HISTOIRE D’UNE MOUETTE ET DU CHAT QUI LUI APPRIT À VOLER

UNE MAGNIFIQUE LEÇON DE TOLÉRANCE

HISTOIRE D’UNE MOUETTE ET DU
CHAT QUI LUI APPRIT À VOLER

Commentaire sur le livre de
LUIS SEPULVEDA

*Simplement il suivait rigoureusement le code
d’honneur des chats du port. Il avait promis à
la mouette agonisante qu’il apprendrait à
voler au poussin, et il le ferait. Il ne savait pas
comment, mais il le ferait.*
(Extrait : HISTOIRE D’UNE MOUETTE ET DU CHAT
QUI LUI APPRIT À VOLER, Luis Sepulveda, Éditions
SUITES Métaillé/Seuil, 2004, numérique, 125 pages)

HISTOIRE D’UNE MOUETTE ET DU CHAT QUI LUI APPRIT À VOLER est un petit roman qui raconte l’histoire de Zorbas , un gros et grand chat noir qui a promis à la mouette qui est venue mourir sur son balcon de couver son dernier œuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Tous les chats du port de Hambourg vont se mobiliser pour l’aider à tenir ces promesses insolites. À travers les aventures rocambolesques et drôles de Zorbas et Afortunada, on découvre la solidarité, la tendresse, la nature et la poésie. Ce petit roman aux allures de conte et dans lequel les animaux sont doués de parole et d’empathie a remporté le PRIX SORCIÈRES 1997 de l’Association des Libraires spécialisés jeunesse.

UNE MAGNIFIQUE LEÇON DE TOLÉRANCE
*Les humains sont hélas imprévisibles!
Souvent, avec les meilleures intentions
du monde, ils causent les pires malheurs…
…Sans parler du mal qu’ils font
intentionnellement.*
(Extrait : HISTOIRE D’UNE MOUETTE ET DU
CHAT QUI LUI APPRIT À VOLER)

 C’est la belle histoire de Zorba, un chat de port gros et noir, libre, indépendant, ombrageux et courageux et d’une mouette dont la mère est morte après avoir été piégée dans une nappe de pétrole. Avant de mourir, elle a trouvé Zorba qui voulait l’aider. Elle avait eu le temps de pondre son œuf et a fait promettre au chat de protéger son petit et de l’aider pour apprendre à voler. Malgré les sarcasmes et les moqueries des chats du port, Zorba est allé chercher l’aide de ses vrais amis pour remplir cette délicate mission. Ils sont même allés jusqu’à négocier une trêve avec les rats pour qu’il laisse Afortunada la petite mouette tranquille.

C’est un magnifique petit récit qui m’a ému. L’histoire est brève, mais elle est extrêmement riche de leçons et d’expériences. Les jeunes lecteurs et lectrices y découvriront l’apprentissage de la vie, la tolérance, la découverte et l’estime de soi, l’importance de prendre sa place dans la société. En parlant de tolérance, l’acceptation des différences est plus souvent qu’autrement un problème d’adultes, ce qui me laisse supposer que cette petite histoire pourrait aisément convenir à tous les âges. Zorba, qui n’hésitait pas à recourir à la violence, va découvrir la tendresse, l’empathie, l’amour.

Ce qui est beau aussi dans ce conte, c’est que Sepulveda prête la parole à des animaux qui expriment sans animosité (et sans jeu de mot) leur vision des humains. C’est aussi un regard sur l’homme, ce pollueur invétéré. Le fait que la mère d’Afortunada soit morte asphyxiée par le pétrole en dit long sur le regard que l’homme pose sur la nature. Heureusement la finale est positive. L’auteur veut nous faire comprendre qu’il y a de l’espoir.

Donc, HISTOIRE DE LA MOUETTE ET DU CHAT QUI LUI A APPRIT À VOLER est un conte qui, sans être moralisateur à outrance, transmet de très belles valeurs. À celles que j’ai déjà mentionnées, j’ajoute la solidarité : *Une promesse sur l’honneur faite par un chat du port engage tous les chats du port* (Extrait) le travail d’équipe, la ténacité et davantage. Ça fait beaucoup de choses. Ça peut paraître compliqué, mais la plume de Sepulvada, qui a dédicacé ce conte à ses propres enfants, fait passer le message tout en douceur et pourtant de façon très claire. L’ensemble est donc très accessible.

