LE SACRIFICE DU PAPILLON

LE SACRIFICE DU PAPILLON

Commentaire sur le livre d’
ANDREA H. JAPP

 *Quelqu’un cherchait à la manipuler, à la paniquer
pour la contrôler, la maîtriser. Le souvenir d’une
main brutale qui s’abattait sur sa gorge, la poussait
contre le mur d’une salle de bains, cognait sa tête
jusqu’à ce qu’elle se taise, se couche, écarte les
cuisses, tenta de s’imposer…*
(Extrait : LE SACRIFICE DU PAPILLON, Andrea H. Japp,
Éditions du Masque-Hachette, 1997, num. 367 pages)

Des corps d’adolescents sont découverts complètement carbonisés. Dès lors, les questions se bousculent dans l’esprit des spécialistes. Comme les disparitions n’ont pas été signalées, s’agissait-il de clandestins? Est-ce que ça pourrait être des meurtres rituels? L’œuvre d’un nouveau tueur en série? Pourquoi l’immolation par le feu. Devant la complexité de l’affaire, on fait appel à Gloria Parker-Simmons, une femme glaciale qui vit en solitaire avec sa nièce handicapée mentale. Parker-Simmons est une mathématicienne dont la méthode est basée sur le croisement informatique des probabilités et des variantes. Cette fois, sa science pourrait  bien lui faire dépasser les frontières de l’horreur.

MATHÉMATIQUES ET MORT
*Il se retourna rapidement, pas assez. Deux
mains fraîches et potelées s’abattirent sur
son cou et quelque chose de très doux se
serra autour de sa gorge. Il entendit à
peine une sorte de sanglot avant de
mourir.*
(Extrait : LE SACRIFICE DU PAPILLON)

C’est un récit à l’intrigue éparse, un peu engluée dans des affaire sentimentales inextricables qui elles-mêmes interfèrent avec l’enquête policière. C’est dur à suivre parce que le fil conducteur est instable, ce qui amène le lecteur dans toutes les directions.

J’aurais peut-être dû lire tout le cycle Gloria pour comprendre un peu mieux la nature complexe de la mathématicienne. En effet, Gloria Parker-Simmons fait équipe avec James Cagney dans trois autres volumes d’Andrea H. Japp. J’espère que leurs relations sont moins tendues parce que je dois dire que dans LE SACRIFICE DU PAPILLON, elles sont passablement conflictuelles, faites de sentiments non-partagés. C’est lassant et ça dilue l’intrigue.

Au départ, c’était prometteur. Tout était en place pour une intrigue solide : des meurtres particulièrement sordides, puis le meurtre d’un policier, un tueur en série, puis Gloria fait son apparition, elle-même se met en danger et reçoit de mystérieux fax avec l’illustration d’un énigmatique papillon et…graduellement…rien ne va plus. Comme lecteur, j’ai pris le champ tout simplement.

Toutefois, je n’ai pas regretté ma persévérance à terminer le livre car j’ai réussi à me sentir captivé par sa finale qui en dit long sur le côté obscur de la nature humaine. Mais entre l’introduction et la finale, il y a beaucoup de longueurs à subir et des éclaircissements peu satisfaisants pour le lecteur…des choses pas claires comme par exemple le véritable rôle de la mathématicienne dans l’enquête…ça ne m’a pas semblé évident et le fameux papillon qui n’accuse sa présence qu’à quelques reprises…j’ai fini par comprendre qu’on voulait du mal à Gloria en visant Clare, sa fille handicapée mentale. C’est loin d’être évident.

Malgré un style linéaire et une écriture sans tonus, j’ai trouvé la finale assez solide. Si vous-même êtes assez persévérant pour vous y rendre, vous pourriez être poussé, comme moi à une intéressante réflexion sur l’exploitation des enfants dans certains pays, des enfants clandestins surtout, c’est-à-dire des immigrants illégaux dont certaines personnes se soucient peu de la vie. Il s’agit malheureusement d’une réalité. Dans le livre de Japp, ce sont des enfants qui meurent et d’une horrible façon encore et il faut voir comment et surtout pourquoi.

