TÉMOIN HOSTILE

JUSTICE MAJEURE POU MINEURE

TÉMOIN HOSTILE

Commentaire sur le livre de
REBECCA FOSTER

*Des traces d’ADN correspondant à celui d’Hannah
avaient été trouvées…Un cheveu d’Hannah dans la
chambre à coucher. Une goutte de son sang dans
la salle de bain. Pire, on avait découvert une trace
infime du sang d’Hannah sur la mâchoire de Fritz,
à l’endroit où il avait reçu un coup avant de mourir.*
(Extrait : TÉMOIN HOSTILE, Rebecca Forster, MA éditions
2013, édition de papier, 420 pages.)

TÉMOIN HOSTILE est un thriller juridique qui raconte l’histoire d’Hannah Sheraton, une jeune fille de 16 ans, donc mineure selon la loi. Hannah est formellement accusée du meurtre de son grand-père par alliance, Fritz Rayburn, juge à la cour Suprême de Californie. Bien qu’elle soit mineure, et parce que la victime était un personnage très haut placé, Hannah sera arrêtée, emprisonnée et jugée. Donc, si elle est reconnue coupable, elle risque la peine maximale, c’est-à-dire la mort. Désespérée, la mère d’Hannah fait appel à une vieille amie, Josie Bates, avocate à Hermosa beach, une paisible petite ville balnéaire sans histoire. Josie hésite, mais vus l’âge de l’accusée et les aspects étranges de cette affaire, elle finit par accepter. Tout au long du procès, le doute s’installe dans l’esprit de Josie. Hannah est-elle vraiment coupable. La vérité risque de faire mal.

JUSTICE MAJEURE POUR MINEURE
*Lynda Rayburn se tenait sur le seuil et contemplait
la scène. Hannah, les jambes remontées contre sa
poitrine et coincées entre ses bras, tremblant comme
si elle était gelée jusqu’aux os. Kip était appuyé contre
le mur…avec sur le visage une expression où se
mêlaient la colère, le chagrin et, par-dessus tout
la haîne…*
(Extrait : TÉMOIN HOSTILE)

Témoin hostile est un thriller juridique bien ficelé. Je l’ai lu toutefois avec une impression de déjà vu et les personnages principaux sont développés avec un tel souci du détail qu’il m’a été relativement facile de deviner qui est la personne coupable du meurtre de Fritz Rayburn. Le sujet développé est plutôt classique. Il y a quelques longueurs. Malgré ces faiblesses, je n’ai pas regretté la lecture de ce livre.

J’ai toujours été intéressé par le déroulement d’un procès et en particulier par la fougue et parfois l’agressivité des procureurs. Les chapitres consacrés au déroulement du procès dans la cour du juge Noris sont particulièrement forts et on y voit des personnages que de fortes émotions rendent extravertis…je pense à un personnage en particulier, qui sera désigné témoin hostile. Je ne peux pas vraiment en dire plus car ça équivaudrait à tout dévoiler.

Le personnage d’Hannah est particulièrement intéressant. C’est une jeune fille timide, réservée et surtout, elle souffre de troubles compulsifs du comportement. Si elle fait une accusée facile, les personnes qui ont intérêt à la voir condamnée vont se heurter à Josie, une avocate particulièrement coriace et dont j’ai suivi l’évolution avec beaucoup d’intérêt. Ce sont des facteurs qui m’ont fait oublier les petites faiblesses du récit. Même si j’ai deviné la finale assez vite, j’ai pu savourer de nombreux moments d’émotions et de tension avec des personnages attachants et j’ai aussi réagi à l’évolution d’un personnage particulièrement fourbe et égoïste : le témoin hostile.

Avoir une bonne idée de la fin d’un récit passe toujours si l’auteur peut y imprégner suffisamment de densité et de rebondissements. C’est le cas avec TÉMOIN HOSTILE. À partir de la deuxième moitié du récit, tout va très vite. L’histoire tient en haleine et a un petit côté touchant à cause entre autres de la vulnérabilité d’Hannah. Je n’ai pas été déçu quant aux messages véhiculés par le récit. Entre autres que la loi n’est pas toujours une question de justice et que ce n’est pas parce qu’un personnage est haut-placé, populaire, apprécié de tous voire adulé qu’il est un enfant de chœur…ce qui rappelle l’énoncé classique : il ne faut jamais se fier aux apparences.

