LE SORCIER

Ils étaient censés être en sécurité

LE SORCIER

Commentaire sur le livre de
DAVID MENON

*-Il m’avait confié ce que Georges Lui faisait.
Il m’a pris comme ami et comme protecteur.-
-Et toi tu lu as planté un couteau dans le dos?-
-Mary Griffin a utilisé mon homosexualité
contre moi.- Comment ça?>
(Extrait : LE SORCIER, David Menon, 2013, édition
numérique, 200 pages.)

Trois cadavres sont retrouvés dans une vieille maison à côté de l’Université de Manchester. La maison était autrefois un pensionnat de garçons et l’inspecteur en chef Jeff Barton et son équipe mettent à jour la terrifiante époque de brutalité et d’abus qui s’y déroula. Leur enquête les mène sur les traces de l’ancien directeur et de sa femme à présent installés dans une villa en Espagne. Des secrets et mensonges familiaux remontent à la surface et avec eux, leur liste de victimes. Mais Jeff, père célibataire depuis la mort de sa femme, tiraillé entre un travail exigeant et Toby, son fils de cinq ans découvre peu à peu ce que personne ne voit. Un plan audacieux et implacable fomenté par une ancienne victime pensionnaire désormais déterminée à se venger. Si Jeff voit juste, alors lui et son  équipe doivent agir vite avant que la maîtrise de la sentence ne leur échappe pour de bon.

ILS ÉTAIENT CENSÉS ÊTRE EN SÉCURITÉ
*Depuis des années, ce réseau gagne des milliers et des milliers
avec la vente et la distribution de ses films de pédopornographie
particulièrement violents et écœurants. Ils s’en sont sortis en
cachant leurs activités derrière des vitrines respectables, mais
le mode opératoire a toujours été le même. Dans tous les
pays, ils utilisent des enfants des quartiers défavorisés, qui
sont une institution en eux-mêmes.
(Extrait : LE SORCIER)

C’est une histoire très sombre et elle commence sur des chapeaux de roues. Au cours des rénovations entreprises dans un vieux bâtiment qui servait autrefois de pensionnat pour jeunes garçons, des travailleurs font la découverte de cadavres dans les sous-sols. Les travaux sont arrêtés, la police mandée sur les lieux. L’enquête s’annonce complexe. On fait appel à l’enquêteur chef Jeff Barton, personnage récurrent de l’œuvre de David Menon. Il aura besoin d’aide et d’un estomac solide car si l’enquête met à jour de la crasse au départ, la suite devient une histoire d’horreur sans nom.

Dans ce livre, la plume de Menon a deux qualités particulières : elle ne vous fera jamais dévier de l’histoire et elle entretient minutieusement l’intrigue jusqu’à la fin. C’est une force remarquable qui pousse à tourner page après page. Je vous avertis toutefois que certains passages sont à soulever le cœur, le principal suspect n’étant rien de moins qu’un monstre sans conscience, un tordu complètement dénué d’empathie et de compassion, persuadé dans son obsession qu’il rendait service aux enfants : *« C’était dans le donjon qu’ils faisaient leurs films. Ils y emmenaient certains garçons et les gardaient toute la nuit. C’était des trucs SM. Les garçons étaient attachés par les entraves fixées au plafond. Griffin les violait et c’était filmé. »* (Extrait)

C’est une histoire très bien ficelée avec une intrigue solide et un développement en crescendo. L’auteur y a imprégné suffisamment de réalisme pour faire frissonner le lecteur. Je parle de réalisme car bien qu’étant une fiction, toutes les sociétés ont connu des drames semblables à celui développé dans le SORCIER. À ceux et celles qui seraient tentés de faire un rapprochement avec les orphelins de Duplessis, je précise tout de suite que dans LE SORCIER, l’histoire va beaucoup plus loin. Bien que ce soit une bonne histoire, elle est très dure et je ne la recommande pas aux cœurs sensibles. : *…Cette enquête plongeait de plus en plus dans les méandres d’esprits aussi malades que tordus.* (Extrait)

La principale faiblesse de cette histoire est la quantité de personnages. On s’y perd un peu parce que les monstruosités commises sur les garçons ont provoqué à moyen terme des drames d’un autre type : suicides, éclatements familiaux, maladies mentales, peur et paranoïa et j’en passe. Des familles s’imbriquent, les personnages s‘entrecroisent. L’identité de plusieurs de ces personnages risque de vous échapper. Il y a moyen de surmonter cette faiblesse en se concentrant bien sur le début de l’histoire. Puisqu’on parle de personnages, je ne peux pas dire vraiment que j’ai réussi à m’y attacher. Je les ai trouvés un peu froids sauf peut-être Jeff Barton à qui l’auteur a donné un rôle aussi capital qu’effacé. Ça peut paraître étrange mais Menon a prêté à son principal personnage une qualité qui a poussé d’autres personnages bien connus dans des sommets de gloire comme Hercule Poirot ou Sherlock Holmes. Cette qualité, c’est l’intuition. Barton m’a surpris. C’est une des grandes qualités que je recherche dans un livre.

