VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU

Un classique indémodable

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU

Commentaire sur le livre de
KEN KESEY

*Le martyr de McMurphy est aussi un martyr
chrétien. Ce livre noir est aussi un livre
rayonnant de joie de vivre et un plaidoyer.
Il s’agit de mieux comprendre, de mieux
prendre conscience du monde fou dans
lequel nous vivons.*
(Extrait : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU,
Plus précisément le texte AVERTISSEMENT signé
André Bay et précédent le récit  de Kesey, Ken
Kesey, Édition Stock de 2002, réédition, édition
numérique, 290 pages)

Dans une maison de santé, une redoutable infirmière, “La Chef”, terrorise ses pensionnaires et fait régner, grâce à un arsenal de “traitements de choc”, un ordre de fer, réduisant ses pensionnaires à une existence quasi-végétative avec des psychotropes, des électrochocs et même des lobotomies, Surgit alors McMurphy, un colosse irlandais, braillard et remuant, qui a choisi l’asile pour échapper à la prison. Révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de “La Chef”, il décide d’engager une lutte qui, commencée à la façon d’un jeu, devient peu à peu implacable et tragique. McMurphy (incarné par Jack Nicholson dans le film de Milos Forman) sera à l’origine non seulement d’un sentiment de révolte chez les internés, mais aussi d’une prise de conscience de leur personnalité et de leurs conditions de vie.

AVANT-PROPOS

Les origines du titre VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU  sont contestables pour plusieurs. Pour moi personnellement, ce titre pourrait très bien symboliser la lobotomie. Mais la version la plus courante laisse à penser que le *nid de coucou* représente l’asile et le *vol* représenterait la seule personne qui a réussi à s’échapper de l’asile : l’indien, le chef Bromdem, c’est-à-dire le narrateur.

UN CLASSIQUE INDÉMODABLE
*Ne reconnaissez-vous pas l’archétype du
psychopathe? Je n’ai jamais vu un cas de
psychopathie aussi manifeste. Cet homme,
c’est Un Napoléon, un Gengis Khan, un
Attila.*
(Extrait : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU)

C’est un livre très dur, une histoire à haute intensité dramatique que j’ai fini par lire peut-être une vingtaine d’années après avoir vu le film, adaptation remarquable du réalisateur Milos Forman. Même si ce livre a été un des plus commenté et critiqué dans l’histoire de la littérature américaine, force est de constater qu’il a été un mis dans l’ombre par le film, à cause, en particulier de l’interprétation magistrale de Jack Nicholson qui s’est approprié le rôle du rebelle McMurphy avec un naturel désarmant. Mais le livre vaut la peine d’être lu, je le considère même meilleur que le film car la plume extrêmement puissante de Ken Kesey appelle à l’angoisse dès le début et vient nous rappeler, grâce à un sordide jeu de pouvoir, cette fâcheuse tendance de toutes les sociétés à vouloir contrôler leurs sujets.

Le fil conducteur est simple à suivre : dans un asile psychiatrique, une redoutable infirmière fait régner une discipline de fer grâce à toute une panoplie de traitements de choc, réduisant les pensionnaires à une existence quasi végétative. Les choses vont changer dès le jour où Randal McMurphy, personnage subversif, exubérant et rebelle arrive à l’asile parce qu’il a choisi cette solution pour échapper à la prison. Pendant un certain moment de lecture, je me suis demandé qu’est-ce que McMurphy faisait dans ce décor, me disant qu’il était loin d’être fou. Mais j’ai compris assez vite que, révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de l’infirmière, qui est une véritable peau de vache, McMurphy s’est engagé dans une lutte qui devient graduellement implacable et dramatique : *…eh bien, j’ai été étonné de constater à quel point vous êtes sains d’esprit, tous autant que vous êtes. Pour autant que je puisse en juger, vous n’êtes pas plus fous que le trou-du-cul moyen qui se balade en liberté.*(Extrait)

