LE CERCLE DE DANTE

La menace de la Divine Comédie

LE CERCLE DE DANTE

Commentaire sur le livre de
MATTHEW PEARL

*Il remarqua des traces de sang sur le plancher
et autre chose aussi…d’étranges fragments
d’insectes qu’il ne reconnut pas- les ailes et les
troncs de ces mouches aux yeux de feu que
Nell Ranney avaient découpés en morceaux
au-dessus du corps du juge Healey*
(Extrait : LE CERCLE DE DANTE, Matthew Pearl,
t. f. Éditions Robert Laffont, 2004, édition papier)

Boston, 1865. Un tueur en série inflige à ses victimes des supplices inspirés par L’ENFER DE DANTE. Dès lors, quatre hommes comprennent qu’ils deviennent les premiers suspects…en effet, ils sont tous réunis dans LE CERCLE DE DANTE dont le but est de faire connaître LA DIVINE COMÉDIE, du même poète florentin. Les membres du CERCLE DE DANTE savent qu’ils seront suspectés si quelqu’un fait le rapprochement entre les meurtres et les supplices racontés dans L’ENFER. Pour se disculper et pour sauver leur ville, les érudits s’improvisent détectives et une étrange chasse à l’homme commence. Il reste à savoir quel être diabolique s’amuse à reproduire L’ENFER.

Dans LE CERCLE DE DANTE, Matthew Pearl s’est largement inspiré de LA DIVINE COMÉDIE tout comme l’a fait Dan Brown pour son livre INFERNO . LA DIVINE COMÉDIE est ce célèbre poème, le plus célèbre de Dante, composé quelque part au XIVe siècle. Chef d’œuvre de la littérature, il est considéré comme le plus important témoignage de la civilisation médiévale. D’ailleurs, Dante Alighieri est un poète majeur du Moyen-âge. Il a joué aussi un rôle très actif dans la vie politique de sa ville natale : Florence.

LA MENACE DE LA DIVINE COMÉDIE
*Expulsé du royaume d’en haut, il tombe sur la
terre, au sens physique du terme, et, sous son
poids, un abîme se creuse : L’Enfer. C’est cet
abîme souterrain que Dante explorera. Donc,
la guerre a créé Satan, la guerre a créé L’Enfer*
(Extrait : LE CERCLE DE DANTE)

D’entrée de jeu, je vous dirai d’abord que le CERCLE DE DANTE (Dante club) est une réalité historique. En 1865, Henry Wadsworth Longfellow, premier poète américain de calibre international, fonda, dans sa maison de Cambridge, Massachussets, un cercle restreint consacré à la traduction intégrale de LA DIVINE COMÉDIE, poème célèbre et complexe de Dante Alighieri qui se voit admis à observer le supplice des damnés dans différents niveaux de l’enfer. Outre Longfellow, le *club* réunit des personnages tout aussi authentiques : le poète James Russel Lowell, le docteur Oliver Wendell Holmes, l’éditeur James T. Fields et l’historien George Washington Greene. Il s’est aussi avéré que le Cercle a connu beaucoup d’opposition.

Dans son livre, Matthew Pearl met en scène les personnages historiques du Cercle et imagine une chaîne d’évènements se déroulant en 1865 autour de la célèbre université de Harvard. Au lendemain de la guerre de Sécession, alors que les soldats connaissent de graves difficultés de réinsertion, un tueur en série exécute une série de meurtres particulièrement sordides en s’inspirant des supplices décris dans LA DIVINE COMÉDIE de Dante. Évidemment, ces meurtres n’ont aucune authenticité historique même si la recrudescence de la criminalité au lendemain de la guerre a été historiquement démontrée.

Donc dans ce livre, l’histoire côtoie la fiction. C’est un livre intéressant mais lourd et complexe à plusieurs égards : d’abord, il y a beaucoup de palabres sur Dante et la Divine Comédie qui est une œuvre difficile à aborder. Il y a des passages intéressants mais aussi beaucoup de longueurs et ces longueurs diluent l’intrigue. Ensuite, comme les meurtres sont inspirés de Dante, les membres du Cercle décident de faire l’enquête eux-mêmes pour éviter les soupçons. Malheureusement le brouillard s’épaissit pour le lecteur. L’enquête est tentaculaire. Le lecteur est balloté de fausses pistes en fausses pistes…compliqué, d’autant que le rôle de la police est mal défini.

