Si tu ne lis pas prends garde à toi

Lire c'est découvrir

SI TU NE LIS PAS PRENDS GARDE À TOI

Commentaire sur le livre de
LAURENCE FANTUZ

*Depuis toujours, je m’étais persuadé
que lire n’apportait aucun plaisir, sans
avoir réellement essayé, je dois
l’admettre. Devais-je lui faire confiance
et tenter l’aventure?*
(Extrait : SI TU NE LIS PAS, PRENDS GARDE À TOI!)
Laurence Fantuz, 2e édition 2012, Éditions Adabam.
édition numérique, 255 pages.)

Un jour, un vieux livre surgit dans la vie de Max, 12 ans…un cadeau que sa mère lui a fait…plutôt incongru pour Max qui est peu attiré par la lecture. Notre jeune ami décide de ranger le livre aux oubliettes, mais le livre n’est pas d’accord. Il s’anime et entreprend une mission : amener graduellement Max à apprécier la lecture. Max n’a pas du tout l’intention de se laisser faire et tire des plans pour se débarrasser de ce vieux livre dérangeant. Cependant, une chaîne d’évènements  et  l’influence de sa sœur qui adore lire amèneront  Max à s’intéresser au livre et à vivre finalement une aventure fantastique. Le volume raconte aussi l’histoire du livre.

LIRE C’EST DÉCOUVRIR
*Effacés grâce à lui tous mes préjugés insensés,
tellement obstiné pendant des années j’ai été,
Mots et idées jaillissent désormais de mes pensées…*
(Extrait : SI TU NE LIS PAS, PRENDS GARDE À TOI)

Ce petit roman jeunesse est classé *aventure fantastique* mais j’y ai vu surtout un fort potentiel didactique et pédagogique. Au départ, le titre est plutôt ronflant et porte à jugement. Je n’ai pas tout à fait compris ce choix. Aussi, il ne faut pas trop s’y fier. Je veux préciser aussi que si vous croyez ne pas pouvoir lire ce livre avec des yeux d’enfants, mieux vaut pour vous passer à autre chose car vous risquez de vous ennuyer.

L’histoire est simple. C’est celle de Max, 12 ans, qui déteste la lecture mais qui ne l’a pas vraiment essayée. Un  jour, sa mère lui donne un vieux livre issu du patrimoine familial. Max n’en a cure…il relègue le livre aux oubliettes, mais le livre voit les choses autrement, car il est magique. Le livre s’anime et se donne pour mission d’amener Max à apprécier la lecture. Pour ce dernier, le cadeau est empoisonné et il tire des plans pour s’en débarrasser. Il faut voir comment l’auteur amène Max à s’attacher à ce vieux bouquin. J’ai simplement et agréablement assisté à la naissance d’une forme de sentiment pour la lecture qui va finir d’ailleurs par une passion.

Quoique classique et peu original, le sujet est intelligemment développé et dévoile sans moralisation les vertus de la lecture comme l’enrichissement du vocabulaire en passant par le perfectionnement de l’orthographe jusqu’à l’ouverture de l’esprit sur le monde, son histoire, ses cultures.

L’élément qui m’a irrité un peu dans cette histoire tient au fait que tout se passe trop vite et va trop loin. En effet, presque du jour au lendemain, Max devient un passionné de lecture, délaissant sa passion des jeux vidéos, compose des histoires et de la poésie à mon avis un peu trop avancées pour son âge et compte maintenant devenir un écrivain. C’est un peu surréaliste ou tout au moins vite en affaires.

Malgré tout, j’ai apprécié ce livre, magnifiquement illustré par Dub, un excellent dessinateur, parce qu’il est très actuel. Les jeunes prendront plaisir à s’attacher au sympathique Max et ses amis et se reconnaîtront sûrement dans leur quotidien. À notre époque où les jeunes sont aspirés par Internet, les jeux vidéos et les téléphones intelligents, il est bon de savoir qu’on peut prendre un réel plaisir à lire. Tout en évitant de présenter la lecture comme le seul loisir valable et considérant d’un bon œil les jeux vidéos et les sports,  Fantuz vient nous rappeler que le livre a et aura toujours sa place. Question d’équilibre.