Malgré son petit côté prévisible, le livre est agréable à lire, il pourrait en surprendre plusieurs par ses retournements de situation et surtout par la fougue de celle qui se débat comme un diable dans l’eau bénite, celle que j’ai envie de qualifier sans méchanceté de sympathique tête de mule : Josie l’avocate.

Ce n’est pas ce que j’ai lu de mieux dans le genre, mais ça m’a tout de même gardé en haleine.

Rebecca Foster est une auteure américaine. Au moment d’écrire ces lignes, elle a plus de 25 romans à son actif. Son succès est tel que l’éditeur a entrepris la traduction de ses livres. TÉMOIN HOSTILE est le premier roman de Rebecca Forster à être traduit en français. Conférencière recherchée, elle enseigne dans la célèbre Formation pour Auteurs de l’Université de Californie à Los-Angeles. Elle s’implique aussi dans un programme pour jeunes écrivains de niveau collégial. Auteure à succès, elle est inscrite dans plusieurs listes de best-sellers. Elle est invitée régulièrement à la radio et à la télévision et fait aussi l’objet de nombreux articles dans la Presse américaine.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 9 décembre 2018

LE LIVRE QUI REND DINGUE

La théorie du bon lecteur

LE LIVRE QUI REND DINGUE

Commentaire sur le livre de
FRÉDÉRIC MARS 

*Elle a souri, rougi un peu, ouvert son exemplaire
comme si elle allait lire des trucs cochons. Je ne
sais pas si ça l’était, mais ça a dû être lumineux,
car elle a souri plus largement encore.*
(Extrait : LE LIVRE QUI REND DINGUE, Frédéric Mars,
Storylab éditions, 2012, numérique)

Le livre très attendu d’un auteur émergent connaît un succès foudroyant qui dépasse la compréhension des milieux littéraires. Dès sa sortie, les librairies sont envahies. On fait la queue le long des trottoirs en priant pour que les stocks ne soient pas épuisés. Tout le monde s’arrache le précieux volume déjà nominé pour l’obtention de nombreuses citations, récompenses et prix littéraires.C’est le plus grand best-seller de tous les temps. Le livre raz-de-marée. En quelques semaines, il se vend à des centaines de millions d’exemplaires, le monde entier est subjugué. Mais bientôt d’étranges phénomènes frappent les lecteurs…

La théorie du bon lecteur
*Je suis l’auteur d’un texte dangereux. Vous qui
me lisez, vous qui, dans le monde entier, avez
pris plaisir à la lecture de mon livre, je vous en
remercie. Très sincèrement. Mais je vous demande
aujourd’hui, solennellement, de le détruire sans
plus attendre.*
(Extrait : LE LIVRE QUI REND DINGUE)

C’est un livre un peu étrange, au sujet intriguant et très original. C’est aussi un roman très court, tout à fait en accord avec la mission que s’est donné Story Lab de ne publier que des livres qui se lisent en moins de 90 minutes, en format numérique. En quelques mots LE LIVRE QUI REND DINGUE est l’histoire d’un auteur qui gère mal le succès phénoménal de son livre.

Il m’a fallu un peu de temps pour m’accrocher au sujet. Je ne savais pas trop où voulait en venir Mars jusqu’à ce que je comprenne en fait que l’auteur voulait idéaliser le lien qui doit exister entre un auteur et les lecteurs comme si, d’une part chaque lecteur apporte ce qu’il a pour se retrouver dans ce qu’il lit et d’autre part l’auteur trouve la perfection absolue du ton juste pour s’adresser personnellement et directement à chaque lecteur.

