I.R.L. le livre d’AGNÈS MAROT

I.R.L.

Commentaire sur le livre de
AGNÈS MAROT

*Cette fois, ce n’est pas de la fiction. Personne ne vous
cachera la vérité qui dérange, n’enclenchera une jolie
musique quand vous vous mettrez à pleurer. Aucun
écran ne vous protégera de votre propre histoire.*
(Extrait : I.R.L., Agnès Marot, Gulf stream éditeur,
collection Electrogen3, science-fiction, 2016, édition
numérique, 444 pages)

Je m’appelle Chloé Blanche et j’ai grandi à Life City. Comme tous les habitants, j’ignorais que nous étions filmés en permanence, que nous étions un divertissement pour des milliers  et des milliers de foyers. J’ignorais que nous étions les personnages de PLAY YOUR LIFE, l’émission qui fait fureur hors de Life City, IRL. J’ignorais surtout à quel point nous étions manipulés. Puis j’ai rencontré Hilmi, le nouveau à la peau caramel…le garçon qui faisait battre mon cœur mais que ceux qui tirent les ficelles ne me destinaient pas. C’est ainsi, que j’ai découvert ce que nous étions, Life City : Les personnages d’un immense jeu vidéo

Et si on était des *SIMS*
*Il a conçu un programme pour empêcher un joueur de se
connecter à son personnage…Il suffit de lui construire un
support dans Life City pour l’attacher aux IA, un bracelet
par exemple ; on ne peut pas le matérialiser nous-mêmes,
toutes les entrées sont surveillées maintenant. Tu le passes
au poignet de ta mère, et personne ne pourra plus rien contre
elle.*

(Extrait:  I.R.L.)

 Non, la liberté, c’est permettre à l’autre de penser, de choisir et
même de se tromper si ça lui chante. Et dans ton monde, personne
n’est libre. Pas plus que dans le mien. »
(Extrait I.R.L.)

Pour bien apprécier voire savourer cette histoire, le lecteur doit d’abord en comprendre les principales définitions. PLAY YOUR LIFE : Un jeu virtuel très futuriste dans lequel les utilisateurs créent des avatars très semblables aux humains et les font évoluer dans un monde virtuel très proche de la réalité appelé LIFE CITY. Ce jeu évoque ce qui pourrait être son ancêtre : LES SIMS poussés à un très haut degré de perfection. Les créateurs et utilisateurs et les téléspectateurs qui bénéficient de cette téléréalité font partie de l’IRL : In real life. *Life city n’est pas la ville que tu penses connaître, commence-t-il. C’est une société qui a été imaginée pour permettre aux gens de la vie réelle comme moi, de se divertir. Vous êtes une sorte de—jeu télévisé à échelle géante. * (Extrait)

Deuxième petit devoir du lecteur, c’est qu’il devra composer avec des réalités qui s’imbriquent, des sauts dans le temps, des narrations différentes parfois dans le même chapitre et elles ne s’annoncent pas. Les lecteurs et lectrices auront plaisir je crois à démêler tout ça et je dois dire qu’ils sont très bien outillés par l’auteure qui fournit une plume d’une extraordinaire efficacité et un fil conducteur qui aident les lecteurs à garder le cap.

L’originalité, la trouvaille dans cette histoire est qu’un des personnages, l’héroïne Chloé Blanche développe de façon totalement imprévue un impressionnant quotient émotionnel et finit par échapper à tout contrôle et ce n’est pas le seul problème de son créateur, Link Rinku qui devient jaloux d’un personnage qui aurait un petit sentiment pour Chloé : Hilmi. Link en vient à faire des bêtises et ça se complique du fait qu’il est le fils du PDG de PLAY YOUR LIFE, Arn Rinku, une espèce de monstre sans conscience. Link se retrouve entre l’écorce et le bouleau. L’énorme entreprise d’Arn a maintenant un problème majeur : une intelligence artificielle qui évolue. Du jamais vu. Le pourquoi et le comment restent dans le domaine du mystère. Une chose est sûre, Chloé constitue un danger potentiel énorme pour l’IRL. J’ai beaucoup aimé cette histoire. Embarquer dans cette histoire a été un peu long et difficile, mais une fois accroché au fil conducteur, je ne pouvais plus m’arrêter, J’ai senti l’influence de plusieurs des immortels de la littérature dont les célèbres dystopies 1984 de George Orwell et Farenheit 451 de Ray Bradbury.

J’ai surtout senti l’influence d’un chef d’œuvre du cinéma : LE SHOW TRUMAN de Peter Weir sorti en 1998 avec Jim Carrey et Ed Harris. Influence largement admise à l’intérieur même du récit d’Agnès Marot : *Il (Arn) s’est inspiré du concept de « the Truman show», tu sais, ce vieux film où tout le monde regarde la vie d’un homme qui évolue dans une ville remplie d’acteurs ? Avec les nouvelles technologies et le développement des univers virtuels, mon père a compris qu’il pouvait la réaliser pour de vrai et même aller beaucoup plus loin. * (Extrait) Donc on a un univers d’IA autonomes avec une vie propre, dotée d’une intelligence émotionnelle modifiable selon les besoins de la production. Toutefois, un personnage semble vouloir sortir du décor.  L’auteure a réussi à m’imposer son rythme qui est assez rapide avec des intrigues qui diffèrent tout en se complétant. J’ai aimé cette façon de manipuler les technologies, de faire chevaucher la fiction et la réalité, cette façon de garder le lecteur dans le coup. Les personnages ont été travaillés avec beaucoup d’intelligence et de patience.

En terminant, je veux mentionner que ce livre n’est pas sans nous faire réfléchir sur les abus et dérives des Nouvelles technologies et sur la nécessité de les encadrer. Ça me rappelle aussi l’insipidité de la téléréalité et les bizarreries exprimées de son public de voyeurs. Il y a de quoi réfléchir sur la question comme je l’ai fait en lisant LE VIDE de Patrick Sénécal, et ACIDE SULFURIQUE d’Amelie Nothomb. Rien pour embellir la réputation de cette tache qu’on appelle la téléréalité. Des livres porteurs de réflexion. C’est gagnant. Lisez IRL. Je crois que vous ne serez pas déçu.

Sa tasse de thé bien chaude à la main, sa panthère de poche sur les genoux, Agnès Marot écrit des histoires dans lesquelles elle partage ses rêves, ses espoirs. Depuis L’AUTRE CÔTÉ DU MUR jusqu’à I.R.L., son cinquième roman, ses personnages empruntent les mille facettes des émotions et parcourent les sentiers de l’imaginaire pour mieux parler des hommes et du monde. Entre deux mots et trois carrés de chocolat, elles passe de l’autre côté de la barrière pour travailler les romans des autres auteurs en tant qu’éditrice indépendante et tente de dompter sa muse incontrôlable. Elle écrit plus spécifiquement pour les ados et les jeunes adultes. Pour sa pages Facebook, cliquez ici.

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 11 avril 2021

JOURNAL D’UN DISPARU

JOURNAL D’UN DISPARU

Commentaire sur le livre de
MAXIME LANDRY

*C’est étrange ce matin, c’est comme si
j’étais encore là. Tout autour de moi est
exactement comme je l’ai laissé. *
(Extrait : JOURNAL D’UN DISPARU, Maxime
Landry, Libre Expression février 2015, 176 p.
Édition sonore : Audible studios, 2017, durée
d’écoute : 3 heures 18, Maxime Landry fait la
narration de son propre livre.)

Bertrand a une vie tout à fait normale avec sa famille. Homme travaillant et dévoué, il se surmène dans le but d’assurer un avenir de qualité à sa femme et à ses enfants, qu’il n’aura pas le temps de voir devenir adultes. Tous ses efforts le dirigent, malgré lui, bien loin de ses rêves et de ses ambitions. Tranquillement, il sombre dans la noirceur. La nuit la plus longue de toute son existence.

Journal d’un disparu est le journal post mortem tenu par Bertrand durant l’année suivant son départ volontaire.

