PERDITION

LES GLORIEUX ET LES RÉPROUVÉS
tome 1 : PERDITION

 Commentaire sur le livre d’
ALEXANDRE VÉZINA

*Comme tu es lamentable…je n’arrive pas à
comprendre…comment peux-tu résister à
ce nectar délicieux qu’est le sang humain?
C’est si exquis…*

(Extrait : PERDITION, Alexandre Vézina, Éditions
AdA, Tome 1, édition de papier, 745 pages)

Après cinq siècle d’errance et de solitude, Kendra avait totalement perdu foi en la vie…cette vie qui l’a complètement désabusée le jour ou un sbire satanique avait fait d’elle un monstre exécrable. Jamais Kendra n’aurait pu concevoir que sa rencontre avec un humain lui aurait redonné le goût de vivre.  Pas plus qu’elle n’aurait été en mesure de se figurer tomber amoureuse de nouveau. Mais aimer dans le monde qui était le sien venait avec son lot de bouleversements et un lourd tribut à payer. Elle ignorait complètement tout ce qui l’attendait. Ces créatures obscures à ses trousses. Ces brigues du dieu infernal à son sujet. Ce pouvoir s’éveillant en elle. Tant de choses dont elle n’avait pas la moindre idée. Tout comme des ténèbres qui engloutiraient le monde et elle-même si jamais cet amour venait à s’éteindre. À 511 ans, la vie de Kendra va basculer…

LES GLORIEUX
et les
RÉPROUVÉS
*En avisant la dépouille saigneuse de son
frère frondeur, quelque chose s’était
Irrévocablement éteint, et bien que ce
dernier ait repris vie, cette lueur
atténuée ne se raviverait jamais.*
(Extrait : PERDITION, tome 1)

Voici un livre très intéressant écrit par un jeune auteur très prometteur. Alors qu’il n’avait que quinze ans, Alexandre Vézina, un jeune homme de lévis, commençait l’écriture de ce qui deviendra une quadralogie : LES GLORIEUX ET LES RÉPROUVÉS. À peine 18 ans et les deux premiers tomes sont déjà publiés : PERDITION et ÉLÉVATION. Je salue la ténacité et l’acharnement au travail de ce jeune écrivain émergent. Je vous parle aujourd’hui du premier tome : PERDITION.

C’est avant tout une histoire de vampires, de loup garous, de sorcières et autres créatures issues des enfers. C’est une histoire qui évoque l’éternelle dualité entre le bien et le mal. C’est aussi une histoire qui brise les vieux mythes de l’univers des vampires, un peu comme l’a fait la série télévisuelle TWILIGHT. PERDITION, c’est surtout une longue introspection doublée d’une histoire d’amour : celle de Kendra Mary Ayleward, une vampire de 500 ans et Charles Branden, un humain. Or cet amour est impossible parce que totalement interdit par le maître suprême des enfers : Lucifer lui-même. Vous vous doutez peut-être que l’amour sera plus fort, ce qui entraînera Kendra dans une guerre sans pitié avec Lucifer. Mais lentement, graduellement, un énorme pouvoir s’éveille chez kendra…

PERDITION est un long pavé de 740 pages. Malgré les longueurs, il est facile à suivre, le fil conducteur nous ramenant toujours à l’essentiel. L’histoire est solide. L’auteur a doté son personnage principal, Kendra, d’un caractère bien trempé. Kendra et Charles sont des personnages attachants et il est intéressant de les voir évoluer dans l’histoire d’autant que cet amour est contre-nature pour Kendra. En effet, un vampire qui aime un humain est condamné au néant. Cet amour vient briser un mythe majeur…dans les années 60, en littérature et au cinéma, les vampires n’aimaient les humains que pour leur sang. Cet amour vient consacrer le caractère original de l’ouvrage.

Suite à ma lecture de PERDITION, je note une faiblesse et un irritant. La faiblesse du récit réside dans sa structure qui est déficiente. J’avais l’impression que l’histoire s’écrivait au fur et à mesure, comme improvisée. Une écriture non-planifiée ouvre souvent la porte aux longueurs et aux redondances. C’est le cas ici. Je pense à ce pauvre Charles qui ne l’aura pas facile et qui revient sur ses pieds 2 ou 3 fois. C’est répétitif et ça grossit le récit inutilement. Je suis sûr que, l’expérience aidant, cette situation va s’améliorer, c’est peut-être déjà fait d’ailleurs dans le tome 2 que je n’ai pas encore lu.

