MAISONS ANCIENNES DU QUÉBEC

MAISONS ANCIENNES DU QUÉBEC

Commentaire sur le livre de
PERRY MASTROVITO

*Lorsque j’ai visité ces maisons, je me suis
senti très privilégié d’être invité à l’intérieur,
pour voir avec mon œil de photographe,
les décors fabuleux que je tentais
d’imaginer de l’extérieur…*
(Extrait : MAISONS ANCIENNES DU QUÉBEC,
introduction, Perry Mastrovito, Broquet, 2011,
textes en français et en anglais, éd. Papier,
160 pages)

Dans son livre MAISONS ANCIENNES DU QUÉBEC, Perry Mastrovito nous livre toute la beauté et la chaleur des maisons anciennes du Québec…de superbes maisons construites aux 18e et 19e siècle, témoignant de l’influence de la Nouvelle-France. Mastrovito partage avec le lecteur le privilège dont il s’est senti investi en visitant l’intérieur de ces maisons superbes, témoins du passé québécois et de ces tendances architecturales et sises dans les régions de Laval, Lanaudière, les Basses Laurentides, dans l’Outaouais et sur l’îles d’Orléans. Une magnifique et vibrante remontée dans le temps.

LA CHALEUREUSE PRÉSENCE DU PASSÉ
*Qui sait, peut-être y trouverez-vous aussi
quelques conseils de décoration et de
design, tout en étant visuellement
impressionné, comme je l’ai été,
par
ces maisons qui font partie de notre
précieux héritage architectural.*
(EXTRAIT : MAISONS ANCIENNES DU QUÉBEC)

C’est un très beau livre qui touche un peu tout le monde car qui n’a pas été touché et même envoûté, tôt ou tard par une maison ancienne. Mastrovito y a réuni plus de 300 photos de maisons anciennes de bois ou de pierres des champs construites aux 19e et 18e siècle. Et comme le goût des québécois pour l’architecture du passé ne se dément pas, l’auteur-photographe a inséré des photos de maisons récentes, de quelques dizaines d’années. Mais, voilà, ces maisons ont ceci de particulier qu’elles ont été construites pour paraître vieilles.

Plusieurs de ces maisons m’ont fortement impressionné. Entre autres, une grande demeure construite dans les années 1820 à Saint-Laurent, une petite municipalité de l’île d’Orléans, une superbe demeure dont la finition extérieure combine le rouge et le blanc…*une combinaison traditionnelle et populaire de couleurs éclatantes…* (Extrait)

Ce livre a quelque chose d’onirique. Il m’a littéralement hypnotisé par sa capacité de me faire goûter et me faire vivre la beauté rustique et l’allure de la vie rurale. Vous aussi, vous trouverez vos coups de cœur, j’en suis certain. Ça pourrait être une maison construite vers 1760 à Lachenaie, pierres des champs, finition extérieur orangée et dans laquelle on a ajouté un superbe poêle à bois l’Islet datant de 1949…ou encore une splendide maison en pierre des champs érigée dans les années 1730 à Rivière-Des-Prairies et restaurée dans les années 1970 en respectant scrupuleusement ses conditions d’origine.

Ce livre, vibrant témoin du passé québécois, est un baume pour le cœur avec des maisons qui parlent, qui chantent et qui nous enveloppent du riche passé de la Nouvelle-France. Il a quelque chose de poétique qui enchante. Ce livre est toute l’expression de notre précieux héritage architectural.  Je le recommande chaleureusement.

