LE SPECTRE DU LAC

Une connexion de mondes parallèles

LE SPECTRE DU LAC

Commentaire sur le livre d’
HERVÉ DESBOIS

*Même si elle n’a aucune explication, Mégane
est maintenant persuadée que ce qu’elle a vu
va se produire ici même, dans ce village. Oui
mais quand? Demain? Dans une semaine?
Dans un mois? Cette nuit?*
(Extrait : LE SPECTRE DU LAC, Hervé Desbois,
Éditions de Mortagne, 2016, édition de papier,
377 pages, littérature jeunesse québécoise)

Pour fêter la fin de l’année scolaire, une classe de jeunes élèves se retrouve pour une semaine entière dans un centre de plein air des Hautes Laurentides au Québec. Pour Mégane et son meilleur ami Nicolas, ce séjour , qui s’annonçait pourtant très bien , pourrait bien tourner au cauchemar car depuis qu’elle a 12 ans, l’adolescente est hantée par des visions sur lesquelles elle n’a aucun pouvoir. Or, il se trouve que dès son arrivée, Mégane est hantée par des rêves terrifiants qui deviennent de plus en plus réels. Ces rêves sont-ils prémonitoires? Il semble qu’un spectre ait choisi Mégane pour se venger? Oui, mais de quoi. Avec l’aide de Nicolas, Mégane va tenter de résoudre ce mystère entourant l’arrivée de ce fantôme et qui coïncide bizarrement avec la mort suspecte d’un habitant du village. C’est le seul moyen de renouer avec la paix et le bonheur de vivre.

UNE CONNEXION DE MONDES PARALLÈLES
*…le corps soudain agité de violents tremblements,
Mégane prend conscience qu’elle est en train de
sombrer dans une obscurité plus opaque que la
pire des nuits sans lune. Comme on se noie dans
les eaux noires et glacées d’un lac. Est-ce ça la mort?
(Extrait : LE SPECTRE DU LAC)

Je sais que les histoires de fantômes, de spectres et d’ectoplasmes sont très répandues en littérature. À ce titre, le livre d’Hervé Desbois peut ne pas paraître très original et pourtant, je lui ai trouvé un cachet particulier. Je crois que ce récit devrait plaire aux jeunes à cause de ses personnages.

Le personnage principal est Mégane Prégent. Elle a 13 ans. Cette jeune fille a un don très spécial…un don médiumnique et même kinésique. Elle fait des rêves à caractère prémonitoire. Depuis près d’un an, elle a des visions sur lesquelles elle n’a aucun pouvoir. À ses côtés : le meilleur ami de Mégane, Nicolas. Dans le récit, un spectre semble bel et bien avoir choisi Mégane pour étancher sa soif de vengeance. C’est pendant un voyage de fin d’année scolaire dans un camp de vacance que le spectre va pousser Mégane et Nicolas à aller au bout de cette histoire.

Il y a de tout dans ce livre pour plaire aux jeunes lecteurs : un phénomène paranormal avec du danger, une histoire captivante avec des revirements et des rebondissements et surtout, des personnages attachants, Mégane, Nicolas, Cassandre et même le dur de dur de l’école Jean-Christophe qui ne manque pas une occasion d’embêter nos jeunes héros.

Il y a de tout donc pour que les jeunes lecteurs se reconnaissent à une exception près : Mégane fait partie d’un très faible pourcentage de la population possédant un don médiumnique. En cours de lecture, je me suis posé des questions : qu’est-ce que je ferais avec un don pareil? Est-ce que ça gâcherait ma vie? Est-ce que ça me permettrait de sauver des vies? Et qu’en serait-il de ma qualité de vie? Donc, je me suis senti interpelé par le livre, par l’histoire et l’étrange atmosphère qui s’en dégage.

Alors je me suis laissé glisser dans cette histoire qui se passe au Québec, je le rappelle, grâce à une écriture fluide et un langage accessible dépourvu de tout caractère infantilisant. J’ai accroché dès le début d’ailleurs : *Ça veut dire quoi être normale? Avoir beaucoup d’amis avec qui parler et rigoler? Sortir avec un gars qui porte des jeans en bas des fesses et des espadrilles pas lacées?…se chicaner avec ses parents…?…Ou peut-être avoir le dernier téléphone intelligent…? … Et si c’était ne surtout pas être comme moi? (extrait)

La conclusion laisse supposer une suite ou tout au moins fait place à l’idée d’une suite, car au moment d’écrire ces lignes, je ne connais pas les intentions de l’auteur. Mais l’idée serait très intéressante. Je n’hésite donc pas à recommander LE SPECTRE DU LAC une histoire captivante qui devrait beaucoup intéresser les ados et tous les âges en fait.