*Il me semblait impossible d’adapter mon discours à de parfaits inconnus. Le paradoxe, c’est que mon livre le faisait pour moi, et que cela justement, compliquait tout. Auberge espagnole, il permettait la projection de tous les sentiments, toutes les croyances, tous les savoirs que le lecteur apportait avec lui*(extrait)

Mars se demande en fait si un roman peut créer ses lecteurs. J’aborde la question comme une utopie évidemment, d’ailleurs à la fin du récit, l’auteur déchante un peu et le lecteur peut alors comprendre un peu mieux la démarche de l’auteur. Mais il faut admettre qu’il y a de quoi réfléchir : *Je ne m’étais encore jamais demandé ce qui pouvait bien se passer si mes lecteurs…comment dire…s’ils n’avaient rien à apporter? Ce que j’avais encore moins anticipé, c’est qu’ils seraient nombreux dans ce cas.* (extrait)

Tout au long de ma lecture, j’ai senti que Frédéric Mars tourne en dérision les différents intervenants dans la production d’un livre, les éditeurs en particulier et aussi, tout ce qui vient après la publication. On y trouve des remarques parfois acides sur, les libraires, les médias et même sur les critiques littéraires qui sont loin d’être encensés. Mars établit même une distinction entre le bon et le mauvais lecteur : Il y a une thèse à écrire sur la méchanceté du lecteur attentif… (Extrait) Bref…dans ma longue carrière de lecteur, je ne me suis jamais demandé ce que je pouvais apporter à un livre.

Malgré toute son originalité, je ne peux pas dire que ce livre m’a emballé. Peut-être parce que je n’ai pas été accroché dès le départ et aussi parce que j’ai trouvé la finale un peu décevante. Le livre a tout de même des forces : il est bref, se lit bien, il interpelle. Beaucoup trouveront l’histoire amusante et surtout son sujet est terriblement sorti des sentiers battus. Je pourrais coller au récit une petite étiquette philosophique mais l’auteur ne se prend pas au sérieux et pourrait même vous surprendre par son humour parfois décapant.

Dernière petite curiosité mais non la moindre, le livre dont il est question dans le récit de Frédéric Mars porte un titre imprononçable, il s’agit d’un point d’interrogation à l’envers et mieux encore…on ne saura jamais de quoi parle ce livre…Mars aura vraiment été original jusqu’au bout…

Frédéric Mars est un auteur et scénariste français né à Paris en 1968. Il a aussi été journaliste et photographe, métiers qu’il a quitté  pour se consacrer essentiellement à l’écriture. Un de ses plus grands succès littéraires fut sans doute NON STOP publié en 2011. En plus de ses romans, Mars a publié une quarantaine d’essais et livres illustrés. Les différentes facettes de la personnalité et les limites de la conscience comptent parmi ses thèmes préférés, tendance qu’on retrouve dans LE LIVRE QUI REND DINGUE. Il a aussi écrit un roman -jeunesse : LES ÉCRIVEURS  en 2011.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 17 juin 2018

LA MORT BLANCHE

EST-CE BIEN LA MORT?

LA MORT BLANCHE

Commentaire sur le livre de
PAULE FOUGÈRE

*Il lui toucha l’épaule, et le vieillard s’écroula
d’un coup…Le policier se pencha, retourna
l’homme sur le dos. Alors il vit qu’il ne
respirait plus. Entre les paupières rongées
de pus, les yeux secs et durs luisaient d’un
éclat laiteux…Le faux aveugle était mort
dans la contemplation de sa propre image.*
(Extrait : LA MORT BLANCHE, Paule Fougère,
Éditions GRAND caractère, 2004, papier, 200 pages)

Des riverains tentent de sauver une femme d’une barque en perdition. Mais la malheureuse, elle morte. Plus tard, l’inspecteur de police Derville en vacance avec sa sœur à l’hôtel des Bains de Plouélan reçoit la visite d’un étrange personnage : Le docteur Belhomme qui apprit au policier que la mort de cette femme était très étrange. En fait, elle n’était pas morte mais plongée dans un mystérieux sommeil léthargique. Derville relève le défi d’une enquête qui l’amène à la conclusion que la mort blanche, étayée par la science est si troublante que même le lecteur se demande s’il ne pourrait pas devenir la cible un jour de ce que l’auteur appelle la bioactivité.