UN PANÉGYRIQUE DE LA VIE
*On m’a souvent répété…que notre vie nous était
prêtée. Comme un cadeau que l’on devait rendre
après l’avoir déballé. De ne pas trop en abuser au
risque de la perdre un jour. Moi, la mienne, je n’ai
jamais su quoi en faire, alors je l’ai rendue. *
(Extrait)

Plusieurs se rappelleront de Maxime Landry comme étant le grand gagnant de Star Académie en 2009 et qui, moins d’un an plus tard devenait interprète masculin de l’année. Auteur, compositeur et interprète, Maxime Landry, cet homme-orchestre qui semble vouloir rester éternellement jeune, verse maintenant dans la littérature et propose un premier roman qui m’a vraiment secoué pour ne pas dire quil m’a remis à ma place quant à ce que j’attends de la vie, même à la retraite. Voici l’histoire touchante d’un homme, Bertrand, père de quatre enfants, facteur et restaurateur, deux métiers, trente-six misères. Il est dévoué et même altruiste à ses heures, mais il se surmène, néglige sa santé, sa famille, se détache de ses rêves. Un jour, Bertrand décide qu’assez c’est assez.

Pour ce livre, j’ai choisi la version audio, narrée par Maxime Landry lui-même qui m’a fait vibrer avec sa voix d’adolescent chargée d’émotion et de ressenti. Je n’ai pas regretté mon choix même si je n’ai aucun doute qu’un support papier aurait donné des résultats semblables. Peu importe le support, Maxime brasse les émotions et le lecteur se sent forcément emporté. Trop parler de ce livre reviendrait à vendre la mèche. On pourrait le qualifier de confession post-mortem d’une âme obligée à errer pour un temps pour voir comment les vivants se débrouillent avec la suite. Peut-être pourrait-on parler d’une puissante léthargie, une zone grise ou une plongée dans le film de sa vie, une introspection puissante et ébranlante, une zone mystérieuse qui sépare le rêve de la réalité. Le tout est évidemment assorti de profonds questionnements : *Pourquoi faut-il comprendre quand il est trop tard ? * (extrait) C’est vraiment à vous amis lecteurs, amies lectrices de le découvrir et ce sera, je crois une belle expérience.

Comment qualifier ce livre ? Je dirais une belle complainte, une sorte de mea culpa qui devient au fil du récit un puissant plaidoyer contre le suicide : *En un instant, en une fraction de seconde, en un geste, j’ai changé le cours de votre histoire. Je me suis pris pour Dieu, et c’est vous qui en payez la note*. Ce livre de Maxime Landry, qui est parti d’une chanson d’ailleurs a un caractère autobiographique car le père de Maxime s’est suicidé alors que Maxime était adolescent. Malgré cette dure épreuve, Maxime a évité le piège du misérabilisme et fait plutôt ressortir la vie, avec sa belle signature vocale, comme un don spécial dont il faut prendre soin. Il fait même preuve d’un peu d’humour…parfois noir mais qui arrache quand même un sourire. Il met aussi en perspective l’amour dont on est entouré, tous…la famille, les amis, le conjoint, la conjointe, les enfants et tout ce que ça engendre et qu’on appelle les p’tits bonheurs de la vie. Le narrateur est le personnage principal lui-même et ses propos post-mortems sont de nature à faire réfléchir. Imaginez en effet qu’à votre décès, votre conscience, au lieu d’aller vers la lumière décide de rester un peu en *bas*.

Il y aurait sûrement des observations intéressantes à faire et pas toujours gaies car vous êtes à la fois témoin de la peine engendrée par votre départ, mais aussi de l’hypocrisie et même parfois de l’indifférence. Peut-être décideriez-vous d’essayer d’influencer positivement la vie des êtres chers laissés derrière. À ce titre, le plus beau passage du récit est sans doute le moment ou Bertrand découvre que son fils François a un dangereux vague à l’âme. La détresse de son âme est perçue par Bertrand comme une prière. Le texte est de toute beauté. J’ai savouré et dévoré ce petit livre de 175 pages, environ trois heures d’écoute en une soirée. Je pense que pour une première expérience en littérature, Maxime Landry a frappé fort. Ça vous fait aimer la vie…rien de moins.

Connu surtout pour son succès musical, Maxime Landry est un homme aux 1001 talents. Depuis 2015, il nous le démontre avec brio à la barre de l’animation à Rouge FM (107.5 FM), tous les jours en semaine de 18 h à 20 h sur l’ensemble du réseau. Auteur de plusieurs chansons, Maxime est également écrivain. Il témoigne de sa belle plume dans deux livres : Journal d’un disparu et Tout mon temps pour toi, parus en février 2015 et avril 2016. Tous deux ont été encensés Best-Seller. Maxime est également impliqué dans plusieurs causes et fondations, dont Opération Enfants-Soleil, pour laquelle il co-anime le Téléthon.
(Extrait de la biographie de Maxime Landry publiée sur son site officiel)
Cliquez ici.

Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi  avril 2021

L’ALCHIMISTE

L’ALCHIMISTE

Commentaire sur le livre de
PAULO COELHO

* J’ai appris que le monde possède une Âme, et
celui qui pourra comprendre cette âme comprendra
le langage des choses. J’ai appris que de nombreux
alchimistes ont vécu leur Légende Personnelle et
qu’ils ont fini par découvrir l’Âme du monde, la
Pierre Philosophale, l’Élixir de Longue vie.*
(Extrait : L’ALCHIMISTE, Paulo Coelho, T.F. : Éditions
Anne Carrière, 1994, édition de papier, 200 pages)

L’ALCHIMISTE est un conte philosophique qui suit le cheminement personnel d’un jeune berger espagnol : Santiago. Le jeune homme a fait ses études au séminaire mais il a renoncé à être prêtre, préférant être plus proche de l’environnement, de la nature. Santiago entend parler d’un trésor enfoui au pied des pyramides. Il part à sa recherche et c’est pendant cette quête que Santiago fera sa rencontre avec l’ALCHIMISTE, un grand sage qui apprendra au jeune homme à lire les signes du destin et par-dessus tout, à aller au bout de son rêve. C’est l’ALCHIMISTE qui a fait connaître Paulo Coelho au monde entier.

AU BOUT DU RÊVE
*Une quête commence toujours par
la Chance du débutant. Et
s’achève toujours par
L’épreuve du Conquérant.*
(Extrait : L’ALCHIMISTE)

Voici l’histoire de Santiago, un jeune berger andalou qui, à la suite d’un rêve, décide d’entreprendre un long voyage ayant comme objectif final les pyramides d’Égypte, ce qui implique entre autres la traversée du désert du Sahara. D’après le rêve de Santiago, un magnifique trésor est enfoui au pied d’une de ces pyramides. C’est dans le désert que Santiago fera sa rencontre avec l’alchimiste qui lui expliquera que ce rêve représente sa légende personnelle. Santiago recevra une leçon de vie qui lui enseignera la nécessité d’aller au bout de ses rêves, ce qui lui fait un peu peur : *…Aucun cœur n’a jamais souffert alors qu’il était à la poursuite de ses rêves, parce que chaque instant de quête est un instant de rencontre avec Dieu et avec l’Éternité.* (extrait)

Ce livre est présenté comme un conte philosophique mais il m’est apparu essentiellement comme un roman initiatique…eh oui…un autre. Je ne me fais pas d’illusion, L’ALCHIMISTE est un best-seller international traduit dans de multiples langues. C’est donc qu’il a atteint beaucoup de monde. J’ai lu beaucoup sur le sujet, entre autres LA PROPHÉTIE DES ANDES de James Redfield et LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT d’Eckhart Tolle. Tous ces livres ont été écrits dans une optique d’enrichissement de la personnalité et de l’esprit, ils ont un caractère qui pousse à l’introspection, à la spiritualité, au bien-être, à la philanthropie. Aucun de ces livres n’est mauvais, bien au contraire. J’ai savouré les livres de Redfield. Toutefois, avec L’ALCHIMISTE, j’ai appris peu de choses nouvelles. Le sujet, encore omniprésent en littérature, est échaudé. Sur le plan initiatique, L’ALCHIMISTE n’a rien de vraiment original et manque de profondeur. Très personnellement, je crois que Paulo Coelho n’est pas allé assez loin avec la quête de Santiago. L’ensemble, un peu ampoulé, comporte beaucoup de clichés et de phrase toutes faites du genre *Certaines fois, il est impossible de contenir le fleuve de la vie*. (extrait)