Donc ami lecteur, amie lectrice, la balle est dans votre camp comme on dit. Moi j’ai lu le livre en entier mais j’ai eu beaucoup de difficulté à y adhérer.

Andrea H. Japp, de son vrai nom Lionelle-Nugon-Baudon est une biochimiste, toxicologue, chercheuse et auteure française née à Paris en 1957. Véritable femme orchestre, elle s’est lancée dans l’écriture de romans policiers en 1990. Elle publia alors LA BOSTONIENNE. Le succès fut immédiat. L’année suivante, l’auteure remportait le prix du Festival de Cognac. En 2004, sous le pseudonyme d’Hélène Narbonne, Andrea H. Japp, en plus de toutes ses activités, s’est lancée dans la traduction de certains des romans de Patricia Cornwell ayant pour héroïne Kay Scarpetta. 2006 confirme pour l’auteure une tendance vers le roman policier historique.

BONNE LECTURE

JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 18 juin 2017

ROMAN D’HORREUR

ROMAN D’HORREUR
Ils n’auraient jamais dû retourner
dans cette maison

Commentaire sur le livre d’
Arthur Tenor
 

*Il était là! Tout de noir vêtu, la tête dissimulée
sous un passe-montagne, bras écartés à moins
d’un mètre de lui. Valentin émit un hoquet de
stupeur. Il recula, jeta un regard autour de lui
et vit les couteaux…*
(Extrait : ROMAN D’HORREUR ILS N’AURAIENT
JAMAIS DÛ RETOURNER DANS CETTE MAISON,
Arthur Tenor, éditions Scrineo Jeunesse, 2013,
num, papier, 90 pages)

Trois adolescents de 13 ans,  grands amateurs de films d’horreur et de frissons décident de pousser leur passion plus loin en se rendant dans une maison abandonnée et barricadée  depuis qu’elle a été le théâtre d’un meurtre sordide. Depuis, elle est considérée comme hantée et effrayante. Pour nos amis, cette réputation était un peu surfaite, aussi, ne s’attendaient-ils pas à vivre l’expérience la plus effrayante de leur vie. Mais Valentin est saisi par une main menaçante et il semble que, très vite, les trois jeunes ont la mort aux trousses. Le secret pour s’en sortir se trouverait dans une mystérieuse boîte mais nos amis devront passer dans tous les coins et recoins de cette maison des horreurs pour la trouver. Sueurs froides et battements de cœur au programme

Hommage aux classiques de l’horreur
*C’est comme si la maison était vivante,
comme si elle respirait, d’un souffle
rendu irrégulier par une souffrance
extrême.
(Extrait : ROMAN D’HORREUR)

J’ai vraiment passé un très beau moment de lecture avec ROMAN D’HORREUR de Arthur Ténor. Il y a plusieurs raison à cela, la principale étant qu’il m’a fait revivre de magnifiques moments de mon enfance et de mon adolescence alors que j’étais amateur de frissons. Je dévorais ce genre d’histoire et j’étais littéralement emporté par les films d’horreur, même les plus mauvais. Comme tous les jeunes de l’époque, et c’est sûrement la même chose aujourd’hui, je cherchais la peur, je l’amplifiais malgré moi, elle m’emportait ailleurs jusqu’à ce que je la maîtrise pour finalement en rire.

Arthur Ténor nous propose ici un bon petit livre accessible à tous les âges, une histoire pleine de rebondissements et qui manie en douceur nos craintes et nos peurs. Sa plume est simple et d’une remarquable finesse. Les trois garçons de 14 ans sont imaginatifs et attachants. Quoique leur sens de la déduction soit un peu surfait pour leur âge, on a envie de mener l’enquête avec eux dans cette toile d’horreur, d’humour et de fantastique.

Dans ROMAN D’HORREUR, l’intrigue est solide et se prête à de nombreux rebondissements. L’objectif des jeunes limiers est simple : éclaircir le mystère de la mort des Colinsky dans cette maison qui est devenue maudite, trouver une mystérieuse boîte qui pourrait contenir des preuves et permettre aux fantômes de la maison de trouver la paix.