C’est un  bon petit livre dans lequel l’humour a sa place et qui propose à la fin, un petit documentaire, encore là magnifiquement illustré par Dub, qui raconte l’histoire et l’évolution de l’écriture et du langage, l’histoire du livre et la naissance des différents genres littéraires, comprenant la bande dessinée et enfin propose des petits conseils pour ceux et celles qui veulent prendre la plume. C’est un petit documentaire vraiment bien fait, écrit dans un langage simple et fluide à la portée des enfants. C’est un livre sympa qui ne peut faire que du bien.

Internet laisse filtrer peu de détails sur la carrière de Laurence Fantuz. Mentionnons simplement que c’est une auteure française née en 1966, résidant à Paris et maman de deux garçons. C’est une passionnée de la tradition orale qui a choisi la plume, et avec bonheur semble-t-il. SI TU NE LIS PAS, PRENDS GARDE À TOI est son premier roman-jeunesse. Vous pouvez consulter le site internet de Laurence Fantuz pour plus de détails sur son œuvre.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le samedi 8 décembre 2018


NOT DOG (1)

Un chien aussi laid que génial

NOTDOG tome 1

Commentaire sur le livre de
SYLVIE DESROSIERS

*Au passage de tous ces pieds, le sable glisse,
s’enfonce. Les semelles et les orteils laissent
leurs marques jusqu’à ce que le vent ou la
mer les effacent. Au milieu de ces nouvelles
traces, personne ne remarque celles qui se
font toutes seules.*
(Extrait : QUELQU’UN A-T-IL VU NOTDOG, NOTDOG
Tome 1, Sylvie Desrosiers, La Courte Échelle, rééd.
2009, édition de papier, 370 pages, comprend 4
romans.)

Ce livre réunit les aventures de trois ados de douze ans et d’un chien…mais laissons l’auteure nous présenter l’équipe : *Jocelyne, dont la curiosité est sans limites, heureuse propriétaire de NOTDOG. Agnès, une grande rousse, qui en a pour cinq ans à porter des broches aux dents. John, l’Anglais blond fortuné à lunettes rondes qui fait sans arrêt des fautes de français.* Mais le véritable héros de l’histoire est un chien, aussi laid que brillant. Nos amis ont ouverts une petite agence de détectives prêts à résoudre toutes les énigmes qui se présenteront à eux, peu importe la nature de l’enquête, allant jusqu’aux histoires de fantômes, de magie et autres *mystérieux mystères*…

NOTDOG 01 réunit les quatre romans suivants:

      

Un chien aussi laid que génial!
*-Lui aussi dit qu’il n’a vu personne observe
Agnès. –L’homme invisible frappe encore,
on dirait, remarque Jocelyne. -Avant que je
croie à l’homme invisible, il va mouiller des
petites cuillères! C’est alors que, juste à la
hauteur de ses yeux, une petite cuillère
passe lentement, reste suspendue quelques
secondes et…*
(Extrait : NOTDOG 01, FAUT-IL CROIRE À LA MAGIE?)

Lorsque j’étais animateur scout sur la Côte-Nord, je basais les camps sur un livre. J’adorais raconter à mes pré-ados une histoire et créer des jeux d’aventures en liens  avec celle-ci. À ce titre, ma plus grande inspiratrice fût sans nul doute Sylvie Desrosiers. Pour sa série NOTDOG, elle a créé trois jeunes sympathiques personnages de 12 ans et un chien qui retient l’attention autant parce qu’il est laid que parce qu’il est brillant : NOTDOG. Jocelyne, Agnès, John et Notdog  ont monté ensemble une petite entreprise de détectives. Ça c’est le point commun à toutes les histoires de la série. Une enquête par histoire.

À chaque enquête, Sylvie Desrosiers a incorporé avec brio tous les éléments que les pré-ados aiment dans une histoire : du mystère, des intrigues avec des tas d’indices…fantômes, disparitions inexpliquées, phénomènes étranges, mais aussi, de la fantaisie et beaucoup d’humour…des éléments qui plaisent beaucoup aux jeunes, en particulier l’humour.