Dès lors, le récit se concentre sur un impitoyable jeu de pouvoir qui retiendra définitivement l’attention du lecteur allant jusqu’à prendre une très intéressante valeur de symbole révélatrice de la vie actuelle : d’un côté la répression et la coercition et de l’autre, un appel à la tolérance, à l’ouverture d’esprit et à la liberté. Autre fait intéressant et magnifiquement mis en mots dans le récit de Kesey, l’agitateur devient, aux yeux de ses pairs, un héros…une solution au conformisme crasse qui caractérisait la société des années 60 en général et les institutions psychiatriques américaines en particulier: *Il était un géant descendu du ciel pour nous libérer du système qui ligotait le monde de son réseau de fils électriques et de cristaux, un être de trop d’envergure pour se soucier de mesquines questions d’intérêt.*(extrait) Le récit est narré par un vieil indien, un géant qui fait semblant d’être sourd depuis son arrivée à l’asile il y a des années. Tout comme le lecteur, l’indien est témoin et raconte les tentatives habiles de McMurphy pour donner aux pensionnaires de l’asile de la personnalité, une raison de vivre, de se battre.

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU est un livre en quatre parties. Il n’y a pas de chapitres, pas de temps mort, peu de diversions. C’est un crescendo de révolte et de frustrations. Le livre m’a fait vibrer et passer par toute une gamme d’émotions. Tantôt j’étais choqué et triste, tantôt fasciné et admiratif. Ce fût pour moi un moment de lecture intense et touchant…le temps s’est arrêté, effet d’une plume habile et sans compromis qui ne laisse pas indifférent.

Je vous recommande la lecture de VOL AU-DESSUS d’un nid de coucou. Une œuvre de premier plan…une grande lecture…

Ken Kesey (1935-2001) était un écrivain américain natif du Colorado. Il s’est prêté à des expérimentations de drogues entraînant temporairement des états de psychose. Pendant toute cette période d’absorption de LSD et de mescaline, entre autres, les médecins analysent jours après jours les résultats des tests. Continuellement sous acide, Kesey est embauché dans ce même hôpital. C’est de cette étrange expérience que naîtra son premier roman : VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU, un succès immédiat qui ne tardera pas à être adapté au cinéma par Milos Forman, avec Jack Nicholson et Louise Fletcher.. D’autres titres à succès suivront dont SOMETIMES A GREAT NATION, adapté au cinéma en 1963 sous le titre : LE CLAN DES IRRÉDUCTIBLES avec Paul Newman.

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU AU CINÉMA
Le livre de Ken Kesey a été adapté au cinéma par Michael Forman. Le film est sorti en 1976 et a fait époque avec 15 prix et 5 nominations.
Le film met en vedette Jack Nicholson

Et Louise Fletcher…la redoutable infirmière

La presse a salué ce film. Le journaliste Jacques Doyon écrivit, peu après la sortie du film en 1976 : *Voilà un film qui est grand parce que fait à l’intérieur d’un système, il nous atteint et nous transforme*.

BONNE LECTURE
JAILU
Le samedi 20 octobre 2018

DÉSAXÉ

TRAQUER SUS AU STALKER

DÉSAXÉ

Commentaire sur le livre de
Lars Kepler

*Margot observe le carnage pendant un moment,
les traces de violence, le sang provenant du couteau
qui a frappé, le jaillissement du sang artériel sur la
porte lisse d’un meuble de cuisine et le sang répandu
par la lutte de la victime et les mouvements
spasmodiques du corps.*
(Extrait : DÉSAXÉ, Lars Kepler, Albert Bonniers Förlag,
Stockholm, 2014, Pour la traduction française : Actes
Sud, 2016, édition numérique, 1090 pages.)

La police suédoise met tout en œuvre pour traquer un tueur en série, un voyeur meurtrier qui filme et met en ligne sur Internet ses exploits avant de tuer. Devant un esprit aussi tordu, la police est dans l’impasse jusqu’à ce que la police découvre un homme en panique sur les lieux d’un nouveau meurtre. En état de choc, l’homme ne se souvient plus de rien. Pour sonder sa mémoire perdue, la police fait appel au docteur Erik Maria Bark, un hypnotiseur (personnage récurrent dans l’œuvre de  Kepler). Bark fera des découvertes troublantes qui pourraient bien se retourner contre lui-même et devenir fatales. Pourtant le temps presse…les morts s’accumulent…

AVANT-PROPOS :
STALKER, STALKING

Ce sont des termes que l’on entend surtout dans les milieux psychiatriques et policiers. Le stalking est une forme active de harcèlement et de voyeurisme obsessionnel. Celui qui pratique le stalking est un stalker. Le problème avec le stalking est que s’il débute le plus souvent par une tentative amicale, il débouche souvent sur une haine obsessionnelle. Cette pratique devient alors une névrose qui peut pousser au crime…elle part du fait de suivre et espionner des victimes, les intimider, voire les filmer, et peut aller jusqu’au harcèlement et à l’agression.