La seule chose qui m’a irrité dans ce récit est une surexploitation des adjectifs qualificatifs épithètes et attributs. Il y en a partout. Beaucoup sont inutiles ou inappropriés, la plupart n’ont qu’une application littéraire. Je pense que dans son désir de bien faire, le jeune auteur en a trop mis et le tape-à-l’œil qui en résulte m’a obligé à garder un dictionnaire à côté de moi : Un baiser languide…imagination inexhaustible…résonnaient itérativement… mon visage vénuste…situation climatérique…le son lénitif…un mal de tête térébrant…et j’en passe beaucoup.

J’aurais préféré un peu plus de simplicité. Je l’ai déjà dit, l’histoire est solide. Ça ne lui aurait pas enlevé de valeur. Pourquoi pas difficile au lieu de difficultueux, déplaisant au lieu de malplaisant, vrai au lieu de vérace, mortel au lieu de mortifère, à pied au lieu de pédestrement…etc, etc. Il semble aussi que l’auteur ait adopté des termes fétiches, des mots, qualificatifs pour la plupart et qui reviennent très souvent dans le récit : néronien, marmoréen, cyclopéen, méphistophélique et autres termes répétés à outrance… je crois qu’en réaménageant le récit pour diminuer les répétitions, redondances, longueurs et mots inutiles, on aurait pu limiter le livre à 600 pages avec une plume plus directe et un style autant coloré mais un peu plus simple.

L’histoire m’a beaucoup plu, son décor post-apocalyptique retient l’attention du lecteur. Je n’hésite pas à vous recommander le premier tome de LES GLORIEUX ET LES RÉPROUVÉS : PERDITION. Pour le premier pavé d’un auteur émergent qui n’a que 18 ans, je crois que c’est un succès. Les lecteurs peuvent poursuivre leur exploration avec le tome 2 : ÉLÉVATION. Alexandre Vézina est définitivement un auteur à surveiller. Un plus pour l’univers littéraire québécois.

 Alexandre Vézina est un jeune auteur québécois né le 30 octobre 1998. Au moment d’écrire mon article, il n’a que 18 ans et déjà, il a deux romans à son actif. En effet en 2016, il a publié les deux premiers tomes d’une série prometteuse à caractère fantastique pour jeunes adultes et toujours au moment d’écrire ces lignes, Alexandre travaille au troisième tome de cette série intitulée LES GLORIEUX ET LES RÉPROUVÉS. Du plus loin qu’il peut s’en souvenir, Alexandre aime écrire des histoires car elles sont un moyen pour lui de s’évader. Pour suivre Alexandre Vézina sur Facebook, cliquez ici. (photo: www.journaldelevis.com)

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 21 mai 2017

 

LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ

LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ

Commentaire sur le livre de
Catherine Dufour

*Tous les refugee … tous les employés de la suburb…
sont biométriquement fichés. Et piégés. Une puce
explosive près de la colonne vertébrale, une pointe
de toxines dans le cervelet, et toutes les matrices
d’activation de ces microsaletés sont aux mains de
Path.*
(Extrait : LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ, Catherine Dufour,
Les Éditions Mnémos, 2005, num. 215 pages)

Ce livre est le récit d’une vieille dame. L’histoire se déroule en 2013 en Mandchourie. Après son effondrement, l’occident n’a pratiquement plus d’influence et la dystopie règne sur la planète devenue moribonde, à l’écologie mourante et assise sur un système politique pourri. Une puissante transnationale délègue un agent pour enquêter sur l’apparition de nouveaux cas d’une maladie qu’on croyait éradiquée depuis fort longtemps. Les recherches de l’agent l’amènent à Ha Rebin, une ville aux tours énormes et polluées à l’extrême. L’agent Cmatic y fait la rencontre d’une étrange adolescente avec laquelle il va s’allier pour mener à bien sa mission et découvrir une vérité à laquelle il n’était pas préparé et un questionnement : serions-nous prêts à affronter l’immortalité?