Dans ces histoires, il n’y a pas de violence, pas de gros mots, pas d’horreur. Mais dans chaque histoire,  nos amis courent un danger potentiel et doivent compter les uns sur les autres pour s’en sortir et résoudre les énigmes. Voilà qui pourrait amener les jeunes lecteurs et lectrices à prendre parti sur les vertus de l’esprit d’équipe. Sylvie Desrosiers a créé trois personnages qui sont toujours à l’image des jeunes d’aujourd’hui : dégourdis, curieux, aimant vivre des aventures dont ils vont s’enrichir, appréciant les amis et les aspects sociaux de leur vie. Donc les jeunes lecteurs peuvent aisément s’identifier aux jeunes héros, d’autant que dans ces histoires, les parents sont légèrement en retrait. Ils peuvent s’intégrer dans les aventures et en demeurer captifs jusqu’à la fin.

Un des éléments qui m’a le plus emballé dans ces histoires est l’humour, particulièrement celui des passages descriptifs : *Ses mains sont tellement sales qu’il a l’air de porter des mitaines; ses jeans sont tellement crottés que même les vidangeurs n’en voudraient pas; et ses dents sont tellement douteuses qu’il a l’air d’avoir une barre de toffee accrochée aux gencives.* (Extrait : NOTDOG 1, FAUT-IL CROIRE À LA MAGIE?)

Je crois que les livres de la série ont tout pour plaire aux jeunes : beaucoup d’humour, mystère et intrigues, amitié, action, rebondissements…les histoires sont courtes et se lisent facilement. Il n’y a rien à l’épreuve des jeunes intrépides…de la bonne lecture…toujours actuelle.

Sylvie Desrosiers est une écrivaine et journaliste québécoise née à Montréal le 28 août 1954. Elle est l’auteure de plus d’une vingtaine de romans à la Courte Échelle dont la série complète NOTDOG. Elle a aussi collaboré à la revue CROC et à l’organisation de plusieurs galas JUSTE POUR RIRE. Son œuvre a été couronnée de plusieurs prix prestigieux dont le PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL en littérature jeunesse de langue française en 2008 et la MÉDAILLE DE LA CULTURE FRANÇAISE en 1997.

Daniel Sylvestre est un illustrateur  québécois, natif de Montréal. Il exerce son art depuis plus de 30 ans. Ses livres sont connus un peu partout dans le monde. Les jeunes lecteurs québécois le connaissent surtout pour ses illustrations dans les séries PUCE, ZUNIK et CLÉMENTINE, ainsi que dans les aventures du chien « Notdog ». Daniel Sylvestre a étudié en arts décoratifs et en arts graphiques à Paris. Artiste graveur reconnu En 2007, il était finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada pour les illustrations du roman « Ma vie de reptile » de Sylvie Massicote.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le samedi 24 novembre 2018

MOZARELLA

prisonnier des illuminés

MOZARELLA

Commentaire sur le livre de
DANIELLE SIMARD

*Mes frères, commence-t-il, si je nous
ai réunis ce soir, c’est que l’heure tant
attendue est enfin arrivée…Wolfgang
a enfin répondu à nos supplications.*
(Extrait : MOZARELLA, écrit et illustré par
Danielle Simard, Éditions Pierre Tisseyre,
1994, édition de papier, 140 pages)

MOZARELLA est l’histoire d’un jeune pianiste sympathique et très doué : Émile Ladouceur. Un jour, son père réalise le rêve d’Émile en lui achetant le synthétiseur d’Amadé Trazom, un compositeur excentrique qui vient de mourir. Dans le synthétiseur, Émile trouve une disquette oubliée et y découvre l’enregistrement d’une musique extraordinaire qui pourrait- être une sonate de Mozart, composée puis oubliée, donc inconnue. Certains indices le laisse supposer. Mais par un curieux concours de circonstance, on croira qu’Émile est l’auteure de cette œuvre fantastique. Ce malentendu jettera Émile dans les filets d’une étrange société secrète et lui fera vivre une aventure très particulière. MOZARELLA est le quatrième roman de Danielle Simard.