Est-ce bien la mort?
*«On sait bien que le progrès et la destruction
vont de pair. Il faudrait savoir renoncer à
l’un quand on a le cœur trop sensible…Ne
me croyez pas fou. Je suis exalté, c’est tout.*
(Extrait : LA MORT BLANCHE)

C’est un récit un peu étrange qui repose surtout sur la psychologie des personnages et l’hypothèse de ce qu’on appelle la MORT BLANCHE. Tout comme le titre, l’histoire est empreinte de mystère, d’autant qu’elle se déroule en Bretagne dont l’histoire regorge de phénomènes étranges incompréhensibles comme les sacrifices sanglants sur le tablier d’un dolmen. Ici, la science flirte avec la fiction et l’investigation policière.

J’ai eu la puce à l’oreille assez tôt dans le récit à savoir qu’un mort ne saigne pas et puis, assez tôt aussi, une hypothèse bizarre a fini par s’avérer : *…«Il n’y a pas de criminel, comme il n’y a pas eu de crime. Tas de malins! Ne pouvez-vous donc concevoir qu’on puisse tuer sans assassiner?»* (Extrait) La signification de la MORT BLANCHE se précise alors que Jacques Rouvier tire partiellement une étonnante conclusion : …*tous les êtres vivants sans exception rayonnent…une énergie qui leur est propre. Celle-ci, que nous appellerons, si vous le voulez, «bioactivité», ne se confond pas avec la vie, puisqu’elle persiste longtemps parfois dans un être, après que la vie s’en est retirée. Elle n’est pas non plus le magnétisme ni la radioactivité, dont elle possède certains caractères.* (Extrait)

Donc, la MORT BLANCHE, sans être définitive, présente une absence totale de réactions vitales. Reste à savoir maintenant eu égard au récit s’il y a vraiment eu MORT BLANCHE, comment on serait arrivé à cette conclusion, est-ce qu’il y a eu crime? Si oui, qui est coupable? Sinon, est-ce qu’on peut s’interroger sur la valeur morale de l’acte? L’obstination de l’inspecteur Derville et de sa sœur Catherine les amènera à des conclusions fort troublantes.

C’est un récit un peu difficile à suivre car le fil conducteur prend toutes sortes de directions qui sont autant de diversions : un inspecteur qui surprotège sa sœur, une petite amourette, beaucoup de spéculations, beaucoup de personnages et beaucoup de détails sur les principaux acteurs de l’histoire. J’ai eu un peu de difficulté d’une part à embarquer dans le récit et à m’y accrocher d’autre part.

Je dois dire toutefois qu’à l’approche de la conclusion, beaucoup de choses se précisent et la finale est intéressante quoiqu’un peu prévisible : *Voilà se disait-elle en s’endormant, je risque d’être «bioactivée», et, quand je serai bioactivée qu’est-ce que je ferai? Une horreur se levait en elle en même temps qu’un désir malsain de savoir malgré tout.*

C’est une intrigue policière un peu sortie des sentiers battus. C’est une histoire originale mais insuffisamment développée. Il faut noter au passage que Paule Fougère n’a pas une vaste expérience du roman. Elle est surtout une écrivaine scientifique, docteure en pharmacie. Elle a écrit plusieurs ouvrages sous les thèmes pharmaceutiques, des livres qui lui ont valu des prix prestigieux d’ailleurs. Dans LA MORT BLANCHE, l’approche scientifique de Paule Fougère est intéressante et a contribué à maintenir mon intérêt à compléter la lecture de ce livre. Malheureusement, l’intrigue est plus ou moins ficelée et l’ensemble manque de profondeur. Malgré tout, je donne au livre la note de passage.

***

Paule Fougère (1906-2003) a été pharmacienne et écrivaine. Elle a exercé en pharmacie de 1941 à 1992 et fut écrivaine scientifique à partir de 1943. Elle s’est signalée par plusieurs de ses livres dont l’anthologie des grands pharmaciens en 1956, le livre des parfums en 1972, Un pharmacien raconte en 1997, sans oublier le scénario du film Bonne nuit monsieur Dulac et bien sûr, LA MORT BLANCHE, récipiendaire du prix du roman policier en 1943.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 21 avril 2018