LEGEND

June vs day

LEGEND
tome 1

Commentaire sur le livre de
Marie Lu

*L’espion nous observe les uns après les autres.
Une lueur de rage brille dans son regard. Des
filets de sang s’échappent de sa bouche et
coulent sur son front et ses cheveux avant de
tomber par terre. Dès qu’il s’agite, le
commandant marche sur la chaîne qui lui
enserre le cou.*
(Extrait : LEGEND, tome 1, Marie Lu, édition originale
XIWEI LU, 2012, traduction française chez Bragelonne,
2012. Littérature-jeunesse. Éd. Num. 290 pages.)

LEGEND est le récit de June, brillante jeune femme dont l’avenir est prometteur dans les hauts rangs de l’armée, et Day, le criminel le plus recherché du pays. Il sévit depuis des années sans que les autorités puissent lui mettre la main dessus. Un jour, le frère de June, Métias, officier de l’armée, est assassiné. June, persuadée que Day est responsable de ce meurtre, le traque sans relâche. Dans la chaîne d’évènements qui suit, June et Day vont finir par se rencontrer, d’abord sans rien savoir de leur identité, le temps que s’installent attirance et sentiments, avant que la vérité éclate. Chez June, les sentiments deviennent contradictoires. Est-elle prête à affronter la vérité?

JUNE Vs DAY
*Le garçon jaillit de derrière la cheminée avant que
la malheureuse ait le temps de s’effondrer. Je me
fige. Le contrôle de la situation m’a échappé.
Personne ne devait être blessé ou tué. Le
commandant Jameson ne m’a jamais dit qu’elle
ferait abattre un prisonnier…*
(Extrait : LEGEND)

LEGEND est une dystopie. L’action se déroule dans un pays où les libertés individuelles sont étouffées. Le livre raconte l’histoire de deux jeunes ados de 15 ans que tout oppose…qui vivent dans des mondes complètement opposés et à qui pourtant l’auteur a attribué une nature et un caractère auxquels beaucoup de jeunes se reconnaissent ou s’identifient : il y a d’abord June paris, une jeune fille considérée comme un prodige, brillante, astucieuse, patriote jusqu’au bout des ongles et vouée à un avenir fort prometteur dans l’armée. Et puis il y a Daniel Wing, appelé DAY…un jeune hors-la-loi issu d’un taudis des bidonvilles qui entourent la ville. Day est intelligent, futé, plutôt beau garçon et il a soif de ce que sa société lui refuse résolument : la liberté.

Un jour, June est appelée à remplacer son frère Métias assassiné comme officier de l’armée. Elle est convaincue que c’est DAY le meurtrier. L’histoire est un crescendo d’action soutenue qui dirige graduellement les deux jeunes héros vers la vérité. Au départ, il s’agit d’une histoire de vengeance.

En fait, l’histoire se compose de deux récits en alternance…DAY…June…DAY…June…jusqu’à la fin. Chacun se raconte à son tour. Malheureusement, la les mécanismes de la convergence sont tout è fait prévisibles. C’est la faiblesse du livre. Mais il faut voir de quelle façon les sentiments de June envers DAY et aussi envers le système se modifieront, pour ne pas dire s’inverseront, au fur et à mesure que la vérité se précisera. Ça, c’est le côté génial du livre : la psychologie et la force de nos jeunes héros.

De sa plume alerte et intelligente, Marie Lu a lancé comme un défi au lecteur en semant, à des moments judicieusement choisis des indices sur ce qui, finalement transformera June dans tout son être. LEGEND est une belle histoire qui met donc en scène deux jeunes personnages séparés par une raison d’état pourrie et sans scrupule, mais qui finissent par se comprendre… il faut voir comment…c’est plus qu’une simple amourette. Il y a dans ce récit la recherche d’une vérité qui m’a agrippé.

J’ai été enthousiasmé par la lecture de ce livre. Il n’est pas très long, il se lit en quelques heures. Malgré ses petits aspects prévisibles, c’est un livre fort. J’ai déjà noté que d’une dystopie à l’autre, les mêmes thèmes reviennent souvent. Mais dans LEGEND, j’ai relevé deux points intéressants : Marie Lu plonge le lecteur rapidement et avec un remarquable savoir-faire dans l’atmosphère et le contexte social de l’histoire et elle livre ici et là dans son récit d’intéressantes réflexions qui manquent souvent dans cette tendance littéraire qui souffre d’épuisement : la dystopie.

