténacité, la volonté et la tolérance. De plus, comme le dit si bien cet étrange personnage, l’homme-fée maladroit qui est là pour aider Yohan, façon de parler : *Cé né pas tout dé gagner dans la vie ! * (Extrait)

Donc en résumé, LES ZOZOS DU SPORT, LE LIVRE DES RECORDS RÉGLISSE est un *bon gros petit livre*, c’est-à-dire 412 pages en très gros caractère, très ventilé, abondamment illustré par un artiste de talent, Richard Petit. Les chapitres sont courts, titrés de façon très originale. Il y a de l’action, des bonnes idées et beaucoup d’humour. Ça se lit vite et bien. Les jeunes vont aimer je crois.

Marilou Addison a grandi à Montréal entre une mère écrivaine et un père qui enseignait le français. On comprend donc d’où lui vient cet engouement pour les livres et l’écriture. Diplômée en littérature de l’UdM, elle a été commis de bibliothèque, libraire, attachée de presse et coordonnatrice du Prix Cécile Gagnon, décerné par l’Association des écrivaines et des écrivains québécois pour la jeunesse (AEQJ) en hommage à une écrivaine pionnière de la littérature jeunesse au Québec…Parmi ses ouvrages pour enfants, mentionnons : J’ai mangé Pistache, Pistache détective et La Planète des Mignons… À la croisée du temps est son premier roman pour adolescents, sur ce site, j’ai déjà commenté ONDE DE CHOC, un véritable cri du cœur d’un adolescent en détresse,  et elle en a d’autres en préparation. Marilou a d’ailleurs des tonnes de projets qui ne demandent qu’à naître sous sa plume… Active dans les divers salons du livre du Québec, l’auteure adore rencontrer ses lecteurs. C’est pourquoi elle visite régulièrement les écoles afin de communiquer sa passion à tous ceux qui sont prêts à l’entendre !

QUELQUES TITRES DE MARILOU ADDISON
POUR LA JEUNESSE

On peut avoir plus d’infos sur Marilou Addison chez Mortagne et aux éditions Boomerang-Jeunesse. Beaucoup  d’autres titres à venir.

Voici le lien de Boomerang Jeunesse:

http://www.boomerangjeunesse.com/auteurs/marilou-addison/

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 10 septembre 2017

CANADA

LES REJETONS DE L'INSOUCIANCE

Canada

Commentaire sur le livre de
Richard Ford

*Sur le moment, je n’ai pas fait le
rapprochement. Mais plus tard, si.
C’était quelque chose qui l’avait
toujours tenté. Il y a des gens qui
rêvent de devenir directeurs de
banque, d’autres, braqueurs de
banque.*
(Extrait : CANADA, Richard Ford, Éditions
de l’Olivier, 2012, éd. Num. 460 pages)

CANADA est le récit de Dell Parsons qui vit avec ses parents et sa sœur jumelle Berner. Nous sommes à Great Falls, Montana en 1960. Les jumeaux ont 15 ans. Après quantités d’emplois instables, précaires et douteux, les parents de Dell et Berner, pressés par un créancier menaçant, commettent un hold-up. Mais celui-ci échoue et les parents se retrouvent en prison. Pour éviter l’orphelinat, Berner fugue à San-Francisco et Dell décide de suivre une idée de sa mère : passer la frontière du Canada en Saskatchewan et retrouver un certain Remlinger, homme rude et secret, organisateur de chasses. Dell devient son apprenti et homme à tout faire. CANADA raconte son apprentissage au milieu d’une nature extraordinaire mais parmi des hommes violents. Devenu professeur d’université, Dell n’oubliera jamais ces années qui l’ont marqué à jamais.

Les rejetons de l’insouciance

*Quand vous nous appréciez, on se met à douter que
ce soit pour de bonnes raisons. Ça doit être tout à
fait différent aux États-Unis. J’ai dans l’idée que
tout le monde s’en fiche là-bas. Faire les choses
pour de bonnes raisons, c’est l’esprit du Canada.
-Ça me plait-, j’ai dit.*
(Extrait de CANADA de Richard Ford)

C’est une belle histoire. Celle de Dell Parson et de sa jumelle, Berner. À l’âge de 15 ans, leur vie va basculer complètement après l’arrestation de leurs parents pour un hold-up complètement raté. Le choix des jumeaux est simple et rapide : la fugue pour échapper aux services sociaux. Berner s’enfuira à San Francisco, pour Dell, ce sera le Canada, plus précisément la Saskatchewan où il fera la connaissance d’un personnage énigmatique, secret, au passé lourd : Arthur Remlingler. Remlinger prend Dell en charge. Le récit se concentre surtout sur Dell qui devient le narrateur et raconte son dur apprentissage dans une nature saisissante parmi des hommes violents.

