TROIS

TROIS

Commentaire sur le livre de
SARAH LOTZ

*Nous savons par Mathieu, chapitre 24, que «Une nation
s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un
royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des
tremblements de terre. Tout cela ne sera que le
commencement des douleurs.»…Et nous savons que ces
douleurs signifient l’ouverture des quatre premiers sceaux.*
(Extrait : TROIS, Sarah Lotz, Fleuve éditions, Pocket, 2014,
édition de papier, 570 pages.)

La terre vit la plus incroyable et troublante coïncidence de son histoire alors que quatre avions de ligne s’écrase presqu’au même moment sur quatre continents différents. Sur trois des sites de crash, les secouristes découvrent un rescapé : un enfant, chaque fois…ce qui fait trois petits miraculés. Des fanatiques religieux voient en eux l’incarnation des Cavaliers de l’Apocalypse. Sauf que…les Cavaliers de l’Apocalypse étaient…quatre. Des familles recueillent les petits rescapés mais deviennent vite confrontés à des évènements étranges. La Presse internationale s’empare de l’affaire dont Elspeth martins qui enquête avec l’objectif d’écrire un livre choc sur ces troublants évènements : *une étude du phénomène des trois*. Le livre en lui-même prend la forme d’un récit journalistique qui tente de répondre à deux questions : Qui sont ces enfants et qu’est-ce qu’ils veulent?

CHOCS POUR LIVRE-CHOC
*La suite s’est déroulée très vite mais aussi
comme au ralenti…Le mec bizarre a sorti
un flingue…Et il s’est mis à traverser la rue
sans s’occuper de la circulation. Je n’ai pas
réfléchi. J’ai couru droit vers lui, j’ai fait
sauter le couvercle de mon gobelet de café
et j’en ai balancé le contenu sur cet enculé.
En pleine face. Il a quand même eu le temps
de tirer une fois…*
(Extrait : TROIS)

C’est le quatrième de couverture qui m’a convaincu de lire ce livre mais je n’ai pas tardé à réaliser que le quatrième de couverture est complètement dans le champ et ne remplit pas ses promesses. En fait, c’est l’originalité du sujet qui sauve les meubles. Nous avons ici quatre accidents d’avion qui se produisent à peu près au même moment, sur quatre continents différents. Pour trois des crashs, il y a un rescapé : en tout trois rescapés, et ce sont trois enfants. Pour les habitants de la planète, il est très difficile de croire au hasard. Alors des églises et sectes religieuses décrètent que ces enfants sont les Cavaliers de l’Apocalypse. Dans l’Apocalypse de Jean comme on le sait, il y a quatre cavaliers. Alors qu’à cela ne tienne, les fanatiques religieux inventent un quatrième rescapé pour faire le compte.

Avec un tel sujet, l’auteure avait tout ce qu’il faut pour bâtir un thriller de premier ordre, haletant, intense, palpitant, bref, bâtir quelque chose que le lecteur aurait gardé en mémoire longtemps. J’ai même imaginé à un moment donné que Sarah Lotz travaillait pour faire le contraire de ce que propose un bon thriller en choisissant un support littéraire douteux dans les circonstances. En effet, le récit est présenté sous forme de compte-rendu journalistique de témoignages et d’interviews. Avec un style pareil, rien ne m’a permis de m’accrocher à l’histoire.

Il n’y a pas vraiment d’action dans ce roman à part ce qui est rapporté dans les articles de journaux qui forment le roman. Donc le lecteur est témoin de l’action par un tiers. Donc, il n’est témoin de rien du tout. Puisque le récit est bâti dans un style journalistique, télégraphique et froid, il n’y a pas de fil conducteur dans l’histoire. Le récit souffre de longueurs et d’incohérences et c’est très long avant de pouvoir s’accrocher à quelque chose, comme si l’histoire ne démarrait pas vraiment.

Mais tout n’est pas noir. Malgré son aspect documentaire, le récit comporte quelques forces dont celle de mettre en perspective l’incroyable appétit de la Presse, de certaines églises, sectes et des télévangélistes dont l’auteure ne donne pas une très bonne image, sentiment que je partage. Ce sont ces hommes soi-disant de foi qui ont vu dans les enfants rescapés un signe évident en lien avec les Cavaliers de l’Apocalypse qui n’ont de Cavaliers que le nom finalement. Le récit évoque également le besoin très humain de croire à quelque chose. Les messages livrés par les prédicateurs de malheur sont souvent agressifs et persuasifs. C’est n’importe quoi comme le démontre le récit.

