LE PÈRE NOËL S’APPELLE BASILE

LE PÈRE NOËL S’APPELLE BASILE

Commentaire sur le livre de
PIERRE PELOT

*Basile ne répondit pas, ne trouva pas un mot
ni un son, rien que la sécheresse soudaine au
fond de sa gorge. Ce ton employé soudain
par l’homme avait un effet plus glaçant que
l’extérieur embrouillasse.*

(Extrait: LE PÈRE NOËL S’APPELLE BASILE, Pierre Pelot,
éditions Bragelonne, 2013, Castelmore, édition
numérique, 80 pages, littérature jeunesse 7-10 ans)

Habituellement, Basile, neuf ans, rentre de l’école avec son père ou un autre parent d’élève. Mais ce jour-là est un peu particulier… Ce jour-là, la maîtresse a reçu un coup de téléphone qui l’a forcée à abandonner sa classe plus tôt que prévu. Ce jour-là, le petit garçon a décidé que rentrer à pied pour aller voir les décorations de Noël était une bonne idée. Ce jour-là… c’est le jour où Basile va faire la connaissance d’un jeune homme d’apparence sympathique, et accepter sans le savoir de conduire un agresseur à sa victime… En fait, l’homme que Basile rencontre est un père Noël très particulier….

 Un déclic qui clique
*Allez. Vite, souffla Livio.
Je ne suis pas fou tu vois…
C’est ce qui fait la différence,
sans doute…*
(Extrait : LE PÈRE NOËL S’APPELLE BASILE)

 Voici l’histoire d’un jeune garçon de 9 ans, Basile Hordeau, fils d’un acteur, Gérard Hordeau qui incarne l’inspecteur Dalong dans une populaire télésérie policière. Basile est un petit garçon généreux de nature. Un jour, sorti plus tôt de l’école parce que sa maîtresse a dû s’absenter, il décide d’aller admirer les magnifiques décorations de Noël dans le centre-ville. Mais il n’en parle à personne. Ce soir-là, Basile aurait aimé être le Père Noël. Mais il ne rêvassa pas longtemps car il fût approché par un inconnu, un homme appelé Livio. Basile ne le savait pas mais Livio était un homme instable qu’il était préférable de ne pas contrarier. Livio cherchait une personne que Basile connaissait. Sans le savoir, Basile allait amener Livio à sa victime.

Ce récit qui est très court est classé thriller de Noël, mais en réalité c’est un conte. Avec un petit rebondissement et une petite morale. En fait, il va se passer quelque chose dans l’esprit de Livio. Un petit quelque chose qui vient nous rappeler que des personnes d’apparence foncièrement mauvaise ne sont dans les faits, pas si méchantes que ça. Et puis il ne faut pas oublier qu’il y a la magie de Noël…n’est-elle pas capable de changer les cœurs… ? Basile n’a que 9 ans, il n’a pas encore trouvé une définition sérieuse du mal. Vous vous doutez sans doute que l’innocence et la pureté de cœur imprègnent le récit.

C’est une histoire légère et un peu linéaire. Il s’en dégage peu d’émotions. Basile va toutefois connaître la peur : *Il avait une voix maintenant rauque, glissée entre ses dents et ses lèvres sur un ton presque chantant, léger, terriblement venimeux pourtant. Ce ton-là acheva de transformer en véritable crainte ce qui venait d’éclore et s’était installé dans le ventre de Basile*. (Extrait) Beaucoup d’aspects sont sous-développés dans le récit. En particulier le changement radical qui s’est opéré dans l’esprit de Livio : *L’homme se retourna. Une seconde, une éternité, le fusil fut braqué dans le mouvement droit sur Basile. Le bras retomba. De nouveau, la pesanteur du temps figea les gestes, les regards indéfiniment .* (Extrait)

L’auteur avait au départ l’idée, l’argumentaire et en fait tout ce qu’il faut pour publier un véritable thriller de Noël même et surtout en s’en tenant à la littérature-jeunesse. Il aurait été intéressant d’en savoir plus sur Livio, son passé, son attitude, ses motivations. Et puis je n’ai pas parlé de Dominique Xadé. C’est la maîtresse d’école de Basile et elle joue un rôle très important dans l’histoire mais la psychologie et les motivations de Dominique sont à peine effleurées. Il y a Nicolas aussi, le conjoint de Dominique, fabricant de jouets de son état. Son rôle aurait pu être renforcé de façon significative l’atmosphère de Noël qui, me semble-t-il, fait un peu défaut parfois dans le récit.

