LES GESTIONNAIRES DE L’APOCALYPSE

Tome 1, LA CHAIR DISPARUE

LES GESTIONNAIRES DE L’APOCALYPSE
(TOME 1)

LA CHAIR DISPARUE

Commentaire sur le livre audio de
JEAN-JACQUES PELLETIER

*Quand le mépris pour la politique se généralise
et que la confiance dans les institutions disparait
quand les appartenances se dissolvent
et que l’intérêt personnel devient la seule motivation,
quand l’économie souterraine prolifère
et que la débrouillardise est la principale vertu,
alors une société est prête à tomber entre les mains
de toutes les mafias. Le processus est inévitable.
Nous allons civiliser ce processus…*
(Leonidas Fogg,
(Extrait : LES GESTIONNAIRES DE L’APOCALYPSE, tome 1
LA CHAIR DISPARUE, réédition papier 1996, 660 pages, éditions
ALIRE, publication audio : 2018, éditeur : AUDIBLE STUDIO,
durée d’écoute : 20 heures 30 pour le tome 1, version
intégrale.
NARRATION : JEAN BRASSARD

1996…Pour avoir démantelé Body Store, une organisation internationale de trafic d’organes, John Paul Hurtubise a subi de terribles représailles : ses enfants ont été « vidés » de tous leurs organes et ses proches, menacés de mort. 1998… Souffrant du syndrome de « personnalités multiples », Hurtubise, devenu Paul Hurt grâce à l’Institut, se terre dans la région de Québec où il tente d’oublier le passé. Mais voilà : un journaliste offre son cœur – dans une glacière ! – à l’une de ses amies, un artiste fou se met à sculpter dans l’humain, un réseau d’extracteurs sillonne les rues de la ville… Body Store renaîtrait-il de ses cendres ? F, la directrice de l’Institut, croit plutôt que ces récents événements confirment ce qu’elle redoute depuis deux ans : les mafias s’unissent à l’échelle mondiale, et si personne n’intervient, elles risquent de prendre le contrôle de la planète entière.

VERS UNE MAFIA GLOBALISÉE ?
*Je sais que la dignité n’est pas indispensable
dans le métier d’ordure, que c’est même un
handicap mais bon…vous essaierez de faire
un effort*
(Extrait)

LA CHAIR DISPARUE est une longue histoire qui a nécessité plus de 20 heures d’écoute et encore, ce n’est que le premier tome d’une longue saga, une tétralogie en fait. Dans ce récit deux entités s’opposent, s’entredéchirent et s’entretuent. D’une part, il y a le consortium : un rassemblement de groupes mafieux qui travaillent à mondialiser la mafia grâce à de sordides jeux d’alliances qui pourrait aboutir à une espèce de gouvernement mondial de la mafia, un gouvernement parallèle tellement puissant qu’il deviendrait intouchable, inatteignable : *Sans qu’ils s’en doutent, les gens se retrouveraient bientôt avec l’équivalent mondial des Nations-Unies du crime organisé.> (Extrait) l’enjeu principal qui semble vouloir sceller les alliances est le trafic d’organes. La coordinatrice de ce jeu infernal est celle qu’on appelle LA DÉLÉGUÉE spéciale, femme froide et sans conscience également inatteignable.

D’autre part, il y a L’INSTITUT qui travaille à contrecarrer l’expansion de la mafia et qui est dirigée par une femme énigmatique et extrêmement puissante, également inatteignable appelée *f*. Le pivot de l’histoire est celui qui a démantelé BODYSTORE, une organisation internationale de trafic d’organes qui veut reprendre du service : John Paul Hurtubise. Ce dernier ayant subi la vengeance du consortium a subi un choc et a développé le syndrome de dissociation. Une vingtaine de personnalités se bousculent en lui. L’Institut a caché Hurtubise, devenu Paul Hurt dans la région de Québec. Sans le savoir, Hurt se prépare à reprendre du service.

Le consortium se tire dans les pieds à cause de personnages cupides, ambitieux et retors. Un personnage entre autres, un médecin psychopathe, fou à lier qui a inventé L’ART ORGANIQUE en créant des expositions d’un barbarisme innommable à partir de corps humain enlevés et séquestrés : le corps-spectacle qui magnifie les corps dénaturés, désarticulés par les mutilations, les greffes chaotiques, la torture et autres horreurs. Dans ce premier tome de la Saga, le Consortium s’occupe surtout de faire le ménage tandis que l’institut fourbit ses armes et place ses pions.

