FISSURES NOIRES

La réalité qui bascule

FISSURES NOIRES

Commentaire sur le recueil
de nouvelles de
JESS KAAN

<Dylan Coudrelier s’était effondré face contre
terre, provoquant l’hilarité de ses amis, un rire
de gosses habitués à se souler et tomber ivres
morts. Mais la marrade avait vite cessé quand
la tête de Max…avait explosé et souillé le
carrelage de l’entrée de sang, d’os et de
cervelle.>
(Extrait de la nouvelle UN HABITANT, UNE BALLE, du
recueil FISSURES NOIRES de Jess Kaan, Éditions Le
Héron d’argent, 2014, édition numérique et de papier,
336 pages)

Les élèves d’un car scolaire meurent dans des circonstances mystérieuses, un étrange cocon rouge serait en cause… 1916, sur le front allemand, un mystérieux tableau garderait il ouvertes les portes de l’enfer ? Pendant une amicale, un sniper frappe. Les morts s’accumulent. La peur ajoute au ravage. Qui survivra pour raconter. À Locquières, un chômeur profanant la tombe de son patron s’apprête à réveiller d’inquiétantes forces obscures. Vous vous préparez à lire des nouvelles inquiétantes dans lesquelles l’univers familier se délite et laisse place à l’Ailleurs. Et si notre réalité commençait à se fissurer…

Les titres du recueil étant assez évocateurs, j’en reproduit ici la liste :

KÉVIN, CHUTE D’UNE DAMNÉE, RUSTBELT, ÉPIÉS, UN HABITANT UNE BALLE, SHROMAZDISTE, L’INTRIGUE, LE SYNDROME DE MIDAS, LES CHATS, 59, TOUTE LA PEINE DU MONDE, 915, PAUPÉRISATION, LE RESTOROUTE, APRÈS LE NEKKER, FANTASY IMPROMPTUE, CRUEL HIVER, LA GUILDE DES AVALEURS D’ASPHALTE, LES HERBES HAUTES, FENÊTRE OUVERTE SUR…, MACHINE À BROYER LA JEUNESSE.

LA RÉALITÉ QUI BASCULE
*Aux survivants, nous offrirons la beauté absolue
et l’éternité. Mais ils pourront toujours renoncer
à ces dons en se suicidant. Si vous voulez survivre,
il vous faudra renoncer à la technologie et à
toute forme artistique…*
(Extrait de la nouvelle «59» du recueil FISSURES
NOIRES de Jess Kaan.)

 C’est un recueil intéressant qui se caractérise par une belle variété de style et aussi par une évidente variété d’influences. J’y ai savouré du bout de la langue un peu de Guy De Maupassant, EDGAR ALLAN POE et même THÉOPHILE GAUTHIER car il faut bien préciser ici la différence entre le *fantasy* et le *fantastique*. Dans le recueil de Kaan, il n’y a pas de sorcière, de dragons ou d’elfes. Dans FISSURES NOIRES, on trouve plutôt des personnages qui tentent de se tenir la tête hors de l’eau dans leur fleuve de misère. Je ne vous cacherai pas que les nouvelles dans l’ensemble sont plutôt noires et mettent lez nez de la Société sur les misères qu’elle a créé elle-même…

Un aspect extrêmement intéressant de ces nouvelles, c’est que dans l’ensemble, elles commencent par la réalité. Le décor est planté dans un ordinaire très noir, puis, bascule peu à peu dans une distorsion de la réalité. L’auteur crée alors une brèche, une fissure donnant accès à une dimension surnaturelle. Sa façon de le faire est remarquable. C’est la grande force du recueil. L’auteur est très habile et manie parfaitement l’art de la nouvelle. Par ses nouvelles, il présente un portrait peu flatteur de la société. Dans chaque nouvelle, il y a un petit quelque chose de sombre, de malsain même qui va crescendo.

Chaque nouvelle laisse un petit goût amer, mais aussi, développe le goût onirique de faire un ménage dans le société, un ménage qui commence d’abord par soi-même : voyons quelques extraits :
*Afin de prouver que je ne suis pas fou et que les mutilations que je vais m’infliger ne résultent pas d’une maladie mentale, voici quelques détails me concernant : je m’appelle Arnaud Ribauval* (Extrait : LES HERBES HAUTES) ou encore cet extrait de ma nouvelle préférée : 59 qui pourrait faire l’objet d’un roman complet comme beaucoup d’autres des nouvelles de ce recueil d’ailleurs, à cause de l’originalité des sujets » Chaque nouvelle constitue une petite fresque de la société dans ce qu’elle a de pire, ce qui n’est pas pour me déplaire.