Bien sûr, en lisant ce livre, j’avais une impression de déjà vu ou de déjà lu. Je crois que c’est voulu par l’auteur qui désirait simplement rendre hommage aux livres et aux films cultes d’horreur, la tendance la plus consommée dans l’univers de la littérature et du septième art. Même s’il s’agit ici d’une variation sur un thème très répandu, j’ai été agréablement surpris, d’autant que le premier rebondissement repose sur un sympathique canular dont est victime le brave Valentin.

Je recommande chaleureusement ROMAN D’HORREUR, sa lecture est facile, rapide, agréable, l’histoire palpitante et bien ficelée absorbe agréablement le lecteur. À la fin du récit, on retrouve une liste de films cultes d’horreur qui sont les fleurons du genre. Malheureusement, cette liste de Mélody Mourey est loin d’être exhaustive, mais ça donne une bonne idée et ce sera à vous de compléter la liste avec des titres qui vous ont marqués.

Je mentionnerai en terminant un seul point qui m’a agacé. Dans ROMAN D’HORREUR, c’est Valentin qui mène l’enquête, et il le fait avec une intelligence et un sens de la déduction très surréaliste pour son âge. Ce n’est pas le premier livre de littérature-jeunesse dans lequel un jeune fait la barbe aux policiers mais ça donne au tout un petit côté trop beau pour être vrai. Heureusement, le petit sentiment que Valentin éprouve pour la belle Zoéline vient alléger le tout et replace notre jeune héro un peu plus dans son groupe d’âge.

ROMAN D’HORREUR a toutes les qualités d’un bon thriller. Une lecture agréable, sympathique avec des côtés drôles…un excellent divertissement.

Christian Escaffre est un auteur français né en Auvergne en 1959 et spécialisé dans la littérature jeunesse. Sous l’impulsion d’un éditeur, il s’est lancé dans l’écriture pour les jeunes à la fin des années 90 sous un pseudo qu’il porte toujours : ARTHUR TÉNOR. Ancien instituteur, il a publié des romans pour tous les âges dans des domaines très variés mais c’est surtout par ses récits historiques qu’ils s’est fait connaître. Son talent a été largement reconnu par ses pairs, en particulier avec LES MESSAGÈRES DES ABYSSES qui lui a valu le prix de la PEEP 2008.
BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le 12 février 2017 

 

SHUTTER ISLAND

SHUTTER ISLAND

Commentaire sur le livre de
Dennis Lehane

 *-…Il a assassiné sa belle-sœur et ses deux nièces
pendant que son frangin se battait en Corée.
Il a conservé les cadavres à la cave pour se faire
plaisir de temps en temps, si vous voyez ce que
je veux dire…*
(Extrait : SHUTTER ISLAND, Dennis Lehane, 2006,
Éditions Payot & Rivages, pour l’édition de poche.
295 pages)

Un matin de septembre 1954, le marshal Teddy Daniels et son adjoint Chuck Aule débarquent sur Shutter Island, une île située au large de Boston et abritant un hôpital psychiatrique pour des personnes atteintes de graves troubles mentaux et des criminels psychotiques irrécupérables. La mission des marshals : enquêter sur l’évasion d’une patiente internée après avoir noyé ses trois enfants. Dès leur débarquement sur l’île, les policiers sont saisis par l’atmosphère oppressante des lieux. Les responsables des lieux ont, semble-t-il beaucoup à cacher. Les agents auront beaucoup à faire pour éclaircir le mystère, déjà épaissi par un message codé laissé par Rachel, la pensionnaire en cavale.