L’écriture est quand même fluide et les chapitres, qui sont des articles ou des interviews, sont brefs et se lisent assez bien. Si L’auteure a pu se concentrer davantage sur le sort des enfants au milieu du récit, elle nous laisse malheureusement sur une finale peu vraisemblable, sans conclusion vraiment satisfaisante, allant jusqu’à étriller le personnage principal, la journaliste Elspeth Martins : *Vous avez publié tous ces récits incendiaires sur les changements de personnalité des enfants, vous avez lâché la bombe et vous êtes partie. Vous n’avez pas cherché plus loin : vous étiez persuadé que tout avait une explication rationnelle et vous pensiez naïvement que vos lecteurs seraient aussi de cet avis. (Extrait)

Ma déception m’appartient évidemment. Les différentes critiques que j’ai lues sur TROIS sont passablement disparates. Il est très possibles que vous aimiez ce livre, à cause par exemple, de son sujet qui est quand même original. Mais il y a une chose sur laquelle je ne crois pas me tromper : ne vous fiez pas au quatrième de couverture. Il en promet beaucoup trop pour ce que le livre donne en réalité.

Sarah Lotz est une auteure et scénariste originaire du Royaume-Uni. Avant de s’installer au Cap en Afrique du sud, elle a vécu en France et en Israël. Elle a écrit sous plusieurs pseudonymes bizarres dont des romans d’horreur urbaine sous le pseudonyme SL GRIS et des romans érotiques avec Helene Moffet et Paige Nick sous le pseudo Helena S Paige. Après une série à l’écriture étrange et peu engageante, Lotz sort son premier thriller en 2014 : TROIS, suivi de JOUR 4 en 2016, des ouvrages nettement supérieurs qui consacrent leur auteur sur la scène littéraire internationale.

BONNE LECTURE
JAILU
LE 17 SEPTEMBRE 2016

L’AGENCE NATIONALE DE GESTION DE L’ÉTRANGE

A .N.G.E. tome 1
ANTICHRISTUS

Commentaire sur le livre
d’Anne Robillard

*Le jeune agent se mit à saigner du nez,
car les ondes générées par les couleurs
attaquaient maintenant son cerveau…
-En fait, je suis le seul à présent qui
puisse te sauver. Si tu ne viens pas vers
moi, tu mourras au bout de ton sang.*
(extrait de ANTICHRISTUS, a.n.g.e no 1,
Anne Robillard, Michel Lafont, 2007, é. Num.
285 pages)

Pendant une enquête de routine sur les enseignements d’un prétendu gourou, les agents de l’A.N.G.E découvrent que de graves évènements de nature apocalyptique pourraient se produire à court terme. Mais l’enquête est complexe car l’A.N.G.E se heurte à la mystérieuse puissance du faux prophète et d’autre part, l’Alliance, mystérieuse et redoutable organisation maléfique prépare la venue de l’antéchrist.  L’implication d’un mystérieux envoyé du Vatican rend la situation encore plus énigmatique. L’A.N.G.E aura fort à faire pour préserver l’humanité d’une fin qui semble très proche.

L’AGENCE NATIONALE DE GESTION DE L’ÉTRANGE

L’A.N.G.E. est une agence fictive créée par l’auteure québécoise Anne Robillard : une société secrète basée à Montréal et formée par des personnages choisis pour leurs qualités spéciales dans le but de protéger l’humanité contre les forces du mal. Les principaux personnages sont  Cédric Orléans, directeur de la base de Montréal, Yannick Jeffrey, un des meilleurs agent de l’A.N.G.E, spécialiste de la mythologie, Océane Chevalier, agente, Vincent McCleod, agent et Cindy Bloom, spécialiste des faux prophètes. De nombreux autres personnages viennent soutenir l’Agence qui opère dans le monde entier. A.N .G.E. est une grande saga ésotérique en 10 tomes.

