LA COMPAGNIE

LA COMPAGNIE

Commentaire sur le livre de
ROBERT LITTELL

*Avec un sourire amer, le sorcier releva
le chien et colla l’extrémité du canon
sur le ventre du russe. «On dirait que
les dindes qui vous protègent se sont
endormies.» Puis il tira.*
(Extrait : LA COMPAGNIE, Robert Littell,
Peter Mayer 2002, t.f. : Buchet/Chastel
2003, édition numérique, 1075 pages)

En 1950 à Berlin, Harvey Torriti, dit «le sorcier», et sa nouvelle recrue, Jack McAuliffe, préparent le départ du transfuge russe Vichnievski Pour les États-Unis. Mais à la *Compagnie*, -mieux connue sous le nom de CIA-, ses supérieurs semblent mettre en doute les capacités de leur agent, plus porté sur le whisky que sur l’étude des relations géopolitiques…Entre agents doubles et traîtres déclarés, personnages de fiction et personnages réels (Kennedy, Castro, Eltsine, mais aussi Ben Laden), Robert Littel dévoile, à travers ce thriller politique un demi-siècle de notre histoire. Il nous entraîne sur les traces de ses héros, en plein cœur de la guerre froide, des chars soviétiques de Budapest à la Baie des Cochons, de l’assassinat supposé du pape Jean-Paul premier au complot contre Gorbatchev. Une grande saga.

Après l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le président américain Harry Truman constatant avec regret que l’OSS, les services secrets américains ont été incapables de prévoir l’offensive Japonaise, décide de changer la donne : Dorénavant, le FBI et J.Edgar Hoover opéreront seulement sur le territoire américain et l’espionnage à l’étranger sera confié à une nouvelle agence qui sera placée directement sous l’autorité du président des États-Unis. C’est la naissance de la CENTRAL INTELLIGENCE AGENCY, la CIA, principal élément de la politique de l’endiguement du communisme édictée par Harry Truman agissant au-delà du rideau de fer.

Les coulisses historiques
De la CIA

*Gorbatchev secouait la tête d’un côté, puis
de l’autre en signe de dégoût. «Croyez-vous
vraiment que les gens soient tellement las
qu’ils seraient prêts à suivre n’importe
quel dictateur? »
(Extrait : LA COMPAGNIE)

 Quand j’ai commencé à m’intéresser à l’actualité mondiale, Nikita khrouchtchev était premier secrétaire de l’Union Soviétique et Dwight Eisenhower était président des États-Unis et il s’apprêtait à laisser sa place à John F Kennedy. Comme les deux plus grandes puissances du monde se détestaient singulièrement, il y avait dans l’air un relent de catastrophe, de fin du monde. C’est à peu près à cette époque qu’Eisenhower a créé la Compagnie, qui deviendra la CIA. Alors que cette agence de renseignements et d’espionnage en était à son recrutement de *James Bond* et à ses premiers balbutiements, elle s’entourait déjà d’une aura pompeuse : *En entrant dans cette pièce, vous êtes entrés dans ce que les sociologues appellent une culture fermée* (Extrait) On libérait aussi de tous doutes les nouvelles recrues avec des formules plutôt directes et pas très recherchées… *La seule règle, c’est qu’il n’y a pas de règles* (Extrait)

 LE ROMAN DE LA COMPAGNIE commence là et cette histoire s’étend sur quarante ans et sur plus de onze cents pages. Les principaux thèmes de ces quarante ans sont développés avec un remarquable respect de la dimension historique des évènements. Le récit commence par une imposante opération d’exfiltration qui s’est soldée par un échec, puis le complot contre Castro, l’affaire des missiles, la Baie des Cochons, La CIA aurait souhaité que les États-Unis combattent le communisme en territoire cubain, mais l’administration Kennedy, plutôt timorée a préféré se rabattre sur le Vietnam, puis l’afghanistan : échec sur échecs. Puis est arrivé Mikhaïl Gorbatchev qui menaçait dangereusement la ligue du vieux poêle soviétique avec sa perestroïka. La CIA a quand même contribué à dénoncer et combattre le complot contre Gorbatchev en faisant pression sur Boris Eltsine qui présidera finalement au démantèlement de l’Union Soviétique et à la mise au rancart du KGB. L’auteur explique aussi plus brièvement l’arrivée de personnages qui s’inscriront dans l’histoire comme Ben Laden, Sadam Hussein et bien sûr Vladimir Poutine. Avec la fin de la guerre froide, la CIA n’allait pas chômer pour autant avec la montée de l’extrémisme islamiste.

