WARDAY

WAR DAY

Commentaire sur le livre de
W. STRIEBER et J. KUNETKA

*La maladie causée par les radiations se développa
en moi jusqu’à devenir une horreur invincible, un
mal affreux et destructeur qui me secouait de
convulsions et me laissait si faible que je ne pouvais
même pas bouger les mains, encore moins parler…
Avec ma femme et mon fils à mon chevet, j’attendis
la mort.*
(Extrait : WAR DAY, Whitley Strieber et James W. Kunetka,
Éditions Stock, 1984, édition de papier, 385 pages)

28 octobre 1988, 16h, New-York, les premières bombes soviétiques viennent de tomber sur le sol américain. Quelques minutes plus tard survient la riposte américaine et la Russie à son tour reçoit quelques bombes thermonucléaires. Trente-six minutes après son déclenchement, la première guerre nucléaire de l’Histoire est terminée. 15 millions de morts et autant de mourants. Cinq ans après ce qu’il est convenu d’appeler le *WARDAY*, deux survivants décident de voir ce qu’il est advenu du territoire américain. Ce qu’ils vont découvrir est pour le moins extraordinaire, voire effrayant. Sols vitrifiés, camps de transit, les lierres qui grimpent à l’assaut des gratte-ciel, des meutes de chiens affamés. Tout ce qui était électronique est détruit. Nos explorateurs traversent le chaos…

Un cauchemar encore plausible
*Depuis le warday, le nombre des gens en thérapie
a baissé de plus de moitié. Je crois que la plupart
d’entre nous travaillent si dur, que nous n’avons
pas le temps d’être zinzins. Et personne dans ce
groupe n’est vraiment fou, pas au sens classique.
(Extrait : WARDAY)

C’est un livre intéressant qui se présente sous la forme d’un reportage romancé comprenant des descriptions détaillées, des entrevues, des documents. Je sais qu’il est très difficile d’éviter un certain caractère spectaculaire dans ce genre de récit et d’être original, le drame post apocalyptique étant abondamment développé en littérature. Je ne peux pas dire que c’est un livre original mais les auteurs ont fait un effort pour se modérer dans les artifices pour réaliser cette fiction.

Leur but n’était pas de décrire la guerre comme telle. Celle-ci dure à peine trente minutes et détruit la moitié du monde. Le but était surtout de décrire les effets de la guerre nucléaire et de la contamination radioactive sur la santé, l’environnement et particulièrement sur la société qui cherche désespérément à survivre et à se rebâtir.

Cinq ans après la catastrophe, les auteurs décident de se documenter sur les effets du WARDAY en entreprenant un voyage dans cette Amérique dévastée afin de constater où en sont les choses et de réunir chronologiquement tous les éléments dans un carnet de voyage qui prend l’allure d’un reportage.

C’est parfois lourd, très technique, un brin philosophique et j’avais une impression de déjà vu en lisant ce livre qui est loin d’inventer la roue. Toutefois, je ne regrette pas de l’avoir lu pour deux raisons : premièrement à cause du caractère exhaustif de la liste des effets du WARDAY. Tout y passe et je crois avoir appris des choses intéressantes en particulier sur l’argent et l’économie (car n’oublions pas que l’impulsion électromagnétique a détruit tous les comptes bancaires, ordinateurs, voitures…tout ce qui est électronique), la culture, les églises se réunissent pour accepter et sanctionner le suicide assisté…la liste des conséquences est très longue et il s’y trouve beaucoup d’éléments auxquels je n’avais pas pensé.

Deuxièmement j’ai trouvé un thème extrêmement intéressant qui est omniprésent dans le récit, il s’agit de l’émergence du déstructuralisme, une tendance sociale qui cherche à démanteler toute autorité civique ou gouvernementale ainsi qu’à condamner tout recours à la technologie, n’admettant qu’une seule forme de gouvernement, la plus basique qui soit : la famille.

