ENTRE DEUX TEMPS

Du tempo entre temps

ENTRE DEUX TEMPS

Commentaire sur le livre d’
HÉLÈNE GOFFART

*Ce monde putride et obscur se désagrégeait peu à peu,
et il ne pouvait rien faire pour empêcher cela. Ni sa
révolte ni ses larmes ne modifieraient la réalité. Mais, au
moins, cet univers vérolé était à lui, et à  lui seul. Il en
faisait ce qu’il voulait ou ce qu’il pouvait…Et si cela lui
faisait du bien, ne fut-ce que par moments, c’était
toujours cela de gagné.>
(Extrait : ENTRE DEUX TEMPS, Hélène Goffart, Éditions
Sarah Arcane, 2018, édition numérique, 215 pages)

Nathan, enfant timide et solitaire, nourrit l’ambition de prouver à tous sa valeur. Souffre-douleur de sa classe, puis de son professeur de piano, il vit dans l’angoisse des brimades, jusqu’au jour où il se découvre un extraordinaire pouvoir : le bang. Peu à peu, il apprend à contrôler ce don étrange. Il profite largement de ses avantages, même si celui-ci s’avère redoutable : tous les êtres vivants qu’il touche pendant le bang meurent inévitablement. Mais un jour, le bang se bloque. Tout est figé. Plus rien ne bouge. Nathan abandonne peu à peu tout espoir, renonçant à son humanité, jusqu’à ce qu’il rencontre une vieille femme, Lise, comme lui prisonnière du temps.
Pourquoi tout s’est-il arrêté ? Lise, va-t-elle répondre à ses questions ?

DU TEMPO ENTRE TEMPS
«C’est donc pour ça qu’on nous avait demandé de venir
en Chine ? Pour aider à intercepter un astéroïde ? (1) Et que
devons-nous faire ? Bloquer le temps pour permettre à
des ingénieurs de travailler sur une fusée d’interception ? »
«Lise…voyons. C’est impossible : Les gens extérieurs à notre
faction ne peuvent rester éveillés dans l’entre-deux-temps.»

(Extrait)
(1) l’astéroïde fait 100 kilomètres de long. Au moment d’écrire ces lignes,
nous n’avons pas la technologie pour arrêter un tel bolide géo croiseur »

Ce livre est venu me chercher dès le départ parce que quand j’étais jeune, disons ado, je rêvais de pouvoir maîtriser le temps : l’arrêter, le repartir, voyager vers le futur, explorer le passé. Je m’intéressais donc fortement à cet aspect de la littérature et du cinéma fantastique et de science-fiction. Par exemple, j’ai dévoré la télésérie AU CŒUR DU TEMPS, cette magnifique série créée par Irwin Allen et réalisée avec les moyens qu’on avait dans les années 1960. Dans le livre ENTRE DEUX TEMPS, il n’est pas question de voyage dans le temps, mais bien de BLOQUER le temps…ce qui est déjà pas si mal. En littérature, ce pouvoir a un nom : la chronokinésie. Mais voyons d’abord le contenu.

Voici l’histoire de Nathan, un gamin d’une dizaine d’années au départ. Un garçon timide, pusillanime, solitaire qui n’a qu’un souci : prouver sa valeur : *Comment ? Il avait à ce point travaillé pour montrer sa réelle valeur, et ce connard monumental, ce débile de prof raté, cet artiste de pacotille, le plaçait dans une position où il ne pourrait pas être brillant ? La rage l’envahit…* (extrait) Un jour, Nathan se découvre un don, un pouvoir extraordinaire : Il pouvait provoquer un bang temporel, c’est-à-dire un arrêt du temps. Un don très pratique pour échapper aux durs de l’école, faire des devoirs en retard, et surtout, travailler à prouver sa valeur. Si Nathan apprivoisait le bang, il n’a compris que trop tard ses effets redoutables. Par exemple, si une personne figée par le temps est touchée pendant le BANG, elle meure. Autre exemple des effets du bang, les personnes qui bénéficient du blocage de temps vieillissent trois fois plus vite sans compter une détérioration tous azimuts de l’environnement.

Un jour, un bang est provoqué et Nathan ne peut plus le défaire. Proche du désespoir, Nathan rencontre une vieille femme, Lise de Smet, elle aussi prisonnière du temps, membre d’un petit groupe qui vit la même situation et appelé LA FACTION. Nathan aura des réponses surprenantes à ses questions, mais malheureusement, le BANG ronge son esprit. L’arrêt du temps serait-il définitif? Malgré quelques faiblesses, c’est un livre intéressant. La subtilité réside en fait dans les effets pervers du blocage temporel et les raisons précises d’un blocage prolongé, ce que l’auteure appelle le *temps-sablier*. Le récit est intriguant mais le rythme change presque brutalement quand Lise fait son apparition dans le décor de Nathan. Lise raconte son histoire et là, le récit s’enlise. Il y a des longueurs, de l’errance.

Certains lecteurs peuvent décrocher à ce moment. Toutefois, l’auteure réajuste le fil conducteur de son récit vers le quatrième quart. Le récit de Lise déstabilise Nathan. Il en devient pratiquement fou. Il est intéressant de voir les effets du bang sur les personnages : *Les yeux vides de ce dernier lui faisaient penser qu’il avait perdu la raison depuis longtemps. Il avait l’air tellement mal en point. Sale, confus, blessé… un pauvre garçon ravagé par la solitude* (Extrait) Malheureusement, sur le plan scientifique, l’histoire est totalement sous-développée. Il aurait été intéressant d’insérer dans le récit des règles scientifiques concernant cette notion fondamentale qu’est le temps comme par exemple, la théorie de la relativité.

Une fois bien vulgarisé, le sujet aurait sûrement enrichi l’histoire. J’ai eu aussi de la difficulté à m’attacher à Nathan qui est quelque peu dépourvu d’émotion et de chaleur. Victime du temps, il devenait difficile à saisir. L’empathie n’est pas facile. Malgré tout, l’intrigue est prenante, le sujet est original. Le caractère sombre du récit va crescendo. J’ai trouvé en effet très intéressant de suivre la dégradation entraînée par le blocage du temps. Enfin le livre propose une intéressante réflexion sur la solitude et sur la vie. Un livre intéressant qui a un peu plus que la note de passage…

NOTE : Hélène Goffart est née en 1976 à Bruxelles, ville dans laquelle elle travaille comme enseignante. Elle aime consacrer son temps à sa famille ainsi qu’aux voyages et à la nature surtout si elle est sauvage. L’univers Fantastique, qu’il soit littéraire ou cinématographique l’a toujours fascinée. ENTRE DEUX TEMPS est son premier roman. Au moment d’écrire ces lignes, il n’y a pas de photo disponible de l’auteure. Même pas sur sa page Facebook. Il y en a une chez l’éditeur qui s’est empressé d’imposer un copyright. Ça la regarde évidemment mais je trouve ça moins qu’ordinaire.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 7 novembre  2020

 

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