LE LIVRE QUI REND DINGUE

La théorie du bon lecteur

LE LIVRE QUI REND DINGUE

Commentaire sur le livre de
FRÉDÉRIC MARS 

*Elle a souri, rougi un peu, ouvert son exemplaire
comme si elle allait lire des trucs cochons. Je ne
sais pas si ça l’était, mais ça a dû être lumineux,
car elle a souri plus largement encore.*
(Extrait : LE LIVRE QUI REND DINGUE, Frédéric Mars,
Storylab éditions, 2012, numérique)

Le livre très attendu d’un auteur émergent connaît un succès foudroyant qui dépasse la compréhension des milieux littéraires. Dès sa sortie, les librairies sont envahies. On fait la queue le long des trottoirs en priant pour que les stocks ne soient pas épuisés. Tout le monde s’arrache le précieux volume déjà nominé pour l’obtention de nombreuses citations, récompenses et prix littéraires.C’est le plus grand best-seller de tous les temps. Le livre raz-de-marée. En quelques semaines, il se vend à des centaines de millions d’exemplaires, le monde entier est subjugué. Mais bientôt d’étranges phénomènes frappent les lecteurs…

La théorie du bon lecteur
*Je suis l’auteur d’un texte dangereux. Vous qui
me lisez, vous qui, dans le monde entier, avez
pris plaisir à la lecture de mon livre, je vous en
remercie. Très sincèrement. Mais je vous demande
aujourd’hui, solennellement, de le détruire sans
plus attendre.*
(Extrait : LE LIVRE QUI REND DINGUE)

C’est un livre un peu étrange, au sujet intriguant et très original. C’est aussi un roman très court, tout à fait en accord avec la mission que s’est donné Story Lab de ne publier que des livres qui se lisent en moins de 90 minutes, en format numérique. En quelques mots LE LIVRE QUI REND DINGUE est l’histoire d’un auteur qui gère mal le succès phénoménal de son livre.

Il m’a fallu un peu de temps pour m’accrocher au sujet. Je ne savais pas trop où voulait en venir Mars jusqu’à ce que je comprenne en fait que l’auteur voulait idéaliser le lien qui doit exister entre un auteur et les lecteurs comme si, d’une part chaque lecteur apporte ce qu’il a pour se retrouver dans ce qu’il lit et d’autre part l’auteur trouve la perfection absolue du ton juste pour s’adresser personnellement et directement à chaque lecteur.

*Il me semblait impossible d’adapter mon discours à de parfaits inconnus. Le paradoxe, c’est que mon livre le faisait pour moi, et que cela justement, compliquait tout. Auberge espagnole, il permettait la projection de tous les sentiments, toutes les croyances, tous les savoirs que le lecteur apportait avec lui*(extrait)

Mars se demande en fait si un roman peut créer ses lecteurs. J’aborde la question comme une utopie évidemment, d’ailleurs à la fin du récit, l’auteur déchante un peu et le lecteur peut alors comprendre un peu mieux la démarche de l’auteur. Mais il faut admettre qu’il y a de quoi réfléchir : *Je ne m’étais encore jamais demandé ce qui pouvait bien se passer si mes lecteurs…comment dire…s’ils n’avaient rien à apporter? Ce que j’avais encore moins anticipé, c’est qu’ils seraient nombreux dans ce cas.* (extrait)

Tout au long de ma lecture, j’ai senti que Frédéric Mars tourne en dérision les différents intervenants dans la production d’un livre, les éditeurs en particulier et aussi, tout ce qui vient après la publication. On y trouve des remarques parfois acides sur, les libraires, les médias et même sur les critiques littéraires qui sont loin d’être encensés. Mars établit même une distinction entre le bon et le mauvais lecteur : Il y a une thèse à écrire sur la méchanceté du lecteur attentif… (Extrait) Bref…dans ma longue carrière de lecteur, je ne me suis jamais demandé ce que je pouvais apporter à un livre.