Dans ce premier tome, l’auteur ne fait pas dans la dentelle. La description est directe, tranchante. Pas de censure, pas de ménagement. Dans le récit, il y a beaucoup d’actions en parallèles. Le fil conducteur est tentaculaire et c’est un peu difficile à suivre. L’auteur ne se gêne pas pour y aller de ses petites observations sur la capacité des humains à être pervers, ça vise aussi les politiciens et les journalistes mais ça n’ajoute pas grand-chose à un récit déjà chargé de passages plus ou moins nécessaires comme les trop nombreux extraits du traité de l’art organique d’Arto ce personnage détraqué qui valorise la dénaturation du corps humain pour réinventer l’art.

Toutefois, le volume a des points très forts; Paul Hurt qui essaie de composer avec toutes les personnalités qui sommeillent en lui. Je me suis attaché à ce personnage courageux et tout son monde…du 20 pour un. Fort, original et profond. J’ai beaucoup appris sur le syndrome de la personnalité multiple.

J’ai aussi trouvé remarquable et touchant le dialogue entre Hurt et un de ses personnages, appelé le VIEUX à la fin du récit. Ce dialogue savoureux et quelques autres éléments mettent en place le tome 2. Pelletier a quand même réussi à faire diversion en créant des personnages un peu burlesques qui viennent alléger le récit. Par exemples, les policiers Grondin et Rondeau. Le premier étant affublé d’une grattelle quasi permanente et l’autre qui appelle son officier supérieur le chef ordure…toléré parce qu’ici la grossièreté est induite par le syndrome de la Tourette. Ils sont drôles, attachants, pas tout à fait en accord avec l’éthique policière. Mais j’étais toujours heureux de la retrouver eux et les JONES 1, 2 3 et ainsi de suite, des anges de la bonne cause dirigés par le frère Guidon. C’est une trouvaille.

Dans l’ensemble, le roman est âpre, touffu, fil conducteur instable. Assez fluide. Je suis à peu près sûr que le deuxième tome est bien meilleur. D’ailleurs le dernier quart du récit m’a rendu addictif.  En passant, j’ai adoré la narration de Jean Brassard à cause de son harmonique vocale particulière mais surtout à cause de sa capacité à moduler sa voix en fonction de chacun des principaux personnages et ils sont quand même nombreux. C’est parfois subtil, c’est surtout très efficace. Il faut être solide pour assumer une constance pendant 20 heures de narration. Respect.

Détenteur d’une maîtrise en philosophie de l’Université Laval Jean-Jacques Pelletier  a enseigné la philosophie de 1970 à 2004 au cégep Lévis-Lauzon. Attentif à l’univers des médias, des arts et de l’informatique, les romans de Jean-Jacques Pelletier s’intéressent de façon particulière à l’embrigadement idéologique, à la manipulation des individus et des foules ainsi qu’aux différentes formes d’exploitation. La passion de l’auteur pour le thriller et la géopolitique ne l’a pas empêché d’explorer l’univers du fantastique – à preuve « la Bouche barbelée », nouvelle qui remportait en 1993 le concours de nouvelles de Radio-Canada. Cette recherche s’est poursuivie avec la publication de deux recueils de nouvelles: L’homme à qui il poussait des bouches et L’Assassiné de l’intérieur.  Il a aussi publié des articles, des nouvelles ainsi qu’une novella ayant pour thème le phénomène de la radio poubelle: « Radio-Vérité — La radio du vrai monde ». Pour consulter la bibliographie de Jean-Jacques Pelletier, cliquez ici.

Voici comment est présenté Jean Brassard sur voices.com : Baryton chaud, profond, romantique, affirmé, amical, animateur sportif, sexy, ludique, jeune, acteur de caractère, grand sens du rythme, chanteur, narration. Conférencier francophone. Accents français ou canadiens-français et Standard américain. Connaissance pratique de l’espagnol, de l’allemand. Langues : Français (Canadien), Français. Compétences spéciales : Animation, Livres audio, Business, Documentaires, Éducatif, Vidéo Internet, Bande annonce, Baladodiffusion, Radio, Téléphone, Télévision, Jeux vidéo. Expérience : 30 ans d’expérience dans le domaine de la voix off à New York, ainsi qu’en France, au Canada et quelques emplois en Australie!

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 25 juillet 2020

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