Enfin, ce n’est pas nouveau me direz-vous, mais tout le livre évoque un vaste avertissement comme en fait foi cette citation extraite de la postface : *la seule existence d’armes nucléaires était le symptôme le plus révélateur de ce qu’il y avait de déséquilibré dans notre passé.* (extrait)

J’ai trouvé L’ensemble assez instructif. Peut-être que tout le monde devrait le lire y compris et surtout les grands pontes des gouvernements et leurs pendants militaires…

Louis Whitley Strieber est un auteur américain né le 13 juin 1945 au Texas. Il s’est spécialisé dans les romans d’horreur et de science-fiction. Il s’est fait connaître en particulier avec COMMUNION : un récit dans lequel il raconte son terrifiant contact avec les extraterrestres, un peu comme l’a fait Georges Adamski mais en plus dramatique. Son livre WOLFEN qui oppose la nature et la civilisation a été adapté au cinéma en 1981 par Michael Wadleigh sur la musique de James Horner avec, en tête de distribution Albert Finney. Son livre LES PRÉDATEURS a aussi été adapté au cinéma en 1983 par Tony Scott…brillante performance de David Bowie et Suzan Surrandon.

James William Kunetka est un auteur américain né à Bexar, Texas en 1944, auteur de 3 romans de science-fiction. Il en a co-écrit deux avec Whitley Strieber : JOUR DE GUERRE : ET LA POURSUITE DU VOYAGE en 1984 et FIN DE LA NATURE en 1986.  Il a écrit SHADOW MAN en solo en 1988.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 11 juin 2017

AVANT LE LABYRINTHE

AVANT LE LABYRINTHE :
L’ordre de tuer
(antépisode de la trilogie L’ÉPREUVE)

Commentaire sur le livre de
JAMES DASHNER

*Un rugissement retentit alors au milieu du
tumulte : une explosion de fureur…c’était
Alec. Et soudain, les corps se mirent à voler
dans tous les sens.*
(Extrait : AVANT LE LABYRINTHE : L’ORDRE DE TUER,
James Dashner, Pocket Jeunesse 2012, édition
numérique, 304 pages.)

 AVANT LE LABYRINTHE,  L’ORDRE DE TUER est une préquelle ou antépisode de la trilogie L’ÉPREUVE, c’est-à-dire une œuvre se concentrant sur le déroulement des événements avant le récit original, mais publié APRÈS la trilogie comme ça s’est fait pour STAR WARS au cinéma. En effet dans L’ORDRE DE TUER, les événements se déroulent plus d’une douzaine d’année AVANT la formation du WICKED, la création du bloc et la folle aventure de Thomas et ses amis dans LE LABYRINTHE. Une chaîne d’événements catastrophiques frappe la terre en commençant par de violentes éruptions solaires. Mais il y a pire: une maladie de rage et de folie appelée LA BRAISE se propage aux États-Unis et elle est en mutation. Son origine est douteuse. Bref, l’humanité s’enlise dans le chaos. Deux jeunes: Mark et Trina sont convaincus qu’il est possible de sauver les survivants de la folie. Ils sont déterminés à trouver ce moyen…à condition de rester en vie évidemment.

Brûlant à faire froid dans le dos
*Les cris, les exclamations et les grognements provenant
de la masse de corps enchevêtrés qui tapissait l’escalier
de haut en bas s’interrompirent d’un coup. Tout le  monde se
figea. Mark était stupéfié par ce changement soudain…*
(Extrait : AVANT LE LABYRINTHE, L’ORDRE DE TUER)

Si vous vous rappelez mon commentaire sur le troisième tome de L’ÉPREUVE : LE REMÈDE MORTEL , vous vous rappelez donc que je faisais le reproche à l’auteur d’avoir laissé trop de questions en suspens. J’étais un peu resté sur ma faim. Et bien dans le préquel de la trilogie L’ÉPREUVE, Dashner répond à tous mes questionnements : on sait tout sur la braise et les esprits tordus qui l’ont créée, on sait tout sur les éruptions solaires et leurs effets horribles sur une humanité complètement désorganisée et mourante car l’auteur a eu le génie de créer un environnement post-apocalyptique aussi terrifiant que crédible. Est-ce le lectorat qui a fait pression sur Dashner pour étayer son récit ou Dashner s’est-il rendu compte qu’un préquel s’imposait par défaut?

Petite déception au départ, aucun des tocards de L’ÉPREUVE n’apparaît dans le préquel sauf Thomas au tout début et à la toute fin. Donc Thérèse, Minho, Newt, Poêle à frire et tous les autres pour lesquels les lecteurs ont souffert et frissonné ne sont pas là. On retrouve à la place Mark et Trina, deux ados courageux qui voient leur planète transformée en rôtissoire et assistent, impuissants, à l’éclosion de la BRAISE. D’autres personnages s’ajoutent en cours de route. Ils sont attachants, mais pas autant que les tocards de la trilogie. Leur but : en sortir vivant. Ce ne sera pas évident.