L’écriture est puissante mais elle ne contribue en fait qu’à préserver l’esprit de Dante. À mon avis, il y a trop de répétitions, de digressions, de longueurs et de passages superflus pour garder le lecteur dans le coup à l’exception peut-être d’un questionnement qui a entretenu ma curiosité et m’a permis *d’accompagner le Cercle* jusqu’au bout : Quel être à l’esprit aussi tordu a pu se servir de Dante pour supplicier de façon aussi horrible des êtres humains?

C’est un livre très dense qui pêche par une absence de fluidité. Les chapitres sont longs et l’ensemble est peu ventilé. Sa lecture nécessitera donc beaucoup de patience et d’attention. Je mentionne toutefois qu’il est richement documenté par d’imposants travaux de recherches réalisés par Pearl sur le fameux poète florentin. Le livre a figuré quelques temps sur la liste des best-sellers, surtout en Italie, pays d’origine de Dante Alighieri.

La lecture a été ardue mais Pearl m’a donné le goût d’en savoir plus sur la Divine Comédie….peut-être un jour en entreprendrais-je la lecture.

Matthew Pearl est un écrivain américain né en Floride. Il réside maintenant dans le Massachusetts. Diplômé de Harvard en littérature anglaise et américaine et de Yale en droit, Pearl est reconnu comme un spécialiste de Dante. Ses travaux sur le célèbre poète florentin lui ont valu en 1998 le prix Dante décerné par la DANTE SOCIETY OF AMERICA. Son premier roman LE CERCLE DE DANTE a connu un succès immédiat et a été traduit en 30 langues. Son second roman, L’OMBRE D’EDGAR POE a figuré sur la liste des best-sellers du New-York Times dès sa parution. Dans ce livre consacré aux derniers jours d’Edgar Allan Poe, Matthew Pearl développe une des plus grandes énigmes de l’histoire littéraire.

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 16 septembre 2018

MORT AUX CONS

TUEUR DE CONS EN SÉRIE

MORT AUX CONS

Commentaire sur le livre de
Carl Aderhold

*Je savais enfin contre qui
je me battais. J’avais enfin
mis un nom sur leur visage.
Le con. M’écriais-je,
voilà l’ennemi!
(Extrait : MORT AUX CONS,
Carl Aderhold, Hachette 2007,
rééd. Fayard 2011. 687 pages)

Soucieux de développer une société meilleure basée sur le respect, l’amitié, l’entraide et l’empathie, un homme cible d’abord l’intérêt démesuré que portent les humains pour les animaux. Il décide donc de tuer et faire disparaître les animaux domestiques de son quartier. Si le plan fonctionne au départ, il n’atteint pas vraiment ses objectifs et c’est là que notre homme décide simplement de partir en guerre contre la connerie et d’éliminer une race d’humains qui prolifère un peu trop à son goût : Les cons. Ne réussissant pas à trouver une théorie sans faille sur les cons, à arrêter une définition claire et nette du con typique, il extermine ici et là tous ceux qui l’embêtent ou qui l’ennuient. Le livre prend un peu la forme d’un mode d’emploi tendant aussi à légitimer le combat meurtrier de cet homme contre ceux qu’il trouve cons.

Tueur de cons en série
*J’avais l’impression d’être un super-héros qui
vient de découvrir ses superpouvoirs. Littéralement,
je planais au-dessus des choses. Le simple fait de
savoir qu’il existait…une possibilité rapide de
mettre fin à toute nuisance, me procurait un
sentiment de complet détachement vis-à-vis des
contingences…ma démarche est une vraie
démarche scientifique.
(Extrait : MORT AUX CONS)

 Au début l’auteur peint le tableau d’un couple normal devant sa télévision où la chatte de la voisine vient se faire câliner. Christine va se coucher, l’homme reste à regarder une émission et se fait mordre par le petit animal. Il décide tout bonnement de la jeter par la fenêtre (4° étage). Elle meurt. Le lendemain, une solidarité se développe vis-à-vis de la maîtresse. Le personnage principal veut voir le retour de l’amitié, plus de contact, de solidarité…. Il extermine donc tous les animaux domestiques du voisinage. Au début sa technique marche mais très vite des clans se forment et se disputent. Il est sur le point de se faire démasquer par la concierge, il la tue donc. C’est à ce moment-là que sa lutte contre les cons commence.Il décide de trouver une théorie pour ne pas faire d’erreur mais il ne parvient pas à trouver quelque chose de stable.