Enfin, nous avons ici un petit livre bref. L’histoire s’applique à toute les générations, tous les âges, est intemporelle. Elle sera toujours à mon avis, indémodable, l’auteur exprimant son idée de façon allégorique comme l’a fait bien avant lui Charles Perrault, les frères GRIMM, la Comtesse de Ségur et j’en passe…le texte est vivant, l’humour y a sa place et la conclusion est superbe. On devrait rendre cette lecture obligatoire dans les classes du primaire. Ça serait loin d’être une corvée et les jeunes apprendraient beaucoup de choses. Je vous recommande sans hésiter HISTOIRE DE LA MOUETTE ET DU CHAT QUI LUI APPRIT À VOLER.

Luis Sepúlveda est né le 4 octobre 1949 à Ovalle, dans le nord du Chili. Étudiant, il est emprisonné sous le régime de Pinochet pendant deux ans et demi. Libéré puis exilé, il voyage à travers l’Amérique latine et fonde des groupes théâtraux en Équateur, au Pérou et en Colombie. En 1982 il s’installe en Allemagne jusqu’en 1996. Depuis 1996 il vit dans le nord de l’Espagne à Gijón (Asturies). Il a reçu le prix de poésie Gabriela Mistral en 1976, le prix Casa de las Americas en 1979, le prix international de Radio-théâtre de la Radio espagnole en 1990, le prix du court-métrage de télévision de TV Espagne en 1991. Ses œuvres sont aujourd’hui des best-sellers mondiaux. Le Vieux qui lisait des romans d’amour, son premier roman traduit en français, a reçu le Prix France Culture du roman étranger en 1992 ainsi que le Prix Relais H du roman d’évasion et connaît un très grand succès dans le monde entier, il est traduit en 35 langues. Luis Sepúlveda est le fondateur du Salon du Livre ibéro-américain de Gijón (Espagne) destiné à promouvoir la rencontre entre les auteurs, les éditeurs et les libraires latino-américains et leurs homologues européens.

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BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 2 mars 2019

COMME UN POISSON DANS L’ARBRE

Les effets de l'ouverture d'esprit

COMME UN POISSON DANS L’ARBRE

Commentaire sur le livre de
LYNDA MULLALY HUNT

*Je comprends soudain que ce n’est pas non plus
parce qu’on me colle une étiquette que je suis
nécessairement ce qu’elle décrit.*
(Extrait : COMME UN POISSON DANS L’ARBRE, Lynda
Mullaly Hunt, Castlemore, pour la présente traduction :
Bragelonne, 2015, édition numérique, 288 pages.)

Un poisson ne sait pas grimper aux arbres, mais ça ne veut pas dire qu’il est stupide pour autant. Allie a une problématique particulièrement gênante : elle ne sait pas lire. Et elle fait des pirouettes pour que ça ne se sache pas en classe parce qu’elle a peur qu’on la prenne pour une incapable, une sans-génie. Ce camouflage gaspille l’énergie d’Allie et l’isole. C’est un coup dur pour l’estime de soi. Mais un jour, tout change avec l’arrivée d’un nouveau professeur : monsieur Daniels. Très vite, le nouvel enseignant apprend à connaître chacun de ses élèves et cerne le problème d’Allie : elle ne sait pas lire. Elle est très intelligente, futée, volontaire…mais elle ne sait pas lire. Monsieur Daniels découvre qu’Allie est dyslexique. En appliquant les méthodes pédagogiques appropriées, monsieur Daniels réussira-t-il à faire ressortir les talents d’Allie?

AVANT-PROPOS :

La dyslexie est une difficulté d’apprentissage de l’orthographe et de la lecture. Ce trouble concerne entre 8 et 10% des enfants et en grande majorité des garçons (trois fois plus que les filles. La dyslexie n’a pas d’origine psychiatrique et n’est pas causée par une déficience intellectuelle. Source : Https://orthophonie.ooreka.fr/comprendre/dyslexie

LES EFFETS DE L’OUVERTURE D’ESPRIT
*«Et tu trouves facile d’écrire ou c’est juste que
tu n’aimes pas ça?» Je mens. « C’est facile. C’est
juste ennuyeux.»