Si vous avez lu la trilogie, vous chercherez sûrement le lien avec le WICKED. Il n’y en a pas. Ça m’a légèrement déçu. Bien sûr, on connaît la Braise et les éruptions solaires avec l’incroyable folie qu’elles induisent, mais pour ce qui est des liens avec L’ÉPREUVE comme tels, il y en a un au début alors qu’on voit Thomas se faire extirpé la mémoire avant de le mettre dans le cube qui va l’envoyer au labyrinthe. Puis l’auteur remonte le temps, 13 ans en arrière, où Mark et ses amis sont en mode survie. L’autre lien est à la toute fin alors qu’un fait connaissance avec un gamin qu’on arrache à sa mère sous prétexte qu’il est un espoir pour l’humanité. Fixant au hasard une ampoule électrique, un technicien a la brillante idée d’appeler le gamin THOMAS en l’honneur de l’inventeur de l’ampoule : Thomas Edison.

Ce bref lien rebondit très timidement sur LE LABYRINTHE, premier tome de L’ÉPREUVE. J’aurais préféré un lien un peu plus audacieux.

Des quatre volumes liés à L’ÉPREUVE, l’ordre de tuer est le plus effrayant. La plume riche et très descriptive de Dashner m’a parfois donné des frissons dans le dos. C’est aussi le volume le plus technique. Je le mentionne, parce que parfois, je me sentais noyé dans les détails. Beaucoup de points forts : de l’action, des rebondissements, peu de longueurs, des chapitres courts et un beau déploiement de style qui amène le lecteur à s’inquiéter pour les héros.

Quant à savoir si c’est une bonne idée de lire le préquel avant la trilogie, je préciserai que le préquel a un aspect introductif extrêmement limité. Je crois qu’il est préférable, et de loin, de lire la trilogie d’abord et de considérer L’ORDRE DE TUER comme une suite. Une chose est sûre, si vous avez lu L’ÉPREUVE au complet, LORDRE DE TUER est une valeur sûre…divertissement garanti.

James Dashner est né aux États-Unis en 1972. Après avoir écrit des histoires inspirées du SEIGNEUR DES ANNEAUX sur la vieille machine à écrire de ses parents, il a suivi des études de finance. Mais, très vite, il est revenu à sa passion de l’écriture. Aujourd’hui, depuis les montagnes où il habite avec sa femme et ses quatre enfants, il ne cesse d’inventer des histoires, influencé par ses lectures et ses films préférés. Sa série L’ÉPREUVE  a rencontré un grand succès aux États-Unis et un film intitulé LE LABYRINTHE, adapté du premier volume, est sorti en 2014, suivi de LE LABYRINTHE LA TERRE BRÛLÉE, adaptation du deuxième roman sortie en 2015.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le 12 mars 2017

 

LES CHRONOLITHES

Les Chronolithes

Commentaire sur le livre de
Robert-Charles Wilson

*Lorsque l’expédition s’est approchée du cœur de la
cité, le chronolithe a commencé à apparaître dans
chaque plan. De loin, dominant le fleuve, ou de près,
imposant dans la mi-journée tropicale. Le monument
était d’une propreté ahurissante. Les oiseaux et les
insectes eux-mêmes l’évitaient.*
(extrait de LES CHRONOLITHES de Robert-Charles Wilson,
Folio, t,f, Éditions Denoël, 2003, 295 pages, num.)

LES CHRONOLITHES  raconte l’histoire de Scott Warden, un américain qui, lors de son passage en Thaïlande, est témoin de l’apparition d’un énorme et mystérieux obélisque venu d’on ne sait où. Cette structure parfaite qu’on appellera CHRONOLITHE est faite d’une matière inconnue, apparemment impénétrable et commémore les exploits d’un mystérieux personnage légendaire appelé Kuin. Dans les années qui suivent, les apparitions de Chronolithes se multiplient partout dans le monde  et graduellement rendent l’équilibre de la planète extrêmement précaire. La vie de Warden bascule lorsqu’une femme ayant développé une expertise des  Chronolithes lui apprend qu’il aura un rôle à jouer dans cette histoire et qu’il pourrait peut-être éviter le cataclysme final.

