BEL EFFORT DE SIMPLIFICATION

DARWIN ET L’ÉVOLUTION
EXPLIQUÉS À NOS PETITS-ENFANTS

Commentaire sur le livre de
Pascal Picq

*…de sa conception à sa mort, un individu
se développe et croît en suivant un
programme. C’est exactement en ce
sens qu’il faut comprendre la première
définition du terme <évolution> dans les
sciences de la vie…*
(Extrait : DARWIN ET L’ÉVOLUTION EXPLIQUÉ
À NOS PETITS-ENFANTS,  Pascal Picq, Éditions
du Seuil, 2009, numérique, 71 pages.)

DARWIN ET L’ÉVOLUTION EXPLIQUÉS À NOS PETITS ENFANTS est un essai qui vise à expliquer le plus simplement possible la théorie de Charles Darwin sur l’évolution des espèces et de vulgariser et passer en revue d’autres théories comme celles de Lamarck et Cuvier. L’ouvrage, présenté sous forme de questions-réponses explique également pourquoi la théorie de l’évolution se heurte encore à autant de résistances de nos jours. Ce livre a été publié à l’intention des jeunes, mais s’adresse aussi aux adultes, les enseignants et les parents qui souhaitent comprendre la question complexe de l’évolution, histoire de mieux se préparer à répondre aux nombreuses questions des enfants.

Bel effort de simplification
*Toutes les facultés supérieures de l’homme
comme la morale, le souci de l’autre ou
sympathie, la représentation de l’autre ou
empathie, le rire, la colère, etc.,
proviennent d’une histoire naturelle que
nous partageons avec les espèces les plus
proches de nous, donc les singes…*
(Darwin, extrait de DARWIN ET L’ÉVOLUTION
EXPLIQUÉE À NOS PETITS ENFANTS)

C’est un petit ouvrage fascinant qui passe en revue les grands principes de l’évolution et qui vient vulgariser et simplifier les grandes théories qui sont toujours, aujourd’hui,  au cœur d’un débat scientifique à l’échelle mondiale. C’est comme qui dirait au Québec un cours *d’évolution 101* préparé à l’intention des enfants mais dans lequel beaucoup d’adultes pourraient trouver leur bonheur, ce qui fût mon cas.

Donc ce fascicule passe en revue les grandes théories de l’évolution, entre autres : celle du naturaliste Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), du naturaliste paléontologue Georges Cuvier (1769-1832) et surtout, celle de Charles Darwin (1809-1882) portant sur l’évolution des espèces vivantes et qui a révolutionné les sciences naturelles.

L’auteur démystifie des termes comme évolution, sélection naturelle, darwinisme et néo-darwinisme, catastrophisme, transformisme, théorie des équilibres ponctués, théorie synthétique et du handicap, l’origine des espèces et j’en passe.

Ce petit livre explique de façon simple et claire une question complexe et laisse à penser que sans l’évolution, on ne serait pas là et qu’il est important de comprendre l’évolution si on veut assurer la pérennité des générations à venir. Le livre explique également pourquoi le débat sur l’évolution est toujours aussi actif dans le monde et divise autant les scientifiques. Et ça c’est un aspect extrêmement intéressant.

Par exemple Darwin prenait toutes les traditions à rebrousse-poil en affirmant que l’homme a une histoire  naturelle et qu’il a eu des ancêtres qui n’étaient pas des hommes. L’auteur précise que scientifiques et amis intimes de Darwin peinent à suivre la logique évolutionniste appliquée à l’homme.  D’ailleurs, même au moment de sa mort, Darwin était conscient des dérives de sa théorie. En fait, toutes les théories ont des failles, et ces failles s’entrecroisent encore aujourd’hui. Pourtant, pour l’auteur Daniel Pick, rien n’est vraiment compréhensible de la vie hors de la théorie de l’évolution.