Quelques petits points en terminant. Je me demandais pourquoi LE SORCIER comme titre. Je l’ai compris dans les dernières pages. L’auteur aurait pu faire mieux là-dessus. Ensuite j’ai trouvé la finale un peu expédiée et j’ai été un peu déçu du sort de certains personnages. À vous de voir. Enfin l’édition que j’avais comportait une mise en page douteuse. La version numérique n’était guère mieux, mais *j’ai fait avec*. Recommandé pour les cœurs solides et amateurs d’émotions…LE SORCIER de David Menon.

« J’aime écrire dans le genre de crime parce que je peux couvrir toutes les différentes classes sociales, sexe, race, sexualité, histoire, contemporain … c’est vraiment un grand pinceau et ma motivation d’écrire vient d’un désir de divertir les gens avec une bonne histoire. »

David Menon

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 14 juin 2020

LE PROJET ALICE

Clone à l'horizon

LE PROJET ALICE

Commentaire sur le livre de
Marlène Charine

*Pourriez-vous me donner votre nom ? Tout
naturellement, j’ouvre la bouche pour
répondre. Mais aucun son n’en sort. Parce
que je ne sais pas. Je ne sais pas qui je suis.
cette fois, la panique me submerge.*
(Extrait : LE PROJET ALICE, Marlène Charine,
ÉditionsNL.com édition numérique, 400 pages)

Dans un futur très proche, au nord-est des États-Unis, un commando exfiltre une jeune femme d’une base appartenant à l’Agence, une organisation scientifico-militaire. À peine a-t-elle eu le temps de s’affubler du nom d’Ellie Kay qu’une course-poursuite commence. Traquée d’un côté par l’Agence qui cherche à la récupérer, manipulée de l’autre par ceux qui prétendent l’avoir sauvée, Ellie découvre les premiers aspects de sa personnalité : un naturel impatient, d’incroyables aptitudes au tir et au combat rapproché, mais aussi un talent remarquable au violoncelle. Chargé de la remettre en forme, Sean, un membre de l’équipe, la pousse à ses limites, de manière parfois brutale. Une rudesse qui n’est rien en comparaison avec les révélations qui l’attendent au détour d’un voyage en Europe…

CLONE À L’HORIZON
*Réfléchis à ce que tu sais
pour t’aider à trouver ce que tu ignores.
Que sais-je ?*
(Extrait : LE PROJET ALICE)

C’est une histoire originale qui malgré quelques longueurs et digressions, mérite toute votre attention. Voyons d’abord le contenu : Une jeune femme appelée Ellie est arrachée des griffes d’une mystérieuse organisation qui se fait appelée L’AGENCE. Au premier regard, l’agence a des buts nobles comme la création de vaccins ou le développement de moyens efficaces de vaincre le cancer. Mais cette noblesse camouffle des intentions hégémoniques du genre à organiser d’abominables génocides pour réduire la population mondiale : *Des millions de jeunes filles vaccinées devenant incapables de concevoir. Une génération entière rayée des statistiques. Un massacre raffiné…plus efficace qu’une guerre de territoire, sans aucune goutte de sang versé, mais pas moins terrifiant…>(Extrait) , dominer des peuples militairement, créer et conditionner des clones pour tuer avec indifférence et sans demander d’explications.

Ellie est une de ces clones, conditionnée et reconditionnée pour des horreurs sans noms commises sous le nom de Seven. Vous devinez donc qu’Ellie est le 7e clone d’une même personne : Suzan, principal cobaye d’une odieuse expérience appelée PROJET ALICE, Alice étant la première issue d’un même code génétique. Ça va comme ça jusqu’à Eleven. Ellie finit par être exfiltrée de cette diabolique organisation par un groupe appelé les Fraternels. Les Fraternels et Ellie, qui cherche sa meilleure identité : *Je ne m’attendais pas à trouver le *petit manuel du clonage facile* ou le *Comment cloner sa fiancée en 10 étapes*. Ça serait juste sympathique d’en savoir un peu plus sur moi.> (Extrait)… n’ont maintenant qu’un objectif : rayer l’Agence de la carte. Il sera extrêmement dangereux de s’opposer à une organisation qui se caractérise par un irrespect total de la vie et une absence complète de scrupules.