Sur le plan romanesque, c’est un peu différent. L’histoire, quoique trop brève est bien construite et la deuxième partie en particulier a un petit quelque chose de très intriguant et voilà le coup de génie de Coelho : la nature du trésor que découvre Santiago m’a surpris et ébloui du fait de son contenu, des conséquences de sa découverte et surtout de l’endroit où il a été découvert. Cet endroit est à mille lieux de ce que je croyais, un endroit impossible et pourtant… L’écriture de Coelho est forte mais avec un fil conducteur qui fait en sorte que rien ne nous échappe dans l’aventure de Santiago qui évolue en crescendo et qui laisse à penser qu’on peut passer de son propre rêve pour s’accaparer du rêve qu’un autre a abandonné. Ça rappelle un peu la chance propre à une loterie mais ça met parfaitement en perspective le message que livre le récit de Paulo Coelho à savoir qu’il faut aller au bout de ses rêves. *Si je le pouvais, j’écrirais une énorme encyclopédie sur les mots «chance» et «coïncidence». C’est avec ces mots-là que s’écrit le langage universel. * (Extrait)

Donc pour les lecteurs et lectrices avides de ressourcement, d’enrichissement spirituel et de leçons de vie, il y a de fortes chances que ce petit volume atteigne l’enfant qui sommeille en vous. En ce qui me concerne, le sujet développé est un peu mièvre et reste à la surface des choses. Je n’ai pas regretté ma lecture cependant, car à partir du milieu du récit ou à peu près, je me suis surpris à me demander si Santiago allait trouver le trésor et comment ? Il se bâtit une intrigue qui est entretenue par la suite et qui tient en haleine malgré les propos parfois moralisateurs de l’Alchimiste. Vous vous posez aussi sûrement la question : Peut-il transformer le métal en or ? À vous de le découvrir. Vous pourrez alors, comme moi, savourer un dénouement brillant et surprenant : *Les Pyramides lui sourirent et il leur sourit en retour, le cœur empli d’allégresse. * (extrait) Je sais, ça peut dire beaucoup de choses mais ça en révèle peu.

Comme beaucoup de lecteurs et lectrices, j’ai apprécié ce livre, mais pas nécessairement pour les mêmes raisons.

Paulo Coelho est l’un des auteurs vivants les plus lus au monde. Son œuvre, traduite dans 80 langues et récompensée par de nombreux prix internationaux, a déjà dépassé les 165 millions d’exemplaires vendus dans plus de 170 pays. Natif de Rio de Janeiro, Paulo Coelho siège à l’académie brésilienne de littérature depuis 2002. L’écrivain s’est mis au service des plus pauvres dans la société brésilienne par le biais de l’Institut Paulo Coelho qu’il a fondé avec son épouse Christina Oiticica. Conseiller spécial pour le dialogue interculturel et les convergences spirituelles auprès de l’UNESCO, il défend les valeurs attachées au multiculturalisme. Il a été nommé messager de la paix pour les Nations Unies en septembre 2007.

BONNE LECTURE
Claude Lambert

le vendredi 2 avril 2021

LA PESTE le grand classique d’Albert Camus

 

D’ALBERT CAMUS
Le roman raconte sous forme de chronique la vie quotidienne des habitants pendant une épidémie de peste qui frappe la ville d’Oran et la coupe du monde extérieur.

UN CLASSIQUE INCROYABLEMENT ACTUEL                                 

*…leur première réaction par exemple, fut d’incriminer l’administration. La réponse du préfet, en présence des critiques dont la presse se faisait écho, -ne pourrait-on envisager un assouplissement des mesures envisagées- fut assez imprévue* (Extrait, LA PESTE, Albert Camus, publié à l’origine par Gallimard en 1947, par la suite, le roman a été réédité une impressionnante quantité de fois jusqu’en mars 2020 où il fut réédité par l’éditeur d’origine, Gallimard. Ces incessantes réimpressions firent de ce roman un des plus grands succès éditoriaux de l’histoire littéraire. J’ai personnellement choisi la version audio de l’œuvre.)

Au moment d’écrire mon article, la pandémie COVID 19 sévit sur toute la terre depuis plus d’un an. Ce fléau a eu et a toujours de nombreux effets sur l’humanité. Changera-t-il sa face ? C’est un autre débat. Mais un des effets culturels de ce désastre fut la réactualisation d’un ouvrage classique qui a conservé toute sa vigueur littéraire : LA PESTE écrit en 1947 par Albert Camus, un roman philosophique. Camus raconte comment s’est répandu et vécue une épidémie de peste déclarée à Oran, une ville d’Algérie française en 1945. Une épidémie modérée car limitée à la grande région d’Oran qui s’est rapidement déclarée dans ce qu’on appelle de nos jours *zone rouge*. Aussi, l’épidémie n’a jamais atteint le stade de pandémie. Je note aussi que ce livre figurait dans les projets d’écriture de Camus bien avant que l’épidémie ne se déclare à Oran. Si je me réfère aux carnets autobiographiques de l’auteur, il y réfléchissait même depuis 1941. Cela fait de son livre une fiction et non un roman historique mais consacre à l’auteur une qualité de visionnaire avec ce livre qui présente d’étonnants parallèles avec la pandémie du COVID. Mais attention. Il y a aussi d’importantes exceptions.

Voyons d’abord les exceptions et différences qui brisent le lien avec la situation actuelle du COVID. D’abord, la peste est une maladie infectieuse morbide, mortelle presque à 100% dans le cas de la peste pulmonaire, et hautement contagieuse. Donc, beaucoup plus dramatique que le COVID. Mais surtout, dans le livre de Camus, si les morts s’empilent, la vie communautaire semble continuer comme si de rien n’était : cinéma, restaurant, shoping, rencontres de groupe, allées et venues dans tous les sens…dans ce récit, la notion de confinement n’existe pas ou tout au moins celle de distanciation sociale. Je ne comprends pas ce choix de l’auteur car même dans les années 40, pour une maladie aussi contagieuse, il allait de soi d’imposer un confinement ou au moins de le recommander fortement.

Pour le reste, tous les liens sont là : mesures sociales, isolation régionale, hésitations des autorités, retards administratifs, incohérences, épuisement dans les milieux de la santé, l’engagement, l’altruisme, etc. Les analogies avec la pandémie du coronavirus sont telles que les ventes du roman ont augmenté considérablement depuis un an.

En dehors des liens avec la pandémie du COVID des années 2020 et si je tiens compte des éléments contextuels de l’époque, le livre de Camus m’a accroché et m’a ému. Le livre est d’abord axé sur la gestion des évènements mais dans sa deuxième moitié, le récit prend une tournure plus philosophique avec des réflexions sur le sens de la vie et les profondes préoccupations individuelles et sociétales. L’écriture devient quelque peu ambivalente, floue et pourtant limpide si je fais référence à la description qu’Albert Camus fait de la misère humaine. Il y a autant de personnages que de perceptions de la morale, mon préféré étant le bon docteur Rieux qui les dépasse tous par l’altruisme, le don de soi et l’abnégation. Il est le pilier de cette histoire s’il n’en est le héros. Pardonnez l’expression, mais c’est un livre qui m’a brassé. Je l’ai trouvé humaniste et j’ai été touché par le réquisitoire d’Albert Camus contre l’indifférence. Il a combattu l’indifférence comme Voltaire a combattu l’intolérance. L’ouvrage va plus loin je crois que l’auteur ne l’avait prévu dans sa réflexion. Il pousse à une profonde introspection. Un ouvrage frappant par les vérités qu’il véhicule. À lire absolument.

Avec L’HOMME RÉVOLTÉ et LES JUSTES, LA PESTE fait partie du CYCLE DE LA RÉVOLTE, œuvre majeure d’ALBERT CAMUS (1913-1960)

(Une scène m’a particulièrement attristé dans LA PESTE :
l’agonie d’un enfant. Le passage le plus douloureux de
l’œuvre. Ce qui explique je crois, cette citation de Camus.)