Hervé Desbois est comédien et écrivain né en France. Ancien fonctionnaire, il a fait un saut heureux en 1998 dans l’univers de la musique, du cinéma et de la littérature ce qui l’a amené à côtoyer de nombreuses stars dont David Bowie, et Angelina Joli. Installé au Québec, Hervé Desbois fait preuve d’une remarquable polyvalence, œuvrant à la production de publicité, films, téléséries, écrivant des chansons entre autres pour Bruno Pelletier et Véronic Dicaire. À travers tout ça, il a écrit une quinzaine de livres dont un en littérature jeunesse avec LE SPECTRE DU LAC, ce qui lui a valu le prix Victor-Martyn-Lynch-Stauton 2015.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le samedi 22 septembre 2018

LE CERCLE DE DANTE

La menace de la Divine Comédie

LE CERCLE DE DANTE

Commentaire sur le livre de
MATTHEW PEARL

*Il remarqua des traces de sang sur le plancher
et autre chose aussi…d’étranges fragments
d’insectes qu’il ne reconnut pas- les ailes et les
troncs de ces mouches aux yeux de feu que
Nell Ranney avaient découpés en morceaux
au-dessus du corps du juge Healey*
(Extrait : LE CERCLE DE DANTE, Matthew Pearl,
t. f. Éditions Robert Laffont, 2004, édition papier)

Boston, 1865. Un tueur en série inflige à ses victimes des supplices inspirés par L’ENFER DE DANTE. Dès lors, quatre hommes comprennent qu’ils deviennent les premiers suspects…en effet, ils sont tous réunis dans LE CERCLE DE DANTE dont le but est de faire connaître LA DIVINE COMÉDIE, du même poète florentin. Les membres du CERCLE DE DANTE savent qu’ils seront suspectés si quelqu’un fait le rapprochement entre les meurtres et les supplices racontés dans L’ENFER. Pour se disculper et pour sauver leur ville, les érudits s’improvisent détectives et une étrange chasse à l’homme commence. Il reste à savoir quel être diabolique s’amuse à reproduire L’ENFER.

Dans LE CERCLE DE DANTE, Matthew Pearl s’est largement inspiré de LA DIVINE COMÉDIE tout comme l’a fait Dan Brown pour son livre INFERNO . LA DIVINE COMÉDIE est ce célèbre poème, le plus célèbre de Dante, composé quelque part au XIVe siècle. Chef d’œuvre de la littérature, il est considéré comme le plus important témoignage de la civilisation médiévale. D’ailleurs, Dante Alighieri est un poète majeur du Moyen-âge. Il a joué aussi un rôle très actif dans la vie politique de sa ville natale : Florence.

LA MENACE DE LA DIVINE COMÉDIE
*Expulsé du royaume d’en haut, il tombe sur la
terre, au sens physique du terme, et, sous son
poids, un abîme se creuse : L’Enfer. C’est cet
abîme souterrain que Dante explorera. Donc,
la guerre a créé Satan, la guerre a créé L’Enfer*
(Extrait : LE CERCLE DE DANTE)

D’entrée de jeu, je vous dirai d’abord que le CERCLE DE DANTE (Dante club) est une réalité historique. En 1865, Henry Wadsworth Longfellow, premier poète américain de calibre international, fonda, dans sa maison de Cambridge, Massachussets, un cercle restreint consacré à la traduction intégrale de LA DIVINE COMÉDIE, poème célèbre et complexe de Dante Alighieri qui se voit admis à observer le supplice des damnés dans différents niveaux de l’enfer. Outre Longfellow, le *club* réunit des personnages tout aussi authentiques : le poète James Russel Lowell, le docteur Oliver Wendell Holmes, l’éditeur James T. Fields et l’historien George Washington Greene. Il s’est aussi avéré que le Cercle a connu beaucoup d’opposition.

Dans son livre, Matthew Pearl met en scène les personnages historiques du Cercle et imagine une chaîne d’évènements se déroulant en 1865 autour de la célèbre université de Harvard. Au lendemain de la guerre de Sécession, alors que les soldats connaissent de graves difficultés de réinsertion, un tueur en série exécute une série de meurtres particulièrement sordides en s’inspirant des supplices décris dans LA DIVINE COMÉDIE de Dante. Évidemment, ces meurtres n’ont aucune authenticité historique même si la recrudescence de la criminalité au lendemain de la guerre a été historiquement démontrée.