*Nous sommes les gardiens d’Agven. Écoutez-nous humains, car il en va de votre vie. Dans huit jours exactement et à cette heure, il ne restera plus sur terre que 59% d’entre vous que nous stériliserons. Les autres, nous les aurons éliminés, car nous en avons décidé ainsi* (Extrait : 59) Ces mystérieuses voix qui viennent d’une fissure laissent le choix aux épaves entre l’alpha et l’oméga : *Aux survivants, nous offrirons la beauté absolue et l’éternité. Mais ils pourront toujours renoncer à ces dons en se suicidant* (Extrait : 59) langage direct sur la crasse que camoufle habilement la Société. Vous comprenez sans doute mieux maintenant la signification du titre. Ces fissures altèrent la réalité des hommes pour les placer face à eux-mêmes. Ça ne fait pas très sympathique mais l’écriture est d’une remarquable beauté et va bien au-delà d’une simple histoire. Il y a des leçons à tirer et tant qu’à tirer, on peut supposer qu’il y a de l’espoir.

J’ai beaucoup aimé ce recueil. Tout est sombre c’est vrai. Mais le livre a deux forces qui tranchent : Les brèches dans la réalité, ces fissures qui nous font verser dans le fantastique mettent notre société face à elle-même avec ce qu’elle a de plus tordu, mais c’est écrit, imaginé avec une finesse qui m’a fasciné, voilà pour la première force et il y a, je l’ai déjà dit, la beauté de l’écriture et une parfaite maîtrise des sujets. L’écriture est aussi fluide et le propos très direct…pas de temps mort, aucune déviation. Les décors sont savamment plantés. Lisez les titres plus haut, regardez bien la page couverture au début de cet article…tout est en place pour nous amener dans un ailleurs, mais en douceur…

J’en ai déjà parlé sur ce site, écrire une nouvelle est souvent difficile. C’est un art. Il faut couper court et jongler entre le raisonnement cartésien et la fluidité de l’écriture de façon à figer le lecteur et finalement l’engloutir et le pousser à l’empathie pour plusieurs personnages. Il y a dans l’ensemble un petit aspect philosophique, une observation méthodique des travers de la société. Pas d’erreur, FISSURES NOIRES est une réussite. Je vous recommande ce livre sans hésiter.

Né sur les bords de la mer noire, Jess Kaan est un auteur éclectique puisque ses écrits couvrent les champs de la science-fiction et de la fantasy humoristique et surtout du fantastique. Dans ses écrits, Kaan nous montre des personnages ancrés dans la réalité qui basculent soudain, la faute à un grain de sable qui vient gripper la mécanique parfaitement huilée. Ses récits, ayant souvent comme toile de fond le nord du Pas de Calais, naissent d’anecdotes vécues ou entendues. L’auteur s’est donné comme objectif de pousser le lecteur à éprouver de l’empathie pour ses personnages et de les confronter ainsi à la déglingue de la réalité. Les livres de Kaan, publiés à l’origine en France ont été traduits en six langues dont le russe. Il a reçu en 2003 le prix Merlin pour sa nouvelle L’AFFAIRE DES ELFES VÉROLÉS et en 2005 le prix de l’armée des douze singes. Un de ses scénarios écrits en 2012 a été adapté pour un court métrage.

BONNE LECTURE
JAILU\Claude Lambert
le dimanche 8 décembre 2019

SOUS LA SURFACE

Vices cachés, magouilles et politiconneries

SOUS LA SURFACE

Commentaire sur le livre de

MARTIN MICHAUD

*Le nom de l’expéditeur n’était pas affiché et quelques
clics m’ont confirmé qu’il provenait d’un numéro que
je ne connaissais pas. Prenant soin de ne pas être
remarquée, j’ai tapé la première chose qui me passait
par la tête et j’ai appuyé sur la touche d’envoi : QUI
QUE VOUS SOYEZ, VOUS ÊTES MALADE!*
(Extrait : SOUS LA SURFACE, Martin Michaud, les éditions
Coup D’œil, édition de papier, 430 pages)

