LES MANIPULATEURS ET L’AMOUR

Le vampirisme affectif pointé du doigt

LES MANIPULATEURS ET L’AMOUR

Commentaire sur le livre d’
ISABELLE NAZARE-AGA 

*Que feriez-vous si une relation amoureuse vous
détruisait, écrasait votre personnalité et votre
identité propre, sans laisser place au bien-être, à
l’épanouissement, voire au bonheur? «Je prendrais
la poudre d’escampette au plus vite!» est sans
doute votre réponse. Cela n’est pas si sûr…*
(Extrait : LES MANIPULATEURS ET L’AMOUR, Isabelle
Nazare-Aga, Les Éditions de l’homme, 2004, édition
de papier, 215 pages)

Dans LES MANIPULATEURS ET L’AMOUR, la thérapeute comportementaliste Isabelle Nazare-Aga nous trace un portrait du manipulateur affectif et explique ce qu’il y a de mieux à faire lorsqu’on se rend compte qu’une relation amoureuse est destructrice, qu’elle écrase la personnalité et l’identité propre. À partir de témoignages recueillis pendant sa carrière, Isabelle Nazare-Aga étudie au quotidien les méfaits et les conséquences d’une relation amoureuse avec ce qu’elle appelle un vampire affectif. Dans son livre, elle expose les mécanismes et manifestation de cette emprise éprouvante et donne des conseils pratiques pour s’en protéger en identifiant les différentes étapes de la vie amoureuse avec un manipulateur et les répercussions qu’elles ont sur la victime. Le livre poursuit un but simple : identifier avec certitude la manipulation et ne plus jamais être manipulable.

LE VAMPIRISME AFFECTIF POINTÉ DU DOIGT
*Maintes fois, ces conjoints tentent de réparer,
de comprendre et de se faire comprendre. En
vain. Maintes fois, ils pensent partir, se séparer…
sortir de cette relation devenue sordide! Qu’est-ce
qui les en empêche? Les lois de nos pays ne sont
en rien des obstacles. Les freins sont ailleurs…
(Extrait : LES MANIPULATEURS ET L’AMOUR)

C’est un livre intéressant qui étudie les méfaits et les conséquences d’une relation avec un manipulateur. Dans son livre, Isabelle Nazare-Aga précise que les manipulateurs ne représentent que 3% de la population mais…*leur cas nous intéresse tant les dégâts qu’ils provoquent sont nombreux, systématiques et dévastateurs pour 90% de leur entourage.* (Extrait)

Le point fort du livre est ce chapitre qui nous apprend les 30 principales caractéristiques du manipulateur ou de la manipulatrice. Autre élément intéressant, Chaque chapitre se termine par une petite section intitulée *QUE FAIRE* qui résume les stratégies en lien avec le sujet développé. Des sujets parallèles ou qui sous-tendent le sujet principal sont aussi développés comme la dépendance affective et en particulier la contre-manipulation qui serait un premier pas extrêmement intéressant pour s’en sortir, dans les cas des personnes manipulées.

Dans sa forme, ce n’est pas un livre qui innove. Comme dans beaucoup de livres de psychologie et de développement personnel, on retrouve beaucoup de témoignages qui ne diffèrent les uns des autres que par certaines variantes. On a l’impression que les témoignages se répètent ou disent la même chose. Peu importe, ils amènent le lecteur à se demander comment les victimes peuvent vivre avec de tels monstres. En effet, le livre met en présence les manipulées, soit les victimes d’un côté et les manipulateurs de l’autre. Les bons et les méchants. Gros plan sur la malfaisance des manipulateurs et sur les conséquences néfastes pour les victimes.

Je veux en venir au fait que le livre laisse des questions en suspens : Il laisse supposer qu’on reconnaît les manipulateurs, mais une fois qu’on est tombé dans le piège. Mais si on revient juste un peu avant la case départ, y a-t-il moyen de prévenir, ou le manipulateur est-il indétectable? Ce n’est pas clair. L’auteure précise que 30% des manipulateurs ont ou avaient des parents eux-mêmes manipulateurs. Il aurait été intéressant de savoir comment on devient un manipulateur comme il aurait été aussi intéressant de reconnaître certains signes qui laissent supposer que nos enfants pourraient être de futurs manipulateurs, question de faire un peu de prévention.

Je suppose que ces sujets doivent être développés dans d’autres livres comme le laisse supposer l’importante bibliographie publiée à la fin du livre, mais il aurait été intéressant de se voir proposé un petit condensé qui couvre ces questionnements et d’autres questions aussi comme : peut-on amener un manipulateur à prendre conscience de son problème et comment l’aider?

Ce livre est tout de même digne d’intérêt, surtout si vous trouvez que quelque chose cloche dans votre environnement relationnel. C’est un livre axé sur la victime…un manuel de survie quoi!