C’est un roman fascinant qui m’a entraîné dans le temps et dans l’histoire jusqu’au début de la guerre froide alors que la Russie se remettait à peine des horreurs de Staline, cet esprit tordu. Ça n’allait pas s’arrêter là : le communisme allait faire l’objet d’une chasse aux sorcières avec, au cœur de la tourmente les services de renseignements : le KGB contre la CIA. L’auteur de la COMPAGNIE tend à démontrer si on lit un peu entre les lignes que le communisme était une idée intéressante, déformée à la base par des chefs erratiques, incohérents et violents…Lénine, Staline et autres génies du genre : *L’URSS n’était pas un pays dit Jack. C’était la métaphore d’une idée qui pouvait paraître bonne sur le papier, mais qui, dans la pratique, s’est révélée terriblement défectueuse. Et les métaphores défectueuses sont plus difficiles à abattre que les pays défectueux*. (Extrait)

 

The Company a été adapté à la télévision par Mikael Salomon en 2007. Donc c’est une série américaine en trois épisodes avec Chris O’Donnel, Alfred Molina et Michael Keaton, entre autres.

Parce qu’on ne m’a pas démontré le contraire, j’ai toujours été d’avis que la CIA a accumulé les fiascos. L’auteur n’a pu éviter cet aspect de la CIA mais sur les côtés sombres de l’agence, Littel est plutôt timide. C’est une faiblesse que j’attribue à ce roman. Il faut aussi faire attention car ce récit met en perspective les dualités du monde de l’espionnage : infiltration / exfiltration, espionnage / contre-espionnage, agent / agent double / agent triple / taupe, conflit / détente. C’est plus ou moins bien expliqué. Il s’agit d’être attentif. Pour moi, LA COMPAGNIE est un excellent roman historique et même quelque uns de ses personnages sont particulièrement attachants. Je pense en particulier au seul espion qui apparait tout au long du récit : Harvey Torriti, dit le sorcier, un gros bonhomme obèse, balourd, traînard et alcoolique mais doté d’une intuition extraordinaire et qui imprègne toute l’histoire.

C’est un livre évidemment très long et pourtant, je n’ai pas trouvé le temps long. Il se lit très bien. Je pense que l’auteur, Robert Littel, a couvert 40 ans d’histoire avec brio. J’ai apprécié aussi la présence d’une taupe tout au long du récit et qui n’a été identifiée qu’à la fin…ça donne une touche de mystification et ça renforce l’intrigue. Bref c’est un roman tranchant, un peu acide par moment. La plume est quand même fluide et nous fait oublier un peu la piètre ventilation du roman. Ce thriller politique aussi appelé avec raison roman d’espionnage est une réussite. Je le recommande.