À proximité des élections primaires américaines, Patrick Adams, le favori dans la course à l’investiture démocrate, et sa femme, Leah Hammett, écrivaine et ancienne top-modèle, arrivent à Lowell, au Massachussets. Alors que son mari se prépare à être propulsé vers le sommet, Leah reçoit un étrange message qui vient perturber leur ascension et la replonge dans un passé douloureux bien enfoui. Remettant alors toutes ses certitudes en question, elle tente d’éclaircir ce pan sombre de sa vie. Mais la tâche se révèle beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît, surtout lorsque l’on s’apprête à devenir la première dame des États-Unis et que tous les projecteurs sont rivés sur soi. S’amorce alors une danse entre dissimulation, révélations, mensonges et vérité. Objectif : plonger sous la surface et affronter ses démons…

VICES CACHÉS, MAGOUILLES
ET POLITICONNERIES
*Au premier étage…ils trouvèrent le corps de Garcia.
Ce dernier gisait dans une mare de sang, la gorge
tranchée. Ramirez n’avait jamais été un as en
mathématiques, mais il n’eut pas besoin de faire
le décompte pour savoir qu’ils n’étaient désormais
plus que deux.*
(Extrait : SOUS LA SURFACE)

C’est la deuxième fois que je lis Martin Michaud. J’avais été emballé par LA CHORALE DU DIABLE. Plusieurs années et plusieurs volumes après, je ne suis toujours pas déçu. Une belle évolution et peut-être un goût de faire différent me font douter qu’avec SOUS LA SURFACE, Martin a voulu sortir un peu des sentiers battus avec un thriller mêlant la corruption, l’amour et la politique. C’est explosif…très explosif. Le meilleur moyen de définir le livre de Michaud est d’emprunter les paroles de la journaliste Mallory Brown, personnage fictif de SOUS LA SURFACE qui résumera durement les évènements extraordinaires qui ont secoué Lowell et toute l’Amérique. Le genre d’évènement qui fait qu’on aimerait tout jeter à terre et reconstruire…l’homme inclus :*Meurtres, morts violentes, parfum de scandale, soif de pouvoir, complots, dissimulation, mensonges, trahison, tractations secrètes et tromperie, le contenu sulfureux de SOUS LA SURFACE plonge le lecteur dans la tourmente* (Extrait) eh oui, SOUS LA SURFACE est aussi le titre d’un livre de l’héroïne qui racontera tous les évènements qui ont déchiré son âme.

SOUS LA SURFACE est le récit de Leah Hammet, 45 ans, anciennement mannequin professionnel, puis écrivaine. Une femme ordinaire à ceci près qu’elle est la conjointe de Patrick Adams, le favori aux présidentielles américaines. Alors qu’elle se prépare au Super Tuesday, elle reçoit un mystérieux texto de son premier amoureux, censé être mort depuis 25 ans. Dès lors, une tempête d’émotions éclate à l’intérieur et Leah jure d’aller au bout de cette histoire et vous pouvez me croire quand je vous dis que le fouet va claquer. Le lecteur pourrait être surpris des qualités et attributs que l’auteur a donné à son principal personnage : *Il y a toujours deux forces en moi. Deux personnalités diamétralement opposées. Leah, la femme douce et effacée, cette façade que je présente en public. Et puis il y a LEE, ce démon qui m’habite et que je m’efforce de contenir, cette femme dure et impitoyable. Cette femme au cœur de glace.* (Extrait)

À travers le drame extrêmement intense que vit Leah Hammet, L’auteur décrit avec une minutie extraordinaire les rouages de la politique américaine, la complexité du système électoral et l’atmosphère étouffante des conventions, réunions, séminaires et les tractations étranges et pas toujours nettes du collège électoral. C’est vrai que j’ai toujours trouvé les manœuvres électorales américaines compliquées, mais Martin Michaud nous les décrit avec une fluidité qui force l’admiration. La plume est concise, efficace, directe, pas de temps morts, la toile est trop complexe. L’auteur l’a compris.

Avec un étonnant savoir-faire, l’auteur amène tous ses personnages sans exception SOUS LA SURFACE, l’envers du décor pour tenter de balayer toutes les saletés qui s’y trouvent. Beaucoup y laisseront leur âme. Michaud ne néglige rien et ne ménage personne, même pas le lecteur qui ne voit pas venir une finale spectaculaire et tout à fait imprévue. Avant d’entreprendre la lecture je me suis dit : surprend-moi Martin. C’est fait, c’est même au-delà de toutes mes attentes.