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 28 mars 2021

Le prédateur du fleuve

LE PRÉDATEUR DU FLEUVE
vol 1 : LE MARINIER

Commentaire sur le livre de
PIERRE CUSSON

Sur son visage squelettique quune barbe de plusieurs
jours enlaidit, Claudia peut lire de la peur. S
ûrement à
cause du fait d’être passé si près de se faire percuter
par la voiture
. Pourtant, à bien y regarder, son
expres
sion dénote plutôt une certaine anxiété qui
n
a rien à voir avec laccident.
(Extrait : LE PRÉDATEUR DU FLEUVE, tome 1 : LE
MARINIER, Pierre Cusson, Éditions Pratiko, 2014, PolarPresse,
édition numérique, La Boîte de Pandore, 170 pages)

Quoi de plus majestueux que le fleuve Saint-Laurent pour servir de trame de fond et de complice à un dangereux psychopathe. Ce dernier s’est lancé dans une croisade terrifiante : assainir la planète. Jetant l’ancre à DuVallon, l’impitoyable prédateur pourra évoluer dans le décor enchanteur de ce village côtier. L’écrivaine Claudia Bernard s’y trouve d’ailleurs en panne d’inspiration, mais elle s’apprête à côtoyer la peur et l’horreur alors qu’autour d’elle, des gens disparaissent ou sont assassinés. Le hasard conduit  Claudia sur les traces sadique. Son désir d’accéder à une certaine notoriété pourrait-il supplanter la folie du meurtrier ?

LE DERNIER DEGRÉ DE LA FOLIE
*L’horreur se lit instantanément sur le visage de
Julie. Son cœur s’accélère pour atteindre un rythme
fou. Tout autour de son masque de plongée,
des bulles d’air s’échappent. Sa gorge se
serre à tel point que l’oxygène commence à manquer.*

(Extrait : LE PRÉDATEUR DU FLEUVE tome 1 LE MARINIER)

C’est un roman très noir. Le caractère sordide du récit et le style direct de la plume devraient plaire aux amateurs de gore : *Il n’y a pas moins de vingt petites culottes sur lesquelles des photos sont épinglées. Des photos de femmes mutilées. Certaines semblent mortes, mais d’autres ont sur le visage une expression d’intense douleur, d’effroi. Le monstre ne se contente pas tout simplement de les tuer, il les viole, les martyrise, les charcute et porte l’odieux jusqu’à les photographier pour en garder le souvenir.* (Extrait)

Ce livre est loin de trancher par son originalité. On a toujours l’impression que le thème du tueur en série sature la littérature policière. Ici l’auteur ne renouvelle rien. Et puis que dire de cette jeune auteure en panne d’inspiration qui se retrouve au cœur de cette sombre histoire de meurtres crapuleux et qui tient subitement un sujet qui pourrait peut-être faire sa fortune. L’auteur qui risque sa vie pour un livre potentiel n’est pas non plus une nouveauté en littérature. Enfin, il y a un petit détail qui m’a irrité : *…un rapport concernant les disparitions inexpliquées qui sont survenues depuis une dizaine d’années. C’est effarant. Il y en a eu pas moins de quarante dans une limite d’environ cent kilomètres.* (Extrait) Qu’on commence à s’interroger sur quarante disparitions après 10 ans me semble un peu facile, sinon tiré par les cheveux.

Cela dit, ce livre a des forces dignes de mention. D’abord qu’une écrivaine plongeant au cœur de cette sombre histoire espère en profiter pour atteindre la notoriété est une chose mais qu’elle tente de supplanter la folie du meurtrier est un défi beaucoup plus inspirant que l’auteur a relevé préparant ainsi les lecteurs à une finale un peu spéciale et bien imaginée, une finale qui a un petit côté frustrant mais qui prépare la suite. J’ai beaucoup aimé aussi l’atmosphère qui se dégage du récit et le caractère glauque prêté au fleuve Saint-Laurent dont une petite île devient le théâtre d’horreurs sans noms. L’auteur a réussi à m’imprégner de cette ambiance éthérée, de peurs non-exprimées. Le genre de crainte qui nous amène à se demander si on connait vraiment bien la ou les personnes qu’on côtoie tous jours, façon de dire que le meurtrier en série n’est pas toujours celui qu’on croit. La véritable action du récit commence d’ailleurs sur une fausse piste.

Et puis il y a LE MARINIER qui vient nous rappeler qu’on est toujours chez les humains. C’est le rassembleur du village comme l’était l’auberge chez Ti-Père ou le magasin général du célèbre Saint-Adèle de Claude-Henri Grignon. On y échange des nouvelles, on y attend les pêcheurs qui s’attardent sur le Saint-Laurent. Le Marinier est en fait un resto-bar qui est tout au bord du Saint Laurent, au cœur de la place, où rôde un esprit malade capable d’une incroyable cruauté.

Ce livre sort donc gagnant d’un rapport établi entre les forces et les faiblesses. Il ne réinvente pas le genre mais il aspire le lecteur avec facilité. Simple et agréable à lire, bien ventilé, chapitres de longueur raisonnable. Le dernier quart du livre est particulièrement haletant et donne peu de répit au lecteur qui s’applique à détester un coupable qui pourrait bien ne pas être le bon…un autre petit côté bien travaillé.

Reste maintenant à savoir quelle sera la suite car la finale du tome 1 est frustrante et tout autant incitative à voir ce qui va se passer par la suite dans la vie de l’écrivaine. Cette suite s’intitule L’ARTISTE. J’y reviendrai sans doute. Je me limiterai à dire que cette chère Claudia sera encore confrontée à un psychopathe. J’espère que ce tome 2 n’ouvrira pas la porte à une *abonnement* du type Jason ou Vendredi 13. Entre temps, LE PRÉDATEUR DU FLEUVE tome 1, LE MARINIER est un très bon polar et je n’hésite pas à le recommander, spécialement aux âmes pas trop sensibles…

LA SUITE
Au moment d’écrire ces lignes, les notes biographiques sur Pierre Cusson étaient à peu près inexistantes. Je sais qu’il est né en 1951 en Montérégie au Québec et que son enfance a été imprégnée des histoires d’Hergé, Verne et d’autres auteurs qui ont contribué au développement de l’imagination fertile de Pierre Cusson. Pour le suivre, cliquez ici

Bonne lecture
Claude Lambert
le jeudi 18 mars 2021

LE PROCÈS DU DOCTEUR FORRESTER

LE PROCÈS DU DOCTEUR FORRESTER

Commentaire sur le livre de
HENRY DENKER

*C’est fini… Elle est partie. –C’est impossible!
protesta Kate. Continuons, nous la ferons
revenir, il le faut ! Briscoe ôta ses mains
gantées de la plaie ouverte et s’écarta de la
table. – Résignez-vous Kate, c’est terminé.*
(Extrait : LE PROCÈS DU DOCTEUR FORRESTER,
Henry Denker, Presses de la Cité, 1993 pour la t.f. ,
édition de papier, 415 pages)

Voici une femme passionnée par son métier de médecin. Mais une nuit, alors qu’elle est le seul médecin de garde dans un grand hôpital de New-York, soumise à une cadence infernale, une jeune fille admise aux urgences meurt brusquement. Pourquoi cette brillante praticienne n’a-t-elle pas diagnostiqué une grossesse extra-utérine responsable du décès ? Incurie ? Négligence ? Le père de la victime, un riche promoteur, va tout faire pour provoquer la radiation de Kate, quitte à soudoyer témoins, juges et experts. De son côté, l’administration de l’hôpital abandonne Kate à son sort. Pour Kate, le seul moyen de démontrer son innocence serait de prouver que la jeune victime lui a dissimulé de précieuses informations, la nuit de son décès. Heureusement, Kate va trouver un allié inattendu en la personne d’un jeune avocat idéaliste, tout aussi dévoué à la justice que Kate l’est à ses malades.