Robert Littell est un auteur et journaliste américain né en 1935 à New York. Il a commencé dans le journalisme au Newsweek en 1964 et s’est spécialisé dans les questions sur le Moyen et le Proche Orient. Son expérience de reporter lui a donné le goût du voyage et plusieurs lieux qu’il visite serviront de cadre à quelques-uns de ses grands romans. Son premier roman, Robert Littell l’a écrit en 1973 sous forme de feuilleton. Les grands romans d’espionnage vont suivre dont LA COMPAGNIE en 2003, LÉGENDES en 2005, LE FIL ROUGE en 2007 et L’HIRONDELLE AVANT L’ORAGE en 2009 pour ne nommer que ceux-là… En tout douze romans.  Observateur minutieux de l’univers géopolitique, Robert Littel partage aujourd’hui son temps entre la France, Le Maroc, l’Espagne, l’Italie et dans une moindre mesure, les États-Unis. (Source : overblog.com )

 BONNE LECTURE

JAILU/Claude Lambert

Le dimanche 8 octobre 2017

 

100% DARD

O.T.A.N. EN EMPORTE LE VENT

Commentaire sur le livre de
Patrice Dard

*Je ne suis ni humble ni orgueilleux. Ni soumis,
ni initié. Je crois en ma raison mais l’accuserai
néanmoins d’être défaillante avant de soupçonner
l’évènement d’être surnaturel. Et pourtant…les
rapports que je suis en train de parcourir jetteraient
le trouble dans l’esprit le plus rationnel…*
(extrait de Alix Karol 11, O.T.A.N. EN EMPORTE LE VENT,
Éditions de Vauvenargues, 1977, éd. Numérique i book,
250 pages)

Deux agents des Services Secrets du Tiers-Monde, Alix Karol et son compère, monsieur Bis enquêtent sur de mystérieuses et dramatiques disparitions signalées dans un triangle géographique appelé le triangle du démon, entre la Crète, Chypre et le port d’Alexandrie dans la Méditerranée. Un bateau de pêche, cinq avions chasseurs de l’O.T.A.N. et un Jumbo Galaxy renfermant plus de 70 militaires et cent tonnes de matériel disparaissent corps et bien. Les agents doivent-ils attaquer le problème comme on l’a fait jadis pour le vieux mystère du triangle des Bermudes ou y aurait-il anguille sous roche étant donné que les disparitions concernent essentiellement des hommes et du matériel américains. Karol et Bis entreprennent donc une angoissante enquête, quoiqu’ils ne s’empêcheront nullement de profiter de la vie au passage…

100% DARD
*Croyant à une soudaine crise de folie de leur
employé, les deux grecs se hâtèrent d’obéir,
forts du préjugé qu’il ne faut jamais
contrarier un dément.*
(extrait : O.T.A.N. EN EMPORTE LE VENT)

Ayant déjà lu un livre de la série SAN ANTONIO initiée par le père de Patrice Dard, Frédéric, j’étais curieux de connaître le style du fils et j’ai fait l’essai d’un titre de la collection ALIX KAROL très en vogue dans les années 70. La plupart des livres ont été réédités et sont encore lus aujourd’hui.

Moi je n’ai pas été impressionné. La série initiée par Frédéric Dard met en scène San Antonio et son compère Berurier, celle de Patrice Dard suit les aventures d’Alix Karol et de son compère Bis. La première est une série d’espionnage, l’autre policière. Le style des personnages est le même : farfelu.

O.T.A.N. en emporte le vent est une variation sur un thème archi-connu : la guerre froide entre les États-Unis et l’union Soviétique comme toile de fond, l’énigme n’est pas plus originale à cause de son analogie avec le triangle des Bermudes. Ici, il est question du triangle du démon dans lequel on signale d’étranges disparitions : chasseurs et autres avions, navires etc…tous américains.

Pas facile à suivre cette histoire. Il m’aurait fallu un dictionnaire spécialisé tellement le langage est argotique…voici deux exemples :

*Une onde de traczir me cigogne la boyasse.*   *Comme je ne dispose pas de fromtogome pour appâter l’animal, force m’est donc de le brutaliser un chouïa pour lui introduire la bande dans le corps. En poussant du médius, je lui enfonce le blot jusque dans l’estogome*

Si vous avez une bonne connaissance de l’argot et que vous pouvez passer outre sur un humour un peu usé, vous aurez probablement plus d’agrément à lire ce livre que j’en ai eu et vous pourrez alors mieux profiter d’une finale intéressante, sans être géniale, ce qui constitue à peu près la seule force de cette histoire.

