DESMOND PUCKET la magie monstre

DESMOND PUCKET
La magie monstre

Commentaire sur le livre de
Mark Tatulli

 (Extrait : DESMOND PUCKET LA MAGIE MONSTRE.
Texte et 
illustrations: Mark Tatulli, t.f. pour le Canada : Les Éditions
Héritage, 2014, édition de papier, Dominique et Compagnie,
littérature jeunesse, 235 pages)

CHASSEZ LE NATUREL ET IL REVIENT AU GALOP  

Desmond Pucket est un ado passionné par les effets spéciaux et les trucages. Il a une imagination sans limite. Son monde est peuplé de magies monstrueuses. Il excelle dans l’invention de toutes sortes de trucages et  de dispositifs pour provoquer surprises, peurs et frissons. Dans LA MAGIE MONSTRE, Desmond est sur le point de réaliser son rêve : visiter la JETÉE ENCHANTÉE dans le cadre d’une sortie scolaire. Mais voilà, parce que Desmond pousse ses effroyables blagues un peu trop loin, il est menacé d’être privé de cette sortie tant souhaitée, ce qui le priverait d’une attraction très prisée : la Montagne aux Monstres. Desmond aura tout un défi à relever : éviter son renvoi de l’école et prouver qu’il peut être sérieux et digne de confiance. Mais est-ce qu’il saura éviter les pièges et rester fidèle à lui-même. Notre spécialiste en *froussologie* a du pain sur la planche. 

LA MAGIE DU MOMENT

*…pour l’instant, mon passe-temps ne plaît pas
aux adultes. Surtout aux enseignants et aux
types chauves à l’air important qui portent
des lunettes de lecture en demi-lune et des
chandails verts caca d’oie, aussi appelés
«autorités scolaires».
(Extrait : DESMOND PUCKET LA MAGIE MONSTRE)

Si mes fréquentes incursions dans la littérature-jeunesse m’ont beaucoup fait sourire, Desmond Pucket lui, m’a carrément fait rire. Desmond Pucket est un personnage créé par Mark Tatulli : Desmond est un ado énergique et brillant, passionné par les effets spéciaux et la magie, et, parallèlement, créateur de tours pendables et de farces. Il se présente lui-même au début du récit : *…j’adore les trucs qui font peur. Je suis un professeur de froussologie, avec une maîtrise en monstrologie…j’invente, dessine et crée mes propres effets spéciaux monstrueux. Un jour, je deviendrai riche et célèbre en créant les plus incroyables et effroyables manèges hantés de parc d’attractions au monde. C’est mon rêve.* (Extrait : DESMOND PUCKET LA MAGIE MONSTRE)

LA MAGIE MONSTRE est donc le récit de Desmond Pucket qui caresse le rêve de visiter la Jetée Enchantée et plus particulièrement la Montagne aux Monstres. Or, une occasion se présente : une sortie avec son école. Mais comme Desmond s’attire tout de sortes d’ennuis avec ses talents particuliers, il finit par être privé de la sortie rêvée. Il doit relever tout un défi : se racheter et prouver à tous et en particulier au grincheux professeur Supliss qu’il peut être sérieux.

Depuis ma propre adolescence et même aussi loin que je puisse remonter, je constate que les jeunes recherchent à peu près toujours les mêmes éléments dans leurs lectures : des frissons, un brin d’angoisse, une bonne dose d’aventure et surtout beaucoup d’humour.

Dans DESMOND PUCKET LA MAGIE MONSTRE, il y a tout ce qu’il faut pour garder l’intérêt du jeune lecteur et de la jeune lectrice jusqu’à la toute dernière page : une imagination débordante, de l’humour spontané mis en valeur par des illustrations très descriptives et drôles, un texte en gros caractère et très bien ventilé, le tout présenté dans une alternance de textes et de bandes dessinées. Et, pour ajouter à une histoire très riche en rebondissements, Desmond Pucket a un petit sentiment pour ce qu’il considère la plus belle fille de son école : Tina Schimsky. Il nous la décrit d’ailleurs avec beaucoup d’humour:  *Si l’on pouvait la brancher à un générateur, cette fille illuminerait toute une ville* (Extrait : DESMOND PUCKET LA MAGIE MONSTRE).