J’ai vu beaucoup de choses intéressantes dans ce livre car il est évident que l’auteur s’est documenté. Une plongée dans le cœur du pouvoir de la politique américaine, la course effrénée et dans certains cas désespérée pour le pouvoir, le mal engendré par l’ambition et l’absence de scrupules. Mais tout n’est pas noir car quelque part dans l’œuvre, malgré le caractère soutenu démoniaque de l’intrigue, le lecteur est témoin d’un magnifique, d’un extraordinaire geste d’amour difficilement cadrable dans un univers aussi malsain. Vous voyez, rien ne nous est épargné dans ce thriller haletant y compris une fort mortifiante preuve d’amour.

Avec SOUS LA SURFACE, je suis fier de voir confirmé le nom Du québécois Martin Michaud dans les ligues majeures, comme créateur d’émotions qui n’a rien à envier aux auteurs de thrillers américains.

ici.radio-canada.ca

Né à Québec en 1970, Martin Michaud est un véritable homme-orchestre : avocat, scénariste, écrivain, il est aussi musicien. Sur le plan littéraire, il s’est spécialisé dans le thriller à forte intensité. Ses trois premiers ouvrages (IL NE FAUT PAS PARLER DANS L’ASCENSEUR et LA CHORALE DU DIABLE en 2011, JE ME SOUVIENS en 2012) obtiennent un succès spontané et fulgurant avec la création d’un personnage tourmenté mais d’une impeccable moralité : Victor Lessard. Son œuvre lui vaut de prestigieux prix littéraires.

Pour en savoir davantage sur cet auteur déjà qualifié de maître du thriller québécois, consultez le site internet officiel de Martin Michaud. Cliquez ici.
Pour lire mon commentaire sur LA CHORALE DU DIABLE de Martin Michaud, cliquez ici.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 7 décembre 2019

 

TAG

Humaine démence

TAG

Commentaire sur le livre de
GHISLAIN TASCHEREAU

*Il vous est garanti que le corps de la cible
disparaîtra et ne sera jamais retrouvé…
puisque je n’ai rien contre le bénévolat,
sachez que… UN DÉFAUT DE PAIEMENT
VOUS SERAIT FATAL.*
(Extrait : TAG, Ghislain Taschereau,  Les Éditions
Goélette, édition de papier, 265 pages)

Quand on est un misanthrope absolu comme Tag, on ne peut être qu’un excellent tueur à gages. Et c’est précisément ce qu’il est. Si par hasard vous tombez sur une de ses cartes professionnelles, vous ne pourrez plus l’oublier. Qui sait si vous ne songerez pas même à faire appel à ses services ?… TAG a deux problèmes principalement : il méprise l’humanité en général et l’être humain en particulier et souffre d’un énorme sentiment de frustration. Le tueur à gages serait-il devenu sensible ? Pas nécessairement. Tag ne sait pas encore si tous les humains méritent la mort ou si on peut en sauver quelques-uns. Il ne va pas tarder à le découvrir grâce à une expérience étonnante qu’il prépare avec un soin méticuleux et exécute avec un exceptionnel souci du détail. Cette expérience en est une de déconditionnement. Tag est-il un fou dangereux ou encore un justicier irréaliste : Les lecteurs et lectrices sont appelés à rendre jugement. Ils verront sans doute très vite que tout n’est pas si simple.

HUMAINE DÉMENCE
*Il fit vite coulisser la portière de la fourgonnette
et prit la tête du juge dans un étau. Dizcoti glapit
tandis que TAG le halait à l’intérieur du véhicule.
Sa mauvaise forme physique fit en sorte qu’il
s’éteignit facilement et rapidement…*

(Extrait : TAG)

 Après plus d’une douzaine d’années d’absence, Ghislain Taschereau nous revient avec l’histoire de Loïc L’Heureux appelé TAG, un tueur à gage misanthrope et froid qui n’a qu’un rêve, et il s’en fait même un objectif : détruire l’humanité : *Il faut que je parvienne à la grande extinction. Je ne veux plus avoir mal à mon espèce. * (extrait)

D’ailleurs Tag ne tue pas. Il *éteint*. Dans sa mentalité, ce n’est pas du tout la même chose. Vous aurez compris que TAG voue une haine profonde pour l’humanité : *Je hais les humains. Ces ordures me font regretter de faire partie de leur sale race. Je les hais tous profondément et avec attention. * (Extrait) Dans l’évolution du récit, TAG consacre son temps principalement à trois activités : remplir des contrats *d’extinction*, déconditionner des humains, c’est-à-dire les remettre sur la bonne voie selon les critères de TAG et enfin, travailler à son grand projet d’extinction de l’humanité.