Seul point un peu agaçant : les questions-réponses. L’enfant pose toujours les bonnes questions, au bon moment, avec une exceptionnelle mémoire et avec un raisonnement que beaucoup d’adultes lui envieraient. Pour un enfant entre 10 et 13 ans, c’est comme trop beau pour être vrai. Mais bon, cette faiblesse est bien surmontable. Dans l’ensemble c’est vraiment un bon petit livre, mais son niveau demeure élevé, vue la complexité du sujet. Il faut le prendre pour ce qu’il est : un ouvrage qui introduit les enfants et les non-initiés dans un domaine scientifique complexe, encore à débroussailler de nos jours.

Pascal Pick, né en 1954 est  un paléoanthropologue et maître de conférence français, auteur de plusieurs ouvrages et articles scientifiques traitant de l’espèce humaine et de l’évolution. L’ensemble de son œuvre semble marqué par une seule et même question : qu’est-ce que l’humain. Il a aussi écrit entre autres : LES ORIGINES DE L’HOMME, AU COMMENCEMENT ÉTAIT L’HOMME et LE SEXE, L’HOMME ET L’ÉVOLUTION. Son œuvre comprend sept ouvrages pour la jeunesse.

Pour en savoir plus sur l’auteur consulter son site officiel : www.pascalpick.fr

BONNE LECTURE
JAILU
DÉCEMBRE 2015

 


ET VIVE LE PHENTEX…

Capitaine Static

Commentaire sur la BD de
Alain M. Bergeron et Sampar

*Qui s’y frotte, s’y tic!
Telle est la devise du
Capitaine Static.*
(Extrait : CAPITAINE STATIC,
Alain M. Bergeron et Sampar,
Québec Amérique, 2007, rééd. :
2010. Num. 87 pages.
Alternance de texte et de BD)

Au moment d’écrire ces lignes, la série CAPITAINE STATIC comprend 6 volumes proposant une alternance de textes et de bandes dessinées. La série qui devrait se poursuivre constitue une parodie de la culture des superhéros. Elle raconte l’histoire d’un jeune garçon, Charles Simard qui se découvre un pouvoir spécial quand il porte ses pantoufles en phentex. Charles décide de s’en servir pour défendre les opprimés en commençant par…lui-même. Il s’entoure d’une petite bande dont il devient le capitaine et nous entraîne, d’un volume à l’autre, dans une série d’aventures originales, drôles, voire loufoques. 8-14 ans.

ET VIVE LE PHENTEX…
*Je suis furieux de voir ces garçons
aussi peu respectueux des livres.
Ils pourraient agir ainsi avec ma
future biographie officielle!*
(Extrait de la série CAPITAINE STATIC)

CAPITAINE STATIC est une série de petits volumes pour les pré-ados. J’ai lu six tomes et je dois le dire, je me suis amusé. Ce sont de petites histoires drôles, amusantes, imaginatives avec de l’action, des situations loufoques et des revirements comiques avec, à l’avant-plan, un petit garçon sympathique, très éveillé et qui utilise un petit pouvoir très simple pour tenter de réaliser quelque rêve de gloire et de reconnaissance parmi ses pairs.

Cette série est présentée dans une forme littéraire extrêmement intéressante quoique peu répandue : une alternance de textes et de bandes dessinées. C’est-à-dire une partie narrée quand l’action est à la baisse (lorsque Capitaine Static concocte un plan ou réfléchit) conjuguée à la bande dessinée (lorsqu’il y a de l’action ou une chaîne d’évènements).

Cette formule offre un merveilleux avantage à mon avis. En effet, elle amène le jeune lecteur à une transition en douceur entre la bande dessinée et le récit romancé.

J’ai été frappé par l’originalité du contenu et séduit par la parodie de la culture des superhéros développée par l’auteur. J’ai été aussi surpris de toutes les chaînes d’évènements provoqués par les qualités particulières d’une paire de pantoufles. Il y a vraiment tout ce qu’il faut dans cette série pour garder le jeune lecteur captif du récit et lui donner le goût de passer d’un tome à l’autre.