UNE COUPABLE À TOUT PRIX
*Restez et luttez, sachant qu’il y a un risque
que vous soyez vaincue. L’important est que
vous affirmiez haut et fort votre conviction
D’avoir fait ce qu’il fallait pour la jeune
Claudia Stuyvesant.*
(Extrait : LE PROCÈS DU DOCTEUR FORRESTER)

Ce n’est pas une histoire compliquée, au contraire car elle est très ajustée à l’actualité : un médecin est accusée d’incurie suite au décès d’une de ses patientes en Urgence dans un grand hôpital de New-York. La question qui poursuit le lecteur est aussi simple : est-ce que le médecin a trompé sa patiente ou serait-ce la patiente qui aurait trompé le médecin. Le père de la patiente s’appelle Claude Stuyvesant. C’est lui le fil conducteur de l’histoire : un personnage puissant, très riche, influent sur le plan politique et social, celui à qui on doit tout et pour lequel on est rien. Sa seule présence à l’audience transforme les procureurs en lèche-culs : *Vous avez vu comment Hoskins transforme en faute les meilleurs mouvements du cœur…* (Extrait)

Pour s’opposer à cette espèce d’araignée qu’est Claude Stuyvesant : un avocat, jeune, sans trop d’expérience, qui risque l’exclusion de son cabinet en défendant une femme en apparence accablée par les preuves. Son opiniâtreté est belle à voir. C’est un tenace et en plus il est audacieux. En fait, c’est le petit côté irritant du livre, c’est trop beau pour être vrai…aussi irritant que cette espèce d’amourette timide qui tente de s’installer entre deux audiences et qui se heurte à quantité d’objections.

C’est la ténacité de l’avocat Scott Van Cleve qui donne au livre ses lettres de noblesses car le temps lui manque, des témoins lui font défaut ou se désistent et quelque chose lui est caché. Quelque chose est caché à tout le monde d’ailleurs, une information enfouie sous l’épaisseur bétonnée du secret médical…Il se démène comme un diable dans l’eau bénite et trouve le moyen d’avancer, en respectant une logique de droit et le simple bon sens. C’est là que j’admire l’intelligence et l’imagination de Henry Denker , pour le défi posé à son personnage : contourner les suppôts de Stuveysant en lui opposant quelqu’un qui n’en a pas peur et qui souhaite au contraire injecter au richissime pacha une dose d’humilité : *Le visage coloré de Stuyvesant…semblait soudain gris et âgé. Point de mire de tous les regards, il se tenait…comme mis à nu, son hostilité vis-à-vis de Kate réduite à ce qu’elle était : un bouclier derrière lequel il dissimulait sa propre culpabilité* (Extrait)

Ce n’est pas à proprement parler un livre génial. Son sujet n’est pas original mais au contraire réchauffé. Il m’a fait pourtant passé un intéressant moment de lecture : le rythme est très élevé. Il y a des revirements parfois surprenants mais toujours vraisemblables à mon avis, et le sujet n’est pas sans faire réfléchir sur la situation parfois dramatique dans les urgences des hôpitaux américains qui manquent souvent de personnel, d’argent, d’espace, d’équipement et de compréhension. Le sujet vient nous rappeler également que les médecins sont des humains et ne sont pas à l’abri de l’erreur. Aussi, quand on consulte, il est capital de ne rien lui cacher.

C’est un bon livre, mais il n’est pas un de ces ouvrages qu’on garde en mémoire. On finit par l’oublier mais le chantier de lecture comme tel a un petit quelque chose de *page turner*. Il se lit vite et bien et sa finale, quoiqu’un peu rapide est bien travaillée. La psychologie des personnages est peu développée. C’est une faiblesse du récit. Il aurait été intéressant d’en savoir plus sur les STUYVESANT : Claudia, morte dans des circonstances mystérieuses qu’on finira par éclaircir de peine et de misère car on s’est dépêché pour des raisons tout aussi mystérieuses d’incinérer le corps.

Maman Stuyvesant qui a peur de son mari et vit dans son ombre prendra  tout le monde par surprise…bien trouvé et Papa Claude…j’en ai déjà parlé, c’est le bon Dieu faute de mieux…j’aurais préféré que l’auteur approfondisse davantage ces personnages. Enfin, il faut se rappeler que Kate va trouver un allié inattendu : Scott Van Cleve, jeune avocat qui est rapidement convaincu de son innocence. Ce roman raconte un combat acharné. C’est loin d’être novateur mais j’ai trouvé sa lecture satisfaisante d’autant qu’elle colle un intouchable sur la touche…

Henry Denker a commencé à écrire pendant ses études à l’Université de New-York. Il a renoncé à sa carrière de juriste pour l’amour de l’écriture. Il a été scénariste, directeur et producteur. Il a également écrit six pièces de théâtre, toutes jouées à Broadway. Il a enfin écrit de nombreux romans comme L’ENFANT QUI VOULAIT MOURIR et ELVIRA. Denker partageait son temps entre la Californie et les Adirondack. Plusieurs de ses romans ont été adaptés à l’écran. Henry Denker est mort presque centenaire en 2012.

Bonne lecture
Claude Lambert

Le dimanche 14 mars 2021

P’TIT BOUT

P’TIT BOUT

Commentaire sur le livre d’
ALEX WHEATLE

*McKay m’a regardé comme si j’étais un extra-terrestre
qui a mauvaise haleine. «…Pourquoi toi ? C’est vrai
quoi… t’es un nabot ! Les canons craquent pas pour
les nabots d’habitude. C’est juste…pas normal. C’est
pas logique…» Je suis sorti de ce gymnase et, pour la
première fois de ma p’tite vie, j’avais l’impression
d’être…grand.*
(Extrait : P’TIT BOUT, Alex Wheatle, Éditions Au Diable
Vauvert, numérique et papier, 347 pages. 2017.
Littérature jeunesse)

Voici l’histoire de Lemar, un ado près de ses 14 ans qui vit avec sa grand-mère, sa mère et sa sœur dans un petit logement au cœur d’une ville anglaise. Lemar est, physiquement, ce qu’on appelle un petit format. Petit mais énergique, Lemar, appelé p’tit bout, caresse de grands rêves. Un jour,  Quand Venetia King, la fille la plus sexy du collège, commence à s’intéresser à lui, une autoroute semble s’ouvrir vers son premier rendez-vous. Mais le chef du gang le plus célèbre de South Crongton a d’autres projets pour lui… Voyons voir comment P’tit bout va se débrouiller pour aller au bout d’un de ses rêves…

 

PETITES LEÇONS D’HUMANITÉ
*Est-ce que je devais l’embrasser sur la joue quand j’aurais
fini de la dessiner ? Est-ce que je devais lui montrer ma
chambre ? … En fait, vaut mieux que j’oublie l’idée du
baiser, j’veux pas foirer mes chances de passer aux étapes
supérieures. Dans deux semaines, on ira peut-être se faire
un ciné ou quelque chose. Ouaip, et c’est là que je lui ferai
du bouche à bouche.
*
(Extrait)

Voici un petit roman léger, drôle et divertissant. Il a un aspect dramatique mais il est développé intelligemment. Voyons ce qu’il en est : C’est l’histoire de Lemar, un garçon de 14 ans, tout à fait normal à une exception près : il est petit pour son âge et d’aspect fragile. Tellement qu’il se fait appeler P’TIT BOUT. Mais il ne faut pas trop se fier aux apparences. Ce n’est pas un détail qui obsède Lemar : *Tout le monde m’ignorait. Parfois, être un minus présentait un avantage. Personne ne voyait en moi un danger ou ne me considérait d’une quelconque importance.* (Extrait) Lemar travaille presqu’à temps plein pour attraper dans ses filets le canon du lycée, la fille de ses rêves: la belle Venetia King. Malheureusement, les plans de Lemar sont continuellement chamboulés par les demandes étranges et capricieuses de Manjaro, un petit truand du quartier sud de de Crongton, un caïd auquel il est difficile de dire non. Or ce petit mafieux est le beau-frère de P’TIT BOUT, ex petit ami de sa sœur Élaine et père de son neveu, Jérôme, le bébé d’Élaine. P’TIT BOUT joue un jeu très dangereux. Un drame est inévitable…je vous laisse le découvrir…

L’attirance de Lemar pour la belle Vénetia devient magnétique : *Elle était si sexy qu’elle m’a donné plus chaud qu’un chili épicé sous un soleil de ouf au Mexique. Mon fantasme de plage hawaïenne a eu raison de tout ce que j’avais d’autre dans la tête.* (Extrait) Les sujets développés dans ce petit roman sont très proches des jeunes : les garçons, les filles, l’éveil des sentiments, les séparations, les familles recomposées…tout ça au beau milieu d’une guerre de gangs et d’une série de règlements de compte qui met Lemar en danger ainsi que sa famille, sa mère, sa grand-mère et bien sûr le petit Jérôme et sa maman Élaine.