Donc dans ce livre, l’histoire côtoie la fiction. C’est un livre intéressant mais lourd et complexe à plusieurs égards : d’abord, il y a beaucoup de palabres sur Dante et la Divine Comédie qui est une œuvre difficile à aborder. Il y a des passages intéressants mais aussi beaucoup de longueurs et ces longueurs diluent l’intrigue. Ensuite, comme les meurtres sont inspirés de Dante, les membres du Cercle décident de faire l’enquête eux-mêmes pour éviter les soupçons. Malheureusement le brouillard s’épaissit pour le lecteur. L’enquête est tentaculaire. Le lecteur est balloté de fausses pistes en fausses pistes…compliqué, d’autant que le rôle de la police est mal défini.

L’écriture est puissante mais elle ne contribue en fait qu’à préserver l’esprit de Dante. À mon avis, il y a trop de répétitions, de digressions, de longueurs et de passages superflus pour garder le lecteur dans le coup à l’exception peut-être d’un questionnement qui a entretenu ma curiosité et m’a permis *d’accompagner le Cercle* jusqu’au bout : Quel être à l’esprit aussi tordu a pu se servir de Dante pour supplicier de façon aussi horrible des êtres humains?

C’est un livre très dense qui pêche par une absence de fluidité. Les chapitres sont longs et l’ensemble est peu ventilé. Sa lecture nécessitera donc beaucoup de patience et d’attention. Je mentionne toutefois qu’il est richement documenté par d’imposants travaux de recherches réalisés par Pearl sur le fameux poète florentin. Le livre a figuré quelques temps sur la liste des best-sellers, surtout en Italie, pays d’origine de Dante Alighieri.

La lecture a été ardue mais Pearl m’a donné le goût d’en savoir plus sur la Divine Comédie….peut-être un jour en entreprendrais-je la lecture.

Matthew Pearl est un écrivain américain né en Floride. Il réside maintenant dans le Massachusetts. Diplômé de Harvard en littérature anglaise et américaine et de Yale en droit, Pearl est reconnu comme un spécialiste de Dante. Ses travaux sur le célèbre poète florentin lui ont valu en 1998 le prix Dante décerné par la DANTE SOCIETY OF AMERICA. Son premier roman LE CERCLE DE DANTE a connu un succès immédiat et a été traduit en 30 langues. Son second roman, L’OMBRE D’EDGAR POE a figuré sur la liste des best-sellers du New-York Times dès sa parution. Dans ce livre consacré aux derniers jours d’Edgar Allan Poe, Matthew Pearl développe une des plus grandes énigmes de l’histoire littéraire.

BONNE LECTURE
JAILU
Le dimanche 16 septembre 2018

LA FORTERESSE NOIRE

Quelque chose tue mes hommes

LA FORTERESSE NOIRE

Commentaire sur le livre de
F. PAUL WILSON

*Une forme se dessina dans le noir. Cuza reconnut
immédiatement les yeux et le visage. Puis le corps
tout entier devin visible. Devant lui se dressait le
corps d’un géant : il devait mesurer un bon mètre
quatre-vingt-quinze…puissance, décadence,
arrogance- tout y était…*
(Extrait, LA FORTERESSE NOIRE, F. Paul Wilson,  Presses
de la Cité, collection Terreur, 1981, t.f. 1982, éd. Num.)

1941 : le quartier général des armées du troisième Reich reçoit un mystérieux message du capitaine Woermann, expédié depuis la Roumanie, et plus précisément d’une antique forteresse de Transylvanie : *QUELQUE CHOSE EXTERMINE MES HOMMES*. Aussitôt, un homme de fer, le major SS Kaempffer est dépêché sur les lieux. Peut-être pour la première fois de sa vie, le major découvrira la peur en apercevant les cadavres déchiquetés. Chaque nuit, une nouvelle victime est découverte, gorge sectionnée et les SS n’y peuvent rien.  On soupçonne l’œuvre d’un vampire. Kaempffer appelle en renfort un archéologue et sa fille initiés tous deux aux sciences interdites. C’est alors que s’amorce un combat aux dimensions démesurées.

