L’EXÉCUTEUR

L’EXÉCUTEUR

Commentaire sur le livre de
Catherine Doré

 *Tu pensais avoir tout compris hein salope?…
J’ai des petites nouvelles pour toi ma beauté.
C’est moi qui dirige! Moi! Michel L’exécuteur!
Je suis le bras armé de Dieu!…J’exécute sa
volonté, et, aujourd’hui, sa volonté réside
dans ton exécution!*
(Extrait : L’EXÉCUTEUR, Catherine Doré, Éditions de
Mortagne, 2005, édition de papier, 500 pages)

Désirant fuir l’agitation des grandes villes, Marie-Paule et Pierre se portent acquéreurs d’une maison de campagne pour y couler des week-ends paisibles. Malheureusement, la paix ne sera pas au rendez-vous car en plus d’avoir des voisins pour le moins étranges et son énigmatique ancien propriétaire qui est souvent sur son chemin, une chaîne d’évènements amène Marie-Paule à se pencher sur le mystérieux passé de la région : disparitions, morts suspectes et même des exorcismes en plus du troublant suicide de la mère d’un enfant jadis rejeté par la communauté. La curiosité et les recherches de Marie-Paule l’amènent à rencontrer Simon Bernard, un détective rebelle à l’autorité qui suit la piste d’un tueur en série. Un genre de collaboration s’installe entre Simon et Marie-Paule mais cette collaboration pourrait bien précipiter la jeune femme vers un destin dramatique.

PASSÉ TROUBLE
*Oh Michel! Michel! Qu’as-tu fait? Ton obsession déraisonnable
pour cette femme! Tes colères incontrôlées…Cette funeste
rencontre avec cette incroyable femme. Les cloisons ne sont
plus étanches…! La terre sacrée a été profanée! Michel est
hors de contrôle. L’enfant se cache, terrorisé par les
évènements. Le porteur commence à se douter de quelque
chose. Nous devons agir…*
(Extrait : L’EXÉCUTEUR)

 L’exécuteur est le premier roman de Catherine Doré et je crois que c’est un bon départ. C’est un thriller intéressant qui amalgame efficacement l’intrigue, les énigmes et l’action. Le rapport de forces et de faiblesses est positif, la principale faiblesse étant que l’histoire est un peu prévisible. C’est dans l’originalité que réside la principale force. L’auteure n’a pas choisi la facilité car elle a attribué à son tueur psychopathe le syndrome dissociatif de la personnalité.

Ce syndrome, appelé aussi *trouble de la personnalité multiple* a toujours été pour la psychiatrie un défi de taille et pas facile du tout à soigner. À une certaine époque où le syndrome n’était pas formellement identifié, on parlait de possession démoniaque. Rien de moins. Le défi pour le lecteur, et c’est là que je me suis régalé, est de démêler toutes les personnalités de l’assassin qui ont chacune leur caractère propre. Pour que le tout se tienne et amène le lecteur à la compréhension des motivations du psychopathe, l’auteure a du faire une sérieuse recherche, non seulement sur le trouble identifié comme tel mais aussi sur la psychopathologie, la psychiatrie, la parapsychologie et même sur l’exorcisme car cet art est évoqué dans l’histoire.

Le défi était autant intéressant qu’une des personnalités du tueur n’était rien d’autre que le bras vengeur de Dieu. L’Église et des prêtres sont donc impliqués dans cette fiction ce qui n’est pas sans nous inciter à nous questionner sur tout ce que l’église a à cacher. C’est une fiction bien sûr, mais elle a un petit quelque chose de très actuel sur les plans scientifique, psychologique, social et judiciaire.

Donc ça fait beaucoup d’éléments à démêler mais le fil conducteur est solide et la tension dramatique est palpable, spécialement dans le dernier quart du livre ou je réussissais à me mettre à la place du détective Simon Bernard qui naviguait d’énigmes en énigmes alors que les secondes était comptées. L’ensemble est bien dosé et l’action monte en crescendo.

L’histoire est d’autant intéressante qu’elle m’a fait réfléchir un peu sur les interactions existantes entre le domaine judiciaire et la psychiatrie. Ce n’est pas simple. Disons que dans L’EXÉCUTEUR, un meurtrier reste un meurtrier et rien ne l’excuse. C’est à la cour de trancher et je vous laisse découvrir si on se rendra là.

Bref, j’ai savouré un scénario développé avec intelligence dans lequel on trouve des personnages dotés de caractère fort et où on est appelé à essayer de comprendre ce qui se passe dans un corps qui semble abriter plusieurs âmes…

Divertissant…ça se lit vite et bien.

NOTE BIOGRAPHIQUE SUR CATHERINE DORÉ

Malheureusement, au moment de rédiger cet article, je n’ai pu trouver aucune photo acceptable de l’auteure.

Catherine Doré est une écrivaine québécoise. Elle a évolué comme professionnelle de la recherche au département de psychologie de l’UQAM. Son intérêt pour la lecture s’est manifesté dès la préadolescence. Dans la jeune quarantaine, elle se met à l’écriture et produit un recueil expérimental de nouvelles mais le produit fini se transforme en fin de compte par un roman de 450 pages : L’EXÉCUTEUR.