Le récit ne présente aucune longueur ni redondance. L’écriture est fluide, directe et laisse absorber au lecteur beaucoup d’émotion. En passant, je me suis demandé pourquoi Daniel Wing est surnommé DAY et pourquoi ce surnom est devenu le titre. C’est brièvement mais clairement expliqué vers la fin de l’histoire. C’est comme si ça venait résumer toute l’existence de Day…bien pensé… J’ai vraiment passé un bon moment de lecture. Vivement…les deux autres tomes…

Marie Lu est une romancière américaine née en 1984 née à Wuxi en Chine. Elle n’avait que 5 ans quand sa famille s’est installée aux États-Unis. Passionnée de lecture, elle s’est mise très tôt à l’écriture et s’est spécialisée dans les dystopies. C’est sa série LEGEND en trois tomes qui lui a valu la renommée. On dit que le film LES MISÉRABLES a inspiré Marie Lu pour la création de DAY, un jeune hors-la-loi de génie. Au moment d’écrire ces lignes, il y a un sérieux projet d’adaptation de ses romans au cinéma. Un film est déjà produit par CBS et réalisé par Jonathan Levine. Entre temps, elle continue d’écrire autant pour les jeunes que pour les adultes.

  BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 23 septembre 2018

IL ÉTAIT CAPITAINE

LE CHOC DE LA HONTE

IL ÉTAIT CAPITAINE

Commentaire sur le livre de
BERTRAND SOLET

*Dites à la France que je suis
innocent! Je le jure! Sur la
tête de ma femme et de mes
enfants!
(Extrait : IL ÉTAIT UN CAPITAINE,
Bertrand Solet, Pierre-Marie Valat,
Hachette livre, 1993, 2002, num.
305 pages, livre de poche jeunesse)

IL ÉTAIT UN CAPITAINE raconte l’histoire de Maxime Dumas, un jeune journaliste issu d’une famille juive et follement épris de sa cousine. Les parents de la belle refusant obstinément l’entrée d’un demi-juif dans la famille, s’organisent avec la direction du journal de Maxime pour envoyer ce dernier le plus loin possible. C’est ainsi que le jeune homme se retrouvera à Madagascar pour couvrir entre autres les activités de l’armée française. C’est là que le jeune Maxime, journaliste fortement engagé et politisé, s’intéressera de près à l’affaire Dreyfus qui a accablé la France à la fin du XIXe siècle, le jeune capitaine ayant été reconnu coupable d’espionnage sur des preuves totalement falsifiées. Ce livre est devenu un classique de la littérature-jeunesse.

Avant-propos
L’affaire Dreyfus :

En septembre 1894, les services de renseignements interceptent un bordereau destiné à l’ambassade d’Allemagne, preuve de trahison certaine d’un officier français. Un vague ressemblance d’écriture conduit à désigner comme coupable le Capitaine Alfred Dreyfus qui est juif. Après un procès fabriqué de toute pièce, Dreyfus est dégradé et condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Au cours de l’année 1895, le vrai coupable, le Commandant Esterhazy est démasqué. Il est jugé et, malgré les preuves accablantes de sa culpabilité, il est acquitté.

L’affaire soulève les passions et éclate au grand jour après que l’écrivain Émile Zola ait publié dans le journal l’Aurore une lettre ouverte au Président de la République, le fameux J’accuse. Des journalistes comme Georges Clemenceau, des écrivains comme Charles Péguy, Anatole France et surtout Émile Zola prennent la défense de Dreyfus.

D’autres mènent une campagne extrêmement violente contre Dreyfus qui, compte tenu du contexte antisémite et nationaliste, fournit un coupable idéal, puisque juif et alsacien (l’Alsace appartient à l’Allemagne depuis la fin de la guerre de 1870). L’affaire passionne et déchire les milieux intellectuels surtout. Cependant de nouvelles révélations et le suicide de l’un des officiers les plus acharnés à la perte de Dreyfus (le Lieutenant-colonel Henry) conduisent à l’annulation du procès.

Dreyfus est renvoyé devant le Conseil de Guerre de Rennes qui le déclare coupable et le condamne à dix ans de détention. Afin de calmer les esprits, dix jours après cette seconde condamnation, le Président de la République, Émile Loubet, accorde sa grâce pour « raison de santé ». Ce n’est pas la reconnaissance de l’innocence de Dreyfus, mais c’est la possibilité qui lui est donnée de continuer à se battre pour sa réhabilitation.

Le 5 mars 1904, la cour de cassation, à la suite de la découverte de faux introduits dans le dossier, déclare recevable la nouvelle demande de révision du procès. Le 12 juillet 1906, cassation du verdict du Conseil de Guerre de Rennes, et le lendemain, vote par le Parlement d’une loi réintégrant Dreyfus dans l’armée. Le 21 juillet 1906, soit douze ans après sa condamnation, Dreyfus reçoit la Légion d’Honneur avec le grade de Commandant. (Résumé d’après crdp-montpellier.fr)

Le choc de la honte
*Et puis, le commandant Henry vint déposer,
lourd et grave. De toute son autorité, il
désigna Dreyfus d’un doigt accusateur.
-Je sais de source sûre qu’il y a un traître
dans les bureaux du ministère de la guerre.
Et le voici. Dreyfus bondit de son banc.
-Si quelqu’un m’accuse, dites son nom et
qu’il comparaisse!… Henry se redressa et
eut un mot historique : -Il y a, dans la tête
d’un officier, des secrets que même son
képi doit ignorer.*
(Extrait : IL ÉTAIT UN CAPITAINE)

Ce livre m’a ébranlé car dans ma grande naïveté, je n’étais pas certain qu’on pouvait pousser la bêtise aussi loin. Si le récit m’a fait passer par toute une gamme d’émotions, dont celle d’être choqué, j’en déduis que l’auteur a trouvé le ton juste. Sa plume est claire, directe et efficace.

