LA BRIGADE DES LOUPS

Le boulot des limiers lupins

LA BRIGADE DES LOUPS

Commentaire sur le livre de
LILIAN PESCHET

*Y a comme une bête en nous. Chez les hommes normaux,
elle existe aussi, suffit de voir combien de meurtres sont
commis chaque jour. Mais chez nous, cette bête, elle est
différente : elle est plus sauvage, plus…sanguinaire. C’est
comme un monstre. Les médecins disent que nous sommes
des malades, que nous sommes atteints d’une altération
génétique qui fait de nous ce que nous sommes.*
(Extrait : LA BRIGADE DES LOUPS, Lilian Peschet, Éditions Voy’el
2013, Collection E-court, numérique, 278 pages)

Dans un futur pas si lointain, une épidémie de lycanthropie sévit en Europe. L’action de ce récit se déroule à Bucarest en Roumanie, un des rares pays où les Lupins ont le droit de vivre en société à certaines conditions et non sans souffrir d’une cruelle discrimination. Pour enquêter sur les crimes lupins, des unités de police spéciales ont été créées, essentiellement composées de lupins. Ces unités ont pour nom LA BRIGADE DES LOUPS. Dans ce tome, qui est le premier de la série, des jeunes lupins commettent des crimes sordides qui enflamment l’opinion publique. Un docteur massacré, une femme et son enfant dévorés vivants…pourquoi? D’où viennent ces enfants et quel est leur but? La BRIGADE DES LOUPS doit résoudre ce mystère rapidement pour éviter l’éradication…

LE BOULOT DES LIMIERS LUPINS
*Naresin me séquestrait depuis quinze ans. Il m’a
forcée…il m’a torturée…il voulait une meute, sa
meute…Mais la meute, c’est la mienne. Ils sont à
moi, tous…Alors quand il leur a demandé de tuer
le médecin, ils y sont allés…après ils l’ont retrouvé,
et ils l’ont tué.
(Extrait : LA BRIGADE DES LOUPS)

LYCANTHROPIE : Métamorphose d’un homme en loup-garou

AUX FINS DU RÉCIT
LUPUS : Virus qui déclenche la lycanthropie
LUPIN : Porteur du lupus

LA BRIGADE DES LOUPS est une nouvelle. C’est avant tout une histoire policière mais elle a un caractère fantastique. Les évènements se déroulent en Roumanie, un état d’Europe Centrale qui a décidé de reconnaître la lycanthropie comme une maladie officielle, à déclaration obligatoire. Les porteurs sont tolérés quoique mis au ban de la société et faisant l’objet d’une forte discrimination. Pour enquêter sur des crimes qu’on soupçonne être commis par des lupins, on fait intervenir une brigade composée essentiellement de lupins. On l’appelle LA BRIGADE DES LOUPS.

J’ai trouvé ce récit assez percutant, voire instructif dans une certaine mesure. En effet, il pousse un peu à l’introspection car il n’est pas sans nous rappeler le traitement réservé aux personnes atteintes du sida dans les premières années suivant l’identification du virus ainsi que la discrimination raciale qui entache depuis toujours l’histoire de l’humanité. Il y a aussi beaucoup d’autres tares en cause comme les menaces d’éradication, les manipulations génétiques douteuses, la vieillesse pour ne nommer que celles-là. Donc la petite leçon qu’on peut tirer de ce récit en est une de tolérance.

Une autre force du récit est son caractère descriptif entourant la lycanthropie comme telle. *Ce mec, quand il est sous sa forme monstrueuse, il est différent. Il vibre. Il vit vraiment. C’est bizarre, parce que nous, c’est l’inverse, on est éteints.* (Extrait : LA BRIGADE DES LOUPS) La métamorphose et la psychologie des lupins sont détaillées avec recherche et efficacité. Donc, le thème central est très bien développé. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant des thèmes collatéraux. Ce qui m’amène à parler de la principale faiblesse du récit.