PRISONNIER DES ILLUMINÉS
*Soudain, il se rappelle ses deux visiteurs
de la veille, le chiffon puant…son cœur
se met à battre très vite. Il saute du lit
et se jette sur la porte. La poignée refuse
de tourner…
(Extrait : MOZARELLA)

Voici un petit livre des plus rafraîchissant et qui réunit beaucoup d’éléments que les jeunes lecteurs apprécient : une intrigue, une société secrète, un enlèvement et beaucoup de mystère autour d’une mystérieuse musique découverte par hasard. Bien sûr, ici il s’agit de musique classique qui ne fait pas nécessairement tendance chez les jeunes. Mais qu’un jeune lecteur s’imagine un instant se retrouver sous les projecteurs et devenir un héros à cause d’une musique classique, c’est une toute autre histoire.

MOZARELLA est le récit du jeune Émile Ladouceur, 12 ans, un petit prodige du piano qui excelle particulièrement dans l’interprétation des sonates de Mozart. Pour stimuler le potentiel de création de son fils, monsieur Ladouceur lui achète un synthétiseur usager, anciennement propriété d’un musicien : Amédée Trazom. Or, Émile découvre à l’intérieur du synthétiseur une disquette oubliée contenant une musique qui a toutes les caractéristiques d’une signature de Mozart. Émile interprète cette musique au synthétiseur et l’aventure commence…le danger aussi car ayant eu vent de cette histoire, une mystérieuse société secrète s’intéresse de très près à Émile.

C’est une belle petite histoire très bien ficelée pour les jeunes. J’ai particulièrement apprécié la vigueur des dialogues et la spontanéité de la plume, tout à fait compatible avec celle des pré-ados et des ados : *En parlant d’oreilles, reprend Émile sur le même ton, je crois qu’il serait grand temps que tu ailles te les faire déboucher, les tiennes d’oreilles! Peut-être que tu pourrais enfin écouter autre chose que des hurlements de chats égorgés avec des solos de scie électrique sur fond de tremblement de terre!* (Extrait)

Il y a aussi dans ce livre, outre les péripéties inhérentes à l’aventure d’Émile, un petit quelque chose d’instructif puisqu’on y parle de WOLFGANG AMADEUS MOZART qui fut l’un des plus grands maîtres de tous les temps dans les principales formes de la musique classique : le concerto, la symphonie et la sonate. Mozart fut aussi un des musiciens les plus prolifiques de l’histoire de la musique. On sait aussi que beaucoup de légendes ont proliféré autour de Mozart et c’est là que ça devient intéressant relativement au récit de Danielle Simard car c’est une légende qui va entraîner notre sympathique Émile dans son époustouflante aventure.

MOZARELLA est aussi porteur d’une petite réflexion sur les idoles et les enfants prodiges. Enfin, On trouve dans ce petit livre beaucoup d’humour. J’ai particulièrement apprécié le passage où les membres de l’ordre des Illuminés se chicanent comme des enfants alors qu’Émile s’aperçoit très vite d’une grotesque supercherie.

C’est donc un bon petit livre qui ne vieillit pas et que je recommande chaudement aux jeunes de 9 à 12 ans

LE HÉROS DANS L’OMBRE :

Notre talentueux Émile partage la vedette de ce roman avec son ami François et aussi avec celui que j’appelle le héros dans l’ombre : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), symbole historique de génie et de virtuosité. Beaucoup de secrets entourent la vie de Mozart. À la fin de son histoire, l’auteure Danielle Simard précise, dans une note spéciale, qu’en 1784, Mozart adhère à la franc-maçonnerie, une société secrète très répandue à l’époque. Les francs-maçons se divisent alors en groupes parfois très différents : chez certains on invoque les esprits et les rituels frisent parfois la sorcellerie; par contre, dans l’Ordre des Illuminés, dont fait partie Mozart, on remplace la superstition par la raison, et on travaille à instaurer un monde de liberté, d’égalité et de fraternité pour tous les hommes. Cet idéal se reflète dans l’ensemble de l’œuvre de Mozart.

Danielle Simard est une auteure québécoise née à Montréal en 1952 et spécialisée dans les romans pour la jeunesse. Détentrice d’un baccalauréat en design 2D de l’Université du Québec à Montréal, elle a œuvré plusieurs années comme graphiste et illustratrice à Radio-Canada avant de se consacrer à plein temps à l’écriture et à l’illustration de ses livres. Récipiendaire du prix du Gouverneur Général du Canada en 2003, elle a publié à ce jour près de 70 livres.

Bonne lecture
Jailu/Claude Lambert
le dimanche 4 novembre 2918