LES FILLES SONT BÊTES, LES GARÇONS SONT IDIOTS

Avant tout maîtriser son sujet

LES FILLES SONT BÊTES,
LES GARÇONS SONT IDIOTS

Commentaire sur le livre de
VINCENT RAVALEC

*J’ai jamais embrassé de fille. Je veux savoir
le pourquoi du comment avant de me lancer.
«T’as jamais embrassé une fille?» Stupéfaction
des deux : «Ah bon? Mais comment ça se fait?»
«Position personnelle, j’ai affirmé. Choix
philosophique. Je veux comprendre avant
d’apprendre.»*

(Extrait : LES FILLES SONT BÊTES, LES GARÇONS SONT
IDIOTS, Vincent Ravalec, 2012, Storylab Éditions, num.)

Arthur n’a jamais embrassé une fille. Mais le sujet l’intéresse beaucoup et devient comme une petite  passion. Avec méthode, minutie et réflexion, Arthur décide d’enquêter et se fait passer pour un journaliste du site Trop-pas.com. Violette l’accompagne bientôt dans ses recherches et expérimente les subtilités, et certains mécanismes de l’attraction garçon/fille avec lui…mais deux questions graves se posent ici : si les garçons trouvent que les filles sont bêtes pourquoi ont-ils envie de les embrasser? Et si les filles trouvent que les garçons sont idiots, pourquoi finissent-elles par être attirées par eux. Une grande enquête à couper le souffle faite avec beaucoup de…bonne volonté!!

AVANT TOUT
MAÎTRISER SON SUJET
*Cette fois, j’ai retiré mes lunettes avant de descendre
du bus, j’ai mis un bonnet jusqu’à la brasserie où j’ai
enlevé mon gel tant bien que mal. «Faudrait voir à
pas abuser des toilettes, m’a lancé la patronne en me
reconnaissant. C’est réservé aux consommateurs.
-Presse! J’ai clamé. Vous serez citée dans mon article.»*
(Extrait : LES FILLES SONT BÊTES, LES GARÇONS SONT IDIOTS)

Lors d’une de mes longues recherches sur mes choix de lecture, j’ai été attiré par le titre. LES FILLES SONT BÊTES, LES GARÇONS sont idiots. N’est-ce pas ce qu’on pensait du sexe opposé quand on était plus jeune, mais alors là beaucoup plus jeune. Même si le titre est ajusté d’une certaine façon à une forme de culture, il annonce plutôt mal ce qui se passe en réalité dans le livre.

C’est le récit d’Arthur, 12 ans qui commence très très graduellement à subir les changements inhérents à la préadolescence. Arthur aimerait bien embrasser une fille et même *rouler une pelle*. Cette expression que je trouve amusante tire son origine d’abord du terme *patiner* puis de l’expression *peloter* largement utiliser au XIXe siècle. On utilisait alors l’expression *rouler un pélot* qui est devenue par déformation *rouler une pelle*. Puisque cette forme de baiser était typiquement française aux yeux des américains, les québécois ont adopté l’expression *french kiss* d’où le verbe *frencher*.

Cela dit. Veuillez excuser ma digression. Donc Arthur voulait embrasser une fille mais avant de passer à l’action, il voulait étudier, théoriquement, les tenants et aboutissants d’une relation avec une fille et comprendre hors de tous doutes pourquoi garçons et filles ont envie de s’embrasser à partir de l’adolescence :* -T’as jamais embrassé une fille ?» -Mais comment ça se fait ?» « Position personnelle. J’ai affirmé. Choix philosophique. Je veux comprendre avant d’apprendre. »* (Extrait) Donc Arthur a enquêté avec un tel sérieux et une telle minutie qu’il a tout compliqué inutilement alors qu’il avait la réponse à côté de lui.

Sa recherche était correcte, mais il en a fait une démarche scientifique qui m’a fait rire plusieurs fois tout le long de ma lecture : *Je lui ai fait part de ma remarque concernant le Prince Charmant. Elle a admis que c’est assez fréquent chez les filles. « Mais toi tu vois çà comment ? C’est un peu comme une maladie, ou alors c’est un truc nécessaire à votre développement ? Croire au Prince Charmant ça vous fait pousser les seins ? Il y a un rapport psycho-hormonal entre votre croissance et l’adhésion au mythe ? * (Extrait)

Ce qu’Arthur cherche finalement, c’est de définir ses sentiments, ses désirs. L’auteur développe cette recherche avec beaucoup de subtilité, sans rien bousculer. Bien que ce développement soit très intéressant, ça ne représente qu’une facette du problème. Par exemple, il aurait été intéressant que Ravelec introduise d’autres garçons faisant le même type de recherches mais de façon différente et au besoin, tous les mettre en convergence. C’est la faiblesse de l’histoire : une seule approche pour une expérience qui précède finalement l’exploration sexuelle.