CAUCHEMAR…UN PRÉSENT DU FUTUR

*La présence du monument à cet endroit-là
était en soi d’une étrangeté aveuglante,
et pourtant, on ne pouvait se méprendre
sur sa solidité ni sur son poids, sa taille ou
sa stupéfiante incongruité…*
(extrait : LES CHRONOLITHES)

 LES CHRONOLITHES est le récit de Scott Warden qui, à 70 ans, fait un retour sur les évènements dramatiques qui ont marqué sa vie : l’apparition, la multiplication dans le monde de mystérieux et énormes monuments commémorant les victoires à venir (20 ans plus tard) d’un mystérieux personnage, conquérant et guerrier, appelé KUIN, ainsi que le chaos géopolitique qui va s’ensuivre et bouleverser l’ensemble de l’humanité.

Bien que les sauts et les paradoxes temporels et la lente évolution de l’effet Papillon vers la théorie du chaos soient des thèmes très répandus et très chers à la littérature de science-fiction, le sujet du livre est très original et développé de façon intelligente et crédible en plus de véhiculer des questionnements aussi sérieux que complexes : comment le futur peut venir influencer le présent? Peut-on changer le futur? Les coïncidences et le hasard sont-ils plausibles?

Toute la richesse du récit repose à mon avis sur le bouleversement social engendré par l’apparition dramatique de ces monuments appelés CHRONOLITHES, ce qui n’est pas sans nous faire réfléchir sur les influences qui modèlent les courants de pensée et les comportements de masse. Par exemple, dans ce récit, il se développe autour des chronolithes et de l’effigie de Kuin une philosophie, un mode de pensée et de vivre et surtout une déstabilisation à l’échelle mondiale de l’ordre établi. L’humanité se divise en deux grandes factions : PRO-KUIN et ANTI-KUIN. Comme il est impossible de ne pas prendre position, le tout prend l’allure d’une guerre de religion, sans même savoir vraiment qui est Kuin et ça c’est un élément qui a monopolisé mon attention. Voici un extrait qui exprime parfaitement ma pensée :

*Il semble évident que c’était justement parce qu’on ignorait qui était KUIN que cela le rendait dangereux. Son programme se réduisait à la conquête, son idéologie à la victoire ultime. En ne promettant rien, il promettait tout.* (extrait de LES CHRONOLITHES) Le fait que KUIN soit devenu graduellement une idée, une mythologie, un symbole universel est l’élément qui fait toute la richesse et la complexité du récit.

Donc LES CHRONOLITHES est un livre riche et passionnant et dont le réalisme, sur le plan social frappe l’esprit de façon parfois effrayante. Il a une petite faiblesse, du moins en ce qui me concerne : l’histoire n’est pas suffisamment développée sur le plan scientifique. On y évoque des théories avérées comme la relativité et les déplacements temporels et on y trouve des théories pour les besoins du récit, un peu pâteuses comme la Turbulence Tau, mal définie et peu expliquée. Mais c’est très personnel comme opinion et il est très possible et même probable que ce soit tout à fait voulu par l’auteur.

Je vous recommande donc LES CHRONOLITHES en particulier pour les interrogations que l’ouvrage soulève. Par exemple, comment la croyance profonde d’un futur défini peut-elle pousser celui-ci à se réaliser. Vu l’état actuel de la situation sur la terre, quelle sorte de futur sommes-nous en train de préparer? Que sera demain compte tenu de la logique des faits actuels?

C’est un roman profondément humain qui pose les bonnes questions.

Robert-Charles Wilson (1953-    ) est né en Californie mais il n’y est resté que quelques années avant de déménager au Canada, à Toronto, où il vit au moment d’écrire ces lignes. Il a été naturalisé canadien en 2007. Très vite, il prend goût à l’écriture. Il écrit ses premières nouvelles dans les années 70 et ses premiers romans dignes d’intérêt sont livrés à la fin des années 90 : Darwinia et Mysterium. Wilson est lauréat de nombreux prix. LES CHRONOLITHES s’est vu décerné le prix John W Campbell en 2002. SPIN, écrit en 2007,  son œuvre la plus remarquable s’est vue remettre le prix HUGO du meilleur roman en 2006 et le grand prix de l’imaginaire en 2007.

BONNE LECTURE
JAILU
3 JUILLET 2016