La mystérieuse puissance du faux prophète
*Hadès arriva de nulle part au milieu du salon,
un poignard à la main. Vincent recula vers la
fenêtre avec l’intention de s’y élancer. Le
démon l’agrippa par derrière et le plaqua
contre sa poitrine puante, ramenant la lame
de sa dague sur sa gorge.*
(extrait de A.N.G.E tome 1, ANTICHRISTUS)

C’est avec LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE que j’ai découvert la plume d’Anne Robillard. J’y reviendrai sur ce site. Par la suite, j’ai été attiré par la série A.N.G.E. Il s’agissait pour moi de lire le premier tome pour évaluer si ça valait la peine de continuer et effectivement, j’ai mis toute la saga dans mes projets de lecture.

Le thème de l’apocalypse a été développé dans une multitude de livres et à peu près dans tous les styles littéraires. Mais l’originalité de A.N.G.E réside dans une organisation secrète, implantée dans le monde entier, qui utilise des moyens et des technologies ultrasophistiqués et qui font intervenir sur le terrain des agents surentraînés dont certains sont même dotés de pouvoir surnaturels (les fameux témoins annoncés par la bible, à découvrir dans le tome 1) et aidés par d’autres mystérieux personnages. L’objectif de l’A.N.G.E : lutter contre l’Alliance, une contre-organisation qui prépare la venue de l’Antéchrist.

Malgré les clichés devenus sans doutes inévitables car il n’y a pas plus classique que la lutte du bien contre le mal, j’ai trouvé l’ensemble assez imaginatif.

En effet, développer une histoire dans laquelle la haute technologie s’oppose au surnaturel, c’est inventif et très captivant.

Ne vous attendez pas un suspense qui atteint des sommets insoutenables. En fait je devrais dire pour être plus exact que le suspense est allégé par le côté prévisible de l’histoire…phénomène inévitable quand on connait ne serait-ce qu’un petit peu, les prophéties de l’apocalypse. Mais dans cette histoire, la lutte du bon contre le méchant est originale, bien bâtie, relativement bien documentée (le sujet aurait pu être fouillé un peu plus et traité avec un peu plus de profondeur). Les chapitres sont courts, l’ensemble est captivant et aisé à lire. Je pense qu’Anne Robillard a atteint son objectif : bâtir une bonne histoire, autant pour les jeunes que pour les adultes et donner le goût de lire la suite.

Anne Robillard est une écrivaine québécoise née à Montréal le 9 février 1955. Tôt dans son adolescence, elle découvreTolkien et développe un goût prononcé pour le surnaturel dont elle imprégnera l’ensemble de son œuvre. Auteure prolifique adorant le *fantasy*, Anne Robillard a écrit une grande saga en 12 tomes qui se déroule dans un monde magique que des Chevaliers doivent protéger contre les forces du mal : LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE. On lui doit la série A.N.G.E. et de nombreux livres dont QUI EST TERRA WILDER (2006), CAPITAINE WILDER et la série LES HÉRITIERS D’ENKIDIEV.

Pour en savoir plus sur l’œuvre d’Anne Robillard, consultez son site officiel : www.annerobillard.fr .

BONNE LECTURE
JAILU
MARS 2015

SAUVÉS DES EAUX

ARCHE

Commentaire sur le livre de
Stephen Baxter

*Le plus probable à mon avis, c’est que
les poches souterraines que nous avons
découvertes vont libérer toute l’eau
qu’elles contiennent et nous allons nous
retrouver avec des océans qui occuperont
cinq fois plus de volume qu’en 2010. Mais
toutes les surfaces émergées de la terre
auront disparu bien avant.*
(extrait de ARCHE de Stephen Baxter,  Presses
de la Cité, 2010, t.f. 595 pages, éd. Num.)