UN THRILLER ÉPROUVANT
*Espèce de sale putain de violeur! Quand mon mari
reviendra, il te tranchera la gorge! T’as compris?
Il te coupera ta tête de tordu et on boira ton sang!
On se baignera dedans pauvre malade!
(Extrait : SHUTTER ISLAND)

 SHUTTER ISLAND est un thriller psychologique très puissant. Deux marshals américains débarquent sur un petit îlot où se trouve un étrange établissement psycho-carcéral abritant des criminels violents et dangereux. Teddy et Chuck sont là pour enquêter sur la disparition d’une des pensionnaires : Rachel Solando. En fouillant la cellule de la patiente, les marshals découvrent une lettre adressée aux docteurs et dans laquelle se trouve une énigme.

..LA LOI DES 4
..JE SUIS 47
..ILS ÉTAIENT 80
..+VOUS ÊTES 3
..NOUS SOMMES 4
..MAIS
-QUI EST 67?

Toute l’histoire tourne autour de cette énigme complexe qui accaparera le lecteur et lui demandera un maximum de concentration pour comprendre l’action des marshals qui se livrent eux-mêmes à une profonde investigation psychologique.

Cette lecture a été tout un défi pour moi, pénétrer au maximum dans la psychologie des personnages étant le seul moyen de comprendre la formulation de l’énigme. Dès que les marshals ont mis le pied sur l’île, je me suis senti englouti dans le récit. Ce n’est pas simple et ça demande beaucoup de concentration et j’ai même dû relire plusieurs passages pour bien comprendre dans quoi l’auteur m’embarquait.

Dès le départ, Lehane ne s’est pas privé de donner à l’atmosphère de l’île un caractère opaque : des bâtiments lugubres, des docteurs étranges qui semblent avoir plein de choses à cacher, un phare mystérieux et bien sûr, un cliché exploité des milliers de fois en littérature psychologique : une bonne tempête.

Bien que SHUTTER ISLAND soit un thriller très fort, j’ai trouvé sa lecture un peu éprouvante. Il m’a semblé que plusieurs passages étaient incohérents, confus. Les passages du contexte oniriques à la réalité sont particulièrement complexes. J’ai eu l’impression d’être impliqué dans un malicieux jeu de rôle. Mais quand je finissais par comprendre la solution d’une énigme dans la progression de l’histoire, je criais victoire et un lecteur qui ressent la victoire dans la lecture d’un livre est généralement satisfait.

C’est finalement un thriller écrit avec beaucoup d’intelligence, très captivant et intéressant. Mais je le rappelle, il est complexe. Vous ne devez rien perdre si vous voulez tout comprendre. Enfin, je vous suggère fortement de lire le livre AVANT de regarder le film.

Dennis Lehane est un écrivain américain né à Boston en 1965. D’ailleurs, Boston est une ville qui revient souvent dans ses romans. Avant de se mettre à l’écriture, Lehanne a exercé plusieurs métiers dont celui de libraire. Il est devenu rapidement un des auteurs de polars les plus populaires en Amérique avec plus d’une cinquantaine de titres dont plusieurs best-sellers. Je cite Gone baby gone, adapté au cinéma, MYSTIC RIVER, prix mystère de la critique en 2003, puis gratifié de 6 autres pris, adapté au cinéma par Clint Estwood qui décrochera le César du meilleur film étranger en 2003. Bien sûr il y a Shutter Island, adapté au cinéma (voir plus bas). LIVE BY NIGHT, le roman de Lehane paru en 2013 a été  nominé au prestigieux *Edgar Allan Poe awards*, équivalent des Oscars pour les Thrillers, et ça continue…

SHUTTER ISLAND AU CINÉMA

SHUTTER ISLAND a été adapté au cinéma par le réalisateur Martin Scorsese d’après un scénario de l’auteur du livre Dennis Lehane. Le film psycho-dramatique est sorti en 2010. L’éclatante distribution réunit Leonardo Di Caprio, Max Von Sydow, Ben Kingley, Mark Ruffalo, Emily Mortimer et Michelle Williams. Le film a été accueilli par la critique pour l’excellence de l’adaptation, la beauté de la photographie et la force de l’interprétation. Le film a été nominé à plusieurs reprises par le Saturn Award et le National board of review entre autres pour l’excellence de sa réalisation.

BONNE LECTURE
JAILU
16 OCTOBRE 2016