Sans être moralisateur, le livre est porteur d’une petite réflexion sur l’authenticité, la tolérance et la persévérance. Bref, j’ai passé un beau moment de lecture. J’en suis sorti détendu et de bonne humeur et j’ai pu apprécier un auteur-illustrateur de talent, Mark Tatulli, et profiter de l’excellence de la traduction d’Isabelle Allard. J’aurai peut-être l’occasion de revenir sur Desmond Pucket car LA MAGIE MONSTRE annonce une suite probable…sans doute les péripéties de notre jeune héro à la Montagne aux Monstres.

Enfin je recommande DESMOND PUCKET LA MAGIE MONSTRE à tous les jeunes de 8 ans et plus. J’en ai profité pour parcourir les titres de l’éditeur DOMINIQUE ET COMPAGNIE…c’est très prometteur…

Mark Tatulli est un auteur américain né en 1963, spécialiste de la bande dessinée, de l’animation et de la supervision graphique. Il s’est fait connaître par son *comics trip*. Il a  toutefois atteint la notoriété avec Liõ, un petit garçon vivant seul avec son père et ses animaux familiers : une araignée, un cobra, un chat, un céphalopode et un homard… En 2013, Tatulli crée un jeune personnage débordant d’énergie et d’imagination qui pourrait bien devenir récurrent dans la littérature-jeunesse, DESMOND PUCKET LA MAGIE MONSTRE est le premier titre de la série.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
29 janvier 2017

 

ALICIA N’EST PAS RENTRÉE

Alicia n’est pas rentrée

Commentaire sur le livre d’
Hervé Giliénine

*Je lui ai dit de m’oublier, elle devait vivre sa vie,
je ne lui écrirai pas, je ne lirai pas ses lettres, je
ne la reverrai pas. Elle m’a répondu qu’elle serait
là quand la porte de la prison claquerait dans
mon dos.*
(Extrait : ALICIA N’EST PAS RENTRÉE, Hervé Giliénine,
Prem’Edit 77, 2012, éd. Numérique, 400 pages.)

ALICIA N’EST PAS RENTRÉE raconte l’histoire de Thomas Vogèle,  garçon tranquille, intelligent, passionné de football. Il a plusieurs amis. Parmi eux, Alicia, petite orpheline recueillie par ses grands-parents, voisins de la famille de Tom. Un jour, Alicia disparaît. Parallèlement, Tom est reconnu coupable du meurtre involontaire d’un voyou qui harcelait Alicia et est envoyé en prison. Au bout de sa peine de 9 ans, il part à la recherche d’Alicia. La raison en est très simple : un jour, il lui a promis qu’il la rechercherait jusqu’au bout du monde si elle venait à disparaître. Thomas ne se doute pas qu’il s’apprête à mettre à jour de très lourds secrets…

Le poids du secret
*Peter Jacobson jeta un coup d’œil circulaire autour
de lui de peur que des silhouettes armées de
machettes quittent l’ombre des bois au son d’un
tam-tam lancinant. –Je vous souhaite de
découvrir ce qui est arrivé à votre amie. Et, qui
sait, de la retrouver saine et sauve…*
(Extrait : ALICIA N’EST PAS RENTRÉE, Hervé Giliénine)

 

ALICIA N’EST PAS RENTRÉE est un roman noir, dur, à très forte intensité dramatique. Ce livre est *venu me chercher* très rapidement, spécialement à cause de cette aura dense et particulière que l’auteur a installée autour de l’énigmatique Alicia, une jeune fille née vraiment sous une mauvaise étoile. Cette histoire m’a captivé et même choqué, sachant au départ qu’elle est basée sur un fait vécu.