FUTUR NOIR
*Je les ai vues jaillir du sol, ces saloperies passaient entre
les planches par milliers. On aurait dit des fumerolles de
volcan, et elles se sont ruées sur moi!…elles m’ont grouillé
dessus comme des vers sur un cadavre, je ne voyais plus
rien, et ça remuait, ça bougeait, avec ce ronflement de
cargo…*
(Extrait : LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ)

LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ est d’abord le récit d’une vieille dame qui évoque les évènements qui ont marqué sa jeunesse dans les années 2200. Elle y explique son parcours et les personnages qu’elle a rencontré en particulier Cmatic, l’entomologiste-enquêteur, Cheng, une jeune fille en perdition et Iasmitine qui est selon moi le personnage le plus énigmatique de cette histoire.

C’est un récit étrange, profond, très noir et qui nécessite beaucoup de concentration car le style pourrait vous sembler monotone, la longue narration ne comportant que peu de dialogues, pas beaucoup d’action. Ajoutons à cela beaucoup d’espace consacré à la psychologie des personnages, un vocabulaire riche et souvent complexe et la culture asiatique dans laquelle évoluent les personnages qui m’est peu familière d’autant que l’histoire se déroule au 23e siècle. Donc l’auteure se laisse aller ici à l’anticipation du futur de l’humanité…un futur qui m’est apparu extrêmement glauque.

L’histoire est développé autour de deux thèmes qui sont loin d’être nouveaux sur le plan littéraire : premièrement les différences de statuts sociaux qui se résument clairement dans le récit : les riches et les pauvres, les forts et les faibles d’une façon plus précise eu égard à la vision de l’auteure ceux qui sont dans les bas-fond et ceux qui se terrent dans les hauteurs car il faut préciser ici que l’histoire se déroule surtout dans une mégalopole où les gratte-ciels sont d’une hauteur vertigineuse. Les biens nantis sont dans les étages supérieurs, les paumés en bas du 10e étage où la vie devient opaque, gluante et où la lumière du jour pénètre à peine.

Deuxième thème, l’immortalité. Ce n’est pas un thème original en soi mais il faut voir de quelle façon l’auteure déploie ses personnages autour de ce rêve universel. C’est à ce niveau que j’ai accroché, en particulier sur le personnage de Iasmitine, dispensatrice du philtre de la vie éternelle mais à quel prix? Ou devrais-je dire au prix de combien de vies et de souffrance.

C’est un roman très sombre, dérangeant où la mort et la vie s’entremêlent et dans lequel Catherine Dufour développe une vision tout à fait cauchemardesque du futur avec une touche de réalisme à faire frémir. Ce roman n’est pas facile à lire. Les chapitres sont très longs et la façon dont ils se suivent ne m’a pas semblé toujours logique. Mieux vaut le lire d’un coup ou tout au moins ne pas fermer le volume trop souvent.

Malgré tout, je recommande ce livre car il est d’une magnifique profondeur et est porteur de questionnements et de réflexion sur l’immortalité comme but à poursuivre. On ne peut faire autrement que de se questionner. Par exemple, avec l’avenir que l’humanité actuelle prépare à ses enfants, comment la terre pourrait-elle supporter une humanité immortelle? Jusqu’où irions-nous pour vivre éternellement? Est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Quel serait le coût de l’immortalité en argent, en souffrances, en qualité de vie?

Ce livre est d’une grande force qui fait vibrer et pousse à la réflexion.

*La vie est une drogue terrible*

Catherine Dufour est une écrivaine française née en 1966. Elle commence à écrire à l’âge de sept ans et, forte d’une plume habile,  publie à 30 ans son premier roman : NESTIVEQNEN. Elle atteint la notoriété en 2005 avec LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ, roman de science-fiction et d’anticipation. Elle se signale aussi dans le recueil L’ACCROISSEMENT MATHÉMATIQUE DU PLAISIR dans lequel elle signe une nouvelle d’une exceptionnelle beauté : L’IMMACULÉE CONCEPTION, lauréate du grand prix de l’imaginaire 2007. Son expérience personnelle guide intimement sa plume sur des thèmes évocateurs et délicats comme la mort et la souffrance entre autres comme en témoigne LE GOÛT DE L’IMMORTALITÉ.

BONNE LECTURE
JAILU
MAI 2016