En dehors du fait que le personnage d’Arthur jouant le rigoureux scientifique est un peu surexploité, j’ai trouvé l’histoire intéressante et ne manquant pas d’humour. La plupart des personnages sont attachants, le fil conducteur est simple : la difficulté pour les adolescents de se comprendre entre gars et filles. Mais attention, ne vous fiez pas au titre, il est trompeur. Avant d’acheter ce livre, explorez-le un peu. Pour éviter toutes déceptions.

Vincent Ravalec est un écrivain, scénariste, réalisateur et producteur français né le premier avril 1962. Il vit à Clamart. Autodidacte (il arrête ses études à 14 ans), il est d’abord apprenti menuisier, puis exerce divers petits métiers, dont assistant réalisateur et régisseur de cinéma, avant de commencer à écrire, au début des années 90. Dès la parution de son premier roman, Un pur moment de Rock’n Roll, il connaît un succès grandissant, confirmé lors de la sortie de Cantique de la racaille, qui devient un best seller. Parallèlement, il commence à réaliser ses propres courts métrages et long métrages, fonde un studio de production (Les films du garage), et écrit aussi des chansons, notamment pour Johnny Hallyday. La foire aux nains est son premier album jeunesse. (source : ricochet-jeunes.org)

QUELQUES AUTRES TITRES DE VINCENT RAVALEC POUR LA JEUNESSE

                 

Bonne lecture
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 5 mai 2019

EXPÉDITEUR INCONNU

Un texto entre puis un courriel

EXPÉDITEUR INCONNU

Commentaire sur le livre de
MARILOU ADDISON

*-Tant que la journée ne sera pas terminée, tu
risqueras de mourir de différentes façons.
-Hein ? Mais pourquoi ? –Parce que la journée
de ta mort a été décidée…*
(Extrait : EXPÉDITEUR INCONNU, Marilou Addison,
Boomerang jeunesse éditeur, édition de papier, 276p.)

Chaque année, Ludo part en vacances avec ses parents. Mais cette fois, il n’a pas tellement envie de quitter ses nouveaux amis. Pour rester en contact avec eux, il se crée donc une boîte de messagerie. Il reçoit presque aussitôt un premier message… d’un expéditeur inconnu. À l’inverse, ce dernier semble bien le connaître. Et apparemment, il connait aussi l’avenir, puisqu’il lui annonce les évènements avant même qu’ils se produisent. De qui proviennent ces étranges courriels ? De quelqu’un de son entourage qui s’amuse à lui faire peur ? Ou pire encore…de sa sœur ? ou D’UN EXPÉDITEUR INCONNU ?

UN TEXTO ENTRE PUIS UN COURRIEL
*Bien content de voir que tu as pu t’en sortir
en un seul morceau. Comme tu pourras le
lire dans cet article, ton destin aurait pu
être tout autre…À l’avenir, je te conseille
de prendre mes avertissements au sérieux.
Un inconnu qui sait comment te garder en
vie.*
(Extrait : EXPÉDITEUR INCONNU)

EXPÉDITEUR INCONNU est l’histoire de Ludovic Saint-Pierre, un ado débordant d’énergie et d’imagination. Lors d’une randonnée de vacances avec ses parents, Ludo reçoit d’étranges courriels et des textos tout aussi étranges en provenance d’un expéditeur inconnu. Ce mystérieux expéditeur connait l’avenir apparemment car dans ses correspondances, il annonce à Ludo des évènements avant même qu’ils ne se produisent et ce dans l’unique intention de lui sauver la vie car pendant les vacances, la mort rôde sur Ludo et le danger guette toute la famille. Dans une de ses correspondances, le mystérieux inconnu laisse échapper une phrase bizarre : *Je n’ai pas intérêt à ce que tu meures* (Extrait)

C’est tout à fait ce que cherche une majorité d’ados et de pré-ados : du mystère, du suspense, du danger, des énigmes, de l’étrange et une touche de surnaturel. La plume de Marilou Addison se raffine toujours. Sa plume entretient un mystère continu qui force le jeune lecteur à tourner pages sur pages afin de trouver les indices nécessaires à la résolution du mystère. Ce mystérieux expéditeur serait-il un fantôme ? Vous avez d’une part plusieurs situations potentielles de péril et d’autre part, messages et textos pour avertir Ludo et, par la bande, toute sa famille.