P’TIT BOUT est un livre rafraîchissant que j’ai savouré page par page. Lemar est terriblement attachant. C’est un garçon authentique qu’on prendrait plaisir à garder à nos côtés. Dans les petits hics, j’ai trouvé la finale un peu platonique parce qu’elle ne met pas la suite en place. Mais en réalité, Alex Wheatle écrit une trilogie dans laquelle on peut suivre Lemar. Je suis donc content que ça ne s’arrête pas là. Autre petit irritant : le niveau de langage : *Je pensais l’avoir fâchée en n’acceptant pas son argent, mais comment j’aurais pu prendre sa thune alors que je voulais qu’elle soit ma meuf ?* (Extrait) Eh oui, ça se pourrait bien que le langage très argotique déployé dans le texte énerve les québécois. Ainsi les filles deviennent des meufs, les policiers sont des keufs, la maison familiale est une case et bien sûr, les fesses sont évoquées à tous les égards. Ici, on ne fait pas attention, on fait gaffe à ses fesses. On ne s’assoit pas, on pose ses fesses, on ne revient pas, on ramène ses fesses, on ne poursuit pas en justice, on colle un procès aux fesses. C’est un roman à la sauce très…très française. Ça m’énerve, ça me fatigue, ça m’irrite mais P’TIT BOUT est un tel rayon de soleil qu’on passe à côté de ces désagréments. Que je l’aie voulu ou pas, je me suis senti happé par le récit et impliqué d’une certaine façon car j’avais vraiment envie d’aider et d’assister Lemar.

P’TIT BOUT est un récit chaleureux et humain qui brasse un peu les émotions et qui pousse à l’empathie. Faut-il s’en surprendre ? L’auteur, que j’ai envie d’appeler amicalement Alex est né de famille haïtienne, a grandi dans les ghettos pauvres de Londres. Entre autres activités littéraires, il a organisé des ateliers d’écriture dans des maisons de redressement. Il en sait long sur les jeunes et sur leur inépuisable soif de vivre, d’amour et de reconnaissance. Peut-être le récit a-t-il un cachet autobiographique. Une chose est sûre, que vous soyez petit et frêle au point de vous faire appeler *demi-portion*, *minus*, semi-homme, petit format ou autres sobriquets blessants, P’TIT BOUT, le livre d’Alex Wheatle vient nous rappeler que ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on manque de grandeur.

Alex Wheatle est un auteur jamaïcain né à Londre et qui a grandi à Brixton où se situe l’action de plusieurs de ses romans… son premier livre, Brixton Rock (1999), raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans de race mixte, dans les années 80 à Brixton. Brixton Rock a été adapté pour la scène et présenté au Young Vic en 2010. Sa suite, Brenton Brown a été publiée en 2011. Parmi les autres romans, citons In The Seven Sisters (2002), dans lequel quatre garçons échappent à une vie abusive dans une maison d’enfants; et Checkers (2003), écrit avec Mark Parham, a été publié en 2003. En 2010, il écrit et fait la tournée de l’autobiographie solo, Uprising . Sa pièce, Shame & Scandal , a fait ses débuts au Théâtre Albany de Deptford en octobre 2015. Alex Wheatle vit à Londres. Il a reçu un MBE pour services rendus à la littérature en 2008.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 13 mars 2021

LE DIABLE L’EMPORTE

LE DIABLE L’EMPORTE

Commentaire sur le livre de
RENÉ BARJAVEL

*- … tous vos compagnons sont morts… Oh ! dit
Charles. Et il se rassit. – Par bonheur pour
l’avenir de l’humanité, vous avez été épargné…
Il y eut un court silence. « … et les femmes
aussi… » Les femmes ? Charles n’avait pas pensé
à elles…>
(Extrait : LE DIABLE L’EMPORTE, René Barjavel,
édition originale 1947, présente édition électro-
nique : 2014 par les éditions Gallimard, 240 pages)

Pendant que la Mort Blanche étend sur la terre son linceul glacé, rançon de la dernière guerre mondiale, un ultime combat fait rage au sein de l’Arche souterraine où se sont réfugiés quelques survivants : les femmes se battent pour le dernier homme. Mais voici qu’entre en jeu l’amour, douce et terrifiante nécessité de l’espèce. Sera-t-il assez fort pour sauver le dernier couple, pour laisser une chance à l’humanité ? Et qui l’emportera dans cet ultime face-à-face ? Le Diable, qui ne se résout pas à voir disparaître son divertissement préféré, ou Dieu, jamais las de sa créature, prêt à rejouer le premier acte de l’Éden ?

 

LE BÊTISIER DU FUTUR
*C’était les plus pauvres…qui sentaient la mort leur
courir aux chausses, qui auraient voulu…pouvoir
s’éloigner vraiment…de cet enfer qui risquait à
tout instant de surgir derrière eux et de les cuire,
alors que chaque pas qu’ils faisaient leur semblait
être toujours le même pas sur place, de leurs pieds
de plomb sur le pavé de glu.*
(Extrait : LE DIABLE L’EMPORTE)

C’est un livre dur, noir, à caractère scientifique avec un fond philosophique d’anticipation s’appuyant sur la logique des faits, le principal étant que l’homme ne sera jamais rien d’autre que l’homme : un prédateur manipulateur, dominateur et autodestructeur. C’est tout à fait dans la lignée de l’œuvre de Barjavel qui voit le destin de l’homme tel un avenir bouché dans lequel l’homme tombe dans le piège qu’il a lui-même tendu. En prévision d’une extinction inévitable, un milliardaire fait construire une arche qui sera logée dans les profondeurs de la terre et qui abritera une fusée avec à son bord un homme et une femme sélectionnés pour perpétuer la race humaine après un sommeil cryogénique de 10 ans à bord du vaisseau en rotation autour de la terre.

L’homme étant ce qu’il est et Barjavel étant plutôt borné sur la noirceur de l’avenir, rien ne se passe comme prévu à bord de l’arche. La fusée partira mais pas avec les personnes prévues et le retour est peu probable à cause de l’objet même de la destruction de tout ce qui est vivant sur terre : l’eau drue, un monstre apocalyptique craché en héritage par la troisième guerre mondiale, la GM3, une saloperie qui annihile l’eau…toute l’eau sur terre, toute l’eau dans les airs et…toute l’eau dans les chairs. État permanent…planète finie… Comme dans tous les romans de Barjavel, il n’y a pas d’issue possible, pas de suite, pas d’espoir. Partout dans le texte se ressent la finalité de toutes choses, de toutes vies, conséquence de la folie des hommes. Ce n’est pas tout à fait ce que voulait monsieur GÉ dans sa richesse et dans sa sagesse : *Elle avait une grande admiration, un peu effrayée, pour monsieur Gé. Ce qu’il avait fait était tellement extraordinaire qu’elle pensait qu’il ne pouvait pas ne pas avoir raison. Mais…* (Extrait : LE DIABLE L’EMPORTE)

Il y en a qui disent –Quand tu as lu un Barjavel, tu les a tous lus- Pas tout à fait et peu m’importe. Ce livre m’a impressionné tout comme RAVAGE dont j’ai déjà parlé sur ce site et qui décrit une société étouffée par ses propres progrès et qui revient à l’ère préindustrielle…un cri du cœur pour sauver l’environnement. Il est facile de dire que l’homme s’en va vers sa fin. Fidèle à son style, dans LE DIABLE L’EMPORTE, Barjavel bourre son récit d’éléments qui sont là pour nous aider à mieux nous connaître, à mieux connaître l’homme, la société, à mieux connaître la terre-mère. Le défi avec Barjavel est de trouver dans le récit les petits éléments positifs qui évoquent un peu les blocs légos parce qu’il y a quelque chose à construire : l’espoir, basé sur des faces non pas cachées mais mises en lumière de l’homme comme l’amour, l’empathie, l’altruisme, la philanthropie.