L’histoire est celle de Thomas Vogèle, un jeune homme sans histoire qui a quelques amis évoluant dans un cercle semblant assez fermé : Sandrine, sa meilleure amie et son petit frère Romain, Boule, Frank, le frère de Thomas, René et évidemment Alicia, une petite orpheline recueillie par ses grands-parents et que Thomas affectionne comme une petite sœur. Un jour, Thomas se bagarre avec un des frères Marchiani parce que ce dernier harcelait Alicia. Thomas tue Marchiani involontairement et ça le conduit en prison pour 9 ans. Entretemps, Alicia disparaît mystérieusement et on ne la revoit plus.

À sa sortie de prison, Thomas va tenir une promesse étrange qu’il avait faite jadis à Alicia : la retrouver, même au bout du monde, si elle venait à disparaître. L’histoire est centrée sur l’enquête de Thomas qui mettra au jour des secrets très pénibles. Dans cette histoire, il n’y a pas d’interventions policières, mais un journaliste contribuera à faire avancer Thomas dans sa quête. Évidemment, je ne vous raconterai pas la finale, mais sachez toutefois qu’elle pourrait vous donner des frissons dans le dos.

C’est une histoire qui évolue lentement et dans laquelle le mystère épaissit au fil des pages. La forme littéraire de ce roman est un peu particulière car l’auteur y a inséré de fréquents retours sur le passé. Il n’y a qu’un pas parfois pour confondre passé et présent. Aussi, la lecture de ce récit exige-t-elle du lecteur une bonne concentration. Je dois avouer que cette façon de faire évoluer une histoire, fréquente en littérature, m’agace un peu. Mais le fil conducteur du roman, la quête de Thomas, est extrêmement solide et amène le lecteur dans des zones sombres, voire sordides par moment.

C’est un premier roman pour Hervé Giliénine. Je crois qu’il a investi avec succès dans la psychologie de ses personnages et la fluidité de sa plume. Il ne s’est pas encombré de fantaisies structurelles. Il n’y a même pas de chapitres dans ce livre, les changements étant signalés par des débuts de paragraphes en caractère gras. Je crois que ça nuit un peu à la ventilation du récit mais ici, c’est l’intensité dramatique de l’histoire qui fait toute la différence. Elle est marquée par un crescendo qui amène le lecteur et la lectrice vers une finale choquante et bouleversante.

Je recommande donc ALICIA N’EST PAS RENTRÉE, un bon roman, riche en suspense et très captivant. Une très belle entrée pour Hervé Giliénine dans l’Univers littéraire.

BONNE LECTURE
JAILU
le 22 janvier 2017

LE CRUCIVERBISTE

Le cruciverbiste

Commentaire sur le livre de
Claire Cook

*Vous aimez jouer madame la détective?
Cela se voit, cela s’entend. J’ai un
pressentiment…ou devrais-je dire une
certitude…les lettres trouvent leur place
dans les cases jusqu’à maintenant. Je
me trompe? Je suis ravi que la récréation
vous plaise. Alors, jouons encore! Et si
je vous provoquais en duel?*
(Extrait : LE CRUCIVERBISTE, Claire Cook, Les
Éditions Goélette, 2015, papier, 500 pages)

Joseph Dunstan, un courtier reconnu pour ses dettes de jeu, est assassiné. L’enquête est confiée à la lieutenante-détective Emma Clarke de la Sûreté du Québec. La détective est entraînée dans un horrible jeu imaginé par un meurtrier aussi brillant qu’ignoble. Le tueur convie Emma Clarke à un véritable défi intellectuel en utilisant une grille de mots croisés pour la mettre sur la piste. Mais les énigmes sont complexes et font appel à un sens de la déduction très au-dessus de la moyenne. Pour Emma, c’est un énorme défi dans lequel se mêle la religion, le latin et toujours cette mystérieuse grille de mots croisés que le meurtrier lui dévoile par fragments…