BONNE LECTURE
JAILU
10 JUILLET 2016


LES CHRONOLITHES

Les Chronolithes

Commentaire sur le livre de
Robert-Charles Wilson

*Lorsque l’expédition s’est approchée du cœur de la
cité, le chronolithe a commencé à apparaître dans
chaque plan. De loin, dominant le fleuve, ou de près,
imposant dans la mi-journée tropicale. Le monument
était d’une propreté ahurissante. Les oiseaux et les
insectes eux-mêmes l’évitaient.*
(extrait de LES CHRONOLITHES de Robert-Charles Wilson,
Folio, t,f, Éditions Denoël, 2003, 295 pages, num.)

LES CHRONOLITHES  raconte l’histoire de Scott Warden, un américain qui, lors de son passage en Thaïlande, est témoin de l’apparition d’un énorme et mystérieux obélisque venu d’on ne sait où. Cette structure parfaite qu’on appellera CHRONOLITHE est faite d’une matière inconnue, apparemment impénétrable et commémore les exploits d’un mystérieux personnage légendaire appelé Kuin. Dans les années qui suivent, les apparitions de Chronolithes se multiplient partout dans le monde  et graduellement rendent l’équilibre de la planète extrêmement précaire. La vie de Warden bascule lorsqu’une femme ayant développé une expertise des  Chronolithes lui apprend qu’il aura un rôle à jouer dans cette histoire et qu’il pourrait peut-être éviter le cataclysme final.

CAUCHEMAR…UN PRÉSENT DU FUTUR

*La présence du monument à cet endroit-là
était en soi d’une étrangeté aveuglante,
et pourtant, on ne pouvait se méprendre
sur sa solidité ni sur son poids, sa taille ou
sa stupéfiante incongruité…*
(extrait : LES CHRONOLITHES)

 LES CHRONOLITHES est le récit de Scott Warden qui, à 70 ans, fait un retour sur les évènements dramatiques qui ont marqué sa vie : l’apparition, la multiplication dans le monde de mystérieux et énormes monuments commémorant les victoires à venir (20 ans plus tard) d’un mystérieux personnage, conquérant et guerrier, appelé KUIN, ainsi que le chaos géopolitique qui va s’ensuivre et bouleverser l’ensemble de l’humanité.

Bien que les sauts et les paradoxes temporels et la lente évolution de l’effet Papillon vers la théorie du chaos soient des thèmes très répandus et très chers à la littérature de science-fiction, le sujet du livre est très original et développé de façon intelligente et crédible en plus de véhiculer des questionnements aussi sérieux que complexes : comment le futur peut venir influencer le présent? Peut-on changer le futur? Les coïncidences et le hasard sont-ils plausibles?

Toute la richesse du récit repose à mon avis sur le bouleversement social engendré par l’apparition dramatique de ces monuments appelés CHRONOLITHES, ce qui n’est pas sans nous faire réfléchir sur les influences qui modèlent les courants de pensée et les comportements de masse. Par exemple, dans ce récit, il se développe autour des chronolithes et de l’effigie de Kuin une philosophie, un mode de pensée et de vivre et surtout une déstabilisation à l’échelle mondiale de l’ordre établi. L’humanité se divise en deux grandes factions : PRO-KUIN et ANTI-KUIN. Comme il est impossible de ne pas prendre position, le tout prend l’allure d’une guerre de religion, sans même savoir vraiment qui est Kuin et ça c’est un élément qui a monopolisé mon attention. Voici un extrait qui exprime parfaitement ma pensée :

*Il semble évident que c’était justement parce qu’on ignorait qui était KUIN que cela le rendait dangereux. Son programme se réduisait à la conquête, son idéologie à la victoire ultime. En ne promettant rien, il promettait tout.* (extrait de LES CHRONOLITHES) Le fait que KUIN soit devenu graduellement une idée, une mythologie, un symbole universel est l’élément qui fait toute la richesse et la complexité du récit.

Donc LES CHRONOLITHES est un livre riche et passionnant et dont le réalisme, sur le plan social frappe l’esprit de façon parfois effrayante. Il a une petite faiblesse, du moins en ce qui me concerne : l’histoire n’est pas suffisamment développée sur le plan scientifique. On y évoque des théories avérées comme la relativité et les déplacements temporels et on y trouve des théories pour les besoins du récit, un peu pâteuses comme la Turbulence Tau, mal définie et peu expliquée. Mais c’est très personnel comme opinion et il est très possible et même probable que ce soit tout à fait voulu par l’auteur.

Je vous recommande donc LES CHRONOLITHES en particulier pour les interrogations que l’ouvrage soulève. Par exemple, comment la croyance profonde d’un futur défini peut-elle pousser celui-ci à se réaliser. Vu l’état actuel de la situation sur la terre, quelle sorte de futur sommes-nous en train de préparer? Que sera demain compte tenu de la logique des faits actuels?

C’est un roman profondément humain qui pose les bonnes questions.

Robert-Charles Wilson (1953-    ) est né en Californie mais il n’y est resté que quelques années avant de déménager au Canada, à Toronto, où il vit au moment d’écrire ces lignes. Il a été naturalisé canadien en 2007. Très vite, il prend goût à l’écriture. Il écrit ses premières nouvelles dans les années 70 et ses premiers romans dignes d’intérêt sont livrés à la fin des années 90 : Darwinia et Mysterium. Wilson est lauréat de nombreux prix. LES CHRONOLITHES s’est vu décerné le prix John W Campbell en 2002. SPIN, écrit en 2007,  son œuvre la plus remarquable s’est vue remettre le prix HUGO du meilleur roman en 2006 et le grand prix de l’imaginaire en 2007.

BONNE LECTURE
JAILU
3 JUILLET 2016