Traquer sus au stalker
*…elle était là, dans son imperméable jaune,
à regarder sa mère. Le visage d’Anna était
en bouillie, il y avait du sang partout,
jusqu’au…
(Extrait : DÉSAXÉ)

C’est un long roman sans longueur. Paradoxal? Pas du tout! D’entrée de jeu, je dirai que j’ai passé un très bon moment de lecture avec cette brique de Lars Kepler. La trame est intense, mais le fil conducteur est solide : quatre meurtres d’une indescriptible violence qui rappellent un autre meurtre commis neuf ans plutôt et pour lequel un pasteur a été incarcéré. Pour avancer dans l’enquête, la police a besoin de la mémoire de ce pasteur accro à l’héroïne : Rocky Kyrklund. C’est là qu’intervient l’hypnotiseur Erik Maria Bark, personnage récurrent dans l’œuvre des auteurs et c’est là que débute une impitoyable course contre la montre où le chasseur devient le chassé…car on peut dire que la conscience de Bark n’est pas tout à fait nette. La police se rend très vite compte qu’elle a affaire à un stalker, c’est-à-dire un voyeur obsessionnel.

J’ai été très vite captif de ce récit et même que dans le dernier quart, j’ai péché un peu par addiction tellement il était difficile de lever le nez du livre à cause d’un enchaînement rapide de rebondissements, un rythme très rapide et la chaîne d’évènements dramatiques qui nous amène à la découverte de la personne coupable la plus improbable…

Un petit irritant : la policière Margot qui enquête sur cette dangereuse affaire alors qu’elle est au dernier stade de sa grossesse…elle mange tout le temps…le bébé bouge…elle perd ses eaux à un assez mauvais moment…ordinaire, agaçant et sans rapport. Autre petit détail, j’ai trouvé la traduction un peu pénible par moment. Mais c’est quand même surmontable. Je suppose qu’on peut se familiariser au style d’un traducteur comme on le fait pour un auteur.

Il y a surtout beaucoup de forces à souligner : le rythme effréné, l’intensité des personnages, je pense en particulier à Jackie, une pianiste aveugle qui tente d’échapper au monstre dans une maison puante qui tombe en ruine…pas facile pour une aveugle et tout un défi pour les auteurs de faire vivre au lecteur comme si c’était en temps réel, les émotions, les tensions intérieures, la peur voire la morbidité que vit Jackie alors qu’elle tente d’échapper à une mort horrible. Comme lecteur, j’avoue que j’ai souffert pour Jackie tellement les auteurs ont trouvé les mots précis, le ton juste avec cet art de provoquer le frisson. Ça m’a remué…

Ajoutons à cela la qualité de l’intrigue et la recherche qu’elle a nécessitée, l’originalité du sujet si on tient compte de la psychologie des personnages et de l’exploitation d’un thème un peu discret en littérature policière : le stalkin…c’est sans compter la douce toponymie chantante de la Suède, la trame qui nous fait découvrir Stockholm en particulier et la Suède en général, même si elle n’est pas particulièrement flatteuse pour ses services policiers et judiciaires.

Donc si une veille littéraire du genre NUIT BLANCHE vous intéresse, lisez DÉSAXÉ. Bien avant le dénouement que j’ai trouvé pour le moins surprenant, vous comprendrez très vite que le livre porte bien son titre.

LARS KEPLER est le pseudonyme d’un couple d’auteurs suédois qui se sont spécialisés dans le roman policier : ALEXANDRA COELHO AHNDORIL née en 1966 à Helsingborg et ALEXANDER AHNDORIL né en 1967 à Stockholm. Chacun a écrit plusieurs romans en solo mais en 2009, ils ont décidé de coécrire leur premier roman : L’HYPNOTISEUR adapté par la suite au cinéma en 2012 par Lasse Hallström.  C’est cet hypnotiseur, Erick Maria Bark qui récidive dans DÉSAXÉ au côté de l’inspecteur Joona Lina.