«Eh bien nous pourrions peut-être trouver un
moyen de rendre ça plus plaisant. De te donner
envie d’écrire. C’est une idée à explorer. Sois
créative. Pose-moi des questions.»*
(Extrait : COMME UN POISSON DANS L’ARBRE)

 COMME UN POISSON DANS L’ARBRE est l’histoire d’Allie Nickserson, 12 ans. Après avoir suivi son père qui est militaire, de déménagement en déménagement, elle se retrouve en 6e année dans une nouvelle école publique. Allie a beaucoup de difficulté à trouver sa place. Elle est très intelligente, elle a beaucoup d’humour mais elle a une problématique majeure : elle ne sait pas lire… elle n’arrive pas à apprendre. Pour elle, les lettres sont des dessins qui s’enchevêtrent. Elle inverse les lettres, elle mêle tout. Pour avancer, elle ruse, trouve des excuses crédibles, mais malgré tout ça, exception faite de ses deux meilleurs amis, Albert et Keisha, elle est la risée de la classe.

Un jour, la vie d’Allie va basculer du bon côté grâce à un changement de professeur. Il faut un certain temps à monsieur Daniels et Allie pour s’apprivoiser. La jeune fille n’ayant à peu près pas d’estime de soi, c’était difficile pour monsieur Daniels et pourtant, le professeur a vite compris la difficulté d’apprentissage d’Allie. Allie ne sait pas lire parce qu’elle est dyslexique. Monsieur Daniels, qui étudie lui-même en éducation spécialisée à l’Université a fait alors ce qu’il fallait : il s’est outillé, il a obtenu finalement la collaboration d’Allie et s’est ajusté à ses besoins : *« Il me fait tracer des lettres avec du sable rose ou bleu. Ou bien avec les doigts dans de la mousse à raser.»
« Ah bon ? Tu arrives à lire maintenant ?» « Pas encore très bien mais je fais des progrès. Parfois, c’est aussi dur que de grimper sur un immeuble en courant et ça m’épuise. Mais j’y arrive de mieux en mieux. »*
(Extrait)  Allie finira peut-être par trouver ce qu’elle cherche depuis 6 ans : sa place en société et du bonheur.

C’est un roman pour la jeunesse mais je suis content de l’avoir lu et je pense qu’il convient parfaitement aux adultes, enseignants compris car l’ouvrage traite des enfants différents, Ici il est question de dyslexie mais on pourrait parler aussi d’autisme, de trouble envahissant du développement, d’asperger, d’hyperactivité, de trouble de l’attention, dysphasie…etc… Dans tous ces cas, les enfants sont intelligents et capables d’apprendre. Ayant moi-même des enfants dont un en difficulté d’apprentissage, je sais par expérience que si les enfants ne rentrent pas dans le moule de l’éducation et de ses programmes dont plusieurs accusent de la lourdeur et peu ou pas de souplesse, la possibilité pour eux de réussir est compromise et la possibilité de pousser les parents à partir en guerre est très forte…

C’est un ouvrage très simple, chaleureux, bien écrit avec des personnages attachants. J’ai particulièrement apprécié l’affection et la complicité liant Allie et son frère aîné Travis qui a quelque chose de particulier qu’il ne confiera qu’à la fin de l’histoire. Une autre chose que j’ai appréciée est le fait que le livre n’est pas moralisateur. Il raconte simplement mais de façon détaillée le quotidien d’Allie avec ses hauts et ses bas, un peu à la manière d’une chronique, et l’humour est très présent. Le livre est facile à lire : chapitres courts, écriture très fluide et la façon dont l’auteur amène Allie à prendre conscience de sa problématique est vraiment bien pensée.

J’ai trouvé saisissante la justesse du propos et les précisions dans une foule de détail comme quoi l’auteure en sait long sur la question. Lynda Mullaly Hunt nous propose un récit qui appelle à l’ouverture d’esprit et nous livre un beau plaidoyer sur la force de l’amitié. Le livre appelle aussi à la réflexion : est-ce que les enfants doivent forcément s’ajuster au système d’éducation ou si le système d’éducation doit s’ajuster aux enfants. Doit-on prendre les enfants pour ce qu’ils sont…des enfants ou les voir comme des problèmes sur deux jambes. Des *monsieur Daniels*, est-ce qu’il y en a beaucoup dans le système éducatif? La seule chose que je ne comprends pas dans ce livre c’est : Comment Allie a pu se rendre en 6e année alors qu’elle ne sait pas lire. Peut-on échapper à un système aussi longtemps. Je crois que l’auteure aurait dû s’étendre un peu plus sur les antécédents d’Allie.