QUELQUE CHOSE TUE MES HOMMES !
* Cuza ne put rien ajouter. Sa voix se brisa et il
s’agrippa aux bras du fauteuil. C’était
impossible! Cette créature des ténèbres
reculait devant la croix et devenait furieuse
à la seule mention du nom de Jésus-Christ.*
(Extrait : LA FORTERESSE NOIRE)

Encore une histoire de vampire allez-vous me dire? Oui et non. En fait je vous laisse le plaisir de partir à la découverte d’une hypothèse originale relative à l’origine des vampires. Ceci dit, LA FORTERESSE NOIRE est incontestablement une histoire de surnaturel.

Bien que j’aie décelé assez rapidement quelques irritants, le récit a un certain cachet original. En effet, il est assez rare en littérature qu’une histoire à caractère surnaturel ait comme toile de fond la deuxième guerre mondiale et spécialement quand les victimes sont essentiellement des soldats allemands. Eh oui, dans un mystérieux donjon au passé indéfini servant de base d’observation aux allemands, quelque chose tue les hommes, un par un, en moyenne un par nuit. Un SS enquête, aidé d’un éminent professeur et de sa fille et je suis finalement passé d’un rebondissement à l’autre.

Dans ce roman très sombre, le décor est planté rapidement. Le développement est rapide, le lecteur est emporté et l’horreur est omniprésente. Il peut être moralement satisfaisant pour certains lecteurs de sentir la souffrance et la mort de soldats SS et nazis victimes du mal à l’état pur dont ils ont été eux-mêmes de parfaits symboles, mais l’auteur a fait preuve d’une retenue salutaire en évitant les artifices et la caricature qui auraient nuit à la crédibilité de l’ensemble. Comme je l’ai dit, il y a beaucoup de rebondissements, de revirements inattendus et j’ai eu la surprise de quelques coups de théâtre.

J’ai trouvé toutefois presque comique l’insertion d’une histoire d’amour entre Glenn qui, comme vous le verrez, surgit de nulle part et Magda, la fille du professeur. L’atmosphère du roman est tellement oppressante qu’une amourette s’y insère assez mal. À ce niveau, j’ai trouvé la plume timide…le genre de liaison qui donne l’apparence d’un intermède…enfin, c’est l’impression que j’ai eue.

J’ai été un peu plus déçu par la finale. Elle m’a semblé rapide, bâclée, expédiée. La conclusion est tellement tirée par les cheveux que j’ai eu l’impression que l’auteur avait hâte d’en finir. Je veux préciser toutefois que ces irritants sont très surmontables car le récit m’a tenu en haleine. Ce livre conviendra parfaitement aux amateurs de frissons, de gore et de scènes effrayantes génératrices de cauchemars. Cette histoire est d’autant intéressante qu’elle pousse à la réflexion principalement sur la notion du mal absolu et ses manifestations et accessoirement sur la folie.

Une histoire assez bien réussie à l’atmosphère lugubre…parfait pour les amateurs de drames fantastiques ou ceux qui veulent en faire l’essai…

Francis Paul Wilson est un écrivain américain né en 1946 dans le New-Jersey. son livre LA FORTERESSE NOIRE qui l’a rendu célèbre par son originalité et son caractère fantastique. Son livre LA TOMBE publié en 1984 avec l’apparition de son personnage fétiche confirme sa parfaite maîtrise littéraire de l’horreur et du fantastique. Il a écrit aussi plusieurs thrillers dont MORT CLINIQUE. Il s’est aussi signalé avec LE TESTAMENT MAUDIT publié chez Fleuve Noir en 2004. Francis Paul Wilson a reçu en 2015 un prix PROMETHEUS spécial pour l’ensemble de son œuvre. Le prix récompense la meilleure œuvre de science-fiction qui prône la liberté individuelle comme un droit naturel.

LA FORTERESSE NOIRE a été adapté au cinéma en 1983 par la Paramount Pictures. Le film a été réalisé et scénarisé par Michael Mann d’après le roman de Francis Paul Wilson. Le titre original en anglais est THE KEEP.  Il est sorti en France en 1984 sous le titre LE DONJON. Malgré une excellente distribution (Scott Glenn, Ian McKellen, Gabriel Byrne) et la musique de Tangerine Dream, le film a rencontré un accueil négatif et fut considéré comme un échec commercial. À ma connaissance, il n’est jamais sorti en dvd. Le but du réalisateur était d’exploiter la nature philosophique du livre de Wilson pour pousser à la réflexion sur le mal absolu.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 26 août 2018