J’ai été fasciné par l’imagination, la recherche et de la sagacité que l’auteure a investi dans son histoire. Je sais que la science est très avancée dans la connaissance de l’ADN. Aussi LE PROJET ALICE a provoqué en moi un véritable brassage d’émotions. L’intrigue est prenante et l’ensemble est non seulement crédible mais il m’a amené à faire une recherche sur des questions d’éthique qui demeurent pour moi une énorme zone grise : Est-ce qu’il y a des raisons sérieuse de créer un clone? Est-ce qu’un clone peut avoir une existence sociale reconnue? Une identification? Est-il comme les autres, avec une âme, une conscience, un libre arbitre? Si un clone n’a pas de reconnaissance sociale formelle, est-il sacrifiable à la science ou pire encore au pouvoir militaire? Peut-on conditionner et reconditionner cérébralement un clone jusqu’à le tuer sans aucun égard aux responsabilités? Le clonage est-il un crime contre la dignité? Où en est-on avec la bioéthique? Je pourrais continuer sur plusieurs pages. Il y a au moins une réponse : LE CLONAGE HUMAIN EST INTERDIT. J’imagine que ça peut être contourné.

Bien sûr dans LE PROJET ALICE, il y a un mélange de fiction et de réel. On ne peut pas vraiment parler d’anticipation car le sujet développé est très actuel. Le rythme du récit est très rapide et il faut parfois s’accrocher car le fil conducteur du récit dérive parfois, l’auteure s’étend parfois longtemps sur Ellie, ses interactions complexes avec les autres sur le plan sentimental par exemple, sans compter un copinage chez les membres des fraternels qui fait un peu ado. Il ne faut pas oublier les multiples identifications d’Ellie. Elle se cherche. Le lecteur va chercher lui aussi. Il n’empêche que l’intrigue est développée intelligemment. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer malgré une finale interminable style *bon enfant* qui laisse entrevoir la possibilité d’une suite. Je n’ai aucune idée des intentions de l’auteur à cet effet.

C’est donc un bon thriller que je vous recommande. Il est réactif sur le plan de l’éthique, nerveux sur le plan de l’écriture et captivant sur le plan de la lecture. Pour moi personnellement, il ne m’a pas laissé indifférent. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que LE PROJET ALICE est une fiction dans laquelle on a inséré des éléments de la réalité, le tout dans un cadre d’action et d’aventure impliquant des personnages sympathiques mais bien campés et solides. En terminant, je veux préciser que le clonage reproductif chez l’individu est rejeté quasi unanimement et sans équivoque car non-éthique et irresponsable au niveau médical. Selon les conventions nationales et internationales, le clonage à des fins de production artificielle d’un individu est interdit. Voir à ce sujet les aspects éthiques du clonage.

Née en 1976 en Suisse, Marlène Charine a décidé qu’une vie, même bien remplie, ça ne suffisait pas. Elle a donc commencé à écrire de manière à expérimenter plusieurs existences différentes, toujours teintées d’imaginaire. Les graines magiques semées ici et là commencent à porter leur fruit en 2016 avec la publication de son premier roman, LE PROJET ALICE et de plusieurs nouvelles. Intéressé à visiter son blog ? Cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 5 juin 2020

Le fils du diable est un ange

Un vent frais dans le registre de la Fantasy

LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE

Commentaire sur le livre de
KATE OLIVER

*«Cet enfant nous était destiné, mon cher
époux. Quant à savoir d’où il vient, c’est
assurément un cadeau des Dieux, un fils
que nous offre le ciel. Si nous l’appelions
Kaouk?»*
(Extrait : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE,
Kate Oliver, IS édition, 2014, édition
numérique, 275 pages)

À une époque du Moyen-âge où se mêlent magie et sortilèges, Kaouk, enfant de la honte et du déshonneur, s’est juré de déjouer les plans machiavéliques de Mortador, un redoutable sorcier, épaulé de surcroît par le sanguinaire Volcos et une armée de renégats. Le chemin de Kaouk sera jalonné d’embûches, de batailles épiques et de rencontres inattendues…C’est ainsi qu’il fera la connaissance d’une magicienne vivant au Royaume des Lépreux, dont les visions lui parleront de mystérieuses Entités susceptibles de l’aider à rendre aux villageois opprimés leur liberté perdue. Kaouk aura aussi d’autres aides précieuses: Nand, un farfadet malicieux, et Opaline, son amie d’enfance, qui l’aideront sans doute à trouver la force nécessaire pour mettre fin aux exactions du tyran. Mais avant tout, Kaouk se trouve à la croisée des chemins. Entre Bien et Mal, pardon et vengeance, il devra faire des choix qui bouleverseront son destin à jamais…