Sans être un chef d’œuvre, c’est un bon livre qui, tout en étant agréable à lire, a des choses intéressantes à dire doublées d’une belle leçon de vie. Je comprends maintenant que ces enfants sont intelligents et capables d’apprentissage. Comme ce fut le cas pour Einstein, Edison et plusieurs autres, leur cerveau fonctionne différemment, le tout est de s’ajuster à cette différence : Pour eux, «retard de lecture» résume tout. Comme si j’étais une boîte de soupe dont ils pouvaient lire les ingrédients…il y a pourtant des tonnes d’informations sur la soupe qu’on ne peut indiquer sur l’étiquette comme son odeur, son goût…Je suis forcément davantage qu’une fille qui ne sait pas lire. (Extrait)

Je vous invite à lire COMME UN POISSON DANS L’ARBRE. En lisant, vous comprendrez aisément le titre. Je mentionne enfin que l’éditeur propose une version de ce livre pour les dyslexiques qui est lisible aussi pour les non-dyslexiques. Ce serait un exercice intéressant et même enrichissant à faire.

Lynda Mullaly Hunt est une auteure, professeure et oratrice née, comme elle le dit elle-même, à la fin des années 60. Elle s’est distinguée dès le départ avec son premier roman ONE FOR THE MURPHYS qui a pris sa place pour un temps dans la liste des 20 meilleurs livres de l’année 2013. Elle est membre de la Société des écrivains et Illustrateurs de livres pour enfants. Lynda Mullaly Hunt aime écrire en particulier pour les enfants qui vivent une problématique. Toujours à la recherche de solutions simples pour améliorer la qualité de vie des enfants en difficulté et utilise les arts et la littérature pour enrichir leur personnalité et leur vie…

Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 10 février 2019

CHRONIQUE D’UN MEURTRE ANNONCÉ

Les règles de l'impunité

CHRONIQUE D’UN  MEURTRE ANNONCÉ

Commentaire sur le livre de
DAVID GRANN

*Un complot, a écrit Don DeLillo, est tout ce que la vie
quotidienne n’est pas. C’est un jeu pour initiés auquel
on joue froidement…Nous sommes des innocents, à
l’intelligence défectueuse qui nous efforçons de trouver
un sens approximatif au chaos quotidien.*
(Extrait : CHRONIQUE D’UN MEURTRE ANNONCÉ, David Grann,
t.f. Éditions Allia, Paris, 2013, édition numérique.)

Lorsqu’en 2008, le juge Castresansa s’empare de l’affaire du meurtre de Rodrigo Rosenberg, avocat guatémaltèque estimé, il ne sait pas qu’il va ouvrir une boîte de Pandore. Dans un pays où le complot est de règle et la corruption une éthique, la suspicion règne. Car cette enquête retrace aussi l’histoire d’un pays. Par une minutieuse reconstitution des faits, Grann montre que le crime s’accommode autant de vrais mensonges que de fausses vérités. Le moteur du récit : de multiples retournements de situation. D’autant que David Grann parle par la voix de la victime. Voix d’autant plus gênante que l’homme est mort. La vidéo devient alors l’outil de la confession, en l’occurrence publique puisqu’elle est diffusée sur YouTube et fera évidemment le tour du monde. Ce livre est aussi la chronique d’une véritable crise politique.

LES RÈGLES DE L’IMPUNITÉ
*Le gang s’était forgé son propre langage codé :
les «verts» désignaient l’argent, «soulever
quelqu’un», c’était le kidnapper; et «canarder
une voiture» voulait dire assassiner quelqu’un.
Plus elle écoutait, plus l’agente comprenait que
«faire tomber un gros morceau», c’était tuer
quelqu’un de haut placé.*
(Extrait : chronique d’un meurtre annoncé)

J’ai été attiré par le titre, je n’ai pas été déçu par le livre même si j’ai trouvé l’édition numérique moins qu’ordinaire : pas de ventilation, pas de paragraphe, un texte en paquet de la page 1 à la page 100. L’éditeur aurait pu rendre le texte beaucoup plus présentable car le livre en vaut la peine. Sa trame est complexe toutefois car l’auteur évoque l’affaire Rosenberg de 2009 qui avait secoué les milieux politiques guatémaltèques et par ricochet l’ensemble de la Société du Guatemala, un des pays les plus corrompus au monde. Rodrigo Rosenberg, avocat célèbre enquêtait sur la mort violente de Khalil Musa, ami et homme d’affaire connu et de Marjorie, sa fille qu’il fréquentait secrètement. Un mois plus tard, le 10 mai 2009, Rosenberg est assassiné près de son domicile.