C’est un très bon roman versé dans la littérature jeunesse québécoise qui continue de s’enrichir et de pousser les jeunes à la lecture. Le roman est relativement court même s’il fait 276 pages. C’est que Marilou Addison et l’éditeur se sont entendus pour utiliser des grosses lettres qui amènent les jeunes lecteurs à tourner les pages rapidement comme ça s’est fait pour les ZOZOS DU SPORT du même auteur. Je trouve ça génial car c’est une excellente façon d’introduire les jeunes lecteurs aux livres plus volumineux. À ce sujet je dis souvent aux jeunes de ne pas se laisser impressionner par l’épaisseur des volumes, vous pourriez passer à côté d’un trésor….

Pour en revenir à EXPÉDITEUR INCONNU, ça se lit très bien, les lettres sont grosses la plupart du temps de lecture, les textos sont adapté dans les bulles classiques, et les courriels accusent des polices plus petites. Tout est adapté et le fil conducteur est solide, les jeunes lecteurs peuvent s’y ancrer sans problèmes.

Enfin je mentionne un fait important, ce sont les magnifiques illustrations de Sabrina Gendron qui rendent le livre attrayant et vivant. Sabrina est une spécialiste des arts plastiques et de l’animation 2D/3D. Elle travaille sur plusieurs projets en arts visuels mais depuis quelques années, elle se concentre sur l’illustration d’albums et de romans pour la jeunesse. On peut voir dans EXPÉDITEUR INCONNU une magnifique manifestation de son talent.

En terminant je dirai que le jeune lecteur pourra facilement sentir l’émotion de Ludo qui ne sait pas ce qui lui arrive. C’est un personnage attachant et très sympathique. Tout est dévoilé dans la finale qui est un peu surprenante…C’est donc avec enthousiasme que je vous suggère EXPÉDITEUR INCONNU pour les 9-13 ans en particulier mais très rafraîchissant pour les adultes en général.

Originaire de la région de Montréal, Marilou Addison a grandi entre une mère écrivaine et un père enseignant le français. Aimer les livres n’était pas une option ! Depuis plusieurs années, elle a décidé de plonger sans retenue dans le monde du livre. Elle écrit donc à temps plein des romans pour tous les groupes d’âge. Active dans les divers salons du livre du Québec, l’auteure adore rencontrer ses lecteurs. C’est pourquoi elle visite régulièrement les écoles afin de communiquer sa passion à tous ceux qui sont prêts à l’entendre !

LECTURES PARALLÈLES SUGGÉRÉES…dans la série SLALOM :

                   

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 17 février 2019


 

 


 

DEUX AMIS DANS LA NUIT

Entre un humain et un vampire il n'y a rien de simple

DEUX AMIS DANS LA NUIT

Commentaire sur le livre-jeunesse de
LOUISE LEBLANC

*Je le vois s’éloigner au bord du lac.
Je ferme la porte et je commence à
trembler. Je prends conscience du
danger auquel je viens d’échapper. *
(Extrait : DEUX AMIS DANS LA NUIT,
Louise Leblanc, Courte Échelle, 1996,
Littérature jeunesse québécoise,
édition de papier, 65 pages, illustré)

Léonard et Julio sont amis mais ils ne se voient pas très souvent. Rien d’étonnant à cela, Julio est un vampire et il ne peut sortir que la nuit. S’il sortait le jour, la lumière le tuerait. Un soir, alors que les parents de Léonard ne sont pas à la maison, lui et son ami Julio peuvent enfin passer une soirée ensemble. Du moins, c’est ce qu’ils souhaitent. Mais rien n’est jamais simple entre un humain et un vampire. Il est fort possible et probable que cette soirée entre amis, disons, très différents, réserve son lot de surprises. Heureusement l’amitié est une force, une belle valeur. Une chose est sûre, c’est qu’humour et émotions sont au rendez-vous…un superbe souvenir de la Courte Échelle pour les jeunes lecteurs.

ENTRE UN HUMAIN ET UN VAMPIRE
IL N’Y A RIEN DE SIMPLE !
*OUI! OUI! J’ai invité un ami. Oui! Je
l’ai enfermé. Parce que c’est un vampire.
Si vous ouvrez la porte, il va mourir.
À cause de la lumière. Et vous serez
des assassins!*
(Extrait : DEUX AMIS DANS LA NUIT)