Mais entendons-nous! Solet a résumé l’Affaire Dreyfus dans un roman destiné à la jeunesse. Par la voie du journaliste Maxime, il explique cette affaire de la façon la plus simple en ne s’étendant pas trop sur le contexte social de l’époque, l’instabilité politique et les épreuves que la turbulente troisième république française est appelée à subir.

Plusieurs volumes ont été écrits sur l’affaire Dreyfus, cette tache indélébile dans l’histoire de la France, mais pour les ados et les jeunes adultes, il y a tout ce qu’il faut dans IL ÉTAIT UN CAPITAINE pour comprendre non seulement l’Affaire Dreyfus, mais aussi toute la portée sociale et politique d’un tel scandale. *Mesdames, messieurs…, s’interposa un rédacteur du Figaro. Il est temps de comprendre que Dreyfus n’est qu’un prétexte. La bataille engagée sur son nom dépasse depuis longtemps sa modeste personne. En vérité, il s’agit d’un problème politique.*(Extrait)

Ce ne sont pas les problèmes politiques qui manquent dans l’histoire de la France, mais celui-ci concerne l’antisémitisme qui prend racine dans une France qui s’achemine allègrement vers la première guerre mondiale pendant que le jeune Adolph Hitler commence à prendre de l’assurance, ce qui, comme on le sait, ne contribuera en rien à alléger le fardeau des juifs…peu importe le problème ou le crime dans ce contexte, les juifs font des coupables idéaux…

Dreyfus, placé dans l’histoire au mauvais moment et au mauvais endroit fut donc la victime de ce contexte, de la crasse politique et militaire, de l’incroyable incompétence d’officiers militaires supérieurs qui ne songent qu’au pouvoir…*Des officiers supérieurs se préparaient ouvertement pour le *grand jour*, celui où ils renverseraient la *gueuse*, autrement dit : la République. L’affaire Dreyfus n’était plus qu’un prétexte, un alibi pour prendre le pouvoir.*(extrait)

Dans l’ensemble, c’est un bon livre. Il résume assez bien l’Affaire Dreyfus, donc il est accessible particulièrement pour les jeunes qui aiment s’en tenir à l’essentiel et qui apprécient peu, en général, les longueurs. Le seul reproche que je pourrais faire ici est que l’auteur n’a pas suffisamment tenu compte de la présence et du rôle du célèbre écrivain Émile Zola dans cette affaire.

En effet, Zola a tout compris dès le début et a pris la défense de Dreyfus. On aura vu là, écrivait Zola, le plus extraordinaire ensemble d’attentats contre la vérité et contre la justice…*(extrait) Son intervention lui a valu un procès. Dommage que son intervention et son influence d’écrivain n’ait pas été mieux développées dans IL ÉTAIT UNE FOIS UN CAPITAINE. Je recommande tout de même ce livre. Il n’est pas d’une grande profondeur, n’entre pas trop dans les détails mais il touche à l’essentiel.

Bertrand Solet est un écrivain français né en 1933 à Paris. Il s’est spécialisé en littérature jeunesse. Son vrai nom est Bertrand Soletchnik. Il a commencé à dévorer les livres pendant un long et douloureux épisode de poliomyélite. couvant lentement une carrière d’auteur. Après des essais au cinéma et en journaliste, il est devenu responsable d’un service de documentation économique. C’est à cette époque qu’il rencontra sa future femme. Trois garçons furent issus de cette union. Trois enfants à qui il adorait raconter des histoires… C’est là qu’il a commencé à écrire. L’écriture est vite devenue une passion, en particulier les livres historiques et les romans d’actualité écrits spécialement pour les jeunes. Son œuvre (réunissant plus d’une centaine de titres a été couronnée de nombreux prix prestigieux dont le prix Amerigo-Vespucci et le prix Fetkan. 

 Comme on le sait, l’Affaire Dreyfus a été abondamment évoquée dans la littérature. Au cinéma, l’Affaire Dreyfus a fait l’objet d’un premier film en 1899, muet bien sûr. Puis, il y a eu le film L’AFFAIRE DREYFUS du réalisateur José Ferrer dont est extraite la photo ci-haut. Je citerai enfin le téléfilm réalisé par Yves Boisset en 1995.

 

BONNE LECTURE
JAILU
JANVIER 2016