Première chose importante : Taschereau a vraiment bien travaillé son personnage. Malgré toute la haine qu’il peut cracher, la psychologie du personnage ne m’a pas repoussé. Je veux en dévoiler le moins possible parce que lire TAG, c’est aller de découverte en découverte. Devant l’impossibilité de réaliser son rêve, TAG devient un expérimentateur. Sa haine est manifeste mais sa recherche du bon m’a semblé évidente. En fait Taschereau nous décrit un esprit à la dérive un peu comme s’il prenait un pot à la santé de la connerie humaine. TAG est un personnage recherché et profond. Sa psychologie est complexe mais ses motivations sont limpides.

Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal en 2014, Ghislain Taschereau expliquait à la journaliste Marie-France Bornais qu’en créant TAG, personnage habité par la haine et la violence, il voulait provoquer une prise de conscience de la bêtise humaine. Il a donc donné à son personnage les moyens, la rigueur et la froideur pour y parvenir. Autre force majeure du livre, son auteur a su entretenir l’intrigue jusqu’à la finale probablement parce que le personnage lui-même EST une intrigue. Malgré tout, l’auteur l’a mis en position d’être compris à certains égards par le lectorat. En effet, qui n’a pas rêvé tôt ou tard de débarrasser l’humanité de sa mauvaise graine : meurtriers, violeurs, pédophiles, dictateurs sanguinaires et autres… loin de moi l’idée d’excuser le personnage mais je suis sûr que les lecteurs et lectrices vont trouver dans le récit un petit quelque chose qui va venir s’ajuster à leur philosophie sociétale.

Enfin un dernier point à signaler : l’auteur fait preuve d’un certain humour dans son livre et je ne me limite pas au fait que c’est toute la société qui est tournée en dérision mais sa façon de s’exprimer, surtout dans ses comparatifs m’a arraché quelques sourires : *Quand TAG s’enquit de l’endroit où se trouvaient les *internets* rapides, une vieille serveuse, maquillée comme un clown qui se serait voulu sexy lui désigna trois petites portes…* (Extrait) J’ai toujours aimé cette façon de mettre de l’humour dans un texte, aussi dramatique puisse-t-il être. Quant à la finale, je dirai que dans le dernier quart, le récit prend toutes sortes de directions et perd de sa spontanéité. Le personnage principal se cherche, allant d’idée en idée. Toutefois, Les trouvailles qu’on y fait, issues d’un esprit qui dérape complètement garde le lecteur dans le coup jusqu’au puissant et dramatique point final.

J’ai aimé ce livre et je le recommande. Je n’ai pas vu le temps passer. Il se lit très vite. Il est accrochant, à la rigueur troublant. L’histoire est assortie, peut-être même enrichie d’une vision ironique, voir acide que l’auteur se fait de la Société. J’ai trouvé l’ensemble originale…à lire.

Ghislain Taschereau est un comédien, humoriste, réalisateur et auteur québécois né en 1962. Sa carrière d’humoriste est extrêmement substantielle. Elle a commencé en 1989 comme scripteur à l’émission 100 LIMITES, un bulletin de nouvelles plutôt mordant qui était diffusé à TQS. Fort de cette première aventure, Taschereau a enchaîné avec Bob Binette, les Bleus poudre et j’en passe. Sur le plan littéraire Ghislain Taschereau a connu un succès flatteur avec un personnage qu’il a créé, L’INSPECTEUR SECTEUR qui a ceci de particulier, que pour être le meilleur inspecteur de police de la planète pendant toute sa vie il a invoqué Satan involontairement et lui a vendu son âme sans à peine s’en apercevoir. Cette création a valu quatre best-sellers à Taschereau. Puis après treize ans d’absence, il publie TAG en septembre 2014 et ÉTOILES TOMBANTES en octobre 2015.

BONNE LECTURE
Claude Lambert

Le dimanche premier décembre 2019