LIVRE DE SANG

L I V R E  DE  S A N G

Commentaire sur le livre de
CLIVE BARKER

*Pour quelle raison les puissances des ténèbres
(qu’elles tiennent une cour éternelle! Qu’elles
chient éternellement leur lumière sur la tête
des damnés!) L’avaient dépêché de l’enfer pour
tourmenter Jack Polo, voilà ce que le cacophone
ne parvenait pas à découvrir.*
(Extrait : LIVRE DE SANG, titre original : BOOK OF BLOOD
volume 1, Clive Barker, t.f. Alabin Michel, 1987. Édition
numérique 185 pages)

LIVRE DE SANG est le premier d’une série de 6 recueils de nouvelles publiés en 1984 et 1985 et traduits chez Albin Michel entre 1987 et 1992. Ce premier tome porte le titre de la série. Les récits plongent le lecteur dans un univers gore où se côtoient le normal et le paranormal. Dans la première nouvelle qui est l’entrée en matière de la série, on suit l’expérience de Simon McNeal, un escroc de petite envergure qui se fait passer pour un médium. Mais son escroquerie se retourne contre lui et McNeal devient victime de toute cette horde de morts qu’il a invoqués. C’est ainsi que des livres de sang vont s’imprimer sur sa chair. Les nouvelles sont sans liens entre elles mais elles ont toutes un point en commun : des scènes et des situations d’une horreur sans nom : géants sanguinaires, corps convulsés…un regard sur les ténèbres de l’âme…

Gore…riens de moins
*Il connaissait les victimes et il connaissait
les garçons. Il ne s’agissait pas de débiles
incompris mais de créatures aussi vives,
féroces et amorales que les lames de
rasoir dissimulées sous leurs langues. Ils
n’en avaient rien à faire des sentiments,
ils voulaient juste sortir…
(Extrait : LIVRE DE SANG)

LIVRE DE SANG est une trouvaille au sujet original. Pour bien saisir l’originalité de l’ensemble, il faut d’abord se concentrer sur la première nouvelle qui porte le titre de la série. C’est l’entrée en matière qui m’a plongé dans des mondes glauques et gores. Cette première nouvelle suit l’expérience de Simon McNeal qui se dit médium mais qui n’est rien d’autre qu’un petit escroc. Les fantômes invoqués jugent que l’escroquerie de McNeal est punissable et décide d’imprimer leur histoire dans sa chair. C’est ainsi que McNeal devient LIVRE DE SANG.

Je ne peux pas détailler vraiment les nouvelles sans nuire à l’effet de surprise. Je peux dire toutefois que j’ai été happé par chaque nouvelle, heureuse victime d’une écriture puissante, bénéficiant en plus d’une excellente traduction. J’avais entendu parler de Clive Barker. Pour ce que j’en savais, je le comparais un peu à Stephen King, Edgar Allan Poe ou Doug Bradley. Pendant la lecture, c’est avec bonheur que j’ai constaté que le style se rapprochait plus d’un géant que j’adore : H.P. LOVECRAFT (1890-1937) dont le livre LES MONTAGNES HALLUCINÉES m’avait fortement impressionné.

Chaque nouvelle est empreinte d’opacité et d’horreur, mais une horreur dosée et manipulée de façon à garder le lecteur dans le coup, lui retirant l’envie de fermer le livre. Il y a même une place pour l’humour. Il y a aussi des passages où le lecteur pourrait ressentir du dégoût. L’épouvante est présente partout, mais c’est bien écrit et surtout très bien dosé. Comme vous voyez, il y en a un peu pour tous les goûts.

Il y a pour chaque nouvelle un fil conducteur qui est aussi le reflet de l’ensemble de la saga et ce fil n’est pas sans ébranler ou tout au moins porter à la réflexion ceux et celles qui croient aux sciences paranormales, à savoir que les morts regrettent d’être morts et reviendraient volontiers dans une enveloppe de chair, pour repartir à zéro peut-être, éviter les erreurs déjà commises ou finir une mission…allez savoir.