Je m’attendais à plus, je m’attendais à mieux mais c’est quand même une belle petite histoire qu’un père ou une mère pourrait raconter à son enfant en alternant les sourires et les gros yeux. Et puis Pellot a créé un personnage principal très sympathique. Basile est terriblement attachant et il devient naturel pour les jeunes lecteurs de s’y attacher et c’est sans compter sur son engouement pour les décorations de Noël : *C’était ce spectacle que Basile était venu contempler. Aux approches de Noël, à l’éclosion des décorations urbaines, il se sentait volontiers inspecteur vigilant du phénomène. Instinctivement concerné.* (Extrait)

L’histoire est courte et manque d’actions mais j’ai passé un bon moment avec Basile. C’est une lecture sympathique. Je vous suggère donc ce livre à inclure dans votre bibliothèque de Noël. J’en profite pour vous souhaiter un très très joyeux temps des fêtes. On se retrouve en 2018.

Pierre Pelot est un auteur Vosgien né en 1945. Il a écrit plus de cent cinquante romans dans les genres les plus divers, dont beaucoup ont été traduits dans plus de 20 langues. Avec des œuvres dont DELIRIUM CIRCUS ou LA GUERRE OLYMPIQUE, il reste l’un des meilleurs auteurs de SF française. En compagnie d’Yves Coppens, il a signé LE RÊVE DE LUCY et SOUS LE VENT DU MONDE. ÉTÉ EN PENTE DOUCE a été adapté au cinéma. Le film a connu des succès flatteurs…

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 17 décembre 2017

 

 

LE BONHOMME DE NEIGE

LE BONHOMME DE NEIGE
Une enquête de l’inspecteur Harry Hole

Commentaire sur le livre de
JO NESBO 

*Au moment de se coucher, elle voulut se
blottir contre lui. Mais elle ne put pas. Ne
put se résoudre à le faire. Elle était impure.
-Nous allons mourir- avait lâché la voix au
téléphone. Nous allons mourir, catin*
(Extrait : LE BONHOMME DE NEIGE, Jo Nesbo,
Gallimard, série noire, 2007, éd. Numérique,
430 pages.)

Un jour de novembre 2004, un bonhomme de neige sorti de nulle part se retrouve dans le jardin des Becker, le regard tourné vers les fenêtres de la maison. La nuit suivante, madame Becker disparaît. Un maigre indice, son écharpe rose se retrouve au cou du bonhomme de neige. Parallèlement, l’inspecteur Harry Hole reçoit une lettre annonçant d’autres victimes. Une lettre signée…*le bonhomme de neige*…un tueur en série sévit en Norvège. Le seul indice récurrent mais bien maigre : un bonhomme de neige…un spectre de la folie…

UN BON CRU(el) NORVÉGIEN
*…le congélateur…laissait voir quelque chose pressé
à l’intérieur…les genoux pliés et la tête appuyée
vers le haut contre l’intérieur du congélateur. Le
corps était couvert de cristaux de glace, comme
une couche de moisissures blanches qui s’en serait
repue, et la position torturée du corps était à
l’unisson du cri de Katerine…*
(Extrait : LE BONHOMME DE NEIGE)

 C’est une histoire complexe développée avec une lenteur parfois exaspérante, très caractéristique de la littérature Norvégienne. La faiblesse du récit réside dans le fil conducteur qui prend souvent toutes sortes de directions. Ajoutons à cela que l’intrigue est bourrée de fausses pistes, de démarches qui n’aboutissent pas, de retours à la case départ. Ça ne m’a pas beaucoup gêné car j’ai compris dès les premières pages que l’auteur me lançait le défi de sortir d’un labyrinthe bourré d’indices, souvent trompeurs, et me laissant le choix de trouver le coupable parmi une foule de candidats potentiels. Mais quand la lumière commence à jaillir dans le dernier quart du livre, ça devient génial.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre est la psychologie des personnages, Harry Hole en tête, héro récurrent dans l’œuvre de Nesbo : un personnage précédé par sa réputation d’esprit tordu et d’alcoolique qui évolue laborieusement dans une enquête difficile d’une remarquable minutie où il y a tellement de détails que le lecteur a parfois l’impression de déraper. Mais dans la finale qui est remarquable, on voit l’importance de chaque détail, rassuré à l’idée que l’auteur n’a rien laissé au hasard.