Si les romans de Barjavel étaient d’une opacité irréversible, je ne m’y intéresserais pas. Il y a quelque chose à en tirer : une leçon, une expérience, une idée, une résolution, que sais-je. Autre élément que j’ai trouvé très intéressant : Dans l’Arche construite par Monsieur Gé, abri sensé être indestructible, ce dernier a réuni des gens différents, jeunes hommes et jeunes femmes, sans leur consentement. Les hommes étaient isolés des femmes et suite à une explosion, ceux-ci sont tous morts sauf un. Il sera intéressant d’observer le déploiement d’une véritable folie féminine qui n’est pas sans rappeler la possession satanique. Ce faisant, Barjavel va vraiment au bout de son raisonnement et dans le dernier quart de l’ouvrage, on comprend aisément le titre que Barjavel a choisi pour son récit LE DIABLE L’EMPORTE. Je dirais que dans la deuxième moitié de l’histoire, le lecteur devient pris en étau dans ses propres sentiments, il y a de l’émotion. L’atmosphère a quelque chose d’angoissant.

Ce roman est une plateforme de réflexion sur la destruction du monde et l’annihilation de l’espèce humaine, un thème récurrent dans l’œuvre de Barjavel tout comme d’ailleurs le doute qu’elle laisse planer. C’est glauque, noir, prévisible et pourtant j’ai accroché à l’ensemble du récit à cause d’élément précis : la science déployée : l’eau drue est une trouvaille qui pousse à la réflexion, car avec cette écœurante saloperie, il n’y a pas de rédemption possible. Veuillez excuser la crudité du langage mais il n’y a pas d’autres mots. Autre élément, l’humour. Il n’y en a pas beaucoup mais il compte. Par exemple, cet oiseau gavé au C147 qui devient gros comme une montagne et qui pond un œuf qui pourrait faire des millions d’omelettes. Autre élément parmi tant d’autres, Barjavel me brasse, il me met le nez dans la crasse.

Bref, LE DIABLE L’EMPORTE est un livre qui mobilise. Je le recommande vivement pour la philosophie qu’il sous-tend.

René Barjavel (1911-1985) a exercé les métiers de journaliste, puis de chef de fabrication aux Éditions Denoël avant de publier son premier roman, RAVAGE, en 1943. Revendiquant son statut d’auteur de science-fiction, il est de ceux qui ont permis à cette littérature d’acquérir ses lettres de noblesse. Maintenant une certaine méfiance vis-à-vis de la science et de ses potentialités mortifères, il s’est employé à positionner toute son œuvre du côté de l’homme, prônant une position de tolérance et de compassion, teintée de moralité.

Pour lire mon commentaire sur le livre RAVAGE de René Barjavel, cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 7 mars 2021

NON RECONNU

NON RECONNU

Commentaire sur le livre de
STEVEN M. GREER, m.d.

*…une organisation secrète qui fût lancée dans les années
1940 par le président Truman. Ce groupe d’individus, alors
connu sous l’appellation MAJESZTIC-12, avait pour tâche
essentielle de dissimuler au grand public la vérité concernant
la découverte la plus incroyable de l’histoire du monde-
celle des ovnis et de l’existence d’une vie extra-terrestre. *
(Extrait de NON RECONNU, Steven M. Greer, Arianne
éditions, 2017, édition de papier avec annexes, 400 pages)

Résolus à faire toute la lumière sur la présence extraterrestre et son camouflage par les autorités, Steven Greer et ses témoins fournissent de surprenants détails sur ce chapitre non reconnu de notre histoire ainsi que sur les systèmes énergétiques et antigravitationnels, les bases lunaires, et sur les technologies qui nous ont été si longtemps et si délibérément dissimulées (et qui, par ailleurs, n’ont toujours pas été brevetées). Pourtant ces technologies pourraient radicalement transformer notre monde…à condition de favoriser leur introduction sur le marché libre.

                                                        UN EXPOSÉ DU SECRET LE MIEUX GARDÉ AU MONDE
*Les ovnis sont à la fois de nature extraterrestre et
humaine. Ceux qui travaillaient sur les ovnis
n’avaient pas un seul instant de répit-et T.
Townsend Brown était l’un de ceux qui étaient
le plus au courant avec les allemands. De la
sorte, nous avions un problème- nous devions
garder le secret absolu sur ce que Townsend
faisait dans le domaine du champ antigravitationnel
et de la propulsion électromagnétique.
(Extrait du témoignage de Dan Morris, NON RECONNU)

Quant au secret entourant l’existence des ovnis et aux bassesses atteintes pour le préserver (meurtres, disparitions, menaces, harcèlement, atteinte à la réputation, etc) ce livre ne nous apprend pas vraiment quelque chose de neuf. Je l’ai trouvé toutefois quelque peu novateur en ce qui concerne l’argumentaire et à l’objectif initial du livre qui n’est pas de nous convaincre de l’existence des ovnis mais bien de mettre fin à la désinformation et de dénoncer l’absurdité de l’argument voulant que les peuples de la terre ne sont pas prêts à entendre la vérité sous prétexte qu’il serait trop compliqué de gérer la panique générée par le dévoilement de secrets dont tout le monde se doute finalement : *Je crois aussi que le monde est prêt; les gens croient à l’existence des ovnis et des phénomènes extraterrestres. Le monde est prêt à entendre la vérité et nous sommes tous fatigués de ces petits jeux.* (Extrait) Le livre donne un très bon aperçu de ce que *ces petits jeux* ont coûté à la société en termes de vies, de détournement de fonds, de pression psychologique et d’infrastructures coûteuses pour préserver ces secrets.

Donc ce livre est un vibrant plaidoyer contre la désinformation et celle-ci est tenace : <Nous saurons que notre programme de désinformation est achevé lorsque tout ce que croira le public américain sera faux> (propos de l’ex-directeur de la CIA, William Casey, extrait de NON RECONNU). Quant aux idées développées dans ce livre et qui sont issues des différents témoignages, plusieurs sont archi-connues, d’autres sont un peu plus creusées. Par exemple, je cite l’idée que des gouvernements fantômes hors de tout contrôle politique et financier préservent le secret de l’existence des ovnis pour cacher les découvertes technologiques qui en découlent en matière de transport (anti-gravité, énergie propre) et de santé. Ces secrets dévoilés au grand public pourraient induire des pertes financières colossales à l’industrie pétrolière et pharmaceutique entre autres sans compter un tas de produits coûteux qui deviendraient obsolètes. De la façon dont il est présenté et développé, l’argument est intéressant.

Une petite chose m’agace. Le livre rapporte une grande quantité de gestes posés pour empêcher que les secrets soient dévoilés. Ces gestes sont criminels évidemment et sont mentionnés dans presque tous les témoignages. Je les ai mentionnés plus haut, les plus importants étant les meurtres, disparitions, pression psychologique, pertes d’emplois, dégradation et des menaces constantes. Ce qui m’étonne en fait, c’est qu’on ait pu publier autant de témoignages alors que les témoins sont encore vivants et semblent sains d’esprit. L’auteur lui-même en sait tellement que je m’étonne qu’il soit encore vivant à près avoir enfreint à ce point la loi du silence. À ce titre, le livre manque de nuances et sa crédibilité en souffre un peu. J’ai trouvé ce livre extrêmement redondant avec de multiples répétitions, souvent dans la même page, des témoignages extrêmement ressemblants. Éliminer toutes ces redondances équivaudrait à une cure d’amaigrissement de 25%. C’est mon évaluation en tout cas.

Si vous vous arrêtez essentiellement au caractère spectaculaire des témoignages, vous risquez de trouver l’ensemble indigeste avec des répétitions qui rappellent un peu le refrain d’une chanson et je ne suis pas du tout certain que tous les témoignages sont fiables. En lisant entre les lignes, je crois que le livre ne fait pas vraiment la lumière sur la présence extra-terrestre mais lève plutôt le voile sur le camouflage de la vérité par les autorités. Ce livre est finalement une dénonciation de la désinformation. Dans son recueil d’AFAIRES ÉTRANGES, Joslan F Keller écrit : *L’essor de masse d’internet et des médias sociaux nous a convaincus facticement que toutes les opinions se valent et que l’information est à portée de tous. Rien n’est moins vrai. Il est donc urgent de former de nouveau les individus au doute, à l’esprit critique et à la validation de l’information* (Extrait : AFFAIRES ÉTRANGES, Joslan F Keller, Scrinéo, 2018, num.)