Le verbicruciste
versus
Le cruciverbiste
*Redevable depuis bien trop longtemps déjà,
l’imposteur n’a eu que ce qu’il méritait. Sa
gorge n’aura plus le loisir de raconter, de
débiter ou de propager quoique ce soit.
(Extrait : LE CRUCIVERBISTE)

C’est un roman complexe mais passionnant. Son sujet est original, peu courant en littérature : un tueur fournit à une lieutenante-vedette de la Sûreté du Québec une grille de mots-croisés ainsi que des indices pour mettre la policière sur la piste de ses meurtres… *Je t’ai choisi parmi tous pour résoudre cette grille et je te donnerai tous les indices possibles pour me retrouver.* Ici, le cruciverbiste, soit l’amateur de mots-croisés devient le verbicruciste, celui qui crée une grille. Dans ce cas-ci la grille au départ ne contient qu’un mot : DESTIN et des cases noires formant quatre croix, le tout dans une parfaite symétrie.

Donc la policière Emma Clarke se voit lancé un défi intellectuel tout à fait tordu : découvrir le meurtrier et limiter les dégâts en remplissant la grille. Emma ne fait pas que jongler avec les mots et le fait que toutes les victimes appartiennent au monde de l’immobilier, elle doit aussi composer avec les nombres, le latin sans oublier la religion qui devient omniprésente dans son enquête.

Ce livre est non seulement une trouvaille, il est aussi un défi pour le lecteur à qui on fournit même une grille pour lui permettre de placer ses indices au fur et à mesure qu’ils sont fournis par le tueur.

Il s’agit d’un premier roman pour Claire Cook et je crois vraiment que son livre LE CRUCIVERBISTE constitue pour elle un excellent départ dans l’univers de la littérature. Le récit contient beaucoup de forces : les personnages sont bien définis, la trame est complexe mais progressive et ne dévie jamais du fil conducteur. L’écriture est précise. Il y a des rebondissements intéressants et la finale est imprévisible. Impossible de déterminer l’identité du meurtrier sans la grille ou encore de suivre avec force concentration l’évolution de l’enquête et encore, ce n’est pas simple, LE CRUCIVERBISTE est un véritable défi de 500 pages pour le lecteur. C’est un défi passionnant qui garde en haleine jusqu’à la fin.

Quant aux faiblesses, disons que dans la première moitié du livre, je me suis souvent perdu dans cette quantité impressionnante de personnages qui évoluent dans le récit. On s’y perd, mais ça se rétablit graduellement vers le milieu du récit. Enfin, je peux comprendre qu’Emma accepte de participer à un jeu auquel la convie le tueur à l’esprit aussi fêlé qu’intelligent, mais tout au cours du récit, elle y prend goût et le jeu prend presque les allures d’un pari, le mot divertissement étant peut-être un peu exagéré. Je n’étais pas vraiment à l’aise avec ce choix de l’auteure. C’est vrai, je l’avoue, c’est très personnel comme perception.

Il reste que j’ai beaucoup aimé ce livre. Son rythme est rapide. Il se lit bien quoiqu’il exige toute la concentration du lecteur. Il est difficile de se défaire du livre avant d’en avoir terminé la lecture. Un livre horizontalement et verticalement brillant.

Claire Cook, native de Montréal au Québec a œuvré dans le milieu juridique où elle assistait des avocats en droit criminel et en droit du travail. Puis elle a fait carrière pendant plus de 25 ans dans le domaine de l’immobilier. Sa vaste expérience et son grand intérêt pour la littérature policière l’ont largement inspiré pour l’écriture de son polar LE CRUCIVERBISTE et lui ont permis de faire partie du jury du prix Tenebris en 2013. Le prix Tenebris est remis à l’auteur (e) qui a le plus contribué au rayonnement de la littérature policière de langue française en général et de la littérature policière québécoise en particulier.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
15 janvier 2017