Une toile machiavélique

La conspiration des ténèbres de Théodore Roszak

alors même que leurs crimes son repoussants.
Ils nous apparaissent comme les victimes d’un
Sort cruel qui a détruit ce qu’ils avaient de
Meilleur. Nous sentons leur combat et nous
Savons qu’il est vain, car le mal contre lequel
Ils se battent est trop grand. C’est un mal
Phénoménal.
(extrait de La conspiration des ténèbres,
Theodore Roszak, le Cherche midi, 2004)

Commentaire sur
LA CONSPIRATION DES TÉNÈBRES
De Théodore Roszak

En fréquentant des cinémas de Los Angeles peu recommandables, Jonathan Gates, un universitaire, étudiant en cinéma, découvre l’œuvre cinématographique de Max Castle, un réalisateur prodige qui a tourné quelques films avant d’être oublié. Graduellement, Gates développe une fascination pour l’œuvre et la personnalité de Castle. Cette fascination tournera à l’obsession quand Gates découvrira des mystères entourant la vie et l’œuvre de Castle…mystères qu’il décide d’élucider par tous les moyens.

Cette quête plongera Jonathan Gates des hautes sphères de l’industrie cinématographique jusqu’au cœur des sociétés secrètes. Sa ténacité l’amènera à dévoiler un étonnant complot et surtout il apprendra qui était véritablement ce génial maître des illusions que fut Max Castle.

AVANT-PROPOS : LE CATHARISME

Le catharisme est un mouvement chrétien médiéval. Les Cathares étaient en fait des Albigeois. Le terme Cathare a été développé par l’Église pour désigner de dangereux hérétiques condamnés et pourchassés par l’Inquisition pour de graves manquements aux doctrines de l’Église. Les Cathares envisageaient un salut passant par un strict zèle religieux poussant jusqu’à l’ascétisme avec interdiction formelle de procréer, chasteté complète. Les Cathares devaient s’abstenir de toute méchanceté, de tout vice. Ils ne devaient pas tuer les animaux. Ils devaient s’abstenir de toute consommation issue de la reproduction animale : pas de viande, pas de lait, pas d’œufs, pas de produits dérivés. Ils étaient astreints à des carêmes éprouvants, voire mortifiants.

Le but des Cathares était de prêcher la plus stricte morale évangélique, sans temple ni aucun artifice *sacerdotal*.  Avec une telle radicalité,  il n’est pas étonnant que l’inquisition qualifie les Cathares de parfaits. Le paradoxe avec l’opulence de l’Église était pour le moins spectaculaire.

Croix Cathare

C’est un livre tout en longueur, (800 pages) avec une somme énorme de faits insolites, de détails sordides et d’anecdotes formulées parfois avec une crudité bouleversante. L’évolution de l’intrigue est d’une lenteur exaspérante. Mais j’invite le lecteur à persévérer car en plus d’apprendre beaucoup de choses sur l’âge d’or et les dessous d’Hollywood, l’auteur implique le  cinéma ainsi qu’une secte religieuse machiavélique dans un vaste complot, une machination diabolique qui vise à sceller définitivement le sort de l’humanité. Le sujet est original et bien que l’histoire est parfois prévisible, elle m’a tenu en haleine de par sa toile aussi captivante qu’effrayante.

C’est toutefois le livre le plus noir qu’il m’a été donné de lire. En effet dans cette histoire, le héros-narrateur Jonathan Gates étudie l’œuvre de deux êtres déviants et tordus : Max Castle et Simon Dunkle, réalisateurs et metteurs en scènes de bacchanales cinématographiques qui font plonger les cinéphiles dans un univers de stupre, de haine, de violence et de sang. Ces réalisateurs à l’esprit torturé n’hésitent  pas à exploiter la technique de l’image subliminale et d’autres moyens sophistiqués dans le but de prôner le catharisme, un enseignement religieux qui, à mon avis est inapplicable parce qu’il exige l’ascétisme, l’abnégation totale, une chasteté complète, la mortification et un régime alimentaire absolument ridicule. Bref, une perfection tout à fait à l’opposé de la nature humaine, autrement dit, l’autodestruction de la chair.

Vous voyez un peu où je veux en venir. Il y a complot. Et ce complot nous est dévoilé par Roszak de façon très graduelle, avec une lenteur étouffante et des détails parfois dégoûtants jusqu’à soulever le cœur.

Outre le fait que le livre est très long, avec des personnages un peu fades et une conclusion qui n’en finit pas de finir et qui m’a déçu quelque peu, je classe LA CONSPIRATION DES TÉNEBRES comme un grand thriller historique d’une grande érudition, porteur d’une profonde réflexion sur l’énorme pouvoir du septième art, c’est-à-dire, sur cette capacité qu’a le cinéma de façonner les esprits, de créer des tendances, d’influencer les modes de pensées et d’apprentissages. Imaginez tout ce qu’on peut sortir sur le potentiel cinématographique du cinéma.

Il est facile d’imaginer aussi je pense le mal que peut faire le cinéma s’il tombait entre les mains d’esprits malveillants à cheval entre le génie et la folie. C’est un livre à la fois excitant et effrayant.

BONNE LECTURE
JAILU

Février 2014

(En Complément…)

2 thoughts on “Une toile machiavélique

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