Je rappelle que la collection, qui comprend plus d’une vingtaine de titres a été rééditée. C’est donc qu’elle a été appréciée quelque part, probablement par la francophonie européenne surtout.

J’ai pas beaucoup aimé, même si j’ai trouvé ce livre meilleur que ce que j’ai lu de la série San Antonio.

Patrick Dard est un écrivain et scénariste français  né en 1944 en banlieue Lyonnaise.  Il est le fils de Frédéric Dard, créateur de la série SAN ANTONIO. Très jeune, il s’intéresse à l’écriture, fait carrière au Fleuve Noir où il crée les personnages de Vic St Val et d’Alix Karol. À la mort de son père, il poursuit l’œuvre de son père en écrivant ses propres aventures du commissaire San-Antonio et de son fidèle comparse Bérurier. Énergique et prolifique,  Il écrira aussi plusieurs livres de cuisine ainsi qu’une grande quantité de scénarios pour des téléfilms ainsi que pour des dessins animés.

BONNE LECTURE
JAILU
NOVEMBRE 2015

COMPTE À REBOURS


“Écoutez, monsieur Carroll,
L’armée n’emploierait pas
Un cinglé pour un projet
Ultrasecret. En temps normal,
Luke est aussi sain d’esprit que
Vous et moi. De toute évidence,
Quelque chose l’a déstabilisé…”

Commentaire sur le livre CODE ZÉRO de Ken Follet, version française de CODE TO ZERO, paru en 2001


1958, en pleine guerre froide, un scientifique, Claude Lucas, concepteur de la fusée américaine EXPLORER 1, perd la mémoire dans des circonstances mystérieuses et se retrouve vêtu en clochard dans un milieu malfamé. Cherchant à retrouver son identité,  Lucas, surnommé Luke comprend petit à petit qu’il a été drogué et qu’il est accusé d’espionnage par un agent de la CIA prêt à tout pour l’empêcher de reconstituer son passé. Avant que sa mémoire bascule, Luke avait découvert que le lancement d’EXPLORER allait être saboté. Pour Luke, le défi  est de taille : convaincre le Pentagone d’annuler le décollage d’Explorer, identifier le saboteur, sauver sa vie, empêcher une catastrophe majeure et remettre les États-Unis en selle dans la course à la conquête de l’espace. Mais voilà…le compte à rebours  est très mince.

Voici un livre que j’ai beaucoup aimé. Il se lit bien et vite. Les chapitres sont en réalité des séquences temporelles (temps réel), intenses, sans longueur, à part peut-être quelques inclusions sentimentales qui sont du reste toujours en lien avec le drame. Cette façon d’écrire de Follet me rend automatiquement captif…c’est une force irrésistible qui caractérise l’auteur.

Fidèle à sa tradition, Follet s’est basé sur un évènement historique pour imaginer son histoire. En effet, il faut se rappeler que le 29 janvier 1985, le lancement d’Explorer avait été annulé et reporté, soi-disant pour des raisons météorologiques, alors que le temps était magnifique sur Cap-Canaveral.

J’aimerais préciser aussi que ce livre est bien documenté politiquement et scientifiquement. En effet, Follet met très bien en perspective le contexte de la guerre froide, l’intensification de l’espionnage et les moyens fantastiques déployés pour développer le contre-espionnage. D’autre part, Follet met aussi en évidence le défi scientifique extraordinaire que représente la conquête de l’espace en donnant des caractéristiques de la fusée au début de chaque séquence temporelle du roman. Pour moi ça a un ptit coté génial parce que le déroulement de l’histoire est libre de détails scientifiques et techniques encombrants et compliqués.

C’est un livre non seulement divertissant, mais crédible…une lecture agréable que je n’hésite pas une seconde à vous recommander.

Bonne Lecture

JAILU
Février 2013

(En Complément…)