Perry Mastrovito est un photographe professionnel né à Montréal. Il s’est spécialisé dans la photographie de maisons résidentielles, et de paysages ruraux et urbains entre autres. Plusieurs de ses photos ont été publiées dans de nombreux livres, magasines et publications. On en trouve aussi sur des calendriers et des cartes postales par exemple. Pour mieux apprécier l’univers de l’artiste, visitez le site www.perrymastrovito.com

À LIRE AUSSI :

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le  dimanche 12 novembre 2017

LE TÉLÉPHONE PORTABLE

Le téléphone portable,
gadget de destruction massive

Commentaire sur le collectif de
L’ÉCHAPPÉE 

*À votre décharge, vous avez peu connu le monde sans portable.
Vos aînés, eux, sont si honteux de leur soumission qu’ils se
justifient à longueur de temps : «C’est juste en cas de panne de
voiture», «je l’utilise très peu», «Avec mon boulot je suis obligé»,
piètre aveu qu’il faut traduire par : «Je me suis fait avoir comme
tout le monde».*
(Extrait : LE TÉLÉPHONE PORTABLE, GADGET DE DESTRUCTION MASSIVE,
Collectif éditorial, Éditions L’Échappée, 2008, numérique, 145 pages)

Dans ce livre, la rédaction de l’Échappée pointe du doigt le téléphone portable qui constitue le plus foudroyant développement technologique de l’histoire. Il est considéré ici comme un instrument d’addiction, générateur d’autisme social. Bref le téléphone portable est devenu un fléau social. L’équipe de rédaction passe en revue ses effets qui, selon elle, ont colonisé nos vies en moins de 10 ans : effets à l’échelle planétaire comme l’accumulation catastrophique de déchets électroniques, effets à l’échelle nationale comme la technification des rapports sociaux et la divulgation de renseignements personnels et bien sûr l’addiction. 

LE PARCOURS   

D’UN

RAVAGE  

C’est un opuscule qui dresse la liste des méfaits du téléphone portable. Je dis bien méfaits car il n’y a que de ça dans ce petit livre. Aucune qualité, aucune vertu, rien de positif. D’ailleurs, le lecteur est averti dès le départ. Ce petit livre fait partie de la collection NÉGATIF dirigée par PIÈCES ET MAIN D’ŒUVRE : *Négatif. Parce qu’on ne peut qu’être contre tout, parce qu’il n’y a rien de bien dans une société négative dès son principe. Négatif. Comme l’envers, la réalité et la révélation des apparences pseudo positives.* (extrait)

Donc ce livre est un rejet total du gadget électronique le plus répandu dans le monde. Il est tout à fait dans l’optique et la mentalité de l’éditeur L’ÉCHAPPÉE : pas d’auteurs désignés et caractérisé par un schéma de pensée libertaire, tranchant et revendicateur. J’irais même jusqu’à dire que c’est noir, ou tout au moins très sombre. Notez que le document, publié en 2008 est dépassé en lui-même parce que la technologie a beaucoup évolué, mais en pire si on s’en tient au raisonnement de l’éditeur : *Mode d’emploi à l’attention des cobayes : pour connaître les dégâts que vous inflige une «innovation», attendez la suivante.* (Extrait)

Malgré le fait qu’il ne développe qu’un seul côté de la médaille, ce petit livre m’a impressionné et m’a tout de même fait réfléchir car il s’appuie sur des données fiables, des observations crédibles, mais qui sont de nature à faire peur. Selon l’éditeur, les téléphones portables n’ont aucune vertu, aucune qualité digne de mention, c’est à peine s’ils sont utiles. Ils sont plutôt polluants, nuisibles et terriblement addictifs…REJET TOTAL : *Le téléphone mobile n’est pas seulement un gadget polluant : il façonne le monde, «révolutionne notre quotidien» comme disent chercheurs et industriels, sans que jamais nous ne l’ayons choisi.* (Extrait)

C’est vrai que le téléphone portable est polluant. On en jette des millions dans le monde à chaque année parce qu’ils deviennent dépassés, technologiquement parlant et on sait que plusieurs composantes de ces mobiles sont toxiques. C’est vrai que les téléphones portables sont addictifs, particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes et c’est vrai que la technologie fragilise la vie privée. Mais est-ce que le téléphone portable est ultimement et foncièrement mauvais. Moi je n’irais pas jusqu’à le prétendre. Mais non, L’ÉCHAPPÉE tranche en parlant de mouchard parfait, de liberté sous surveillance, de grillade de cerveau et d’utilisateurs cobayes.