ARCHE est la suite de DÉLUGE où la terre est inondée par d’énormes nappes d’eau souterraine qui remontent. Dans cette suite apocalyptique, jugeant la fin du monde inévitable, le gouvernement américain construit une arche qui n’est rien d’autre qu’une gigantesque navette spatiale et sélectionne 80 personnes pour fonder une colonie sur une planète semblable à la terre plusieurs années-lumière de la terre-mère. Cette entreprise colossale, justifiée par un impératif de survie de la race humaine connaîtra de nombreux épisodes d’anarchie et de chaos. Plusieurs problèmes se posent dont la viabilité scientifique du projet et le choix final un peu douteux des 80 candidats…

…SAUVÉS DES EAUX…

*Je vois trois possibilités…On peut vivre
au-dessus de l’eau. Ou en-dessous. Ou
encore, carrément ailleurs que sur la
terre.
(ex. ARCHE, Stephen Baxter)

Quoique captivant et agréable à lire, ARCHE est pour moi un amalgame de *déjà vu*. J’y ai reconnu en effet de nombreux éléments que j’ai déjà explorés dans d’innombrables scénarios et livres issus de la littérature apocalyptique et de science-fiction : 2012 de Roland Emmerich, LE PAPILLON DES ÉTOILES de Bernard Werber, 2010 basé sur l’œuvre d’Arthur C Clarke et sa suite de L’ODYSSÉE DE L’ESPACE 2001, LA THÉORIE GAÏA de Maxime Chattam,  STAR TREK de Gene Roddenberry, POUR UNE AUTRE TERRE de A.E. Van Vogt et j’en passe, car la liste est longue, et puis j’ai reconnu dans ARCHE un tout petit peu de la plume de H.G. Wells. La fin du monde et la survie de l’espèce humaine sont des thèmes très récurrents et qui sont plutôt *durs à cuire* dans la littérature et au 7e art.

Donc le thème développé n’a rien de neuf mais il y a des nuances intéressantes. La première chose intéressante que j’ai constatée est que l’auteur a très bien encadrée la psychologie de ses personnages. C’était un gros défi et c’était nécessaire parce que dans cette histoire, près de 80 personnes doivent vivre en vase clos pendant des dizaines d’années. Baxter a bien cerné la complexité de la nature humaine  et ça donne beaucoup de corollaires intéressants dont cette phrase que j’ai retenue en cours de lecture : *Leur avenir, et peut-être l’avenir de toute l’humanité, allait être déterminé par le fait qu’après une décennie à bord de l’arche, ils ne se supportaient plus.*

Autre élément intéressant : les faits scientifiques évoqués dans le livre de Baxter sont théoriquement avérés…comme la bulle de distorsion par exemple, qui permet la propulsion de l’arche à des vitesses supra-luminiques ou la probable évolution d’une société humaine en milieu extra-terrestre. Le petit côté négatif est que l’ouvrage comporte des explications scientifique qui, bien que crédibles, sont parfois complexes et indigestes.

L’écriture du roman est forte, son fil conducteur est solide, le lecteur sait où il s’en va. L’originalité de l’histoire réside selon moi dans l’organisation sociale, humaine et politique de l’arche,  développée avec beaucoup de réalisme, à mon avis plus vraisemblable et moins spectaculaire que dans PAPILLON DES ÉTOILES de Werber par exemple.

ARCHE est la suite de DÉLUGE mais peut se lire indépendamment. C’est un récit qui plaira sûrement aux amateurs d’histoires post-apocalyptiques bien sûr, mais aussi à ceux et celles qui s’intéressent à la nature de l’homme et à sa psychologie car le livre pose des questions intéressantes qui sont matières à débat : le jour où la terre ne sera plus habitable, comment se manifestera la nécessité de sauvegarder l’espèce humaine? Où irons-nous? Qui seront les élus et comment seront-ils choisis? Quel est le destin de la Terre?

En terminant, je précise que j’ai été déçu par la finale. Le récit rapporte que le groupe original et ses descendants se sont morcelés en plusieurs petits groupes ayant chacune une destination différente. L’auteur apporte peu de précisions sur le destin de chacun de ses groupes. Une petite postface exploratoire aurait été appréciée. Mais l’histoire est captivante et je recommande ce livre.

Stephen Baxter, né au Royaume-Uni en 1957 a une carrière scientifique impressionnante : ingénieur mathématicien, docteur en aéronautique et professeur, il a même été candidat astronaute pour la station MIR en 1991 mais il n’a pas été retenu. Il commence à écrire à temps plein en 1995. Sa production est aussi impressionnante que sa carrière, plus de 30 romans et plus de 150 nouvelles (au moment d’écrire ces lignes). La conquête spatiale et les défis technologiques qui en découlent sont ses thèmes préférés.

BONNE LECTURE
JAILU
NOVEMBRE 2014