Il extermine tous ceux qui l’ennuie, d’où il tue « pour un oui et un non » sans raison bien valable à part que la personne ne lui convient pas au niveau caractère. Il ne se prend pas pour un tueur jusqu’à ce qu’un flic vienne l’arrêter et c’est sa peur de la prison qui lui fait faire son geste. Par la suite il essaye de faire comprendre à l’opinion son combat et d’être légitimé.

Je n’apprécie pas du tout le style de l’auteur, même le but de son ouvrage est négatif. Les tueries sont toutes les fois très répétitives. Il nous peint un personnage peu tolérant, égoïste, qui veut être seul au monde … Heureusement qu’il n’existe personne avec un caractère aussi négatif, même un sérial killer me paraît plus sympathique. On ne retient rien de sa théorie sur les cons, il ne créait rien de bien nouveau. Je suis même choquée qu’un personnage aussi peu tolérant existe dans un roman en effectuant autant de meurtres aussi facilement.
Du coup, je n’ai absolument rien retiré de cet ouvrage (même peu de distraction), aucune théorie, aucune fable rien . Peut-être n’ai-je pas compris mais j’en doute, le sens réel de ce livre !!!!

Carl Aderhold est un écrivain français né dans l’Aveyron en 1963. Fils de comédiens, il a poursuivi des études d’histoire avant de se spécialiser dans la littérature du XVIIIe siècle. Il est actuellement directeur éditorial chez Larousse dans le domaine des sciences humaines. MORT AUX CONS est son premier livre publié en 2007. (50,000 exemplaires vendus toutes éditions confondues) Ont suivi : LES POISSONS NE CONNAISSENT PAS L’ADULTÈRE en 2010 (15 000 exemplaires vendus en première édition) et FERMETURE ÉCLAIR en 2012.

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 11 mars 2018

LE ROUGE IDÉAL

LES FLEURS DU MAL ET LA PHILOSOPHIE DE LA MORT

LE ROUGE IDÉAL

Commentaire sur le livre de
Jacques Côté

*Vendredi, on a trouvé, dans un boisé à l’université
un caniche dépecé et cette main planté sur un
piquet d’une clôture du Collège Jésus-Marie. La veille,
quelqu’un avait tracé sur un mur à l’université, un
message haineux avec du sang : *au bout de ton sang,
femelle*…Méchant malade!…Il y a de a psychose dans
l’air.*
(Extrait : LE ROUGE IDÉAL, roman québécois de Jacques Côté,
Éditions ALIRE, 2002, édition de papier. 440 pages)

Octobre 1979, une chaîne d’évènements sanglants sème la terreur à Québec : une chienne horriblement mutilée, une main plantée sur un piquet de clôture, des messages inquiétants qui annoncent menaces et violence. Pour Daniel Duval, lieutenant à la Sûreté du Québec, son coéquipier Louis Harel, cloué à un fauteuil roulant, et les experts du laboratoire de sciences judiciaires, les pires craintes semblent vouloir se confirmer alors que s’ajoute le meurtre particulièrement sordide d’une jeune femme dans le cimetière de Sillery : un tueur fou est en liberté à Québec et il semble bien qu’il se soit engagé dans une terrible spirale de violence. L’enquête s’annonce complexe et force l’exploration du moindre indice, même le plus insignifiant, ce qui amènera les enquêteurs à faire connaissance avec un aspect particulièrement répugnant de la criminalité : la nécrophilie.