D’ailleurs, la reconnaissance n’a pas tardé à se faire sentir pour Bergeron et Sampar. La série s’est rapidement *bardée* de prix et de distinction de toutes sortes. Par exemple, peu après sa sortie en 2007, le volume un de CAPITAINE STATIC remportait le prix HACKMATACK, le choix des jeunes, puis le prix du livre DISTINCTION TAMARACK 2009 et la liste des distinctions pour ce volume et ceux qui suivent est longue.

Je crois que la série réunit tous les éléments nécessaires pour donner aux jeunes le goût de la lecture : l’écriture est simple, les illustrations vivantes et amusantes, les personnages attachants, il y a de l’action, les histoires sont développées avec intelligence. Ça se lit vite et bien.

Les titres que j’ai lus :-Capitaine Static 1, 2007
-Capitaine Static 2, L’imposteur, 2009
-Capitaine Static 3, L’étrange Miss Fissy, 2009
-Capitaine Static 4, Le maître des Zions, 2012
-Capitaine Static 5, La bande des trois, 2013
-Capitaine Static 6, Mystère et boule de gomme, 2014

Alain Bergeron (à gauche) est un auteur québécois né en 1957 et résident de Victoriaville. Il était journaliste avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Il s’est tourné vers la littérature jeunesse parce qu’il aime raconter des histoires. Pour lui, être lu par des jeunes est une de ses plus grandes joies. Au moment de la publication de cet article, il avait déjà écrit près de 180 livres chez une dizaine d’éditeurs.

Samuel Parent est un illustrateur et bédéiste québécois chevronné qui publie sous le pseudonyme SAMPAR. Sa carrière a pris son envol chez SAFARIR, la célèbre revue humoristique. Il connaîtra la notoriété avec son personnage ÉMILE non seulement au Québec mais aussi aux États-Unis et en Australie. Par la suite, il s’associera avec Alain Bergeron pour réaliser LA VIE SECRÈTE DU PÈRE NOËL publiée pendant trois ans dans le temps des fêtes, dans le journal de Montréal et bien sûr pour la réalisation de la série CAPITAINE STATIC.

BONNE LECTURE
JAILU
DÉCEMBRE 2015

HA!…CES HUMAINS…

LES 9 VIES D’EDWARD

Commentaire sur le livre de
Chrystine Brouillet

*Edward sauta sur la table de la terrasse pour méditer
au soleil. La lavande et les rosiers miniatures attiraient
des abeilles qui l’auraient sûrement agacé s’il n’avait
été aussi préoccupé par le festin de sa maîtresse. Les
miaulements saccadés de Muscade, une jeune beauté
siamoise qui cherchait un compagnon de jeu, lui
apportèrent la solution.*
(extrait LES 9 VIES D’EDWARD de Chrystine Brouillet, Denoël,
1998, 240 pages)

Ce récit raconte l’histoire de la 9e et dernière vie d’un chat nommé Edward et de l’amour inconditionnel qu’il éprouve pour sa maîtresse *à deux pattes* : Delphine Perdrix, photographe de son métier. Edward s’est mis en tête de trouver un mari pour sa maîtresse. Mais qui??? Pour trouver le candidat parfait, Edward fouille dans ses vies antérieures et trouve finalement le *deux pattes* idéal : Sébastien Morin, un jeune homme qu’il a connu au XVIIe siècle alors qu’il voyageait vers la Nouvelle France. Edward décide de relever le plus grand défi de ses neuf vies : trouver le corps dans lequel s’est incarné Sébastien Morin. Même si Edward a reçu le don de télépathie, sa quête s’annonce périlleuse…

Ha…Ces humains…

*Edward devait l’aider à trouver celui qui la rendrait
heureuse. Il allait se consacrer à cette quête et,
avant de mourir, voir Delphine s’épanouir. Il
aspirait au paradis des chats, au repos éternel,
sans autre vie à revivre, mais pour jouir de cette
paix il devait s’assurer du succès de sa mission.
(extrait : LES 9 VIES D’EDWARD)

C’est un livre tout à fait à la hauteur du talent de Chrystine Brouillet. Il raconte simplement et de façon parfois émouvante la vie de Delphine Perdrix et de son chat Edward. Je n’aime pas particulièrement les chats et je suis sûr que madame Brouillet sait très bien que nombre de ses lecteurs n’aiment pas les chats. Elle s’est simplement organisée pour qu’on les voit de façon différente et ce, avec beaucoup d’intelligence et de subtilité en permettant entre autres à son Edward de jeter un regard très critique, parfois amusé, parfois amusant sur cette bizarrerie à deux pattes qu’est l’être humain.