Thérapeute comportementaliste et cognitiviste, ­Isabelle Nazare-Aga exerce en cabinet et dirige des stages d’affirmation et d’estime de soi, de recherche des valeurs personnelles et de gestion des émotions. Elle donne aussi des séminaires sur l’art de faire face aux manipulateurs. Elle est l’auteur de plusieurs best-sellers internationaux. Elle a écrit plus d’une dizaine de livres. Ses plus récents titres sont : LES MANIPULATEURS ET L’AMOUR (2013), LES PARENTS MANIPULATEURS (2014), LES MANIPULATEURS SONT PARMI NOUS (2015), JE SUIS COMME JE SUIS (2015) et SORTEZ DE VOTRE COQUILLE (2015).

 BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 4 mars 2018

L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU

LES RÈGLES DE L'ABERRATION

L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU

Commentaire sur le livre de
H.G. WELLS

*Qui sont ces créatures? M’écriais-je, en les indiquant
du doigt et élevant de plus en plus la voix pour qu’ils
m’entendissent. C’était des hommes – des hommes
comme vous, dont vous avez fait des êtres abjects par
quelque flétrissure bestiale – des hommes dont vous
avez fait vos esclaves, et que vous craignez encore.*
(Extrait : L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, Herbert George Wells,
1896, texte libre de droit édité numériquement en 2005 par
ebooksgratuits, 161 pages)

Survivant d’un naufrage, Edward Prendick est secouru par Montgomery, passager d’un navire faisant route vers une mystérieuse île perdue avec une cargaison d’animaux. Une fois débarqué sur l’île, Prendick fait la connaissance du vieux docteur Moreau et ne tarde pas à découvrir que Moreau et son assistant, Montgomery se livrent à de sordides expériences visant à transformer des animaux, par vivisection, greffes et tentatives chirurgicales en hommes capables de penser et de parler. Puis, Moreau est assassiné par un *homme-bête* suivi de Montgomery, tué à son tour. Un homme-puma rompt l’équilibre de l’île. Prendick se retrouve seul avec les créatures, gagnant leur respect. Il finira bien par s’enfuir de l’île à bord d’un radeau mais il est destiné à être poursuivi pour le reste de sa vie par les images troublantes des monstres créés par le docteur Moreau.

NOTE :
DÉFINITION DE *VIVISECTION* :
Dissection opéré sur un animal vertébré vivant, à titre d’expérience scientifique, en particulier dans le but d’établir ou de démontrer certains faits en physiologie ou en pathologie. D’une manière générale, elle désigne toute opération chirurgicale invasive à titre expérimental. Son utilité scientifique, et sa justifiabilité éthique sont le sujet de controverses. (source : Wikipédia)

LES RÈGLES DE L’ABERRATION
«Ne pas marcher à quatre pattes»
«Ne pas laper pour boire»
«Ne pas manger de chair ni de poisson»
«Ne pas griffer l’écorce des arbres»
«Ne pas chasser les autres hommes»
«Ne sommes-nous pas des Hommes?»

Ceux et celles qui lisent régulièrement mes commentaires savent bien qu’à l’occasion j’aime revenir à la lecture d’un classique. Par définition, les classiques ne se démodent pas. Il y a plusieurs raisons à cela, j’en citerai deux : à cause des thèmes intemporels qui sont développés et qui sont toujours prisés par le lectorat ou à cause du caractère à la fois fantastique et visionnaire des sujets traités. À ce dernier titre, plusieurs auteurs ont attiré et attirent toujours mon attention : George Orwell, Ray Bradbury, René Barjavel, Jules Verne bien sûr, Isaac Asimov, Frank Herbert et plusieurs autres dont celui qui nous intéresse aujourd’hui : Herbert George Wells, connu sous la signature H.G. Wells.

Bien sûr en littérature, le réalisme se mesure avec le temps. Je dirai que le caractère visionnaire de Wells a été extrêmement puissant. Par exemple, dans L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, Wells a très vite compris quelles seraient les conséquences d’une mauvaise prise en charge de la manipulation des corps humains en général et de la manipulation génétique en particulier. Ici, dans L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, la vivisection prend une énorme valeur de symbole de la bêtise humaine, Moreau excluant complètement toutes considérations éthiques et morales : J’étais convaincu, maintenant absolument certain que Moreau était occupé à viviséquer un être humain. Depuis que j’avais, pour la première fois après mon arrivée, entendu son nom, je m’étais sans cesse efforcé…de rapprocher de ses abominations le grotesque animalisme de ses insulaires; et maintenant, je croyais tout deviner…ces victimes que j’avais vues étaient les victimes de ses hideuses expériences. (Extrait)

Le narrateur est donc piégé sur l’île de Moreau, peuplée de créatures effrayantes, artificiellement créées, des animaux humanisés difformes et monstrueux, des aberrations. Connaissant la plume extrêmement descriptive et détaillée de Wells, on a un petit roman d’anticipation qui évoque mort, angoisse, peurs et cauchemars. Je m’attendais à quelque chose de génial qui allait me pousser au questionnement. Je n’ai pas été déçu. Comment se positionne le monde animal dans le monde humain et vice-versa. Quelles sont les limites de la science et de l’expérimentation. A-t-on le droit de faire souffrir au nom de la science? Dans le livre on va jusqu’à la torture et à la limite, peut-on se prendre pour Dieu?