L’histoire est originale. L’idée de précéder les meurtres par l’édification d’un bonhomme de neige est une trouvaille car les bonhommes de neige parlent d’une certaine façon, dévoilent des indices, reflètent la psychologie du tueur et bien sûr obnubilent les policiers. Hole en tête. Tout le livre comporte beaucoup de petites forces qui retiennent le lecteur dans sa toile. Outre la toponymie chantante de la Norvège, la plume est forte, la structure narrative happe le lecteur qui se sent attiré par les nombreux rebondissements. On sent que l’auteur maîtrise son art.

C’est un roman noir. Son atmosphère se fige parfois en une sensation lugubre car les bonhommes de neige conduisent implacablement à des chefs d’œuvre de cruauté de la part d’un tueur aussi froid et dépourvu de moralité que ses œuvres de neige. La découverte très lente et très graduelle de la psychologie de ce monstre m’a tenu en haleine.

Je veux rappeler en terminant que si je recommande ce livre, je le fais sous la réserve suivante : C’est tout le récit dans son ensemble qui fait appel à la patience du lecteur parce qu’il comporte de nombreux changements de direction, de fausses pistes, de virages imprévus. Aussi, bien que l’histoire soit très longue à démarrer, je vous suggère de bien vous concentrer sur les premières pages car elles contiennent des éléments importants qui vous feront apprécier grandement l’ensemble du récit.

Vous êtes maintenant prêts à entrer dans une histoire à donner froid dans le dos et à savourer ainsi toute l’intensité de la plume scandinave.

Jo Nesbo est norvégien. Il est né à Oslo  le 29 mars 1960. C’est ce que j’appelle un homme-orchestre, un talentueux touche-à-tout : auteur-interprète, musicien, journaliste spécialisé en économie et écrivain très renommé. De 1993 à 1998, il a écrit et interprété les grands succès d’un des groupes musicaux les plus populaires de Norvège : DI DERRE. Un an avant de quitter le groupe, il se lance dans l’écriture littéraire. Le succès est instantané avec L’HOMME CHAUVE-SOURIS, prix du meilleur roman policier nordique en 1998. Plusieurs autres romans suivront dont ROUGE-GORGE, consacré meilleur polar norvégien de tous les temps par les lecteurs.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 16 décembre 2017

L’IROQUOIS

L’IROQUOIS

Commentaire sur le livre de
PASCAL MILLET

*Pierrot a effleuré le sein et Sabrina a tiré.
Elle a tiré en l’air, vidé tout le révolver avant
de le reposer sur le front de Pierrot et de
tirer encore, à vide. –Tu ne regarderas plus
jamais une fille de la même manière…*
(Extrait : L’IROQUOIS, Pascal Millet, XYZ Éditeur,
collection Romanichels, 2006, édition de papier,
110 pages)

Un jour, deux jeunes : Pierrot et le narrateur de l’histoire Julien qui a 11 ans découvrent le cadavre de leur mère, pendue au portemanteau. Ses jambes étaient repliées sous elle, et sa langue était sortie de sa bouche, toute bleue. Pierrot s’est mis à fouiller dans les affaires de sa mère, pour trouver n’importe quoi d’utile et de l’argent surtout, car il voulait partir…il voulait gagner l’Amérique tandis que Julien préférait rester. Finalement, l’occasion se présente. L’idée que Pierrot et Julien se faisait de l’Amérique était passablement exotique : la grande qualité de vie, les grands espaces et…les indiens…Pour les garçons, c’est une quête, à l’image du roman. Mais ce qui s’annonçait comme une odyssée devient un cauchemar et même pire.