L’histoire est développée beaucoup trop vite. C’est narré à toute vitesse avec comme conséquence que plusieurs grands thèmes ont été escamotés. J’aurais en effet beaucoup apprécié en savoir davantage sur la politique du gouvernement relative aux lupins, les tentatives d’encadrement social, l’environnement, l’historique du virus et même sur la Roumanie, pays qui abrite entre autres la Transylvanie, connue pour sa mythologie entourant Dracula. S’en tenir au strict minimum a un petit côté frustrant et donne souvent une narration superficielle. En fait, il y avait matière à roman.

Je sais bien. LA BRIGADE DES LOUPS est une nouvelle et qu’une nouvelle se bâtit sur l’idée de départ de couper court. Mais ici, je crois qu’une meilleure recherche de l’équilibre aurait grandement enrichi le récit. Mai pour ceux qui aiment passer directement au vif du sujet, l’histoire est concise, on s’y accroche assez rapidement car elle comporte beaucoup d’action et la finale prépare adéquatement à la suite. À vous de découvrir si ça vaut la peine de continuer.

Lilian Peschet est un écrivain français. Il est passionné d’internet et de technologie. Il adore aussi les jeux de rôle et les jeux de figurines. Son thème privilégié est l’adolescence. Il s’intéresse aussi beaucoup aux fondements de la violence. L’auteur, que plusieurs perçoivent comme un peu excentrique déclare, dans la présentation qu’il fait de lui-même : *Si tous ces thèmes ne te parlent pas, inutile de t’attarder. Passe ton chemin. Sinon, prend tes aises. On va passer un sale bon moment.*

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 29 juillet 2018

LA MORT BLANCHE

EST-CE BIEN LA MORT?

LA MORT BLANCHE

Commentaire sur le livre de
PAULE FOUGÈRE

*Il lui toucha l’épaule, et le vieillard s’écroula
d’un coup…Le policier se pencha, retourna
l’homme sur le dos. Alors il vit qu’il ne
respirait plus. Entre les paupières rongées
de pus, les yeux secs et durs luisaient d’un
éclat laiteux…Le faux aveugle était mort
dans la contemplation de sa propre image.*
(Extrait : LA MORT BLANCHE, Paule Fougère,
Éditions GRAND caractère, 2004, papier, 200 pages)

Des riverains tentent de sauver une femme d’une barque en perdition. Mais la malheureuse, elle morte. Plus tard, l’inspecteur de police Derville en vacance avec sa sœur à l’hôtel des Bains de Plouélan reçoit la visite d’un étrange personnage : Le docteur Belhomme qui apprit au policier que la mort de cette femme était très étrange. En fait, elle n’était pas morte mais plongée dans un mystérieux sommeil léthargique. Derville relève le défi d’une enquête qui l’amène à la conclusion que la mort blanche, étayée par la science est si troublante que même le lecteur se demande s’il ne pourrait pas devenir la cible un jour de ce que l’auteur appelle la bioactivité.

Est-ce bien la mort?
*«On sait bien que le progrès et la destruction
vont de pair. Il faudrait savoir renoncer à
l’un quand on a le cœur trop sensible…Ne
me croyez pas fou. Je suis exalté, c’est tout.*
(Extrait : LA MORT BLANCHE)

C’est un récit un peu étrange qui repose surtout sur la psychologie des personnages et l’hypothèse de ce qu’on appelle la MORT BLANCHE. Tout comme le titre, l’histoire est empreinte de mystère, d’autant qu’elle se déroule en Bretagne dont l’histoire regorge de phénomènes étranges incompréhensibles comme les sacrifices sanglants sur le tablier d’un dolmen. Ici, la science flirte avec la fiction et l’investigation policière.