Malgré toute son originalité, je ne peux pas dire que ce livre m’a emballé. Peut-être parce que je n’ai pas été accroché dès le départ et aussi parce que j’ai trouvé la finale un peu décevante. Le livre a tout de même des forces : il est bref, se lit bien, il interpelle. Beaucoup trouveront l’histoire amusante et surtout son sujet est terriblement sorti des sentiers battus. Je pourrais coller au récit une petite étiquette philosophique mais l’auteur ne se prend pas au sérieux et pourrait même vous surprendre par son humour parfois décapant.

Dernière petite curiosité mais non la moindre, le livre dont il est question dans le récit de Frédéric Mars porte un titre imprononçable, il s’agit d’un point d’interrogation à l’envers et mieux encore…on ne saura jamais de quoi parle ce livre…Mars aura vraiment été original jusqu’au bout…

Frédéric Mars est un auteur et scénariste français né à Paris en 1968. Il a aussi été journaliste et photographe, métiers qu’il a quitté  pour se consacrer essentiellement à l’écriture. Un de ses plus grands succès littéraires fut sans doute NON STOP publié en 2011. En plus de ses romans, Mars a publié une quarantaine d’essais et livres illustrés. Les différentes facettes de la personnalité et les limites de la conscience comptent parmi ses thèmes préférés, tendance qu’on retrouve dans LE LIVRE QUI REND DINGUE. Il a aussi écrit un roman -jeunesse : LES ÉCRIVEURS  en 2011.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 17 juin 2018

LE SIÈCLE

Une fresque ambitieuse

LE SIÈCLE

Commentaire sur la trilogie de
Ken Follet

*Si la guerre éclatait, les américains déchaîneraient une
tempête atomique qui annihilerait toutes les grandes
villes d’Union Soviétique. Les morts se compteraient
par millions. La Russie mettrait plus d’un siècle à s’en
relever. Et les Soviétiques avaient sûrement prévu une
intervention  du même genre contre les États-Unis.*
(Extrait : LE SIÈCLE 1, AUX PORTES DE L’ÉTERNITÉ, Ken
Follett, t.f. : Éditions Robert Laffont, 2014, édition de papier,
1215 pages.)

LE SIÈCLE est une longue saga qui s’étend sur plusieurs générations et est présentée en trois tomes. Dans la CHUTE DES GÉANTS, Ken Follet introduit cinq grandes familles : américaine, russe, allemande, anglaise et galloise. Ces familles se sont imbriquées, aimées et ont fini par s’entredéchirer dans le cadre dramatique de la première guerre mondiale et de la révolution russe. L’HIVER DU MONDE raconte la vie des enfants de ces familles qui verront Hitler accéder au pouvoir absolu en Allemagne, tissant la toile dramatique de la deuxième guerre mondiale. Les destinées toujours enchevêtrées de ces familles se poursuivent dans AUX PORTES DE L’ÉTERNITÉ dans les années troublées de 1960 à 1990 : temps forts de l’influence soviétique et de la guerre froide. La saga montre comment tous ces personnages ont affronté les grandes tragédies du XXe siècle.

UNE FRESQUE AMBITIEUSE
*L’arrogance précède la chute*
Extrait : LE SIÈCLE 1, LA CHUTE DES GÉANTS)

Avec LE SIÈCLE il m’a encore une fois été permis d’admirer l’audace de Ken Follet. Il a créé, imaginé cinq familles : américaine, russe, allemande, anglaise et gauloise et leur a fait traverser le vingtième siècle, elles et les générations suivantes, à travers ses propres observations. Tout y est : les deux guerres mondiales sans compter les guerres civiles, la guerre froide et la guerre du Vietnam, le règne périlleux de John F Kennedy et la crise des missiles de Cuba, la révolution russe. Dans son regard qui s’étend sur une centaine d’années, Follet nous parle de ces familles qui se sont croisées, aimées, déchirées à travers les plus grandes tragédies de l’histoire.