Bien qu’elles ne soient pas clairement identifiées, il y a trois parties distinctes dans ce livre : d’abord une chronique de la vie familiale dans laquelle j’ai pu me familiariser avec le quotidien et la psychologie des personnages : Dell, que j’ai trouvé particulièrement attachant, Berner la rebelle, et leurs parents un peu étranges, lui,  militaire désœuvré impliqué dans toutes sortes d’activités douteuses, elle, distante, incapable de s’adapter à son environnement. La deuxième partie est celle du hold-up (perpétré avec une incroyable incompétence), l’arrestation et la période d’incertitude et d’insécurité qui suit pour les jumeaux et la troisième partie est celle de la fugue et se concentre sur la fuite de Dell au Canada et la dure réalité dans laquelle il devra plonger en Saskatchewan.

C’est un roman fort, tout à fait conforme au style intense, descriptif et sensiblement philosophique de Richard Ford. La description de la nature au Canada est magnifique et l’auteur nous saisit d’une remarquable toile de la nature humaine, d’une haute précision. Sans être moralisateur, ce beau roman est porteur d’une profonde réflexion sur le sens de la vie, et surtout, la définition du bonheur.

En fait, Ford amène le lecteur à se demander comment rebâtir une vie quand celle-ci a basculé complètement. Comment se reconstruire quand sa vie tourne au désastre? Il faut dire que l’auteur a donné à son personnage principal Dell, une très bonne nature. Dans l’histoire, il se dit lui-même satisfait de la tournure des évènements au Canada et ça l’a aidé à avancer.

Dans CANADA, il n’y a pas beaucoup d’action ni de rebondissements. Le rythme est lent. Le style descriptif de Ford a parfois mis ma patience à l’épreuve. C’est l’émotion que j’ai ressentie qui m’a gardé dans le coup, ainsi que le courage et l’abnégation de Dell dont j’ai partagé finalement les tribulations. Je précise enfin que l’épisode qui précède le départ de Dell pour Winnipeg est particulièrement violent et sa dernière rencontre avec sa sœur Berner, juste avant la mort de celle-ci, est particulièrement émouvante.

Ce fût pour moi, un très beau moment de lecture où je me suis vu moi-même comme un adolescent cherchant le meilleur chemin pour atteindre la joie de vivre et le bonheur. Je recommande CANADA sans hésiter.

Richard Ford est un écrivain américain né le 16 février 1944 à Jackson, Mississipi. Son roman le plus connu est INDEPENDANCE publié en 1996 et pour lequel il a obtenu le prix Pulitzer ainsi que le PEN/Faulkner award. INDEPENDANCE est la suite du roman UN WEEK-END DANS LE MICHIGAN. Son livre CANADA, publié en 2013 lui a également valu un prix prestigieux : le prix FÉMINA ÉTRANGER 2013. Ford est maintenant professeur dans le Maine.

BONNE LECTURE
JAILU/Clade Lambert
le 9 avril 2017

DERRIÈRE LES PORTES BLEUES

COEUR EN CONTRADICTION

Derrière les portes bleues

Commentaire sur le livre de
Michel Giliberti 

*Tes qualités exceptionnelles de musicien et,
malheureusement ta gueule d’ange ne m’auront
jamais laissé de répits…mais si je n’étais pas
intègre, j’aurais pu profiter de la situation et
te faire miroiter la star que j’allais faire de toi.
N’importe quel gamin se serait couché pour
moins que ça.*
(Extrait : DERRIÈRE LES PORTES BLEUES, Michel
Giliberti, H&O Éditions, 2000, papier, 195 pages.)