Il y a des choses dans ce livre qui sont carrément impossibles. Par exemple, on sait qu’il est impossible d’humaniser un animal mais on sait aussi qu’à partir de la manipulation génétique, on peut créer ce qu’il était convenu d’appeler autrefois des chimères.

Ce livre n’est pas très long mais il comporte les petits côtés agaçants habituels propres à Wells. Les descriptions sont parfois lourdes et les explications scientifiques longues et complexes et puis la traduction laisse vraiment à désirer. Mais je crois qu’il vaut la peine d’être lu et qu’il ne vous laissera pas indifférent, spécialement le chapitre où le docteur Moreau justifie ses travaux à Edward Prendick, le narrateur prisonnier de l’île. Aucun scrupule, aucun sens de l’éthique. Le cher docteur ne s’encombre ni d’empathie ni de morale.

120 ans après sa publication, L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU de H.G. Wells demeure d’une troublante actualité.

Herbert George Wells (1866-1946) est un écrivain britannique, considéré comme le père de la Science-Fiction. Plusieurs  de ses romans ont marqué la littérature à partir de son tout premier publié en 1895 : LA MACHINE À REMONTER LE TEMPS. Journaliste, professeur et libre-penseur, Wells a été le premier auteur a donné un caractère éthique à la littérature de science-fiction en dénonçant les abus d’une technologie omniprésente et d’une course effrénée vers le progrès. Il aura été une inspiration pour plusieurs auteurs de renom qui ont suivi dont Isaac Asimov, Orson Welles, René Barjavel et plusieurs autres. Il a écrit plus de 80 romans.

VOIR AUSSI MON COMMENTAIRE SUR LA GUERRE DES MONDES DU MÊME AUTEUR

 L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU AU CINÉMA

Il y a eu principalement trois adaptations cinématographiques du classique de Wells.


                 1                                            2                                          3

1)    L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, adapté au cinéma en 1933 par Earl C. Kenton avec Charles Laughton dans le rôle du Docteur Moreau.

2)    L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, adapté au cinéma en 1977 par Don Taylor avec Burt Lancaster dans le rôle du Docteur Moreau.

3)    L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, adapté au cinéma en 1996 par John Frankenheimer avec Marlon Brando dans le rôle du Docteur Moreau.

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 15 octobre 2017

 

Les médias nous manipulent… bah oui mais comment?

150 petites expériences de psychologie des médias de Sébastien Bohler

150 petites expériences de psychologie des médias

Il s’agit d’un ouvrage vraiment intéressant et très bien présenté.

D’abord une question est posée, associée à un phénomène psychologique. Par exemple:

Pourquoi ne supportez-vous pas le discours de certains candidats politiques ?
Discours et biais d’endogroupe 

Après une mise en contexte suit un ou deux extraits d’études faites par des psychologues, médecins, neuro-scientifiques, anthropologues, etc. Ces extraits font toutes la différence car nous sommes ainsi en mesure de juger nous même de la crédibilité des faits rapportés, ce qui n’est vraiment pas le cas de tous les ouvrages du même genre.  Une conclusion résume l’article et l’auteur laisse des liens menant aux études complètes.

Quand on parle de psychologie des médias ici, il ne s’agit pas seulement de publicité. Il est aussi question de discourt politique, de contenu d’émission ou de magazine, de la façon dont les nouvelles nous sont présentées, etc etc. Le livre est Français, et les nombreuses références qu’il contient (émission, poste de télé, personnalité public) sont donc aussi Françaises. Ça m’a un tout petit peu agacé mais ce n’est pas un obstacle, on trouve très facilement des équivalences dans tous les coins du monde j’en suis sur.

C’est la richesse et la vastitude des phénomènes rapportées qui m’ont particulièrement plu. Bien que savantes, les explications sont simples et concises. L’auteur n’aborde pas le sujet en prenant l’industrie médiatique comme un grand méchant monstre, mais plutôt de façon objective, parfois contemplative même. Considérant que les médias parviennent à jouer avec nos réflexes vitaux, je ne me sens pas nécessairement invulnérable après la lecture de ce livre, mais je comprend mieux les mécanismes utilisés. Du coup même si ça ne protège pas mon cerveau spongieux et influençable d’être humain, ça me donne assurément des bons outils et arguments pour débattre avec moi-même ou prendre de bonne décision, du moment que je puisse prendre un peu de recul.

Phenixgoglu
Octobre 2012

(En complément…)