 LE SIÈCLE réunit trois tomes : TOME 1, LA CHUTE DES GÉANTS : l’auteur présente et installe graduellement les familles dans son roman. Elles devront faire face dans un premier temps à la première guerre mondiale qui laissera derrière elle un sillage de mort et de désolation. La révolution russe marquera aussi cette époque. TOME 2, L’HIVER DU MONDE : la génération suivante constate tristement l’arrivée au pouvoir des Nazis, la montée d’Hitler et enfin les drames et abominations de la deuxième guerre mondiale. TOME 3 : Les générations qui s’enchevêtrent affrontent cette fois d’énormes troubles sociaux, et politiques localement et aussi à l’Échelle internationale alors que le monde vient à un cheveu de la confrontation nucléaire, la construction du mur de Berlin et la création d’Israël et la guerre froide…la liste pourrait s’allonger…

Ce roman est monumental. Il se démarque je crois par la qualité de sa recherche historique. Il y a bien sûr quelques faiblesses, typiques des grandes sagas, pour ce que j’ai pu observer personnellement : Chaque tome accuse quelques longueurs, je pense entre autres aux aventures amoureuses des familles offrant un luxe de détails souvent inutiles, ou la crise de Cuba qui aurait pu être un peu plus condensée. le rythme est parfois en dents de scie et j’observe un essoufflement dans le troisième tome où les personnages deviennent plus froids et la description des évènements légèrement plus relâchée.

Malgré ces petites faiblesses, je continue à penser que cette œuvre est gigantesque et je salue le travail de titan abattu par Ken Follett en matière de recherche historique. Il y a investi énormément de temps pour apporter à sa trilogie un maximum de précision. Je trouve aussi qu’il a inséré la fiction aux histoires réelle avec finesse et intelligence. Les faits historiques et les éléments biographiques sont d’une grande précision.

Il y a un petit extra que j’aime bien dans LE SIÈCLE. C’est qu’à travers les pérégrinations des 5 familles, Follett y va de ses observations sur les différentes tendances d’époque :la musique, la mode, le cinéma, les arts et beaucoup d’autres tendances sociales. La démarche principale de l’auteur étant historique, ça vient alléger et agrémenter l’œuvre qui compte quand même 3350 pages.

J’apprécie la capacité de Ken Follett de s’investir à fond dans ses œuvres. Il me rappelle un peu Stephen King, Fenimore Cooper et plusieurs autres auteurs qui ratissent large dans le temps et l’espace et qui s’étendent sur les tendances des lieux et des époques, qui détaillent abondamment leur sujet quitte à poursuivre sur plusieurs tomes.

Je recommande toute la série mais je terminerai en disant que la trilogie est nettement inférieure au livre LES PILIERS DE LA TERRE qui, selon moi demeure l’œuvre majeure de Ken Follett et une de mes meilleures lectures à vie. Mais si vous aimez le style de l’auteur et si vous aimez l’histoire dans le genre de la chronique, vous aimerez LE SIÈCLE.

Ken Follet est un écrivain gallois spécialisé dans les thrillers politiques. Il est né le 5 juin 1949. Follet a grandi avec les histoires que lui racontait sa mère, ce qui l’a amené très tôt à développer une forte imagination ainsi que le goût de lire. Alors qu’il était étudiant pendant la guerre du Vietnam, il s’est pris peu à peu de passion pour  la politique et le journalisme. L’écriture suit rapidement. Si le succès tarde un peu à venir, déjà en 1978, son livre L’ARME À L’ŒIL connait un succès foudroyant et devient le premier d’une longue série de best-seller. Le point culminant de sa carrière est atteint avec LES PILIERS DE LA TERRE qui devient rien de moins qu’un succès planétaire. Fort de ce succès, il entreprend dès 2009 l’écriture de la trilogie LE SIÈCLE. Parallèlement, Follet dirige un institut de dyslexie et soutient une association de lutte contre l’analphabétisme.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 20 mai 2018

DRÔLE DE MAÎTRESSE

L'ALLURE FOLLETTE DE MISS CASSOLETTE

DRÔLE DE MAÎTRESSE

Commentaire sur le livre-jeunesse d’
ÉVELYNE REBERG

*Moi, j’ai tout de suite trouvé que c’était une
drôle de maîtresse : elle avait la bouche en
forme de pneu son visage luisait comme celui
de ma mémé Andrée quand elle se met de la
crème de beauté.*
(Extrait : DRÔLE DE MAÎTRESSE, Évelyne Reberg, Arno,
Éditions Hatier, 1993, édition de papier, 42 pages,
littérature-jeunesse, 7-8 ans)