DERRIÈRE LES PORTES BLEUES raconte la fusion de deux destins : celui de Jérémie Gil, jeune musicien-chanteur désabusé, en déclin, au caractère instable, porté sur l’alcool et la vie urbaine trépidante, et celui de Tarek, jeune arabe-musulman de 19 ans, fringant, spontané, têtu et tenace et à qui la vie a imposé très tôt une certaine maturité. Cette rencontre bouleversera la vie de Jérémie qui développera une affection dont il se croyait incapable et qui se transformera graduellement en obsession, puis en passion. Jérémie lutte contre sa nature jusqu’à ce que le destin se scelle derrière les portes bleues…un dénouement émouvant dans le magnifique décor de la Tunisie

CŒUR EN CONTRADICTION
*Pourquoi s’investir à ce point avec Tarek?
Quel nom donner à l’émotion qui a étranglé
sa gorge lorsque sa main est restée
prisonnière de la sienne pendant l’atterrissage?…
…Il n’a aucun préjugé mais sait qu’il n’est pas
pédé. Il a un tel tableau de chasse à son actif.
Peut pas finir pédé! Toutes ces nanas
quand même!
(Extrait : DERRIÈRE LES PORTES BLEUES)

J’ai été simplement enveloppé par ce livre à cause de la grande sensibilité qui s’en dégage et des deux principaux personnages, caractériels et rebelles, et pourtant tellement attachants. Dans DERRIÈRE LES PORTES BLEUES, Giliberti évoque la fusion de deux destins : Jérémie Gil, 33 ans, auteur-compositeur-interprète, artiste déjà en déclin, non par manque de talent mais surtout à cause de sa personnalité trouble et trop spontanée et Tarek, 19 ans, jeune arabe musulman au style rappeur, extroverti, têtu et que les aléas de la vie ont amené à devenir rapidement mature malgré son allure **éternel adolescent** .

Une simple signature sur un plâtre déclenche l’entrée de Tarek dans la vie de Jérémie. À partir de ce jour, la vie de Jérémie ne sera plus jamais la même. Dans son cœur et son esprit, Tarek prendra successivement toutes les formes : simple connaissance, ami, frère, fils, artiste en devenir à gérer, former et protéger jusqu’à la relation ultime qui a poussé Jérémie à une extraordinaire introspection dont il ne se croyait pas capable…*Il s’est conforté dans l’idée, à s’en convaincre presque, que ce n’était sûrement pas ce qu’il croyait, que la tendresse révèle parfois des formes excessives, que ce serait passager…tout rentrerait dans l’ordre. Mais ce matin, il est plus englué que jamais dans ses contradictions. Il voudrait s’épancher en toute confiance, délirer de la vertigineuse envie de lui plaire, avec ses gestes d’homme, sa peau d’homme, ses paroles d’homme.* (Extrait : DERRIÈRE LES PORTES BLEUES)

Avec intelligence, une remarquable finesse et dans un style qui confine parfois à la poésie, Giliberti raconte très lentement, très progressivement, la naissance d’un sentiment entre deux êtres disparates : Tarek qui ne craint pas d’afficher ouvertement son homosexualité et Jérémie qui n’a connu que des femmes et dont le cœur et l’âme se retrouvent coincés dans l’étau d’une terrible dualité. À vous de découvrir s’il se laissera aller. La réponse sera scellée derrière les portes bleues.

C’est une belle histoire qui en dit long sur la profondeur et la complexité de la nature humaine. J’ai été touché en particulier par la richesse de la langue, la lumière et la chaleur des mots. Avec ce que je sais de l’auteur, qui a la réputation d’être lui aussi un éternel adolescent, avec sa façon d’évoquer sa Tunisie natale et de mentionner d’une façon assez singulière son nom dans le livre, à titre d’artiste-peintre, je ne serais pas surpris que Giliberti ait empreint son récit d’un petit caractère autobiographique.

Ce récit est porteur d’une intéressante réflexion sur la nature humaine et des thèmes corollaires : estime de soi, tolérance et aussi sur un thème qui touche tous et chacun tôt ou tard : le déclin. Il m’a semblé terminer la lecture du livre alors que je l’avais à peine commencée. Le temps a passé vite. Je recommande donc DERRIÈRE LES PORTES BLEUES de Michel Giliberti…envoûtant

Michel Giliberti est un écrivain, artiste-peintre, photographe et chanteur né à Ferrville, Tunisie, en 1950. Véritable homme-orchestre, il a aussi produit un recueil de poésie et une pièce de théâtre. Comme chanteur, il a été très populaire dans les années 70, produisant trois albums. Son premier roman, prolongement de son œuvre picturale a été publié en 1999 : NEIGES D’OCTOBRE. La poésie et la musique sont pour Giliberti des composantes indissociables de la peinture. Bien qu’il soit installé en France, la Tunisie est très présente dans son œuvre.

BONNE LECTURE
JAILU/CLAUDE LAMBERT
4 décembre 2016