Ce livre pourrait peut-être contribuer à faire éclater la vérité un jour prochain. En tout cas, il pousse à la réflexion…

Steven M.Greer est un médecin américain, ufologue et théoricien de la conspiration. Née en 1955, il vit avec sa femme et ses quatre filles en Virginie. Spécialiste en médecine traumatique, Greer est l’ancien président du département d’urgence de médecine du « Caldwell Memorial hospital » en Caroline du Nord. Il a fondé en 1993 le projet « Disclosure » (Le projet révélation).

Une organisation à but non lucrative qui a pour mission de rendre publique toute information sur les ovnis et de lutter contre la désinformation et l’ostracisme des gouvernements sur le phénomène extra-terrestre. Cette organisation regroupe des scientifiques, des militaires, des membres de la CIA et des hauts fonctionnaires américain.  Steven M.Greer soutient que les gouvernements américain et anglais entretiendraient depuis longtemps des échanges secrets avec des extra-terrestres et qu’ils cacheraient à l’humanité l’existence d’une nouvelle énergie capable de remplacer le pétrole et de régler les problèmes d’environnement liés à la surexploitation d’hydrocarbures et de l’effet de serre.

À l’appui des thèses de Steven M. Greer, un militaire membre du projet révélation aurait déclaré: « Certains nous ressemblent beaucoup, certains pourraient être parmi nous sans qu’on s’en rende compte », en ajoutant que 57 espèces extraterrestres avaient jusqu’alors été dénombrées. Un autre témoignage détaille l’implication de plusieurs entreprises sous contrat avec l’État américain dans la recherche et le développement de la technologie à contrôle gravitationnel depuis les années 1950. Ils se disent tous prêts à témoigner sous serment devant le congrès américain. Le docteur Steven M.Greer exige la fin du silence et surtout la fin du complot.

Bonne lecture
Claude Lambert

Le samedi 6 mars 2021

BLANCHE NEIGE

Dans la série
LES CONTES INTERDITS
(partie 2)

BLANCHE NEIGE

De L.P. SICARD

*Que dois-je faire pour obtenir la vérité ? Dis-le-moi tout de suite ; si tu comptes la garder pour toi-même, je vais t’assassiner, en finir de ce pas. Mes frères ont besoin de moi, je n’ai pas de temps à perdre à torturer une sorcière de ton espèce…Quand je pense que nous hésitions entre toi et une autre, bien plus belle encore que toi et ta grande gueule ! Nous l’aurions tous eue, notre pipe, et rien de tout ça ne serait arrivé. Bordel…(Extrait : BLANCHE NEIGE, série LES CONTES INTERDITS, L.P. Sicard, Éditions AdA, édition de papier, 2017, 200 pages).

UN CONTE DÉPRAVÉ
*Ce geste en soi était des plus horrifiques,
mais pire encore que ce sanglant et
désinvolte assaut fut l’absence de
réaction de la part des autres ; pas un ne
vint à son secours, pas un n’émit un
commentaire quant à ce geste d’une
innommable inhumanité ; leur comparse
venait d’être tué, et ça ne les indisposait
nullement.*
(Extrait: BLANCHE NEIGE…Les Contes Interdits)

La série m’intriguait. Les titres m’intriguaient. Je trouvais les 4e de couverture impressionnants. J’ai fini par me décider à entreprendre une exploration de la série suite à ma visite au Salon International du Livre de Québec en 2018. C’est là que j’ai rencontré les auteurs Simon Rousseau et L.P.Sicard. J’ai pu discuter avec eux de leur motivation. Il devint clair pour moi que leur livre était le résultat d’une exploration des secrets parfois cachés parfois imaginés, enfouis dans les contes des Frères Grimm qui apparemment n’étaient pas destinés aux enfants, du moins au commencement. C’est ainsi que Blanche Neige est devenu un conte interdit parce que perverti et dépravé qui explore les cauchemars qui se confondent dangereusement avec la réalité. C’est un côté B, la face noire, le côté obscur, appelons ça comme on voudra, ça fait frémir : *Nul mot n’aurait pu décrire avec quelle terreur je levai mes yeux, ni quel effroi me parcourut l’échine lorsque je vis enfin l’auteur de ces gémissements : Un homme, suspendu au plafond, par d’énormes clous qui lui transperçaient et les coudes et les genoux, souriait du plus grotesque sourire. * (Extrait)

C’est un livre très noir qui devrait plaire aux amateurs de gore. Car pour être violents et sanglants, on peut dire que l’auteur a atteint les objectifs des contes interdits et plus : *Il empoigna une lame de rasoir…et la porta à sa gorge. Sans détourner le moindrement ses yeux desquels étaient prisonnières mes pupilles, il porta son arme blanche à sa poitrine qu’il se mit à découper, lentement, indolemment, avec cette même grâce qu’ont les hommes offrant quelque bijou à leur amante* (extrait) Il y a tellement de ces passages créant à l’esprit des images atroces voire trash que l’éditeur prend soin d’avertir le lecteur que le récit pourrait ébranler les âmes sensibles.

L’auteur aussi a bien fait les choses. Il s’est arrimé à la perfection avec l’objectif littéraire des contes interdits. Il s’est aussi arrangé pour nous faire sentir l’influence des Frères Grimm. Elle n’est pas toujours évidente, mais il y a quand même une sorcière qui n’a pas besoin d’interroger un miroir tellement elle est hideuse, il y a sept hommes, ce ne sont pas des nains et ils brillent par leur dérèglement sexuel. Émilie, notre Blanche Neige par défaut ne l’aura pas facile. D’autres petits indices rappellent le conte : Émilie qui dialogue avec une colombe par exemple sans oublier une surexploitation du passé simple comme on l’a vu dans l’œuvre de Perreault, Anderson, Jean Markale, de Maupassant, De La Fontaine et j’en passe. L.P. Sicard s’est aussi employé à nous faire chevaucher entre la réalité et la fabulation : *La générosité de la colombe m’apparaissait d’autant plus admirable qu’elle était aussi affamée que moi*. (Extrait)

Pour lire BLANCHE-NEIGE, il faut désapprendre ce que l’on sait sur les contes et accepter de se laisser aller dans une angoissante exploration de la démence, du complot, de la mort et de l’inimaginable horreur qui vient des pires cauchemars. Relisez les extraits plus hauts. Vous pouvez me croire quand je dis que la plume de l’auteur est d’une redoutable efficacité. Dès le départ, l’auteur nous agrippe. On ressent d’abord de l’empathie pour Émilie et on se demande vraiment qui est fou dans cette histoire, Émilie ou son psychiatre ?

Je ne suis pas un grand amateur de Gore, mais à l’analyse, L.P. Sicard remplit la plupart de mes critères de satisfaction. Le récit est noir, dur mais fort. L’Histoire est atypique et sa finale est fort bien imaginée et bien travaillée. Il y a des passages à soulever le cœur, mais les lecteurs sont bien avertis. Bien écrit ! Bien ficelé ! Lire ce livre, c’est tenter une expérience…

L.P. Sicard a 25 ans alors qu’il achève la sombre réécriture de BLANCHE NEIGE. S’inspirant de la théorie freudienne de l’inquiétante étrangeté, dite unheimlich, il a tenté de conduire subtilement son lectorat dans une indétermination angoissante, où la folie se joint à la fois au réalisme et au surnaturel.
D’abord poète, il a publié un recueil de poésie en 2012, en plus de remporter le second prix de l’association littéraire et artistique de France, FLAMMES VIVES (2011), le grand prix du concours international de poésie de Paris, POÉSIE EN LIBERTÉ, à deux reprises (2016), au Salon du livre international de Québec, avec le premier tome de sa série Felix Vortan (Les Orphelins du roi) qui a été traduit en braille la même année. On peut suivre L.P. Sicard sur Facebook. Vous pouvez aussi visiter son site WEB. Cliquez 
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Bonne lecture
Claude Lambert
le vendredi 5 mars 2021