UN VENT FRAIS DANS LE REGISTRE
DE LA FANTASY
*Une mousse grouillante de mouches bleuâtres
s’agglutina sur la plaie. Sous les yeux
stupéfaits de Kaouk, qui avait entre-temps
repris ses esprits, les insectes secrétèrent une
mousse baveuse qui, en se solidifiant, se
transforma en chair.*
(Extrait : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE)

Ça faisait longtemps que je n’avais pas commenté un livre dans le registre *fantasy*. J’en avais vraiment le goût ces temps-ci et mon choix s’est porté, avec bonheur d’ailleurs sur le tout premier livre de Kate Oliver. Bien sûr c’est du *fantasy*. Alors il y a des sorcières, des magiciens, des créatures infernales, il y a un héros qui combat un monstrueux guerrier sorcier, on attaque à grands coups de sortilèges. Bref, la lutte du bien contre le mal avec des armes tranchantes ou perçantes et ce pouvoir fantastique qui caractérise ce genre littéraire tellement populaire : le pouvoir de commander aux forces de l’univers.

Pour parler un peu du contenu, nous sommes à une époque très lointaine dans le futur. Kaouk, un enfant de la honte, s’est juré de déjouer les plans machiavéliques de Mortador, un puissant et malfaisant guerrier qui commande une créature sanguinaire, Volcos, et une armée de renégats. Kaouk a lui aussi des alliés qui l’aideront à libérer son peuple du joug cruel et despotique de Mortador mais il devra faire des choix qui pourraient sceller définitivement son destin. La première chose qui m’a frappé dans ce roman est la qualité des personnages. Ils ont été travaillés, approfondis sur le plan humain et psychologique. On les a dotés d’une aura qui repousse, ou qui attire mais qui assurément attise l’émotion du lecteur et de la lectrice. Ces personnages sont attachants et ombrageux. Je mets Mortador à l’exception. C’est le vilain de l’histoire mais c’est un personnage très intense et doté d’un caractère très bien trempé.

Le deuxième point fort réside dans la densité de la plume et le pouvoir de l’intrigue. Je pense à un long passage ou le guerrier du bien s’oppose à celui du mal avec des sortilèges et des contre-sortilèges qui sont issus avant tout de l’extraordinaire imagination de l’auteur. Au début je me disais que c’est une guerre qui s’étend longtemps…j’ai vite changé d’idée par les multiples trouvailles qui consacrent l’originalité de l’ouvrage, incluant l’introduction de Nand, un Farfadet tout petit mais à l’incroyable pouvoir de métamorphose. Son amitié avec Kaouk constituera un tournant dans l’histoire.

Le dernier point, et c’est peut-être celui qui m’a le plus agréablement surpris : c’est un passage qui lie l’histoire à nos temps modernes où les humains des années 2000 auraient un urgent besoin d’intensifier leur conscience environnementale : *…oui, un monde qui s’est éteint un jour de l’an deux mille cinquante-deux. Les hommes étaient comme des bêtes enragées et leur convoitise a fini par transformer leurs terres nourricières en vastes champs de ruines stériles. Ils n’ont jamais tenu compte des avertissements de Dame Nature et les humains se sont multipliés dans le plus grand désordre…* (Extrait) La seule faiblesse que je veux signaler est dans le début de l’histoire. Le début est lent et long. Les personnages sont longs à prendre leur place. Je dis au lecteur : persévérez. Le meilleur est à venir.

Donc finalement, nous avons ici un ouvrage qui tranche par son originalité et que j’ai trouvé rafraîchissant parce que d’une certaine façon, il sort des sentiers battus. Son rythme est constant malgré plusieurs passages qui évoquent le passé des personnages. L’intrigue est développée avec un brin de malice et beaucoup d’intelligence. Enfin, toute l’histoire se déroule dans un seul tome mais la finale met la suite en place. À découvrir donc : LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE de Kate Oliver.

Mariée depuis 1972 et installée en Normandie, Kate OLIVER est mère de deux garçons, tous deux enseignants. L’un d’eux est également écrivain. Dotée d’une imagination incroyable, son goût pour la littérature historique, les voyages et les contes fantastiques l’ont conduite à écrire son premier roman, “Le fils du Diable est un Ange”. Publié en 2014 dans la collection SF & FANTASY de IS édition, suivi deux ans plus tard du tome 2: LE FILS DU DIABLE EST UN ANGE T2 , LE DIABLE EST ÉTERNEL. Kate Oliver est une auteure émergente à suivre à suivre de près.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le samedi 30 mai 2020