LES FLEURS DU MAL ET LA
PHILOSOPHIE DE LA MORT
*Le portrait qu’il ébaucha en quatre points mettait
en évidence l’intelligence du meurtrier :
-milieu bourgeois, jeune vingtaine, l’esprit cynique.
-Il méprise tout sauf lui-même et quelques idoles.
Tout comme Baudelaire, il déteste probablement
son père.
-Parents divorcés, très près de sa mère. Il ne
déteste pas les femmes à ce point sans être
atteint d’une démence quelconque.
-Beau et charmeur au point de créer un rapport
de confiance avec ses victimes…*
(Extrait : LE ROUGE IDÉAL)

J’avais très envie de lire du québécois cette fois, avec des noms québécois, du langage québécois, même des jurons québécois, avec un environnement dans lequel je me reconnaîtrais. À ce titre, il y a vraiment de belles possibilités qui s’offrent aux bibliophiles québécois. Mon choix s’est arrêté sur LE ROUGE IDÉAL, un excellent polar de Jacques Côté.

Un mystérieux cercle d’étude appelé Thanatos, dirigé par un professeur apparemment émérite et qui cultive la philosophie de la mort est à l’origine de cette intrigue riche et parfaitement maîtrisée. Ce thème n’est pas sans rappeler LA SOCIÉTÉ DES POÈTES DISPARUS, le fameux film de Peter Weir avec le regretté Robin Williams. Ce film raconte l’histoire d’un professeur qui réussit à emballer ses élèves pour la poésie au point que ceux-ci forment un cercle à caractère sectaire et qu’ils deviennent dangereux pour eux-mêmes et pour les autres.

Dans le rouge idéal, les étudiants du Cercle Thanatos veulent maîtriser la réalité de la mort et ce faisant, réveille des pulsions de mort chez un étudiant psychologiquement instable. Les dérives du cercle conduisent à la nécrophilie. Le meurtrier s’inspire de grands auteurs, plus spécialement Beaudelaire, ce personnage troublé en général et mysogine en particulier, et pourtant un incontournable de la littérature. Comme dans les FLEURS DU MAL, l’adorateur de la femme devient son profanateur…vous imaginez qu’il faut s’attendre au pire.

Ce sujet, original, la nécrophilie étant peu courant dans la littérature romanesque, est développé de main de maître par Jacques Côté et sans les artifices superflus souvent attribués à ce genre d’ouvrage.

Avec sa plume d’une remarquable efficacité, Jacques Côté associe la philosophie et les sciences policières dans une enquête complexe qu’il fait progresser avec intelligence, finesse et de bons éléments de surprise. Les personnages sont attachants, en particulier le gros Louis, policier obèse en fauteuil roulant et dont les réparties arrachent obligatoirement des sourires. Je note aussi que les nombreux passages sur l’assistance des médecins légistes donnent à l’ensemble beaucoup de crédibilité comme c’est le cas pour certains auteurs, Kathy Reichs en particulier.

Je crois que c’est un livre que vous allez apprécier. Il est porteur entre autres, d’une très intéressante réflexion sur la forte influence que peuvent avoir les enseignants sur les jeunes esprits. D’ailleurs, je ne suis pas surpris que ce livre figure dans les liste des sujets imposés au collégial car les sujets développés concernent de près les jeunes en fin d’adolescence et les jeunes adultes qui peuvent aisément s’identifier au personnage principal en particulier : le lieutenant Duval.

LE ROUGE IDÉAL est une œuvre littéraire de qualité que je vous recommande…un excellent polar.

Jacques Coté est un écrivain québécois né en 1961. Il enseigne la littérature au Cégep de Sainte-Foy. Déjà, dans la jeune vingtaine, il écrit son premier roman alors qu’il séjournait à Londres : LES MONTAGNES RUSSES, adapté au petit écran et réédité en 1999. Suivront : NÉBULOSITÉ CROISSANTE EN FIN DE JOURNÉE, le tout premier roman policier de Jacques Côté, publié en 2000, sa suite logique : LE ROUGE IDÉAL, publié en 2002 et récipiendaire l’année suivante du prix ARTHUR ELLIS. Je cite aussi WILFRID DEROME, EXPERT EN HOMICIDES, publié en 2003, grand prix LA PRESSE DE LA BIOGRAPHIE qui nous fait connaître le pionnier des sciences judiciaires et de la médecine légale en Amérique. Côté a aussi écrit LA RIVE NOIRE EN 2005, prix Saint-Pacôme et débute LES CAHIERS NOIRS DE L’ALIÉNISTE en 2011 avec LE QUARTIER DES AGITÉS.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 3 décembre 2017