Voici un bon petit livre pour les premiers lecteurs, c’est-à-dire les enfants de 6 et 7 ans. L’histoire est un peu fantaisiste puisqu’elle a comme sujet une improbable amitié entre un petit garçon, Léonard, et un petit garçon…vampire, Julio. Julio vit dans la peur d’être reconnu. Il demeure dans un cimetière, ne peut pas sortir le jour, donc il ne peut pas admirer les beautés de la nature éclairée par le soleil. Léonard a compris son dilemme et réserve une belle surprise à son ami. Alors que les parents de Léonard et Julio s’absentent un soir, les deux garçons décident de passer leur première soirée entre amis. Mais voilà…rien ne se passe comme Léonard l’aurait souhaité…

Ce petit livre est porteur d’une double réflexion : d’abord sur l’importance qu’accordent les enfants à la liberté et ensuite, le récit donne tout en douceur une petite leçon sur la tolérance car Julio est un enfant différent des autres, très différent mais l’amitié naissante chez les enfants est quelque chose d’extraordinaire. Dans une entrevue qu’elle accordait au mensuel culturel québécois VOIR en 1999 L’auteure Louise Leblanc précisait qu’elle voulait créer une situation avec un personnage étranger à la vie courante, une amitié entre un petit garçon ordinaire et quelqu’un d’extraordinaire.

Elle a réussi à un point tel que DEUX AMIS DANS LA NUIT recevait en 1999 le prix du Livre Jeunesse Québec/Wallonie-Bruxelles dont le thème portait cette année-là sur l’amitié et la différence. Le choix des personnages, l’originalité des situations et des péripéties avaient séduit le jury. Les enfants aussi ont été séduits puisque la série Léonard s’est allongé jusqu’à 6 épisodes.

Même à l’âge de 6 et 7 ans, les enfants aiment se faire raconter des histoires. Ça permet un beau contact entre ces derniers et les parents ou les grands-parents et je sais de quoi je parle, ce sont des moments extrêmement agréables pendant lesquels les adultes admirent souvent la capacité d’émerveillement des enfants. Je vous en parle parce que DEUX AMIS DANS LA NUIT est une histoire parfaite pour ce genre de moment privilégié. Bien sûr, il faudra vous attendre à ce que l’enfant vous demande qu’est-ce que c’est qu’un vampire. Il faudra évidemment vous préparer une réponse gentille mais sachez que dans ce petit livre, il n’y a aucune connotation de violence qu’on attribue généralement aux vampires, bien au contraire. Julio est un petit bonhomme attachant qui souffre de tout ce qu’il manque à la clarté du jour et son ami Léonard est là pour l’aider. C’est une histoire développée avec doigté et délicatesse.

Sinon, l’enfant peut lire le livre seul. Ce petit livre n’a que 61 pages, se lit très bien, les lettres sont grosses et les chapitres sont courts et agrémentés par les très belles illustrations de Philippe Brochard, graphiste, illustrateur et spécialiste de la Bande Dessinée.

Enfin, je suis heureux de recommander DEUX AMIS DANS LA NUIT pour les enfants, d’autant que le livre est issu d’une maison d’édition qui a participé activement à l’éveil intellectuel de dizaines de milliers d’enfants pendant 35 ans : LA COURTE ÉCHELLE.

Née à Montréal, Louise Leblanc a donné des cours de français, elle a été mannequin, comédienne, mime, recherchiste, rédactrice publicitaire et puis elle est devenue auteure et le succès est venu rapidement. En 1983, elle gagne le prix Robert Cliche pour son roman 37½AA. En 1993, elle reçoit le prix des clubs de la livromagie pour SOPHIE LANCE ET COMPTE. Elle a écrit plusieurs nouvelles, des romans pour adultes, elle a également écrit pour la télévision. Ses romans de la série SOPHIE ont été traduits en anglais, en espagnol et en danois. DEUX AMIS DANS LA NUIT est le huitième roman qu’elle publie à la Courte Échelle. C’est une véritable femme-orchestre qui s’intéresse à tout et qui donne libre cours à sa passion de l’écriture.
Photo: Pierre Charbonneau.

Né à Montréal, Philippe Brochard a fait ses débuts dans les journaux étudiants où il a publié caricatures, bandes dessinées et dessins éditoriaux. En 1979, il a été directeur artistique du magazine LE TEMPS FOU. Parallèlement, il a commencé à dessiner pour CROC et commencé à multiplier les collaborations avec divers magazines et éditeurs de matériel pédagogique. Après une participation au Salon International de la bande dessinée d’Angoulême en 1985,  et le séjour en Europe qui s’ensuivit, Philippe Brochard poursuit sa double vie d’illustrateur et de graphiste en illustrant LE COMPLOT à la Courte Échelle et DEUX AMIS DANS LA NUIT, le huitième roman auquel il travaille à la Courte Échelle

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 BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 16 février 2019