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 29 octobre 2017

MORT AUX CONS

TUEUR DE CONS EN SÉRIE

Mort aux cons

Commentaire sur le livre de
Carl Aderhold

*Je savais enfin contre qui
je me battais. J’avais enfin
mis un nom sur leur visage.
Le con. M’écriais-je,
voilà l’ennemi!*
(Extrait : MORT AUX CONS,
Carl Aderhold, Hachette 2007,
rééd. Fayard 2011. 687 pages

Soucieux de développer une société meilleure basée sur le respect, l’amitié, l’entraide et l’empathie, un homme cible d’abord l’intérêt démesuré que portent les humains pour les animaux. Il décide donc de tuer et faire disparaître les animaux domestiques de son quartier. Si le plan fonctionne au départ, il n’atteint pas vraiment ses objectifs et c’est là que notre homme décide simplement de partir en guerre contre la connerie et d’éliminer une race d’humains qui prolifère un peu trop à son goût : Les cons. Ne réussissant pas à trouver une théorie sans faille sur les cons, à arrêter une définition claire et nette du con typique, il extermine ici et là tous ceux qui l’embêtent ou qui l’ennuient. Le livre prend un peu la forme d’un mode d’emploi tendant aussi à légitimer le combat meurtrier de cet homme contre ceux qu’il trouve cons

Tueur de cons en série
*J’avais l’impression d’être un super-héros qui
vient de découvrir ses superpouvoirs. Littéralement,
je planais au-dessus des choses. Le simple fait de
savoir qu’il existait…une possibilité rapide de
mettre fin à toute nuisance, me procurait un
sentiment de complet détachement vis-à-vis des
contingences…ma démarche est une vraie
démarche scientifique.
(Extrait : MORT AUX CONS)

Au début l’auteur peint le tableau d’un couple normal devant sa télévision où la chatte de la voisine vient se faire câliner. Christine va se coucher, l’homme reste à regarder une émission et se fait mordre par le petit animal. Il décide tout bonnement de la jeter par la fenêtre (4° étage). Elle meurt. Le lendemain, une solidarité se développe vis-à-vis de la maîtresse. Le personnage principal veut voir le retour de l’amitié, plus de contact, de solidarité…. Il extermine donc tous les animaux domestiques du voisinage. Au début sa technique marche mais très vite des clans se forment et se disputent. Il est sur le point de se faire démasquer par la concierge, il la tue donc. C’est à ce moment-là que sa lutte contre les cons commence.Il décide de trouver une théorie pour ne pas faire d’erreurs mais il ne parvient pas à trouver quelque chose de stable.

Il extermine tous ceux qui l’ennuie, d’où il tue « pour un oui et un non » sans raisons bien valables à part que la personne ne lui convient pas au niveau caractère. Il ne se prend pas pour un tueur jusqu’à ce qu’un flic vienne l’arrêter et c’est sa peur de la prison qui lui fait faire son geste. Par la suite il essaye de faire comprendre à l’opinion son combat et d’être légitimé.

Je n’apprécie pas du tout le style de l’auteur, même le but de son ouvrage est négatif. Les tueries sont toutes les fois très répétitives. Il nous peint un personnage peu tolérant, égoïste, qui veut être seul au monde … Heureusement qu’il n’existe personne avec un caractère aussi négatif, même un sérial killer me paraît plus sympathique. On ne retient rien de sa théorie sur les cons, il ne créait rien de bien nouveau. Je suis même choqué qu’un personnage aussi peu tolérant existe dans un roman en effectuant autant de meurtres aussi facilement.

Du coup, je n’ai absolument rien retiré de cet ouvrage (même peu de distraction), aucune théorie, aucune fable :rien . Peut-être n’ai-je pas compris mais j’en doute, le sens réel de ce livre !!!!

Carl Aderhold est un écrivain français né dans l’Aveyron en 1963. Fils de comédiens, il a poursuivi des études d’histoire avant de se spécialiser dans la littérature du XVIIIe siècle. Il est actuellement directeur éditorial chez Larousse dans le domaine des sciences humaines. MORT AUX CONS est son premier livre publié en 2007. (50,000 exemplaires vendus toutes éditions confondues) Ont suivi : LES POISSONS NE CONNAISSENT PAS L’ADULTÈRE en 2010 (15 000 exemplaires vendus en première édition) et FERMETURE ÉCLAIR en 2012.

BONNE LECTURE
JAILU/CLAUDE LAMBERT
20 novembre 2016