Je recommande ce livre, spécialement aux consommateurs de littérature de l’imaginaire. La plume de Barker est superbe. Ça ne vous laissera pas indifférent. La série porte extrêmement bien son titre. Vous verrez très vite pourquoi…

 LA SÉRIE *LIVRE DE SANG*

C L I V E   B A R K E R

Clive Barker est un romancier anglais né à Liverpool en 1952. Il est aussi dramaturge, scénariste de bandes dessinées, peintre et cinéaste. À ce dernier titre, il a réalisé et scénarisé en 1988, le film HELLRAISER LE PACTE, un film d’épouvante inspiré d’une de ses nouvelles. Suite à ses études en littérature anglaise et en philosophie, Barker écrit d’abord des pièces de théâtre, puis sort son premier roman LE JEU DE LA DAMNATION en 1985. Plus de 25 livres suivront, sans compter les films réalisés ou scénarisés. Son parcours comprend quelques chefs-d’œuvre dont IMAJICA publié en 1991. Au moment d’écrire ces lignes, Clive Barker, qui ne cache pas son homosexualité, vit à Los-Angeles avec David E. Armstrong.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 4 juin 2017

 

PEURS SUR LA VILLE

PEURS SUR LA VILLE

Commentaire sur le Collectif

*Je traverse l’avenue de Paris entre divers
commerçants régalant leurs clients à coups
de hache dans la tronche…les agents de
police sautent à la gorge des mauvais
conducteurs. Les écoliers découpent la
maîtresse. Que de réjouissances…*
(Extrait : BIEN CRU CHEZ LES CH’TIS de
Giovanni Portelli, du recueil PEURS SUR LA
VILLE, publié en 2013 chez Storylab Editions.
95 pages. Édition numérique seulement,
collection Youboox)

PEURS SUR LA VILLE est un recueil de six nouvelles de type *légende urbaine* :
SAIGNONS SOUS LA PLUIE d’Antoine Lefranc, BIEN CRU CHEZ LES CH’TIS de Giovanni Portelli, SORTIE DE ROUTE de Béatrice Galvan, SEPT MINUTES de Julien Banon, LE FRUIT DE CES ENTRAILLES d’Olivier Caruso et LA MONNAIE DES MALFAISANTS de Drims. Ce recueil est le résultat d’un concours d’écriture organisé en 2013 par Storylab et Welovewords et qui a réuni 150 participations sous le thème HORREUR EN MILIEU URBAIN. Par la suite, Storylab s’est associé à Youboox, une plateforme de lecture en streaming pour promouvoir et diffuser le recueil. Il s’agit d’une initiative essentiellement numérique. Épouvante, horreur et humour noir sont au programme de ce recueil qui pourrait bien avoir une suite.

ÉPOUVANTE URBAINE
*-Chopez-la! Cria quelqu’un.
Alors elle les entendit fondre sur elle.*
(Extrait : SEPT MINUTES
du recueil PEURS SUR LA VILLE)

 Je ne croyais pas en arriver là un jour, mais aujourd’hui, je vous parle d’une initiative littéraire essentiellement numérique. Je préciserai tout de même que j’ai un faible pour le livre de papier…j’aurai toujours un faible pour les livres de papier. Mais bon, sauver des arbres, limiter la pollution n’est pas pour me déplaire non plus. Sans jeu de mot, je suis un peu déchiré. Mais l’important n’est-il pas de lire? Peu importe le support utilisé…

Toujours est-il que, de cette initiative, six récits ont été déclarés les meilleurs parmi 150 participants sous un thème cher à une considérable quantité de lecteurs : les légende urbaines, un thème déjà abondamment développé dans la littérature et au cinéma. Il est difficile d’être objectif n’étant pas moi-même friand de légendes urbaines. Les récits sélectionnés n’apportent pas vraiment grand-chose de neuf au thème des légendes urbaines. Il serait intéressant de répéter l’expérience sous des thèmes qui se prêtent davantage à l’innovation : société, psychologie, anticipation, fantastique par exemple.

Cependant, le recueil a des forces intéressantes : les histoires sont courtes et ont la capacité de pousser le lecteur à l’émotion, c’est-à-dire à transposer ses pires cauchemars dans le réel : un réel urbain…rue, métro, parc et même internet comme c’est le cas de SAIGNONS SOUS LA PLUIE d’Antoine Lefranc, la première nouvelle du recueil qui mérite fort bien son titre et qui rappelle un peu LE PROJET BLAIR.

Donc pour faire l’essai d’une expérience numérique (issue d’une longue et enrichissante démarche créatrice), PEURS SUR LA VILLE est un recueil intéressant réunissant six formats courts, accrocheurs, dotés d’un certain humour. Le style n’offre aucune nouveauté qui se démarque, mais vous pourriez apprécier, spécialement si vous êtes amateur d’histoire d’horreur en milieu urbain.

Je n’ai pas été emballé personnellement mais tout de même j’ai été impressionné par l’incroyable démarche qui a abouti à ce recueil et qui est résumée sur www.presseedition.fr  L’initiative est conforme à une nouvelle tendance de lecture faisant appel aux tablettes, smartphones, lecteurs numériques. C’est l’évolution, mais au moins on lit…ça ne m’empêche pas de retourner au papier quand j’en ai le goût, ce qui se produit assez souvent.