Enfin, L’ÉCHAPPÉE n’hésite pas à pointer du doigt les nouvelles applications développées chaque jour, de plus en plus raffinées et de nature à rendre les utilisateurs encore plus esclaves : *Mais encore, puisque vous le réclamiez, le téléphone qui détecte la mauvaise haleine, qui vous signale les poissons sous votre canne à pêche et qui éloigne les moustiques. Et pour ces dames, le modèle qui indique le jour d’ovulation* (Extrait)

Enfin je rappelle que L’ÉCHAPPÉE avertit clairement le lecteur au début de l’ouvrage. Il n’y a rien de bon dans les téléphones portables et un argumentaire documenté et tranchant est développé sur une centaine de pages. Pour moi, il manque quelque chose c’est claire…l’objectivité. Ça porte quand même à réfléchir.

Fondée en 2004, L’ÉCHAPPÉE est une maison d’édition associative qui n’identifie pas d’auteurs en particulier mais publie collectivement selon une structure militante et revendicatrice. C’est une association alternative qui  essaie de rémunérer tous les travailleurs participant à la chaîne de production d’un livre. L’ÉCHAPPÉE milite aussi dans l’OFFENSIVE LIBERTAIRE ET SOCIALE. Ce sont d’ailleurs deux militants libertaires qui ont fondé L’ÉCHAPPÉE.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 20 août 2017

LA SÉRIE NOIRE DE GALLIMARD

LA LITTÉRATURE NOIRE
SANS FRONTIÈRE

Commentaire sur la série noire de
GALLIMARD


 

 

 

 

Ce que l’on appelle LE ROMAN NOIR est en fait l’héritage, voire la continuité d’un genre littéraire qui était très prisé au XVIII siècle : le roman gothique. LE ROMAN NOIR décrit le côté sombre de nos réalités sociales : Mafia, crime organisé, meurtres en série, corruption, violence, haine, légendes urbaines etc. Voyons ce que le dictionnaire mondial des littératures de Larousse dit des romans noirs : *Le genre se spécialise dans la peinture de l’excès et de l’horreur, et produit un récit à grands effets qui dit la force et la cruauté du mal, ainsi que la misère (mais aussi la victoire) de l’innocence.*

En 1945, sous l’impulsion de l’éditeur Claude Gallimard (photo à gauche), Marcel Duhamel (au centre) éditeur, traducteur, scénariste et acteur (1900-1977) crée une collection qui mettrait en perspective toutes les angoisses de la société. Le poète et scénariste français Jacques Prévert (1900-1977) (photo à droite) arrêtera définitivement le nom de cette collection : SÉRIE NOIRE.

Les débuts sont modestes…quelques parutions ici et là. Mais puisque l’intérêt se manifeste et que la demande prend de l’ampleur, Gallimard s’organise et la SÉRIE NOIRE prend définitivement son envol en 1948, publiant jusqu’à nos jours des milliers de titres. Gallimard a même publié un livre qui raconte l’histoire de la série.

C’est l’histoire de la Série Noire (1945-2015) (COLLECTIF)
Édition publiée sous la direction d’Alban Cerisier et Frank Lhomeau, assisté de Claude Mesplède, Aurélien Masson, Patrick Raynal et Benoît Tadié. Avant-propos d’Antoine Gallimard. Bon marché et largement diffusée, la Série Noire a été accueillie à bras ouverts par les lecteurs français de l’après-guerre fascinés par l’Amérique, scène mythique de ces romans noirs rugueux et haletants, hérités des pulps et puissamment relayés par le cinéma. Marcel Duhamel s’est entièrement voué à cette passionnante et frénétique entreprise éditoriale, commencée modestement avant de devenir l’une des collections phares de la NRF (Nouvelle Revue Française, maintenant appelée LES ÉDITIONS GALLIMARD).