En fait, le livre comporte deux éléments particuliers qui ont retenu toute mon attention : d’abord les personnages en général et Delphine en particulier : une jeune femme dont la vie est centrée sur la conquête des hommes, la perfection professionnelle et l’amour inconditionnel qu’elle éprouve pour Edward, son chat abyssin qui en est maintenant à sa neuvième et dernière vie. Et justement, pour finir en beauté ses 9 vies, Edward s’est fixé comme objectif de trouver un homme pour Delphine…un homme qui serait l’amant parfait et le mari idéal…

Mais c’est surtout dans les 9 vies d’Edward que reposent toute l’originalité et la richesse du récit de Chrystine Brouillet. On peut dire que dans toutes ses vies, Edward a tout vu ou presque comme en fait foi cet extrait : *…il était en Égypte, sous la XXIIe dynastie, et à Paris en 1997, il avait vécu l’occupation et la première exposition universelle, l’un des passages de la comète de Halley, une traversée éprouvante vers un pays giboyeux…* (extrait LES 9 VIES D’EDWARD).

Donc notre ami Edward a connu Nefertari et le faste de la Cour d’Égypte…il a connu l’inquisition et j’en passe. Il en a suffisamment vu pour pouvoir porter un regard critique sur la nature humaine. De plus, l’auteure a doté son héros d’un don spécial (hérité d’une sorcière dans une de ses vies) : celui de capter par le toucher (ou la lèche) les émotions et les rêves humains et de pouvoir transmettre à ceux-ci des pensées en arrière-plan. J’ai trouvé ça génial car ça donne au texte une remarquable plus-value.

Edward cherche, dans sa dernière vie, l’incarnation d’un personnage qu’il a connu dans une de ses vies, en fait celle qu’il a vécue pendant la grande édification de la Nouvelle-France : un homme tout indiqué pour Delphine : le fameux Sébastien Morin : une quête noble et dangereuse.

C’est dans cette quête de la perfection et dans le caractère introverti de Delphine qu’une intrigue captivante prend naissance. Car il faut le dire…Delphine *ne l’aura pas facile*.

Chrystine Brouillet ne m’avait pas déçu comme auteure jeunesse, voilà maintenant qu’elle me surprend dans un roman pour adultes. Avec LES 9 VIES D’EDWARD, elle nous propose un livre léger, agréable à lire, un peu grandiloquent mais très original, fruit d’une recherche raisonnée et sûrement d’un petit faible pour les chats. Il est vrai que la description des vies d’Edward a tendance à noyer l’intrigue mais moi j’ai pu composer avec ça surtout parce qu’Edward est attachant et drôle. Je vous recommande ce livre ne serait-ce que pour sortir des sentiers battus.

Chrystine Brouillet est une auteure et chroniqueuse québécoise née le 15 février 1958 à Loretteville. Elle décroche le prix Robert Cliche dès le tout début de sa carrière avec CHÈRE VOISINE publié en 1982. De 1992 à 2002, elle publie près d’une douzaine de romans pour la jeunesse, surtout à la Courte Échelle. Cette période de sa carrière a été marquée par de nombreux prix prestigieux. Mais ce qui fait que Chrystine Brouillet est passée au rang des auteurs les plus lus au Québec, tient d’un personnage qu’elle a créé, une femme inspecteur de police, héroïne d’une série policière de 1987 à 2013 : MAUD GRAHAM. La carrière de Chrystine Brouillet est gratifiée d’une prestigieuse reconnaissance littéraire dont l’Ordre de la Pléiade et en 1995, le grand prix littéraire Archambault.

BONNE LECTURE
JAILU
OCTOBRE 2015