UN MONDE POURRI!
*Il s’est mis à ramper, le revolver à la main. Il avançait
sur ses coudes…se retournait pour vérifier si j’étais
toujours au milieu des ronces, avec des épines dans le
cul…Il y avait un grand parking, la maison de l’ogre, et,
plus haut, le ciel bleu avec, en dessous, un bleu que
jamais je n’avais vu. «On est arrivés, j’ai murmuré.
C’est la mer.»*
(Extrait : L’IROQUOIS)

Il y a longtemps que je n’avais lu un drame psychologique. Ce genre littéraire a toujours représenté un défi pour moi car il appelle à la compréhension de l’Esprit humain en mettant l’emphase sur la psychologie des personnages, donc les drames qui marquent leur vie et par la bande, leurs motivations, états d’âme et enfin leurs résolutions et leur destinée.

Après le suicide de leur mère, Julien Henry, 11 ans et son frère, Pierrot, 14 ans décident de quitter la ville et de partir à la recherche de la mer et du navire qui les mènera en Amérique du nord, le pays selon les apparences riche en promesse, là où se trouvent la liberté, le bonheur et le pays des Iroquois. Cet idéal bien justifiable est celui de Pierrot. Julien lui, est beaucoup plus jeune et se contente de suivre. Une chose est sûre, les deux garçons sont à la recherche d’un bonheur qui ne viendra jamais.

Donc L’IROQUOIS est l’histoire d’une quête du bonheur pour deux jeunes garçons appelés à devenir adultes beaucoup trop vite et pour qui la désillusion sera d’une cruauté horrifiante car s’ils s’attendaient à trouver le bonheur, ils n’auront trouvé finalement qu’’un monde totalement pourri qui se décompose dans la violence, le vice et l’hypocrisie.

Alors que son rêve lui échappe, Pierrot devient graduellement l’IROQUOIS, ce personnage de légende, symbole de force et de liberté qu’il souhaitait tant rencontrer : *Il a fini par ressembler à un indien, surtout après s’être appliqué tous les produits de beauté d’Alex sur la gueule. Mascara, rouge à lèvre et fond de teint, il a tracé des ronds et des éclairs, des trucs qui donnaient la frousse et cassaient les angles de son visage. Je savais aussi qu’en étant indien, il allait redevenir méchant, se mettre à danser, à tourner et à crier comme un fou. Que dans sa tête ça s’embrouillerait un peu plus et que jamais plus, on ne pourrait écrire, en gros et dans sa marge, que la vie c’était pas comme au cinéma.* (Extrait)

Pascal Millet signe un roman très dur et violent, mais la plume est aussi belle que puissante, juste ce qu’il faut pour raconter un monde cruel, instable et égoïste à travers les yeux et le cœur d’un enfant de 11 ans : Julien, le narrateur de l’histoire, un peu victime de sa pureté, de sa naïveté, on ne peut que s’attacher à cet enfant et avoir du chagrin de le sentir évoluer dans la violence au quotidien et on peut comprendre pourquoi il n’arrive pas à saisir ce qui se passe dans la tête de son frère qui n’est rien d’autre qu’une victime malheureuse de sa désillusion.

L’auteur donne le ton dès le début du roman : *En vrai, ça a commencé en rentrant de l’école, quand on a trouvé maman dans le couloir. Elle était blanche et pendue au porte-manteau…* (Extrait) et par la suite, c’est une errance de Julien et Pierrot qui connaîtra une fin dramatique, ce dernier ne portant que la haine dans son cœur, alors qu’il criera pour une ultime fois : *Je suis un IROQUOIS*.

Telle est cette histoire de Pascal Millet, une quête du bonheur qui devient rapidement une errance sur une route qui finit en cul-de-sac et qui est marquée par le désespoir. C’est un roman noir mais fort, émouvant et sensible et surtout très bien écrit qui suit deux âmes en peine qui ne verront jamais le pays des Iroquois.

Pascal Millet est né en France et a vécu plus de douze ans au Québec. Après avoir été guide aux baleines dans la région de Tadoussac, il a étudié à l’Université de Montréal et a travaillé comme rédacteur scientifique pour le Centre Saint-Laurent (Environnement Canada). Auteur de nouvelles, de romans noirs et de livres pour la jeunesse, il vit présentement en Bretagne où il anime des ateliers d’écriture dans des établissements scolaires et pénitentiaires. Plusieurs de ses nouvelles ont été traduites en anglais et en espagnol.

Bonne lecture
Jailu/Claude Lambert
Le dimanche 10 décembre 2017