J’ai eu la puce à l’oreille assez tôt dans le récit à savoir qu’un mort ne saigne pas et puis, assez tôt aussi, une hypothèse bizarre a fini par s’avérer : *…«Il n’y a pas de criminel, comme il n’y a pas eu de crime. Tas de malins! Ne pouvez-vous donc concevoir qu’on puisse tuer sans assassiner?»* (Extrait) La signification de la MORT BLANCHE se précise alors que Jacques Rouvier tire partiellement une étonnante conclusion : …*tous les êtres vivants sans exception rayonnent…une énergie qui leur est propre. Celle-ci, que nous appellerons, si vous le voulez, «bioactivité», ne se confond pas avec la vie, puisqu’elle persiste longtemps parfois dans un être, après que la vie s’en est retirée. Elle n’est pas non plus le magnétisme ni la radioactivité, dont elle possède certains caractères.* (Extrait)

Donc, la MORT BLANCHE, sans être définitive, présente une absence totale de réactions vitales. Reste à savoir maintenant eu égard au récit s’il y a vraiment eu MORT BLANCHE, comment on serait arrivé à cette conclusion, est-ce qu’il y a eu crime? Si oui, qui est coupable? Sinon, est-ce qu’on peut s’interroger sur la valeur morale de l’acte? L’obstination de l’inspecteur Derville et de sa sœur Catherine les amènera à des conclusions fort troublantes.

C’est un récit un peu difficile à suivre car le fil conducteur prend toutes sortes de directions qui sont autant de diversions : un inspecteur qui surprotège sa sœur, une petite amourette, beaucoup de spéculations, beaucoup de personnages et beaucoup de détails sur les principaux acteurs de l’histoire. J’ai eu un peu de difficulté d’une part à embarquer dans le récit et à m’y accrocher d’autre part.

Je dois dire toutefois qu’à l’approche de la conclusion, beaucoup de choses se précisent et la finale est intéressante quoiqu’un peu prévisible : *Voilà se disait-elle en s’endormant, je risque d’être «bioactivée», et, quand je serai bioactivée qu’est-ce que je ferai? Une horreur se levait en elle en même temps qu’un désir malsain de savoir malgré tout.*

C’est une intrigue policière un peu sortie des sentiers battus. C’est une histoire originale mais insuffisamment développée. Il faut noter au passage que Paule Fougère n’a pas une vaste expérience du roman. Elle est surtout une écrivaine scientifique, docteure en pharmacie. Elle a écrit plusieurs ouvrages sous les thèmes pharmaceutiques, des livres qui lui ont valu des prix prestigieux d’ailleurs. Dans LA MORT BLANCHE, l’approche scientifique de Paule Fougère est intéressante et a contribué à maintenir mon intérêt à compléter la lecture de ce livre. Malheureusement, l’intrigue est plus ou moins ficelée et l’ensemble manque de profondeur. Malgré tout, je donne au livre la note de passage.

***

Paule Fougère (1906-2003) a été pharmacienne et écrivaine. Elle a exercé en pharmacie de 1941 à 1992 et fut écrivaine scientifique à partir de 1943. Elle s’est signalée par plusieurs de ses livres dont l’anthologie des grands pharmaciens en 1956, le livre des parfums en 1972, Un pharmacien raconte en 1997, sans oublier le scénario du film Bonne nuit monsieur Dulac et bien sûr, LA MORT BLANCHE, récipiendaire du prix du roman policier en 1943.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 21 avril 2018

ENLÈVEMENT

PRÊTE À TOUT ...

ENLÈVEMENT

Commentaire sur le livre de
TARA TAYLOR QUINN 

*Après tant de mois passés sur la route à la
recherche de son fils, elle n’avait vraiment
pas besoin qu’on lui dise que la police se
chargerait de le trouver…elle n’avait pas
besoin non plus de compassion, de pitié, de
sympathie, de conseils et de Dieu sait quoi
encore. Elle avait besoin de son fils, point
final.*
(Extrait : ELÈVEMENT, Tara Taylor Quinn, 2007,
Harlequin, S.A., numérique, 530 pages)

Une jeune et riche femme d’affaires à la tête d’un vaste empire industriel voit sa vie basculer quand son fils de cinq ans est enlevé au beau milieu d’une fête foraine. Pas de demande de rançon, un silence à glacer le sang. Désespérée, elle commence une longue quête, prête à tout pour sauver et récupérer son enfant. Aidée d’un détective privé, la jeune femme explore la moindre piste, exploite le moindre indice. Alors qu’elle s’approche lentement de la fin de sa quête, elle n’a aucune idée de la découverte terrifiante qui l’attend, pire que tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Il n’y a qu’une seule chose de sûre, Amélia fera n’importe quoi pour retrouver son fils, y compris l’inimaginable.