PRÈS DE 3000 LIVRES
*…la série noire change en profondeur les codes de la
littérature traditionnelle. Le style moins ampoulé,
plus bref et incisif, mélange l’action à la psychologie.
La brutalité des situations à leur érotisme selon la
formule de Raymond Queneau, l’un des premiers
écrivains à soutenir ce mouvement. La Série Noire
dépoussière également le roman en lui greffant le
langage parlé de la rue.
(Thomas Morales, journaliste et écrivain, causeur.fr)

Au moment d’écrire ces lignes, la SÉRIE NOIRE en est à sa 76e année de production et elle a toujours de l’avenir. Bien sûr, je n’allais pas me lancer dans la lecture de plus de 2,900 bouquins mais pour bien saisir et approfondir l’influence de la SÉRIE NOIRE sur les plans culturels et littéraires, il fallait que j’aille voir. Aussi, j’ai sélectionné tout à fait au hasard quatre livres que j’ai lus au complet. Je vous ai déjà parlé du premier, LE TUEUR DU DIMANCHE de José Giovanni, ouvrage dont l’argot irrésistible teinté de spontanéité et de crudité m’avait séduit. Je vous propose maintenant une brève description ainsi qu’un bref commentaire sur les trois autres livres de la SÉRIE NOIRE que j’ai lus.

 LES ANGES NOIRS, Aevar Örn Josepsson : Birgitta Vésteinsdottir, informaticienne, 37 ans, divorcée, mère de 2 enfants disparaît sans laisser de traces. Tout le monde la cherche, sa famille, ses amis, les policiers et même un faux policier. Ça devient une enquête de grande envergure sur une affaire beaucoup plus complexe qu’une simple disparition. Il m’a fallu beaucoup de temps avant de m’accrocher à l’histoire. Fil conducteur instable. Le récit est fortement teinté de misogynie et de machisme. Toutefois, malgré la complexité de l’enquête, l’intrigue est soutenue. Reste à se débrouiller avec la toponymie Islandaise.

Le destin de trois personnes se trouve lié de façon inattendue et impitoyable. Ce qui va arriver à Céline, Léopold et Josselin pourrait nous arriver. Violence, cruauté, trahison, rien ne leur sera épargné. Un dieu malfaisant aurait-il décidé de jouer avec leur vie?  Récit très noir, atmosphère glauque, violent, action soutenu, le sujet est original. La narration est à trois voix en alternance, chaque personnage communiquant au lecteur ses émotions, ses sentiments et ses urgences. La finale est étrange donnant l’impression d’un roman inachevé. Toutefois, le suspense est évolutif et habile.

Quatre personnages hétéroclites persuadent le patron d’une petite fabrique de vin de leur prêter son établissement. Ils s’y retrouvent une fin de semaine entière à jouer aux dominos. Sur place se retrouvent aussi une vieille alcoolique et un bandit de petite envergure. Quatre paumés, un trésor dans le décor…les fantasmes se réveillent mais tournent au drame… Roman intéressant de par sa profondeur et la psychologie de ses personnages. Parfois difficile à suivre car la vie des principaux acteurs s’entrecroise dans le présent et dans le passé. La tension va en croissant et l’intensité dramatique atteint des sommets vers la fin. L’ensemble est original tout comme le prétexte du roman d’ailleurs : Les dominos.

À PROPOS DE L’ARGOT DES POLARS DE LA SÉRIE NOIRE

 Je me suis déjà exprimé sur le caractère très spécial du langage des polars de LA SÉRIE NOIRE. Pour ceux et celles qui veulent explorer davantage cet aspect de la collection, je vous invite à parcourir L’ARGOT DU POLAR, 38 nuances de la Série Noire de Lionel Besnier. Publié par Gallimard à l’occasion du 70e anniversaire de la Série Noire, ce livre réunit les perles des auteurs de polars avec des termes argotiques parfois tout à fait savoureux, des tournures de phrases originales…le tout teinté de tout ce que peut offrir la littérature noire : un soupçon de machisme, des éclats de violence gratuite, de la haine, des représentants de la loi en ébullition et des criminels en perdition. Besnier sort du contexte des histoires pour vous permettre d’apprécier le meilleur de ces citations de polars  *en 38 nuances…*

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 28 mai 2017