DRÔLE DE MAÎTRESSE raconte l’histoire de Benoît Casse-noix, Léonard le froussard et Lazare. Un jour leur vie est un peu chamboulée parce que leur institutrice, madame Bégonia tombe malade et est remplacée par un drôle de numéro : Miss Cassolette. Elle parlait lentement et impressionnait toute la classe. Elle semblait follette miss Cassolette. Il y a fort à parier que les enfants se souviendront longtemps des leçons de Miss Cassolette. DRÔLE DE MAÎTRESSE  a été écrit pour les enfants de 7 à 8 ans. Le livre est rehaussé des illustrations d’Arno et comprend un petit lexique pour aider les enfants à comprendre les mots compliqués.

L’ALLURE FOLLETTE DE MISS CASSOLETTE
*Elle parlait lentement miss Cassolette,
comme si elle dormait tout haut,
ça nous impressionnait.*
(Extrait : DRÔLE DE MAÎTRESSE)

J’ai eu plaisir à lire ce petit livre d’autant que j’ai eu droit à une petite surprise de l’auteure. L’histoire est simple. Un jour, l’institutrice, madame Bégonia tombe malade et elle est remplacé par un drôle de numéro : Miss Cassollette. Il faut voir la remplaçante…je ne m’y attendais pas du tout et ce sera sûrement une surprise pour les enfants aussi. Vous allez très vite comprendre pourquoi cette histoire ne vieillit pas.*Bon. Voilà la maîtresse qui nous décline le verbe « manger » : -Je broute, tu croûtes, il droute, nous froutons, vous groutez, ils chroutent. Cette fois, il y a eu un long, long, long silence* (Extrait)

Cette histoire s’adresse aux premiers lecteurs qui ont tendance à dévorer les histoires, je dirais les 7-8 ans. Le petit volume réunit les caractéristiques habituelles des livres pour les enfants » chapitres courts, grosses lettres, dans l’ensemble, une histoire courte, celle-ci fait 45 pages. Et bien sûr, les illustrations. Celles de DRÔLE DE MAÎTRESSE ont été réalisées par Arno qui a créé des illustrations fort belles et très expressives tout à fait dans le ton de l’histoire.

J’ai toujours trouvé important d’identifier les illustrateurs et de reconnaître leurs mérites car comme c’est le cas pour DRÔLE DE MAÎTRESSE, le fil conducteur de l’histoire tourne autour de leurs dessins et en général, les enfants y sont sensibles. Ici, je crois qu’auteure et illustrateur ont fait un beau travail d’équipe.

Je veux mentionner aussi que DRÔLE DE MAÎTRESSE fait partie d’une collection un peu spéciale. En effet, la collection RATUS POCHE a cette particularité d’introduire l’enfant à une notion de compréhension de texte. Dans DRÔLE DE MAÎTRESSE, on trouve, à toutes les deux ou trois pages, une question accompagnée de dessins. Ce sont des dessins-réponses et il y en a trois. L’enfant doit trouver la bonne réponse en pointant le dessin correspondant. C’est une façon originale et même drôle d’apprendre et de comprendre ce que dit le texte. Il y a en tout 13 réponses à trouver et l’enfant qui trouve les 13 bonnes réponses devient un super-lecteur.

On trouve aussi à la fin du livre, un petit lexique qui aidera les enfants à comprendre les mots compliqués.C’est un bon petit livre avec une petite histoire toute simple mais aussi originale et drôle. J’invite donc les enfants à faire connaissance avec une DRÔLE DE MAÎTRESSE. Je crois qu’ils se souviendront longtemps de ses curieuses leçons…

Evelyne Reberg est née en 1939. Elle habite à Quétigny en Côte-d’Or.  Elle a publié notamment “Juju pirate” chez Flammarion, “La Bibliothèque ensorcelée” chez Bayard. Professeur de lettres, puis bibliothécaire, elle est également auteure de nombreuses histoires pour enfants. Publiée régulièrement en revues, elle a également écrit des ouvrages pour des éditeurs tels que Bayard, Duculot ou Flammarion.

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 14 janvier 2018