CHRONIQUE POST-APCALYPTIQUE D’UNE ENFANT SAGE

Les affres de la solitude

CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES D’UNE ENFANT SAGE

Commentaire sur le livre de
ANNIE BACON

*Une école secondaire est une très bonne
place pour soutenir un siège. C’est
également un endroit surprenant pour
échapper à la mort.*
(Extrait : CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES
D’UNE ENFANT SAGE, Annie, Bacon, Éditions
Bayard Canada, 2016, édition de papier, 120 p.)

« Montréal n’est plus que ruines. Au centre-ville, les hautes tours gisent en piles informes, réduites à leurs plus petites composantes, telles des constructions en légo retournées dans leurs bacs d’origine. Pas un bruit si ce n’est quelques hurlements de systèmes d’alarme qui ne sonnent pour personne. La poussière est à peine retombée : les rats se terrent encore. Dans une rue du Plateau- Mont-Royal, une fille de treize ans marche, tirant derrière elle une valise bleue. » Astride est une jeune fille d’un naturel réservé. Au lendemain d’un cataclysme, elle sait qu’elle n’est pas seule à vouloir survivre…une survie fragile…

LES AFFRES DE LA SOLITUDE
*Il y a bien le dimanche où elle s’octroie un
peu de temps de lecture. Elle s’évade alors
dans quelques romans jeunesse ou bandes
dessinées et, l’espace d’une heure ou deux,
s’enveloppe dans la vie d’un autre.*
(Extrait : CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES
D’UNE ENFANT SAGE)

Annie Bacon nous offre ici un roman très court. Elle nous entraîne dans un monde ravagé par un choc neurotronique. Ce qui devait arriver par la folie des hommes s’est finalement produit : l’apocalypse. Seuls ceux et celles qui avaient la tête dans l’eau au moment du choc ont été épargnés. Il n’y en a pas beaucoup. Parmi eux, il y a Astride, une jeune adolescente dont les défis se précisent dès le début de l’opuscule : survivre bien sûr, mais en évitant toutes rencontres car son petit monde est devenu dystopique et barbare. Montréal n’est plus que ruines. Astride n’a pour elle que sa petite valise bleue et son toit est celui de la bibliothèque municipale. Qui penserait en effet à se réfugier dans une bibliothèque.

Astride aura un temps pour pleurer sur la folie du monde avant de se relever les manches : *Ce soir-là dans la bibliothèque, en guettant sa valise, Astride pleure, elle ne pleure pas son passé perdu. Elle ne pleure pas son présent désespéré de jeune fille ayant échappé de justesse à une meute de chiens affamés. Elle pleure le futur rêvé qu’elle n’aura jamais plus.* (Extrait) Puis notre jeune héroïne déploie toute sa sagesse pour se prendre en main et rester fidèle à ses valeurs : *Lorsque ni le futur ni le passé n’offrent d’asile, aussi bien se garder occupé au présent*. (Extrait) Alors, Astride apprend à se débrouiller et évolue, entourée de ses amis, les livres.

Le récit comprend une petite mise en abyme. On y suit bien sûr Astride, et Armand Beauséjour, un homme aussi victime de sa solitude. Deux récits deviennent en alternance et l’auteure a enchâssé dans l’histoire des extraits de TOUTE L’HUMANITÉ EXPLIQUÉE, ouvrage fictif qui explique l’histoire humaine sur les plans sociaux et culturels entre autres.

Bien que le fond de l’histoire soit dramatique, je l’ai perçue comme un vent léger et tempéré. Il n’y a pas vraiment d’intrigue ni de rebondissements. Il y a la description d’un monde détruit par la folie autodestructrice des hommes, une fresque post-apocalyptique dans laquelle Astride insère résilience et espoir. C’est un livre qui m’a touché. La plume d’Annie Bacon est toute en douceur avec des passages qui deviennent de la poésie. Et comment ne pas s’attacher à Astride, une jeune fille dont les larmes sont devenues une force, et la sagesse une garantie de survie. Comment ne pas aussi s’attacher à Armand Beauséjour. Il est extrêmement intéressant de voir les deux solitudes évoluer en convergence, ce qui laisse place à une finale magnifique qui n’est pas nécessairement celle à laquelle vous pensez.

C’est un livre tout en douceur qui sacrifie l’action au profit de la psychologie et de l’introspection. La présentation est superbe et prend même des formes audacieuses avec des extraits d’un livre qui développe des thèmes en parfaite compatibilité avec l’esprit du texte, des retours en arrière et des regards sur les autres survivants ainsi qu’une liste de choses à faire avec ici et là des retraits, des ajouts, des modifications, le tout, calligraphié. Comme beaucoup de lecteurs, j’aurais préféré plus d’action. Ce manque serait pour moi sans doute la seule faiblesse de cet opuscule. Mais étrangement, je n’en ai pas souffert. Je me suis plutôt attardé sur les thèmes qui m’auraient sans doute été chers si j’avais été rescapé d’un conflit : le combat contre la solitude, la transmission des valeurs, la gentillesse, la générosité, la protection de l’environnement et l’amitié aussi qui pourrait bien être un des aboutissements de la quête d’Astride.

CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES D’UNE ENFANT SAGE est un petit livre touchant, rafraîchissant, porteur d’amour et d’espoir et qui se lit vite. Je le recommande avec plaisir.

Née à Montréal en 1974, Annie Bacon détient un baccalauréat en communication et travaille principalement comme scénariste dans les milieux interactifs. Si elle a fait ses premières armes dans le domaine des jeux vidéos, ce n’est que pour mieux plonger ses lecteurs en plein cœur de l’action et de l’aventure. Elle est l’auteure des populaires séries Victor Cordi et LE GARDIEN DES SOIRS DE BRIDGE, très bel ouvrage paru en 2015 et qui plonge le jeune lectorat dans un univers rempli de personnages farfelus et de créatures surprenantes. Je cite aussi la série TERRA INCOGNITA inspirée des grands récits fantastiques d’exploration.

Bonne lecture
Claude Lambert
le jeudi 17 septembre 2020

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