Les 6 lauréats de PEURS SUR LA VILLE
Édition 2013

 

Ligne du haut, de gauche à droite : Antoine Lefranc, Giovanni Portelli, Béatrice Galvan,
ligne du bas, de gauche à droite, Olivier Caruso (qui préférait être vu comme ça),  Julien Banon et Drims.

BONNE LECTURE
JAILU
25 septembre 2016

RIRE D’ÉPOUVANTE

Sept paires de bras qui se lèvent,
Sept nez qui saignent,
Sept paires d’oreilles qui crachent du sang,
Sept yeux qui gonflent,
Sept yeux qui giclent, volent, roulent
Et…mort,
Il n’y a pas de quoi être fier,
Il faut que j’aille à la fête ce soir!
(extrait de *L’IRREMPLAÇABLE EXPÉRIENCE DE
L’EXPLOSION DANS LA TÊTE* , Michael Guinzburg,
Gallimard, 1997)

Commentaire sur le livre

L’IRREMPLAÇABLE EXPÉRIENCE DE L’EXPLOSION DANS LA TÊTE

De Michael Guinzburg

Le théâtre des évènements est Cashampton, petite ville balnéaire américaine où a vécu Jackson Pollock, artiste-peintre excentrique, ivrogne en particulier, dépravé et cinglé en général. La ville est aux prises avec un mal étrange qui atteint de plus en plus de gens et qui commence par de violentes crises de hoquets, puis du sang qui gicle des oreilles jusqu’aux yeux arrachés de leur orbite…des morts violentes et horribles dignes des plus sombres histoires d’horreur.

Quarante ans après la mort de l’artiste *fêlé* Pollock, un journaliste, Roger Lymon se prépare à écrire une biographie du célèbre personnage. Il enquête donc à Cashampton auprès de personnages pour la plupart excentriques du monde de l’art et qui ont tous eu un certain lien avec Jackson Pollock. Ses découvertes auront de quoi surprendre…entres autres, les raisons pour lesquelles des têtes explosent…

Né à New-York le 10 septembre 1958, Michael Guinzburg est le parfait homme à tout faire. Il a été plongeur, cuisinier, coursier, garde du corps de strip-teaseuse, chauffeur de poids-lourds, télégraphistes, détective, fleuriste et j’en passe. Il a écrit entre autres deux romans chez Gallimard, collection La Noire : L’IRREMPLAÇABLE EXPÉRIENCE DE L’EXPLOSION DANS LA TÊTE et ENVOIE-MOI AU CIEL SCOTTY.

Sans être un chef d’œuvre de style, c’est un livre intéressant que j’ai apprécié, mais j’ai dû surmonter quelques irritants, par exemple la quantité impressionnante de personnages qui interviennent dans l’histoire, avec des noms composés compliqués. Il faut vraiment se concentrer pour ne pas s’y perdre. Il y a aussi le fait que le langage du livre est d’une crudité parfois déconcertante. Guinzburg y est allé très fort à ce chapitre et c’est sans compter un audacieux étalement d’obscénités sexuelles.  Mais les forces du livres sont indéniables : l’écriture est intense, riche en dialogues et l’humour qui teinte l’œuvre est très très noir. Même dans la description de ses scènes d’épouvante, l’auteur est parvenu à me faire sourire, sinon rire.

Autre élément intéressant et qui n’est pas pour me déplaire : l’auteur tourne en dérision le monde de l’art par des propos, des observations et des dialogues parfois très acides et il en fait autant d’ailleurs sur l’extravagance des riches. Voici un extrait qui illustre mon propos :  …* Le fond de la piscine de Terry était tapissé de sculptures et de toiles sous enveloppes étanches, et des invités équipés d’un masque et d’un tuba plongeaient, afin d’examiner les œuvres de près, tandis que leurs chéquiers et leurs bijoux, réunis dans des sacs en plastique, se trouvaient sur des chaises longues.*

C’est tout le livre en fait qui est une réflexion sur le monde de l’art (ce qui amène une certaine dilution de l’intrigue) qu’il devient difficile de prendre au sérieux.

À lire si vous ne craignez pas le ridicule, l’humour noir et un contexte plutôt débridé.

Avec ce livre de Guinzburg, j’ai fait diversion dans mes lectures. Aucun regret…

BONNE LECTURE

JAILU
SEPTEMBRE 2013