LES PERLES NOIRES DE JACKIE O.

Une magouille en humour

LES PERLES NOIRES DE JACKIE O.

Commentaire sur le livre de
STÉPHANE CARLIER

«C’est un collier qui a appartenu à Jackie Kennedy.»
«Pas elle? Personnellement? Oui…» «Dis donc c’est
pas rien…Ils ne plaisantent pas avec ça à New-York,
tu peux en prendre pour vingt ans…»

(Extrait : livre audio : LES PERLES NOIRES DE JACKIE O.
Stéphane Carlier. Éd. or. Le Cherche midi, 2016,
416 page version intégrale audio : Studio Audible, 2018,
narratrice : Marie Lenoir)

Gaby, la soixantaine déprimée, est femme de ménage dans les beaux quartiers new-yorkais. Un matin, elle trouve par hasard la combinaison du coffre-fort d’un de ses employeurs, un vieux marchand d’art fortuné. Décidée à mettre la main sur son contenu – et notamment sur un collier ayant autrefois appartenu à Jackie Onassis -, elle imagine un plan particulièrement audacieux. Seulement, cambrioler un appartement huppé de l’Upper East Side, c’est un peu comme plier un drap sans se faire aider, ça demande un certain entraînement…

 

UNE MAGOUILLE EN HUMOUR
*hah…bah…ce n’est pas moi qui s’en plaindrai ! s’exclama
Irving avant de pousser un piaillement bizarre entre l’éclat
de rire et le croassement de corbeau…Cela dit, il faut que
je me dépêche de vieillir parce que je n’ai que 59 ans humhum !
aahh le menteur ! Frank savait très bien qu’il en avait 76 !
(Extrait)

C’est un petit roman drôle qui raconte une histoire abracadabrante. Voyons d’abord un peu le contenu. Voici l’histoire de Gabriella Navajo, elle se fait appeler Gaby. C’est une femme sans histoire qui travaille depuis une quinzaine d’années pour Irving Zukerman, un millionnaire excentrique et extraverti qui a en particulier, une passion pour les beaux jeunes hommes bien faits, bien tournés…sexys. Un jour, elle décide qu’elle en a marre de sa vie de pauvresse, aidée en cela par la découverte, dans une corbeille à papier chez son employeur, d’une boulette de papier dont elle prend connaissance et qui contient rien de moins que la combinaison du coffre-fort d’Irving. Elle ouvre le coffre et y découvre cent-soixante mille dollars, 6 lingots d’or et…un collier magnifique composé de perles noires très rares. Elle découvrira plus tard qu’il s’agit d’un collier hors de prix, ayant appartenu à Jackie Onassis. Elle imagine un plan extravagant pour voler le contenu du coffre et se fait aider pour cela d’une vieille connaissance qui ne brille pas par son honnêteté, Nando qui se fera aider à son tour par une équipe d’incapables. S’ensuit une chaîne d’évènements rocambolesques et loufoques.

Ce n’est pas un roman qui brille particulièrement par la qualité de son scénario ni par son originalité. Une bande de pattes folles qui tente un cambriolage accumulant gaffes et sottises…c’est loin d’être nouveau en littérature. Mais, hormis tous ces détails qui auraient une importance capitale dans un roman dramatique par exemple, ce livre ne m’a pas laissé de répit parce que j’ai ri beaucoup et je me suis attaché à des personnages sympathiques. Dans sa structure, cette histoire contient des éléments qui me rappellent les comédies d’erreur : beaucoup sont prévisibles mais il faut apprécier de quelle façon les choses se passent ainsi que la réaction des personnages. À ce niveau, je dirais que la version audio donne un tout beaucoup plu désopilant grâce à la narration de Marie Lenoir qui rehausse magnifiquement le caractère hilarant du récit avec un registre vocal particulièrement bien travaillé pour chaque personnage. Étant donnés les clichés plutôt abondants dans l’histoire et l’incohérence que j’ai observée dans le scénario, la version audio est peut-être plus à conseiller vu la qualité de la narration.

Quelques passages sont particulièrement intéressants. Le long monologue de Serge Merceau (pas sûr de l’orthographe à cause de la version audio) par exemple, un ancien amant d’Irving, un passage simpliste, déclamé aux limites de la caricature, mais on ne peut faire autrement que d’en rire : *Cette époque gardera toujours pour moi l’odeur de la grande pièce où nous prenions nos repas…un mélange atroce de renfermé et de lait caillé…et le goût des testicules de bœuf qu’on me forçait à avaler dans l’espoir de me viriliser…comme rien n’y faisait, on m’envoya chez les curés pour détourner un garçon de ses pulsions homosexuelles, il fallait y penser…* Ce petit extrait n’est qu’un aperçu du monologue. Oui, ça fait clicher, ça contribue à traîner l’histoire en longueur mais ça vous arrache un sourire, c’est obligé et ça ajoute aussi une petite touche d’émotion. Avec tout ça, est-ce que Gaby réussira à s’approprier la fortune de Zukerman. Faut voir.

Ce livre est loin d’être un chef d’œuvre. C’est un peu n’importe quoi. Mais ce récit m’a apporté quelque chose : de l’évasion, de la détente et du rire. C’est une histoire loufoque, volontairement tirée par les cheveux et comme c’est le cas dans les comédies d’erreur, la qualité du scénario n’est pas toujours une priorité. Personnellement je crois qu’un tel enchaînement de gaffes et de catastrophes devrait être porté à l’écran. Avec une mise en scène soignée, ça pourrait être un film à se tordre les boyaux. En attendant, le lecteur bénéficie de la plume volatile de Stéphane Carlier et d’une narration irrésistible de Marie Lenoir.

STÉPHANE CARLIER

C’est par des chemins détournés que Stéphane Carlier est arrivé au roman. Hypokhâgne, études d’histoire et piges dans diverses rédactions parisiennes, avant d’entrer au ministère des Affaires étrangères qui l’affecte aux Etats-Unis, où il passe dix ans. Il y écrit Actrice, qu’il signe Antoine Jasper et envoie par la poste. Le livre, qui raconte le retour à l’écran d’une star du cinéma français tombée dans l’oubli, est salué par la critique. Encouragé par ce succès, Stéphane continue à écrire « des histoires avec des femmes à qui il arrive de belles choses » : Grand Amour, où l’héroïne prend la route pour aller retrouver en Auvergne un joueur de rugby qu’elle a vu dans un calendrier, et Les gens sont les gens, l’histoire d’une psychanalyste qui recueille un porcelet dans son appartement parisien. Après avoir passé trois ans en Inde, Stéphane s’est installé à Lisbonne en 2014. (lisez.com)

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 1er août 2020

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