Il faut être très attentif à ce récit car il y a deux questions que le lecteur devra se poser jusqu’à la fin : À qui profite le crime ? Et quelles étaient les motivations profondes de Rosenberg. La réponse à cette deuxième question m’a donné une véritable gifle. Je ne peux rien dévoiler, mais le raisonnement fataliste de Rosenberg a de quoi surprendre. Peu importe la façon dont Rosenberg est mort, on peut supposer qu’il en savait trop. Pour enquêter sur ce crime à saveur très politique, il fallait un incorruptible, denrée très rare au Guatemala. C’est un espagnol qui est désigné : Castresana, personnage froid, tranchant et agressif.

Castrasena ira au fond des choses et finira par comprendre comment est mort Rosenberg. Mais qu’est-ce que ça donnera dans un pays dont la corruption est devenue d’une navrante banalité ? : *Les contrefaçons de la réalité les plus efficaces sont celles qui représentent ce que seuls les comploteurs semblent capables de créer : une trame parfaitement cohérente. * (Extrait) La trame qui met en évidence l’arrière-boutique de la politique, est très complexe. L’auteur évoque même dans son récit la possibilité d’un complot à l’intérieur du complot.

Ce n’est pas simple mais l’auteur David Grann qui est journaliste apporte un magnifique éclairage sur les intrigues complexes des coulisses du pouvoir et des arrière-cours de la politique où se précise et s’entretient tout le drame du peuple guatémaltèque. Avec sa plume froide et directe et en un peu plus d’une centaine de pages, en résumant l’affaire Rosenberg, Grann plante tout le décor d’une politique tentaculaire et corrompue.

Ce petit livre est plus que le résultat d’une enquête. En effet, en résumant l’affaire Rosemberg, David Grann a créé un véritable suspense qui place le lecteur dans l’attente de ce qui va se passer créant ainsi une certaine addiction. Je ne sais pas si c’était dans ses intentions mais c’est raconté avec intelligence et fougue et ça met en perspective les cadres d’une cruelle réalité : *Le gouvernement guatémaltèque aurait dissimulé sa propre corruption. La prolifération des fausses réalités a souligné combien il était difficile de s’assurer de la vérité dans un pays où cette dernière a si peu d’arbitre* (Extrait) Cet extrait n’est pas sans me rappeler le film *Z* coécrit et réalisé par Costa Gavras en 1969 et qui raconte que dans un pays du bassin méditerranéen, un député progressiste fut assassiné. Pendant son enquête, le juge d’instruction met en évidence le rôle du gouvernement, de l’armée et de la police dans cet assassinat. Voyez le film si vous le pouvez, le petit juge sort énormément de saletés.

C’est un récit un peu trop bref à mon goût, mais je dois l’admettre, il est très bien construit et donne à penser que les historiques petites coutumes douteuses des coulisses politiques guatémaltèques mettent dans l’ombre les résultats de l’enquête. C’est un grand défi de résumer en si peu de pages une enquête aussi complexe que celle sur l’affaire Rosenberg. Grann a brillamment réussi. Retenez donc bien ce titre qui colle avec la réalité du récit et c’est en lisant que vous allez comprendre : CHRONIQUE D’UN MEURTRE ANNONCÉ, un pas intéressant dans la lutte contre l’impunité.

Note : ce récit de David Grann est issu d’un article publié dans le New-Yorker du 4 avril 2011. Il a été publié en français dans le magazine Feuilleton de janvier 2012. Enfin le journaliste a accepté l’offre des Éditions Allia de l’éditer en février 2013 dans un format à mi-chemin entre le documentaire et le polar.

David Grann est un écrivain et journaliste américain né à New-York en 1967. Ancien rédacteur en chef pour les journaux The New republic et The Hill, il a collaboré avec plusieurs prestigieux journaux dont le Washington post, le Wall street journal, le Times de New-York et le Boston Globe. Grann a aussi écrit LA CITÉ PERDUE DE Z et deux courts polars LE CAMÉLÉON et LE CRIME PARFAIT.

 Bonne lecture
Jailu/Claude Lambert
le dimanche 3 février 2019