Prête à tout…
*Ses yeux cherchaient désespérément le moindre
bout de tissu vert dans la foule. Elle vivait le pire
des cauchemars. Ce qu’elle craignait le plus au
monde était en train de se produire. Et elle ne
savait pas quoi faire…*
(Extrait : ENLÈVEMENT)

Le livre développe un sujet assez répandu en littérature, au cinéma et à la télévision : l’enlèvement d’un enfant : Charles est enlevé. On soupçonne tout de suite Kathie, la nounou qui vouait à l’enfant un amour démesuré. Kathie est congédiée. L’enfant disparait peu après, puis Kathie devient introuvable. La plume de Tara Taylor Quin n’apporte rien de vraiment nouveau même si son récit est assez bien ficelé et pousse le lecteur à se mettre à la place de la pauvre Amélia qui recherche désespérément son petit Charles. Ce qui m’amène à vous parler du rapport de force et de faiblesses du récit.

La principale faiblesse du livre tient dans l’errance interminable de la mère pour retrouver son fils. Pendant neuf mois, Amélia va de ville en villes, accumule les mensonges afin de gagner la confiance des citoyens. Elle voit son fils partout, même dans sa soupe si ça se trouve. À chaque semblant de piste, son intuition prend le dessus sur l’avis de son détective privé. Dans chaque ville, c’est le même *patern*. C’est seulement dans le dernier quart du livre que j’ai senti que l’étau se resserrait autour du kidnappeur, jusqu’à la grande finale qui, quoique d’une densité assez captivante, ne m’a pas vraiment surpris.

Vous voyez où je veux en venir? Le récit m’a paru redondant et son ton un peu misérabiliste. Aussi, l’accent est surtout mis sur la quête laborieuse d’Amélia. Pendant ces 9 mois d’errance, on a peu de nouvelles de l’enfant. Je ne souhaitais pas nécessairement deux récits parallèles, mais un peu plus de détails sur ce que vivait Charles aurait certainement ajouté un plus à l’histoire et ravivé mon intérêt.

Quant à la force du récit, elle réside à mon avis dans la psychologie d’Amélia. Tout au cours de sa quête, cette femme riche et indépendante, développe une seconde personnalité avec laquelle elle croit avoir plus de chances de retrouver son fils. On assiste graduellement à une transformation de ses valeurs, et étrangement, ces changements évoluent plus vite que sa quête.

Cette femme incroyablement riche, à la tête d’une multinationale prospère, qui consacrait peu de temps à sa famille modifie et précise graduellement sa vision de la vie grâce à ce qu’elle découvre dans ses nombreux déplacements : l’amitié, l’empathie, l’entraide, la valeur des sentiments et le courage. Je dois le dire, cet aspect du récit est venu me chercher et a *sauvé les meubles* pour utiliser l’expression consacrée.

Pour moi, ce livre est intéressant, mais ça s’arrête là. Il se lit quand même vite, la plume est fluide et le fil conducteur est bien ancré. À vous de voir…

Tara Taylor Quinn est une auteure américaine. Elle a écrit plus de 70 romans. Plusieurs ont été traduits en une vingtaine de langues. Elle s’est spécialisée dans la littérature romanesque et sentimentale mais elle a aussi écrit plusieurs suspenses dont le succès a été plutôt flatteur. La touche émotionnelle et profondément psychologique qu’elle imprègne à ses récits a séduit des millions de lecteurs.

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 15 avril 2018